Dans les articles archivés


Et la lune là-haut Et la lune, là-haut - Muriel Zürcher - Thierry Magnier jeunesse, 2019

Thèmes : humour – autisme – rêve

 

Résumé:

Alistair est un génie. Derrière son écran, il a appris les mathématiques, la planétologie et même à décrypter les émotions des gens. Mais à 21 ans, il n'est jamais sorti de l'appartement où il vit seul avec sa mère. Trop dangereux pour quelqu’un de différent comme toi dit-elle.  Pourtant, il a un rêve : aller sur la Lune et il est bien décidé à le réaliser. Et sa mère l'a promis : le jour où elle mourra, il pourra faire ce qu'il voudra…

Un roman sidérant, imprévisible, généreux, cocasse, profondément humain et optimiste. L’histoire est racontée par Alistair, un jeune homme, décalé, touchant et désarmant d’entrain et d’ingénuité, ce qui donne le ton. Les personnages qui petit à petit l’entoureront, Yaro, Sidonie..., vont gravir avec lui la voie de l’amitié, du dépassement de soi, des rêves les plus fous et même si la réalité peut rattraper de manière brutale, le grain de folie et la bonne humeur persistent et signent !

 

Muriel ZurcherBiographie:

Muriel Zürcher est née en 1971. Elle a suivi de très sérieuses études avant d’exercer de passionnants métiers, comme psychomotricienne ou DRH dans des centres hospitaliers. 

Pendant ce temps, des histoires s’invitaient dans sa tête, y prospéraient, s’y bousculaient. Un jour, elles provoquèrent une telle pagaille que Muriel n’eut d’autre choix que de les sortir de là ! Depuis, elle écrit des histoires pour tous les âges. Lorsque ses neurones la chatouillent, elle s’attelle à des documentaires. Même ses doigts ne sont pas épargnés ! Alors, elle concocte des livres d’activité pour les plus jeunes. Le tout sans scrupule ! Et avec brio !

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

Une formation sous un nouveau format pour clôturer le 1er semestre 2019 !

Les 12 nouveaux romans sélectionnés pour le prix "Hautes-Pyrénées, tout en auteurs" ont été officiellement dévoilés mardi 10 septembre 2019.

schoolok

Le service formation de la Médiathèque départementale propose, aux bibliothécaires, les dernières journées de stage de l'année 2017.

 

Jeudi 14 septembre les bibliothécaires feront leur rentrée formation en douceur, avec une journée de visite à la Maison Intercommunale des Cultures et des Sciences "Le MI[X]" de Mourenx.

 

Ensuite place aux grandes thématiques bibliothéconomiques, avec au programme :

 

      - Organiser une manifestation culturelle en bibliothèque

      - Hapybiblio : le portail et les ressources numériques de la MD65

      - Les éditions Sarbacane

      - Le cinéma asiatique

      - Quelles stratégies pour attirer de nouveaux publics ?

 

Pour les bibliothécaires qui souhaitent s’inscrire sur cette fin d'année, l'accès en ligne est toujours possible.

formation 2016

Venez découvrir les formations qui vous seront proposées pour cette fin d’année.

 

Après la pause estivale, la Médiathèque vous propose les dernières formations de l’année 2016. Il est toujours possible de s’inscrire en ligne…

  • jeudi 15 septembre : visite de médiathèques
  • mardi 20 septembre : proposer des lectures "faciles" en bibliothèque
  • jeudi 6 octobre : les malles jeux de la Médiathèque départementale
  • lundi-mardi 17-18 octobre : offrir des collections équilibrées en bibliothèque (places encore disponibles)
  • lundi-mardi 14-15 novembre : frisson et tension, le polar en médiathèque (places encore disponibles)
  • mardi 6 décembre : les séries TV en bibliothèque

 

L'ensemble du programme est consultable sur l'espace profesionnel, formation.

formation musique en bibliothèque

Pourquoi et comment proposer de la musique en bibliothèque à l'heure d'Internet ?

 

Une industrie musicale en perpétuelle évolution, des pratiques qui évoluent...

Et les bibliothèques dans tout ça ?

Si cette problèmatique vous intéresse, sachez que le 6 juin aura lieu à la Médiathèque départementale une formation dédiée à ce sujet.

 

Yanick Gourville du Cabinet Fabienne Aumont nous fera un état des lieux des pratiques d'écoute et de diffusion, il apportera également une réponse au positionnement des bibliothèques face à la diversification des supports et des pratiques et nous guidera sur l'organisation de la rencontre entre le public et l'oeuvre.

 

Si cette formation vous intéresse que vous soyez professionnel, ou bénévole des bibliothèques du réseau de la Médiathèque départementale, les inscriptions en ligne sont encore ouvertes.

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Cartable, trousse, cahier, tout est prêt…

 

Fini le farniente au soleil, welcome bonnes vieilles habitudes ! La formation c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

Dès le 17 septembre, on reprend en douceur, avec une visite des médiathèques de Pau : André Labarrère et Trait d’Union et on bulle l’espace d’un instant le jeudi 24 septembre avec Loïc Clément et sa formation sur la BD jeunesse contemporaine.

 

Bonne rentrée !

DESHERBAGE

Bouquet final avant la pause estivale, le programme de formation a clôturé son permier semestre 2015 avec deux jours consacrés à la créativité, aux travaux manuels et à l'imagination !

 

La formation " Les livres désherbés : une mine d'or pour animer des ateliers" avait pour but de donner une nouvelle vie aux livres régulièrement retirés des collections.

 

Deux jours de travaux pratiques et d’investissement orchestrés par le cabinet Fabienne Aumont pour créer des sacs, des hérissons, des fleurs, des portes cartes, des enveloppes, ... le tout dans une bonne ambiance.

 

Collègues du réseau, si suite à cette action, vous aussi vous avez envie de plier, de créer, da'nimer des atelier, ... la Médiathèque départementale peut mettre à votre disposition les livres de son désherbage. N’hésitez pas à nous contacter.

 

Bel été à vous et rendez-vous à la rentrée avec la visite des médiathèques André Labarrère et Trait d’Union de Pau, le jeudi 17 septembre.

 

equipe formation de base

Comme chaque année, les journées de formation de base fédèrent les nouveaux arrivants du réseau de lecture publique. 

 

Les stagiaires étaient nombreuses en ce début de mois, pour acquérir durant quatre jours les connaissances de base nécessaires à la gestion d’une bibliothèque, comprendre l’importance du travail en réseau et découvir l’équipe de la Médiathèque départementale.

Les mauvaises conditions météorologiques ne nous ont pas permis de dispenser le quatrième jour de formation. Une nouvelle date sera prochainement fixée pour combler ce manque et satisfaire les attentes de chacun.

 

Déjà, le groupe très motivé et participatif nous a fait part de retours positifs sur ces premiers jours de formation.

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Le nouveau programme de formations est arrivé !

Chères et chers collègues, si vous n'avez pas encore reçu notre programme de formations dans vos boîtes aux lettres, sachez qu'il est consultable et imprimable dans la rubrique "espace professionnel", on y retrouve également les modalités ainsi que le bulletin d'inscription.

 

Cette année, treize nouvelles formations en littérature, musique, bibliothéconomie et animation vous sont proposées, sans oublier bien sûr, la visite annuelle en médiathèques.

 

Pensez à vous inscrire dès à présent, le nombre de participants à chaque formation est limité.

Les bulletins complétés pourront être transmis par mél. : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., par courrier : Médiathèque départementale 18, boulevard Claude Debussy 65000 TARBES, ou par fax : 05 62 56 75 66.

 

CogitoCogito - Victor Dixen - Robert Laffont, 2019

Thèmes : anticipation - thriller - intelligence artificielle

 

Résumé:

Roxanne a 18 ans, un pied dans la délinquance et peu de chance de décrocher le Brevet d’Accès aux Corporations. Il faut dire que sa vie est compliquée entre une mère décédée et un père alcoolique et sans emploi depuis que les robots développées par Noosynth remplacent les humains dans de multiples fonctions.

Et puis coup de chance, elle obtient une bourse pour participer au stage de cyber bachotage «Science -Infuse ». Une semaine aux îles Fortunées, archipel dédié à la technologie et aux intelligences artificielles, au cours de laquelle son cerveau comme celui des 20 autres étudiants sélectionnés, sera programmé pour recevoir tout le programme de terminale. Mais cette méthode reste expérimentale… Alors, aubaine ou pacte avec le diable ?

Un sujet classique mais que Victor Dixen réussit à façonner de manière habile et raffinée, alternant les points de vue, ouvrant la conscience sur la place et le rôle que l'on doit donner à toutes ces innovations technologiques. L’intrigue est prenante : on sait qu’il va forcément se passer quelque chose mais quoi, mais quand, on retient son souffle et quand ça bascule c’est haletant. Ce roman, émaillé de références cinématographiques, est extrêmement bien documenté, vulgarisant avec clarté des concepts philosophiques et des connaissances scientifiques poussés.

 

Victor DixenBiographie:

Victor Dixen est né en 1979, d’un père danois et d’une mère française, avec lesquels il a parcouru l’Europe durant sa jeunesse. Enfant, il connaît une expérience extrême au Tivoli, le parc d'attractions de Copenhague : s’embarquant subrepticement sur les montagnes russes, il effectue le tour complet à quatorze reprises. Sujet à d’étranges insomnies depuis, ses nuits sont désormais le temps de l’imaginaire et de l’écriture. Depuis 2009, il écrit des livres destinés aux adolescents et aux adultes et rencontre à chaque fois le succès.

Globe-trotter, il a vécu plusieurs années dans le Colorado, puis à Dublin, et à Singapour dans une vieille maison chinoise. Il habite à présent à New York.

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

Ils ne marchèrent pas longtemps.

Le temps n’avait plus d’importance.

En avait-il jamais eu ?...

La musique et la voix les guidaient à travers un sentier bordé de grandes fleurs multicolores. Au loin, ils auraient pu distinguer une vaste clairière où un banquet les attendait, mais comme ils avançaient les yeux fermés, ils ne virent rien de cela.

Comme ils ne virent pas le joueur de flûte qui croisa leur route puis s’enfonça sous les taillis suivi par une horde de rats, ni la citrouille posée sur d’immenses roues qui, tirée par quatre chevaux blancs, les dépassa à toute allure ; ni, sur leur droite, une maison de pain d’épice où deux enfants, sur le pas de la porte, s’empiffraient de chocolats et de bonbons ; ni le capuchon rouge oublié sur une souche, un pot de miel et une galette posés à côté ; ni le capuchon noir porté par un grand personnage, casqué de noir également et qui, avec lassitude, répétait à un jeune chevalier à l’air abruti : « Mais Luke, puisque je te dis que je ne suis pas ton père !.. » ; ni les sept petits garçons qui s’échappaient en courant. Le dernier, le plus petit,  jetait des miettes de pain derrière lui, des oiseaux picoraient ces miettes…

Cette forêt était décidément très habitée, mais de tout ça, ils ne virent absolument rien.

Ils arrivèrent enfin dans la clairière.

Ils sortirent de leur torpeur.

Ils saluèrent un barde qui, muselé et ficelé à un grand chêne, ne leur rendit pas leur salut.

La musique provenait d’un kiosque, un peu à l’écart, près d’un champ de fraises où quatre garçons, dans le vent, jouaient en sourdine. Le chef d’orchestre s’appelait le Sergent Poivre, mais, évidemment, ils n’en surent rien.

Une immense table recouverte d’une très longue nappe blanche était dressée. Des dizaines de plats remplis de fruits et de victuailles débordaient de partout, les verres et les carafes en cristal étincelaient de mille feux.

Sur un lit de braise, un sanglier rôtissait doucement.

Très loin, au bout de la table, ils distinguèrent quelques silhouettes, déjà attablées, qui leur faisaient signe d’approcher.

La silhouette du bout, celle qui semblait présider, sauta soudain sur la table et battit de ses toutes petites ailes. Elle avait un gros corps recouvert de plumes bleues, jaunes et roses, de courtes pattes palmées, un très gros bec crochu et dodelinait du croupion.

« Enfin vous voilà, s’écria joyeusement le drôle d’oiseau, il était temps ! Soyez les bienvenus ! Soyez les bienvenus, parmi vous ... »

L’étrange volatile sautillait sans égard pour la vaisselle qui valsait de droite et de gauche.

« Asseyez-vous, continua-t-il, prenez place les amis ! Et permettez-moi d’abord de vous présenter…mais suis-je bête…Inutile de vous présenter qui que ce soit !  Vous connaissez déjà tout le monde…»

Le pangolin, une serviette autour du cou, fit un clin d’œil à Tchang-Lu.

Il s’empiffrait d’un plat de fourmis posé devant lui.

Les places étant libres à côté, Tchang-Lu s’y assit, Gulliver aussi…

Le pingouin lent, trop occupé à engloutir des harengs, ne fit pas de clin d’œil à Tulurgglurkuk. Les places à côté de lui étaient libres, Tulurgglurkuk et Tanarak s’y assirent. Peter, Tigresse Lily, et les deux chiens aussi…

Le kangourou doux croquait des feuilles de bambous.

Billiwong Billidong lui aurait bien assené un coup de didgeridoo sur le crâne, mais n’en fit rien. Il s’assit à côté de lui, le koala et Lulu la tortue aussi…

Le Quetzalcoatl se passa la langue sur les babines. Il venait de dévorer trois lézards bien dodus. Acocoyotl s’assit discrètement près de lui. Don Quijote et Don Diego de la Vega firent de même, mais moins discrètement.

Sang-chaud s’assit aussi, Les deux aras et le colibri se posèrent sur ses épaules.

Les Masques n’ont jamais faim et donc ne mangeaient rien. Mais, en masques bien élevés, ils étaient attablés bien sagement.

Moussa Moussa, en féticheur bien élevé, s’assit près d’eux.

A côté de lui, trônait une soupière pleine d’épinards à la crème. Popeye le marin s’assit devant et l’engouffra d’une traite.

King-Kong s’assit sur les quatre chaises suivantes.

Le Sphinx étudiait un menu et se posait des questions sur ce qu’il pouvait manger, ou pas.

Giuletta s’assit à ses côtés et décida pour lui.

Roméo s’assit devant une assiette de gorgonzola.

Le petit blond hésita devant un ragoût de mouton.

Le lapin passa courageusement devant une salade de carottes et ne s’arrêta pas. Il galopa jusqu’au bout de la table où l’attendait une petite fille avec un nœud dans les cheveux. Elle était visiblement très courroucée.

« Tu es toujours, toujours en retard ! trépigna-t-elle, la prochaine fois tu peux aller chercher du travail ailleurs ! Je connais une douzaine de lièvres qui ne demanderaient pas mieux que de prendre ta place…Et ne me dis pas que ce sont les transports en commun !... »

Le lapin baissa la tête.

 « Vous reprendrez bien une tasse de thé, dit, pour détendre l’atmosphère, un autre personnage affublé d’un immense et triple chapeau haut-de-forme.

« J’ai horrrreur du thé ! Combien de fois faudra-t-il vous le dire ! hurla la petite fille. Elle reporta son regard vers un petit objet lumineux qu’elle tenait dans sa main.

« Ah ! Et puis rien ne va plus aujourd’hui…mes ex-ex-ex-amies viennent de m’apprendre que j’ai trois fois moins de « Like » qu’une nouvelle venue se prénommant Hermione !!! Hermione…pffff…quel prénom stupide…pourquoi pas Fuschia pendant qu’on y est ?... »

« Tssss…tsssss…fit le gros oiseau sur la table, voyons chère Alice, quelle triste image vous allez donner à nos invités…Allez donc voir de l’autre côté du miroir si j’y suis…. »

La petite fille partit en bougonnant.

« C’est terrible, continua l’oiseau, il faut toujours qu’elle fasse sa star…enfin, ça lui passera à elle aussi, comme ça nous est passé à tous…bon, où en étions-nous ? Ah oui ! Au début… »

Il fit un signe à un autre personnage vêtu à l’ancienne, silencieux, grave et chauve, qui se leva avec difficulté. L’oiseau ajouta :

« C’est à vous, Professor Plitzenplotz ! »

Le Professor chaussa ses bésicles, se racla la gorge, et déclara :

« Le Dronte de Maurice, ou Raphus Cucullatus, apparenté au Dronte de Rodriguez mais aussi au Solitaire de Bourbon, est une espèce d’oiseau de l’ordre des Columbiformes, endémique de l’île Maurice.

Il aurait disparu à la fin du XVIème, voire au tout début du XVIIème.

L’homme serait à l’origine de sa disparition.

Soit parce qu’il en aurait fait ses choux gras. En le mangeant, avec ou sans chou. Soit, en introduisant sur l’île chiens, chats, rats, porcs et autres prédateurs qui, eux, auraient mangé l’oiseau, ou encore, en amenant avec eux, les bougres d’imbéciles, des macaques crabiers, très friands d’œufs de ce malheureux volatile. Et donc : plus d’œufs, plus de poules, plus de drontes…

Pour cette funeste raison, le Dronte est emblématique de l’extinction des espèces imputable à l’homme et, bien qu’il ait disparu, il continue néanmoins à exister dans l’imaginaire collectif sous son nom vernaculaire : le Dodo ! »

Epuisé par son discours, le Professor Plitzenplotz s’effondra sur sa chaise et s’endormit aussitôt.

Sur la table, le Dodo, car c’était lui, sautait en l’air et gesticulait de plus belle.

 « Merci Professor ! gloussa l’oiseau, rien de tel qu’un petit rappel scientifique pour réveiller…euh je veux dire, pour endormir l’assistance … »

Car autour de la table nul n’avait écouté le moindre mot.

Tout le monde somnolait.

On entendait juste la petite voix de Don Diego qui, la tête enfouie dans les bras, chantonnait doucement : 

« On oublie touuuut…Zous le Zoleil de Megzicooooo….

   On oublie touuuut…Au zon des rythmes tropicaux….. »

« Bon, tout ça c’est très bien, fit le lapin en reprenant ses esprits, vraiment très bien mais…Il regarda sa montre gousset, je suis absolument désolé de vous interrompre mon cher, mais je crois que ça va être  l’heure…

« Oh…j’ai l’habitude d’être interrompu, fit le Dodo, et puis ça n’a aucune importance, puisque c’est pour la bonne cause… »

Il se tut, s’installa au milieu de la table, gonfla son jabot, replia ses ailes, mit une patte légèrement en arrière, pointa son bec en l’air, se positionna de profil et se figea.

« C’est parfait, fit le lapin, on ne bouge plus…. »

Il jeta un dernier regard attendri à l’oiseau immobile.

« Au revoir, chère vieille fripouille…et, ce n’est pas pour être irrespectueux mais cette fois…

C’est vraiment l’heure de faire dodo… »

Et il claqua dans ses petites mains poilues.

Vos bibliothécaires se forment!

Le nouveau programme de formation dédié à vos bibliothécaires est en ligne !

Depuis 11 ans, le Prix Ados "Hautes-Pyrénées, tout en auteurs" est décerné par des adolescents à des romans sélectionnés par des professionnels du livre du département.

 Mois du film documentaire

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450x500 mois du doc 2017

En avant-première, retrouvez les films séléctionnés pour l'édition 2017

Après moultes tergiversations, beaucoup de visionnages et de recherche de films, le groupe de bibliothécaires du département qui travaille autour du mois du film documentaire à rendu sa programmation

optimistes

Dans le cadre du Mois du film documentaire, la bibliothèque d'Esparros projettera le film "Les optimistes" samedi 5 novembre 2016 à 14h30 à la salle des fêtes de Laborde. 

Les Optimistes est le nom d’une équipe de volleyeuses norvégiennes hors du commun : elles ont entre 66 et 98 ans.

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Mois du film documentaire : voici venu le temps de préparer la programmation 2015 !

 

Lors de la réunion bilan qui s'est tenu à la Médiathèque départementale le 24 mars en présence des bibliothèques partenaires, nous avons dégagé une thématique assez large et qui semble rassembler les participants : La Liberté. 

C'est un thème qui peut en aborder beaucoup d'autres : la liberté d'expression mais pas que, la liberté dans l'art, dans l'opinion politique, dans sa vie privée, dans ses croyances religieuses...

 

Plusieurs films ont été présenté et la programmation est en cours de sélection. Voici un tableau récapitulatif.

 

Parallèlement, Images en bibliothèque, l'association coordinatrice de l'évènement, a organisé les ateliers du mois du film documentaire à Paris du 08 au 10 avril 2015.

 

Il en est ressorti 8 thèmes :

 

  • Une BD du réel ?

De nombreux auteurs et dessinateurs se tournent  vers le monde réel, créant des documentaires et des fictions qui sont autant de regards d’artistes sur des pays, des peuples, des luttes, des situations qu’ils nous font découvrir et ressentir. Il y avait le «cinéma du réel», voici qu’apparaît de plus en plus une «BD du réel»... Bande dessinée et cinéma documentaire se côtoient, s’intéressent l’un à l’autre, flirtent et trouvent des points de rencontre. Ce projet est l’occasion d’un hommage à René Vautier à travers son film Afrique 50et la BD de Kris et Etienne Davodeau Un homme est mort(éd. Futuropolis).

 

  • Génocides : le documentaire à l’épreuve de la représentation

Les génocides ébranlent nos possibilités de représentation. Comment parler de l’horreur et comment la représenter ? Génocide des Arméniens, Shoah, génocide des Tutsi au Rwanda : les voiesquimènent à la compréhension de ces crimes ne sont pas qu’historiques ou politiques, elles sont humaines. Le documentaire explore les différentes facettes de ces événements hors norme, les mécanismes idéologiques, politiques et humains de leur genèse et de leur mise en œuvre, donne la parole aux « bourreaux » et à leurs victimes, dénonce leur négation. Il interroge et participe à leur mémoire, une mémoire non pas figée mais vivante, à la fois collective et personnelle, intime et politique.(Partenariat avec le Mémorial de la Shoah)

 

  • Nicolás Rincón Gille

Né à Bogata en 1973, Nicolás Rincón Gille a accompagné, enfant, son père professeur qui rendait visite aux paysans de la campagne colombienne avec ses étudiants d’anthropologie. Après ses études de cinéma en Belgique, il réalise 3 films sur ce sujet qui le poursuivait depuis qu’il était enfant : la richesse de la tradition orale colombienne et sa confrontation à la violence. Avec Noche herida (2015), présenté au dernier festival Cinéma du réel, il achève la trilogie Campo hablado, commencée en 2007 avec En lo escondido et poursuivie avec Los Abrazos del rio en 2011.

(Partenariat avec la revue Images documentaires)

 

  • Les sentiers de l’architecture

Architecture et cinéma sont tous deux des arts de la lumière et de l’espace. Ce sont peut-être ces affinités qui font des films de passionnants points d’entrée dans l’univers des architectes. Par le prisme de l’architecture, ces films nous invitent à regarder autrement l’espace, notamment urbain, où se joue notre quotidien.

(Avec le soutien de la Direction générale des patrimoines du ministère de la Culture et de la communication)

 

  • Vivant !

Cette sélection élaborée avec Vincent Boujon (réalisateur du film Vivant !) est une véritable ode à la vie, un parcours cinéphile qui propose de porter un regard sur la vie, mais aussi la mort, pour l’interroger et se sentir vivant.

 

  • L’homme face au climat

La France accueillera fin 2015 la 21ème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Cet événement politique crucial est l’occasion de s’intéresser à notre planète et d’initier un débat avec le public autour de l’intervention de l’homme sur son environnement et de ses conséquences.

(Partenariat avec le Festival international du Film d’environnement et le Festival international Jean Rouch)

 

  • Des étoiles et des hommes, pour tous les âges !

Le documentaire animé Of stars and men de J. Hubley, est le point de départ d’un corpus de films de toutes les époques et de tous les styles, accessibles à différents âges, qui permettront de découvrir l’univers de manière scientifique ou de s’interroger de façon plus philosophique sur la fascination qu’exercent sur nous l’espace et les étoiles.

 

  • Mois du doc & Fête du cinéma d’animation

Pour la 2ème année consécutive, le documentaire animé est mis à l’honneur avec une sélection de longs métrages rares, voire inédits. Les films circuleront pendant les deux manifestations.

La Fête du cinéma d’animation a pour vocation de sensibiliser les publics au cinéma « image par image » en montrant la richesse du film d’animation sous toutes ses formes. Créé parallèlement à la Journée mondiale du film d’animation célébrée le 28 octobre, elle compte chaque année plus de 500 événements dans divers lieux culturels et éducatifs en France et à l’étranger. En 2015, la Fête se déroulera tout le mois d’octobre. L’AFCA qui coordonne l’événement, vous propose de découvrir les programmes « clé en main » concoctés en partenariat avec Images en Bibliothèques (autour du documentaire animé) et l’Agence du court métrage (avec des films de Corée du Sud), les invités pressentis, les propositions d’ateliers et les événements qui feront du mois d’octobre le mois de l’animation.

 

La liste des films de chacune de ces thématiques sera proposée début Mai sur le site http://www.moisdudoc.com/ dans l'espace pro.

 

A suivre....

 

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Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France.

 

Proposée par la BnF, Gallica est une plate forme d'accès en ligne de documents numériques patrimoniaux et contemporains. Livres, presse, images, enregistrements sonores... Au total, plusieurs millions de documents en lignes, pour certains téléchargeables.

 

Cette ressource numérique est gratuite et libre pour tous.

>Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder :

logo gallica mobile

 

Image-moisdudoc2014-SD

Zoom arrière sur le Mois du film documentaire 2014 dans notre département...

Le Mois du film documentaire a été une belle réussite l'année passée : 8 projections-débats ont eu lieu du 06 au 28 novembre 2014 en partenariat avec plusieurs médiathèques du département : Arras-en-Lavedan, Cauterets, Luz-Saint-Sauveur, Maubourguet, Saint-Laurent-de-Neste et Vic-en-Bigorre.

Ces séances couvraient des thèmes assez variés : la musique symphonique au Vénézuela, le mouvement punk, la guerre de 14-18... Elles étaient toutes suivies d'un débat : avec la réalisatrice Sonia Paramo pour le film "Nos jeunes vies symphoniques", avec Pierre Domengès pour le thème de la musique punk, avec José Cubéro pour la thématique de la guerre de 14-18.

Vous pouvez retrouver des articles et des photos sur la page consacrée au mois du film documentaire.

L'année des pierresL'année des pierres - Rachel Corenblit - Casterman, 2019

Thèmes : juif - conflit israélo-palestinien - famille

 

Résumé:

Dix jeunes Français, catalogués difficiles ou paumés, sont volontaires ou envoyés de force par leurs parents au lycée français de Jérusalem. Plus ou moins d’origine ou de religion juive, ils ignorent tout de ce pays, jusqu’à sa langue. Lors d’un voyage de découverte à Jéricho, leur bus est pris d’attaque par de jeunes Palestiniens qui leur lancent des pierres. Pris au piège entre l’armée israélienne et les Palestiniens, ces adolescents vont assister à des événements qui vont les marquer à jamais. Nous sommes en 1987 en Israël et c’est le début de la première intifada.

C’est un texte superbe qui, sans faire un cours d’histoire sur le conflit israélo-palestinien ni prendre parti, met en  lumière toute l’absurdité et l’horreur de la guerre et de la violence. Avec l’attaque en élément central, la narration, exigeante, alterne présent et passé, pour mieux cerner la complexité et la richesse des vies de ces ados, magnifiquement brossés. Ce roman prend le temps pour faire sens, et chamboule définitivement.

 

Rachel CorenblitBiographie:

Rachel Corenblit est née à Chicoutimi, au Québec. Elle a vécu à Jérusalem, Nice, Paris, Albi, Marseille, Toulouse… Enfant, elle voulait être maîtresse-écrivain-chanteuse. Sa tendance à chanter (avec du cœur cependant) relativement faux ne l’a pas menée sur scène… Mais c’est bien face à des élèves qu’elle trouve sa voie, après des études de philosophie.

Son premier roman, "Shalom Salam maintenant", est paru aux Editions du Rouergue en 2007. Dans ses romans, albums, pièces de théâtre, elle aborde notamment la question de l'acceptation de soi, de la différence, de la résilience…  De son enfance nomade, elle garde le goût de la surprise et l’envie de surprendre.

 

 

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« Maurice ?...J’en ai jamais entendu parler!.. gloussa le virevoltant Peter.

« Est-ce un enfant perdu ? Non ! Alors ça ne m’intéresse pas ! Un adulte perdu ? Ca m’intéresse encore moins ! Mais où est-il votre Maurice ? Nulle part ? Impossible ! Car s’il était nulle part, c’est qu’il serait ici, et s’il était ici,

j’le saurais !...Mais s’il n’est pas nulle part, c’est donc qu’il est ailleurs, et ailleurs, c’n’est pas mon domaine…alors qu’est-ce que j’peux y faire ? ».

Il partit d’un grand éclat de rire, exécuta un nouveau looping et se reposa au sol en saluant sous les applaudissements émerveillés de la jeune indienne.

Quel crâneur, pensa Tulurgglurkuk qui commençait sérieusement à se lasser des façons désinvoltes avec lesquelles le turbulent jeune homme répondait à ses questions. Ce Peter ne tenait pas en place et ne semblait s’intéresser à rien d’autre qu’à lui-même. Sans parler des œillades appuyées que le garçon lançait à « Tigresse-attentive-aux-Lys… » et à Tanarak.

La louve blanche de Tanarak suivait aussi d’un très mauvais œil les manières du garçon. Elle se promettait, s’il passait un peu trop près de sa maîtresse, d’y planter ses crocs, histoire de voir s’il ferait toujours le bellâtre avec un mollet en moins.

Chien-qui-pète, quant à lui, était ravi du spectacle et, comme à chaque fois qu’il était ravi, pétait d’aise sans aucune gêne.

« …Et un pingouin, demanda encore Tulurgglurkuk, ça ne vous dit rien non plus évidemment ? »

Le garçon s’arrêta net de faire le pitre.

« Un pingouin dites-vous ?...un pingouin, ça c’est bizarre…figurez-vous qu’j’viens d’avoir justement une p’tite altercation au sujet d’un pingouin avec un vieux manchot d’mes amis, et ce pas plus tard que c’matin…

« Comment-ça ?

« Bah, c’est sûrement sans importance…mais y’s’trouve que c’vieux pirate me soutenait avoir vu un pingouin filer en mer après avoir dérobé, ne m’demandez pas comment, le réveil qu’était dans l’ventre du crocodile !...

« Le réveil qui était dans le ventre du crocodile ?....

« Ouais, ben…ce s’rait trop long à vous expliquer…Bref, du coup j’l’ai’ traité d’adulte handicapé d’la vie, lui m’a traité d’enfant attardé, de fil en aiguille et d’aiguille en sabre d’abordage, on en est v’nu aux mains, le crocodile s’en est mêlé et mon pirate s’est fait bouffer sa deuxième main !... 

« Pas de chance, en convint Tulurgglurkuk.

« Ouais pas d’chance ! Surtout pour moi, fit Peter d’un air triste, avec qui j’vais bien pouvoir m’escrimer maintenant ? A moins que…peut-être qu’avec une bonne opération…une main d’perdue, comme on dit ici, dix crochets d’retrouvés…

« Et mon pingouin ? revint à la charge Tulurgglurkuk.

« On dirait qu’vous y ‘t’nez à vot pingouin, l’ami ! Vous n’perdez pas l’nord hein ! Mais ça tombe bien parce que, d’après le futur Capitaine-Deux-Crochets, c’est la direction du nord qu’il aurait prise, vot’oiseau... »

Peter changea alors d’attitude, il mit ses mains sur les hanches et ajouta, d’un air fier :

« Et du coup c’est vot’jour de chance. Vu qu’le capitaine pirate peut plus t’nir la barre de son navire, le « Jolly Roger », moi j’dis qu’si ça vous chante, cette barre et c’bateau sont à vous, et aussi à moi, enfin à nous quoi… »

Comme par enchantement nos amis se retrouvèrent donc sur le pont du vaisseau pirate. Peter avait embarqué avec eux, prétextant la nécessité de sa présence du fait de la dangerosité des récifs alentours.

« Pour vaincre les courants imaginaires, avait-il dit en se touchant la tempe, il faut un peu d’imagination, et c’est pas ça qui m’manque…et pis…maintenant qu’j’y pense... »

Un sourire malicieux à faire fondre Tanarak et la jeune indienne éclaira soudain son visage.

« Maintenant qu’j’y pense…vot’ Maurice là… ce s’rait’y pas plutôt le nom d’une île ?...

« Une île ? fit Tulurgglurkuk.

« Oui, une île !...parce que si c’est le nom d’une île, continua-t-il en se tournant vers la proue du bateau et en dardant son épée vers l’horizon…

Bah…l’île Maurice, les amis…elle est juste là…droit devant vous… »

En 12 ans d’existence, le Prix ados est devenu un rendez-vous incontournable de la rentrée.

Interview de Dominique, stagiaire 2018

La formation de base, organisée annuellement par la Médiathèque départementale pour les nouveaux bibliothécaires du département est souvent pour eux le premier contact avec cet incontournable partenaire institutionnel. 

C’est parti pour la nouvelle édition du Prix Ados "Hautes-Pyrénées, tout en auteurs" !

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Le Mois du film documentaire 2018 se prépare dans la bonne humeur...

 

Le jeudi 25 janvier a eu lieu la réunion de bilan du mois du film documentaire 2017 et de perspectives pour 2018. 12 bibliothèques du réseau départemental de lecture publique des Hautes-Pyrénées étaient présentes et ont pu échanger leurs expériences passées et parler de cinéma et de leurs envies pour 2018.

 

Les thématiques qui se dégagent sont : Les femmes, l'agriculture (bergers, néo-ruraux, fromagers...), l'arbre, l'occitanie, les migrants, le maroc, la russie...

 

Le film "La vallée des loups" de Jean-Michel Bertrand a été projeté, chaque bibliothécaire est reparti avec des documentaires à visionner et pourront en discuter lors des prochaines réunions de visionnage prévues les vendredi 16 mars et 25 mai.

 

 La vallee des loups

 

La sélection définitive aura lieu au mois de juin 2018 pour une projection au mois de novembre.

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur la page "Mois du film documentaire" et sur le site http://www.moisdudoc.com/

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Retrouvez ici le programme définitif du Mois du film documentaire 2017 !

 

Le mois du film documentaire dans les Hautes-Pyrénées c'est une sélection de 9 films et 16 projections dans 14 bibliothèques !

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Le mois de novembre approche à grands pas et avec lui, le Mois du film documentaire !

Pour l'année 2017, 5 films, projetés du 05 au 26 novembre 2016 dans 13 lieux du département, ont été sélectionnés par les bibliothèques du réseau de lecture publique des Hautes-Pyrénées.

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Le programme départemental 2015 est arrivé ! Et quel programme !....

 

Cette année, du 4 au 21 novembre, 9 bibliothèques du réseau départemental organisent 11 projections, toutes suivies de débats avec les réalisateurs ou d'autres intervenants plus passionants les uns que les autres...

 

Si vous aimez la danse contemporaine, si vous voulez savoir qui vous surveille sur le net et pourquoi , si vous aimez les histoires de famille et l'humour, ce programme est fait pour vous !

 

Nous vous attendons nombreux !!

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Quatre films, deux thématiques, neuf projections suivies de conférences-débat dont une en présence de la réalisatrice, à travers tout le département. Venez découvrir cette riche programmation !

Sans foi ni loi - Marion Brunet - Pocket Jeunesse, 2019Sans foi ni loi - Marion Brunet - Pocket Jeunesse, 2019

Thèmes : western - Etats-Unis – liberté - situation des femmes

 

Résumé:

Ouest américain, années 1920. Lorsqu'une hors-la-loi débarque chez lui et le kidnappe à l’issue d’une fusillade, Garett, fils d’un pasteur rigide et violent, est terrifié. Avec un joli butin de billets de banque, ils cavalent direction le Wyoming. Sa ravisseuse, Ab Stenson est une femme indomptable, dérangeante, et très vite, elle le fascine. Dans son sillage, il rencontrera les plaisirs et contraintes du monde adulte, l’amitié, les premiers amours, la vengeance, la liberté…  et les secrets qu’elle dissimule sous sa carapace.

Saloons, colts, chevauchées, duels, tout y est. Sauf que le cow-boy est une lonesome girl. Sans que le récit ne vire au féminisme exacerbé, Marion Brunet met en avant la situation des femmes à cette époque et donne ainsi toute la force à son héroïne magnifique qui a fait le choix de la liberté, quel qu’en soit le prix. Le ton est juste, âpre, sensible, le style nerveux et percutant, la tension permanente. Magistral !

 

Marion BrunetBiographie:

Née en 1976, Marion Brunet grandit dans le Vaucluse. Très rapidement accro aux bouquins et aux BD, elle se met à écrire. Après des études de Lettres et quelques envies d’ailleurs (Madagascar, Budapest) elle décide d’être éducatrice spécialisée et travaille actuellement en psychiatrie, dans un hôpital de jour pour adolescents. Elle anime en parallèle des ateliers d’écriture au sein d’une compagnie théâtrale, pour les comédiens et divers groupes d’écoliers et de collégiens. En 2013, elle publie son premier roman, "Frangine" et depuis ose tout, essaie tous les styles, avec talent.

 

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

Après quelques frottements malencontreux contre deux cumulo-nimbus particulièrement abrasifs  le tapis volant de Tchang-Lu s’effilochait de façon dramatique et perdait de l’altitude.

Il allait falloir se poser en catastrophe. Mais où ?

Tchang-Lu scruta la mer avec angoisse.

Il y avait bien ce petit îlot, tout là-bas…

« Mayday ! Mayday ! grésilla la voix du commandant…perte de soie sur tout le fuselage…je répète : perte de soie sur tout le fuselage...tapis à tour de contrôle…demandons attapissage d’urgence…Je répète…»

Il n’y avait évidemment aucune tour de contrôle dans les parages et personne ne répondit à l’appel de détresse. Puis tout se passa très vite. Le tapis plongea vers le sol. Tchang-Lu se mit en boule et attendit l’impact…

Lorsqu’au bout d’un temps indéfini il se réveilla, il crut d’abord, comme il éprouvait beaucoup de mal à bouger, que son corps avait été effroyablement brisé. Heureusement il n’en était rien, il reposait en fait sur un monticule de petits fragments qu’il avait pris d’abord pour ses propres os éclatés en mille morceaux. Puis il comprit qu’il se trouvait en fait sur une montagne de minuscules débris de coquilles d’œufs qui avait probablement, et miraculeusement, amorti sa chute.

S’il ne pouvait pas bouger, c’était parce qu’il était tout simplement ligoté, ficelé comme un saucisson, par un réseau de cordes et de ficelles qui le maintenaient étroitement lié à une multitude de petits poteaux solidement plantés dans le sol tout autour de lui.

« A votre avis cher collègue…gros-boutiste ou petit-boutiste ?...demanda une toute petite voix anxieuse près de son oreille droite.

« Ma foi, répondit une autre toute petite voix près de son oreille gauche, je n’en sais fichtre rien cher collègue ! Tout cela est bien fâcheux, vous en conviendrez ! Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de ces deux mastodontes ?... »

Tchang-Lu ne pouvait pas non plus tourner la tête mais il put, du coin des yeux, voir à qui appartenait ces petites voix sentencieuses. Il s’agissait de minuscules personnages attifés à l’ancienne mode européenne et coiffés de perruques poudrées.

Ces individus n’étaient pas seuls. Toute une foule de tous petits êtres l’entourait et le dévisageait comme s’il était un phénomène de foire, ce qui apparemment était le cas. Certains riaient en le montrant du doigt, d’autres encore plus petits, des enfants sûrement, se cachaient le visage de peur, d’autres encore lui jetaient ce qui lui semblait être des poussières de cacahuètes. En première ligne, tout contre lui, une escouade de gardes solidement armés repoussait les plus téméraires qui tentaient de  lui grimper dessus.

 Les voix sentencieuses reprirent.

« Et si nous lui posions la question, cher confrère ?

« Tout à fait, tout à fait, cher confrère, la question doit lui être posée !

L’un des deux personnages saisit alors un porte-voix, mais avant qu’il ait pu prononcer sa fameuse question, une autre voix, beaucoup plus grave, et pour tout dire d’une tonalité normale, s’éleva derrière Tchang-Lu.

« Bien le bonjour camarade ! C’est gentil de me rendre visite…je commençais à me sentir un peu seul sur cette île…enfin, seul, vous m’avez compris…parfois il vaut mieux être grandement seul que mal et petitement accompagné… »

Un grognement de réprobation s’éleva de la foule et toute sorte de projectiles fut lancée sur l’homme qui parlait ainsi et qui était, de la même façon que Tchang-Lu, solidement attaché au sol.

«Plus on est petit, moins on aime être contrarié, il faudra vous y faire. Tout est question d’habitude n’est-ce pas, continua l’homme, et de relativité, et de trigonométrie si on a, comme moi, l’esprit scientifique…mais…veuillez me pardonner, je manque à tous mes devoirs d’hôte, même d’hôte entravé, je ne vous ai pas encore fait les honneurs du propriétaire, et bien que les vrais propriétaires du lieu ne mesurent pas plus de six pouces, il est bon que vous sachiez à qui vous avez affaire. D’ailleurs moi-même je ne me suis pas encore présenté...

« C’est vrai, réussit à dire Tchang-Lu, qui êtes-vous  et où sommes-nous ?

« Où sommes-nous ? Mais nous nous trouvons sur la très fameuse et très hospitalière île de Lilliput !...Quant à moi, j’étais chirurgien à bord d’un vaisseau de sa gracieuse majesté le Roi d’ Angleterre et je m’appelle Lemuel…

Lemuel Gulliver, pour vous servir…

Enfin, continua l’homme en regardant ses liens, quand je pourrai vous servir, évidemment… »

Jean-Luc Marcastel a rencontré les enfants de l'école d'Esparros pour discuter avec eux de son roman "L'auberge entre les mondes" en lice dans le Prix ados 2019.

Cette année, le Prix ados "Hautes-Pyrénées, tout en auteurs" t'offre 2 fois plus de possibilité de voter !

La formation de base, c'est maintenant!

C’est ce matin à la Médiathèque départementale que débute la session 2019 "Formation de base".

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Ça y est, le programme 2018 est prêt ! Découvrez les films que vous pourrez voir dans vos médiathèques preférées au mois de novembre...

 

Voici les 6 films qui on été sélectionnés pour être projetés lors du mois du film documentaire 2018 :

 

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  • A l'Abbaye de l'Escaladieu le dimanche 4 novembre à 15h suivie d'une dégustation de jus de légumes artisanaux.
  • A la maison du savoir de Saint Laurent de Neste le vendredi 09 novembre à 20h30 précédée d'une auberge espagnole à 19h. Un débat sera animé par la Maison de la nature de Puydarrieux.
  • A la salle des fêtes d'Arras en lavedan le vendredi 16 novembre à 18h30 suivie d'un pot de l'amitié. Un débat sera animé par la Maison de la nature de Puydarrieux.
  • A la médiathèque de Castelnau-Magnoac le vendredi 23 novembre à 18h30 suivie d'une auberge espagnole. Un débat sera animé par Marguerite de Larrard, maraîchère en permaculture.

 


 

 

 

Là où poussent les coquelicots de Vincent Marie

 

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  • A la Maison de la Vallée de Luz Saint Sauveur le mardi 06 novembre à 21h. Séance à tarif unique 4€.
  • A la Médiathèque de Vic en Bigorre le mercredi 07 novembre à 19h. Un débat sera animé par M Mirambeau, auteur.
  • Au Foyer Municipal de Montgaillard le dimanche 11 novembre à 16h. La pojection sera suivie d'un débat animé par M Mirambeau, auteur, et d'une auberge espagnole avec dégustation de la "soupe du poilu".

Séances scolaires en présence du réalisateur Vincent Marie :

  • Au Lycée d'Argeles-Gazost le jeudi 29 novembre à 10h
  • Au Cinéma de Bagnères de Bigorre le jeudi 29 novembre à 14h
  • Au Cinéma de Vic en Bigorre le Vendredi 30 novembre à 10h
  • Au CAC de Maubourguet le vendredi 30 novembre à 14h

 


 

La Terre et le lait, série documentaire de Jeanne Bourgon

 

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  • A la bibliothèque de Pouyastruc "Anawim" et "Belloc" le samedi 03 novembre à 18h, à l'école, en présence de Jeanne Bourgon la réalisatrice. Un apéritif dinatoire sera offert en fin de projection.
  • A la salle des fêtes d'Omex "Anawim" et "Miren" le vendredi 30 novembre à 18h, en présence de la réalisatrice Jeanne Bourgon. Le projection sera suivie d'un repas partagé avec dégustation de fromages et animé par des chants basques.

 


 

 

Un Paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella

 

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  • A la Maison de la vallée de Luz St Sauveur le jeudi 8 novembre à 20h en présence de Catherine Catella, réalisatrice.

 


 

Prosper et la jeunesse pétillante de Laurence Kirsch

 

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  • A la salle des fêtes d'Esparros le samedi 10 novembre à 18h, suivie d'une auberge espagnole.

 

 


 

 

En équilibre d'Antarès Bassis et Pascal Auffray

 

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  • A la médiathèque de Cauterets le vendredi 02 novembre à 17h30 suivie d'une collation.

 


 

Toutes les séances sont libres et gratuites !

Venez nombreux !

 

Plus d'informations sur le site du Mois du film documentaire

 

 

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Pour cette nouvelle édition du Mois du film documentaire, la bibliothèque d'Esparros vous invite à une projection autour d'une auberge espagnole.

 

 

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Au programme cette semaine :

 

 Les optimistes - Gunhild Westhagen Magnor

          

            samedi 5 – 14 h 30 - Projection à la salle des fêtes de Laborde, organisée par la bibliothèque d'Esparros en partenariat avec le foyer des ainés des Baronnies.

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Pina Bausch et la danse contemporaine à l'honneur pour le mois du film documentaire 2015 !

Au programme :

Projection du film Pina de Wim Wenders, France télévisions, 2011, 1 h 43 min, VF

Un film porté par l'Ensemble du Tanztheater Wuppertal sur l'art singulier de la chorégraphe Pina Bausch disparue à l'été 2009. Ses images nous convient à un voyage au coeur d'une nouvelle dimension, d'abord sur la scène de ce légendaire Ensemble, puis

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Interview de Pierre Domengès lors du mois du film documentaire 2014 à propos du film "Joe Strummer, the future is unwritten"

 

Petit rappel du résumé :

Un film réalisé par Julian Temple

Production : Surreal film

Grande-Bretagne, 2007
123 minutes

Joe Strummer, né de son vrai nom John Graham Mellor le 21 août 1952 à Ankara et mort le 22 décembre 2002, est un musicien britannique connu pour avoir été le leader du groupe The Clash, l'un des groupes les plus emblématiques du courant punk.

En tant que leader du groupe punk Clash à partir de 1977, Joe Strummer a profondément influé sur l'existence de ses contemporains, et cette influence perdure aujourd'hui encore à travers le monde entier. Dans The Future is Unwritten, Joe Strummer est décrit non seulement en tant que musicien et légende, mais aussi comme un véritable témoin de notre temps. S'inspirant à la fois d'un passé punk commun et d'une profonde amitié développée au cours des dernières années de la vie de Joe, le réalisateur Julien Temple rend hommage à Joe Strummer, avant, pendant et après The Clash.

 

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Ecoutez l'interview reccueillie par nos soins lors de la projection qui a eu lieu à Cauterets le 14 novembre 2014 :

 

 

 

 

 

Engrenages et sortilèges - Adrien TomasEngrenages et sortilèges - Adrien Tomas - Rageot Editeur, 2019

Thèmes : steampunk - magie – technologie - manipulation

 

Résumé:

Grise et Cyrus sont deux élèves brillants de la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Et au-delà de leurs orientations divergentes, ils se détestent farouchement. Une nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Ils se retrouvent à devoir s’enfuir ensemble et chercher refuge dans les Rets, un sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont pas d’autre choix que de collaborer et mettre de côté leurs différences … ou du moins, essayer.

Un monde où deux puissances se côtoient avec inimitié, d’un côté une magie prestigieuse mais désuète et de l’autre une technologie avancée. Un roman efficace, drôle, plein d’enthousiasme, sombre aussi, doté d’une intrigue qui surprend et de personnages qu’on aime voir évoluer. Et comme souvent dans les récits de l’imaginaire, une réflexion nécessaire et opportune sur les pouvoirs politiques, les oppressions, les manipulations, les extrémismes…

 

Biographie:

Tomas AdrienAdrien Tomas est né en 1986 à Soissons. A sa grande déception, quand il est devenu grand, les Dragons avaient disparu et les donjons lugubres étaient remplis d’écriteaux déprimants, du genre « ne pas toucher ».

Faute de vivre l’aventure en vrai, il se plonge dans la fantasy, dévorant Tolkien, Gemmell, Scott Card ou Eddings, et une chose en entraînant une autre, il sombre définitivement dans le geekisme (qui à l’époque n’était pas encore une qualité).

Il exerce ensuite des activités aussi diverses que libraire, éleveur d’anémones ou cuisinier dans un restaurant de flammekueche. Un soir, en plein hiver, pour lutter contre l’ennui il s’attelle à  son premier roman : "La Geste du sixième royaume", récompensé du Prix Imaginales en 2012.

 

 

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Le petit macaque allait passer un sale quart d’heure si personne n’intervenait avant.

« Il n’y a plus qu’une chose à faire…murmura la vieille dame à l’oreille de Moussa Moussa qui s’inquiétait pour son petit singe.

Il se demandait bien comment il allait pouvoir le sauver, les terribles dos argentés approchaient dangereusement du centre de l’arène en bavant de rage et le public déchaîné, le roi Zanzibabar 1er  en tête, les encourageait en hurlant.

« Il nous reste…les épinards…ajouta-t-elle,

« Quels épinards ? demanda Moussa Moussa perplexe,

« Ceux-là ! grogna une voix grincheuse derrière lui.

« Il était temps mon ami, fit la vieille dame en se retournant, où étais-tu encore passé ? On n’attendait plus que toi…

« Je suis c’que j’suis et c’est tout c’que j’suis ! fit le curieux marin, car il s’agissait bien d’un marin, qui, pipe au bec et casquette penchée sur la tête, tenait dans chacune de ses grosses mains deux boîtes de conserve cabossées.

L’air furieux, il dévisagea le pauvre Moussa Moussa que la vieille dame venait de lui présenter, et marmonna :

« Moussa Moussa, c’est pas vraiment un nom d’mat’lot ! J’vas plutôt t’app’ler Moussaillon Moussaillon ! Ca m’semble plus correc’…Et maintenant, Moussaillon Moussaillon, mate un peu c’qui va s’passer !... »

Ce qui se passa fut très bref…

D’une habile pichenette le colérique marin décapsula les deux boîtes de conserve, en engloutit une d’un coup et, d’un monumental lancer, envoya l’autre boîte directement sur la tête du petit macaque qui, ouvrant bien large son gosier, avala le contenu de la boîte, sous l’œil éberlué des dix gorilles qui, eux, restèrent bouche bée.

Mais pas longtemps…

Car le petit macaque n’était déjà plus un petit macaque.

Une incroyable transformation venait de s’opérer : ses muscles s’étaient gonflés en un clin d’œil au point de faire exploser ses chaînes, sa taille était devenue, en trois secondes, trois fois plus haute que celle du plus grand des gorilles, ses minuscules quenottes s’étaient transformées en énormes crocs et lorsqu’il voulut simplement bredouiller : «  Qu’est-ce qui m’arrive ? », un effroyable rugissement fit trembler tous les gradins…

La panique s’empara de la foule qui hurlait de terreur et fuyait en tous sens.

Les dos argentés gémissaient et grattaient la terre pour s’y enfouir.

Mais pas longtemps…

Car le marin avait sauté au milieu de l’arène et envoyait valser les singes terrorisés dans les décors.

« Qu’est-ce qu’on rigole ! grimaça-t-il.

« Grrrrhh ! grogna l’ex-petit-macaque maintenant gigantesque gorille qui se tambourinait le torse en cadence.

« Et Bing !...scandait le marin en continuant à boxer les gorilles, et Bing et Bong, et Ding et Dong…au fait, comment qu’c’est ton p’tit nom à toi mon gars ?

« Grrrrrhhhhhh ! essaya de dire l’autre.

« Ah ouais….Je vois…Bon, j’vas t’appeler King… »   Il martelait en rythme la tête d’un pauvre singe. « Et j’vas aussi t’appeler Kong !... »

« Grrrrrrrrrhhhhhhh ! répondit joyeusement King Kong…

L’arène s’était vidée d’un coup.

Moussa Moussa fit signe au marin et à l’énorme gorille de venir le rejoindre sur les gradins désormais déserts. Ce qu’ils firent d’un bond. Le gorille le prit dans ses bras monstrueux pour lui faire un câlin. Le marin versa une larme et éternua bruyamment.

« Ch’uis trop sensible…les retrouvailles entr’amis, ça m’fait toujours c’t’effet… »

La vieille dame sortit un mouchoir de sa poche et le tendit au marin. Elle se pencha vers lui et lui murmura quelques mots.

« Ah oui…c’est vrai, fit-il en se mouchant…Nom d’une pip’en maïs, j’avais oublié c’foutu Maurice…Allez les marsouins, finies les effusions, faut pas traîner…Brutus est sûr’ment à nos trousses…King-Kong, prends Moussaillon Moussaillon sur ton dos  et on file vers les quais ! Mon vieux rafiot, le « Spinach of the Sea » nous y attend…J’espère qu’t’as pas trop l’mal des mers Moussaillon Moussaillon ? Parc’que pour s’couer, ça va sal’ment s’couer !...»

Ils prirent la route du port.

I’m Popeye the sailor man,

I’m Popeye the sailor man,

The moron I miss  it’s that stupid Maurice,

I’m Popeye the sailor man…

Le Prix Ados, ou plutôt LES Prix Ados 2019 ont été dévoilés hier soir lors de la Remise des prix officielle. 

Le prix ados « Hautes-Pyrénées, tout en auteurs », c’est donner toute sa place à la lecture plaisir !

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A l'occasion du centenaire de la grande guerre, la commune de Montgaillard propose une projection d'un film documentaire et une exposition

 

Retrouvez ci-dessous le programme et les détails du film :

 

programme

 

La projection est organisée dans le cadre du mois du film documentaire. Vous pouvez retrouver toute la programmation départementale ici.

 

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La Médiathèque de Vic-en-Bigorre vous invite jeudi 9 novembre à 21h pour la projection du film "Ça tourne à Villapaz" de Maria Isabel Ospina De Los Rios.

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Au programme cette semaine :

           Mardi 8 – 15 h - Bibliothèque municipale de Cauterets, projection en présence de Damien Costa, professeur en éducation physique adaptée sénior et d'un médecin gériatre, en partenariat avec le CLIC (Centre local d'information et de coordination gérontologique) Pays des Gaves. Une petite collation sera proposée à l'issue de la projection.

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Existe-t-il encore un espace dans nos vies citoyennes qui échappe à la surveillance ? 

Au programme

Projection du film "Un oeil sur vous : citoyens sous surveillance !" d'Alexandre Valenti - Arte 2013 - 1h28mn

Aujourd’hui, 70 % de nos appels téléphoniques sont enregistrés et Google garde en mémoire durant cinq ans nos recherches effectuées sur Internet. Au fil des années, la surveillance ciblée s’est transformée en contrôle de masse à l’échelle planétaire.

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Vendredi 7 novembre 2014, les bibliothèques de Cauterets et Arras en Lavedan ont accueilli la réalisatrice onia Paramo lors de la projection du film « Nos Jeunes Vies Symphoniques »  programmé dans le cadre du Mois du film documentaire.

 

Cet évènement a attiré environ 70 personnes qui ont pu assister à la projection du film suivi d’un débat riche en anecdotes, en rire et en émotion. Sonia Paramo, réalisatrice et Patrick Lauze, monteur du film ont su captiver l’attention du public par leur simplicité et leur aptitude à répondre avec passion aux questions.

 

Une forte mobilisation et un investissement des bibliothèques a permis la réussite de ces rencontres.

 

Voici quelques photos pour revivre cette soirée :

 

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Réalisation : Orcades; 2004

Descriptif : 12 panneaux; 60 x 80 cm.; affiche pelliculée souple nue. 

 

A travers l'exemple du riz, cette exposition propose une réflexion sur

les questions alimentaires mondiales.

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Avant d'être associée à l'écriture, la lettre est un premier pas vers l'imaginaire. C'est pourquoi, les abécédaires gardent une grande force symbolique et un fort impact auprès des enfants. Voici plusieurs interprétations de l’alphabet par des auteurs aux sensibilités différentes.

Laissez place à votre imagination...

 

...

Nos mains en l'air - Coline PiérréNos mains en l'air - Coline Pierré - Le Rouergue, 2019

Thèmes : surdité - fugue - conflits familiaux - amitié

 

Résumé:

Victor et Yazel n’auraient jamais dû se rencontrer… Car il n’y a rien en commun entre un apprenti braqueur malhabile, irrémédiablement honnête, et une orpheline sourde recueillie par une richissime et glaciale tante. Sauf que l’un comme l’autre refusent de coller à un destin tracé pour eux. Lors d’un cambriolage raté de Victor chez Yazel, l’étincelle fuse, la futée fraternise avec le gentil et les voilà s’embarquant dans une cavalcade rocambolesque pour échapper à leurs familles déglinguées.

Un roman empreint de grâce, aussi aérien que la couverture le suggère. Victor et Yazel se sont choisis, s’inventent une langue commune (on apprend beaucoup sur la langue des signes), se découvrent et s’affirment à travers le regard et l’écoute profonde de l’autre.

Ce road trip initiatique est touchant, juste, drôle, les dialogues sont ciselés tout autant que l’intrigue qui va crescendo. Juste grisant !

 

Biographie:

Coline PierréColine Pierré est née en 1987. Elle passe son enfance en Alsace, où, adolescente, elle commence à écrire des histoires et des chansons. En 2013, elle publie son premier roman pour la jeunesse, Apprendre à ronronner.

Comme elle aime faire tout un tas de choses différentes, elle écrit des histoires pour les enfants et pour les adultes, elle créée des lectures musicales ou dessinées avec d’autres artistes, elle apprend à danser les claquettes, elle joue des instruments de musique bizarres : du theremin, du qchord, de la lame sonore, du stylophone…  Avec son complice Martin Page, elle a créé Monstrograph, une maison de microédition qui publie des livres dessinés à la main, de petits essais iconoclastes, etc... 

 

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

 

Chapitre 21

Le Turbo-morse commençait à donner des signes de faiblesse.

Il faut dire que Tulurgglurkuk ne l’avait pas ménagé. Depuis trois jours et trois nuits qu’ils filaient à toute allure, monture et équipage n’avaient pris ni repos, ni repas. La steppe glacée avait succédé à la banquise, la toundra avait succédé à la steppe. Ils venaient de pénétrer dans la Grande Forêt sans qu’ils trouvent de quoi manger. Le morse zigzaguait entre les hauts mélèzes mais on sentait bien que ses forces s’épuisaient, le turbo toussotait salement, Chien-qui-pète aussi…

Soudain, alors que rien ne le laissait présager, la forêt s’éclaircit.

Ils débouchèrent à leur grand étonnement sur une clairière remplie de véhicules tous plus invraisemblables les uns que les autres. Au centre de la clairière, une immense cabane en bois toute en longueur resplendissait de mille néons scintillants, sur le toit du bâtiment une réclame annonçait fièrement : Au Royal Nunavut Burger ! Le Meilleur Fast-Phoque du Nord !

Ils étaient sauvés ….

Ils accrochèrent le turbo-morse à une barrière, entre un imposant yack à propulsion hydraulique et un petit caribou à roulettes, puis pénétrèrent dans l’improbable bar. Après des jours et des nuits passés dans le silence et la solitude, les bousculades pour arriver jusqu’au comptoir, le brouillard suffocant provenant des cuisines et le boucan infernal prirent Tulurgglurkuk à la gorge et il chancela. Une serveuse à l’identité douteuse, mi-ourse mi-on-ne-sait-pas-quoi le rattrapa par la taille et gloussa : «  Pour consommer c’est droit devant bel étranger, en tout cas c’est pas par terre que ça se passe ! allez ouste, c’est par là !... » Chien-qui-pète quant à lui était au bord de l’extase. Ne pouvant se retenir de donner libre court à son désordre intestinal favori il lâcha un pet si retentissant et si nauséabond que la foule s’écarta instantanément.

Deux places se libérèrent au comptoir, nos deux amis s’y assirent.

Une serveuse chaussée de patins à glace se planta tout sourire devant eux et leur balança deux menus dans les mains  :

«  C’est pour manger sur place ou c’est pour emporter ? »

« Les deux ! brailla Chien-qui-pète en inondant le zinc de sa salive.

« Y f’rait mieux d’étudier la carte le clébard ! L’igloo ne fait pas crédit ! » fit la serveuse, puis elle repartit servir deux gros grizzlis qui commençaient à s’impatienter un peu plus loin.

«  Voyons cette carte, dit Tulurgglurkuk, en jetant des regards inquiets autour de lui, commandons, mangeons un morceau et allons-nous en. Cet endroit ne me dit rien qui vaille.

« Allons, relax, fit Kaalakkakakakuk ( qui veut dire maintenant Chien-qui-pète-et-qui-bave), relax…Faut savoir prendre du bon temps. Alors qu’est-ce qu’il y a de bon sur ce menu ? Wouaaahhhhhh ! Un Royal Cheese Burger de phoque braisé avec des cornichons des mers et des chips de crabes à la chantilly ! J’en ai toujours rêvé ! On prend ça, on prend ça dis ?....Ohhhh ett puis non on va plutôt prendre un Spécial Triple Tacos de Narval avec brochettes de harengs fumés à la sauce aigre-douce et ses potatoes infernales ! Trop bien ! Ahhhhhh j’hésite…. Et si je prenais plutôt un Double Carpaccio de bave de pieuvre avec un Croque-Monsieur à la graisse de baleine frite et au jus de boudin de morse avec supplément bacon et sa garniture de chips de morue en enchilada…

«  Tu ne crois pas que…

« Et puis en dessert je veux bien un sorbet de racines de mélèze hyper glacé et son iceberg de coulis de jus d’otarie au miel des trois saisons….

«  Je ne pense pas que…

«  Patron c’est ma tournée ! » se mit à hurler Kaalaaklikklikkliklikklik, ( qui veut dire Chien-qui-pète-et-qui-bave-et-qui-perd-la-boule), qui donc comme son nom l’indiquait venait de péter un boulon. Et même plusieurs…

«  Tournée de nuggets pour tout le monde ! continuait-t-il à beugler en plein délire. Et qu’ça saute…. »

Un silence de morse se fit dans la salle. L’un des deux grizzlis assis au comptoir descendit de son tabouret et s’avança lentement en roulant la mécanique de ses épaules musclées. La foule s’écarta. Il planta ses yeux noirs dans ceux de Tulurgglurkuk, mit une de ses grosses pattes sur la tête de Tulurgglurkuk, et dit :

«  Et que ça saute ?... C’est bien ça qu’il a dit ton copain ? Et qu’ça saute ?…. »

Chapitre 22

La tortue n’avait jamais vu d’être humain de toute sa vie.

Elle en avait entendu parler bien sûr, comme tout le monde sous l’eau, mais elle n’en avait jamais vu d’aussi près. Les poissons, les crustacés, les mammifères et les reptiles de mer comme elle en parlaient beaucoup entre eux, c’était même un de leur sujet de conversation favori. Les humains, pensez-donc, depuis la nuit des temps marins tout le monde savait qu’il fallait s’en méfier…

Et voilà qu’elle en avait un juste sous le nez, enfin sous le bec. Cet humain-là n’avait pas l’air bien méchant, pas très beau c’est vrai, avec ces quatre grandes brindilles marron de chaque côté du corps qui devaient être ses nageoires,  cette grosse touffe de poils emmêlés sur le crâne qui ressemblait à une vieille méduse, ces branchies évasées au milieu du visage, cette bouche pleine de dents qui bredouillait des sons incohérents et ces deux gros yeux ronds qui la fixaient.

Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire là, la tête enfouie dans le sable ? Est-ce que les humains mangeaient du sable ? Est-ce qu’il venait pondre ses œufs sur la plage lui aussi ? Sa plage à elle qui plus est... Elle n’avait jamais entendu dire que les humains pondaient des œufs mais elle ne savait pas tout. Elle n’était qu’une bien jeune tortue luth de 110 ans après tout…

Elle s’approcha plus près, le renifla, il ne sentait vraiment pas bon. Elle sortit sa très longue langue et lui lécha le bout du nez. Beurk….Aucune odeur d’écume, de vase ou d’eau salée. Cet humain-là n’avait sûrement jamais mis une ouïe dans la Grande Eau.

Cet humain-là, Billiwong Billidong, éternua violemment. L’œil curieux et en amande de la tortue essaya de sonder l’œil rond et étonné de Billiwong Billidong qui bondit en arrière sur ses fesses.

Je ne savais pas que les humains étaient aussi froussards, se dit la tortue.

«  Je ne suis pas froussard, dit Billiwong Billidong,  je rêvais et j’écoutais les conseils de mon animal-esprit le koala, c’est tout.  Je suis Billiwong Billidong le grand chasseur. Je viens de la terre des déserts de terre rouge et je cherche un kangourou doux. Il se pourrait qu’il soit parti sur les eaux. Et toi qui es-tu, animal à grosse coquille et au nez crochu ?

«  Eh bien, gloussa la tortue, bonjour grand chasseur qui n’est pas très beau non plus et qui n’a peur de presque rien. Moi je viens des profondeurs bleutées du vieux Pacifique, l’océan est mon royaume car je suis un tortue luth et je suis ici pour donner naissance à cent cinquante petites tortues qui vont bientôt sortir de leur œuf et aller vers la mer…Si les crabes ne les mangent pas avant.

Biliwong Bilidong saisit son didgeeridoo et commença à en jouer doucement.

« Tortue luth du Vieux Pacifique, dit-il, si je réussis à amadouer les crabes en jouant de mon instrument, pourras-tu m’aider à surfer sur les vagues pour retrouver mon kangourou ?

«  Tope là, répondit la tortue luth en tendant sa nageoire, tape m’en une Bingbongbingbong ou quel que soit ton nom bizarre. Mon nom à moi c’est Toholuhuluholoholuhuluhuluhuluholuhulu, mais tu peux m’appeler Lulu !...

«  Lulu, dit Biliwong Bilidong, je crois que ceci est le début d’une longue amitié…. »

Chapitre 23

« Tu m’apprendras à jouer du Luth ? demanda Biliwong Bilidong à sa nouvelle amie.

« Bien sûr, répondit sa nouvelle amie, et toi tu m’apprendras à jouer du bâton creux ?

« Didjeeridoo, rectifia le nouvel ami tout en allumant un gigantesque feu de branches sur la grève. On pourrait jouer ensemble. Le Duo Lulu et Bili, je suis sûr qu’on ferait un tabac dans le bush ….

« Je croyais que tu voulais d’abord retrouver ton kangoudou ?…

« Kangourou doux, rectifia le nouvel ami toujours en alimentant le feu, bien sûr bien sûr, mais on peut penser à l’avenir…

« En parlant d’avenir, dit la nouvelle amie en regardant le sable onduler autour d’eux, il va falloir être rapide et efficace… »

En effet la plage semblait bouillonner. D’un seul coup les petites tortues, qui venaient de casser leur coquille, sortaient leur tête hors du sable. Dans le même temps des centaines de crabes rouges jaillissaient de l’eau et se précipitaient sur les nouveaux nés. Biliwong Bilidong  empoigna fermement son didjeeridoo et commença à souffler. Les crabes s’arrêtèrent net, puis, comme hypnotisés suivirent à la queue-leu-leu et en se dandinant le musicien qui s’avança vers le brasier. Il y pénétra et traversa le feu sans que cela ne lui fasse aucun mal. La plante de ses pieds était aussi dure que le plus dur rocher du désert. Et, alors que les petites tortues se dirigeaient vers la mer, les crabes grillèrent tous, l’un après l’autre et sans même s’en rendre compte….

«  Et en plus, le dîner est cuit !.... » s’exclama Biliwong Bilidong ravi.

« Bravo, dit Lulu la tortue luth ! tu as rempli ton contrat Bongbongbong !

Et merci, cent cinquante fois merci pour ma progéniture ! Mais je ne vais pas t’enseigner le luth en fait…J’ai beaucoup mieux que ça à t’apprendre…

Elle se dirigea vers l’eau.

«  Monte sur mon dos et tiens-toi bien droit…

Elle plongea dans les rouleaux.

«  Maintenant Je vais t’apprendre à surfer !.... »

Chapitre 24

Avant d’assister aux premiers cours de maintien sur dos de tortue luth donnés à Biliwong Bilidong peut-être serait-il utile de faire le point sur les connaissances de l’époque relatives au Kangourou doux.

Petit rappel scientifique établi en 1540 par Herr Professor Plitzenplotz de l’Académie Royale de Plitzenplotz ( à Plitzenplotz ).

L’existence du Kangourou doux a pour la première fois été attestée dans le compte-rendu du voyage dans les mers australes lu par l’éminent navigateur Spaghettino Spaghettini devant l’Archiduc Gaston-Herman IV en 1528 ( à Plitzenplotz ).

Spaghettino Spaghettini affirme avoir aperçu une première fois le Kangourou doux sur l’île de Santa-Cruz-della-Constipacion. Accroupi derrière un palmier et en proie à de sévères tourments gastriques Spaghettino Spaghettini affirme que l’animal lui serait apparu et lui aurait dit ( en latin approximatif ) : « Voilà ce que c’est quand on mange trop de féculents ! »

Lors de cet épisode il aurait noté la longueur démesurée des cuisses de l’animal ainsi que sa grande vélocité.

Le dit animal serait apparu une seconde fois à Spaghettino Spaghettini alors qu’avec le botaniste du bord, un certain Jojo-la-Racaille, ils étudiaient le degré d’alcool trouvé dans certains fruits fermentés toujours sur  l’île de Santa-Maria-della-Constipacion. L’animal était à cet instant accompagné de plusieurs autres de ses congénères. Ils auraient bondi sur la table de travail et auraient entonné le chant du régiment des hallebardiers du Grand Duché.

Les Kangourous doux auraient ensuite été capturés, tués, cuisinés promptement et servis avec de l’ail et des épices locales. Les convives auraient beaucoup apprécié. ( Mis à part quelques officiers britanniques présents à ce moment et qui apparemment n’auraient pas raffolé de ce genre de mets ).

Après vérifications il semble probable qu’il y ait eu confusion au sujet des cuisses. Après vérifications il semble probable que Spaghettino Spaghettini ait fait une grave confusion quant au Kangourou doux.

Ce qu’il a vu n’aurait été qu’une espèce de grenouille à longue cuisse.

Spaghettino Spaghettini a depuis été renvoyé.

L’ail et les épices n’auraient fait l’objet d’aucun débat.

Pas de Kangourou doux attesté, donc, en 1528 ( à Plitzenplotz ).

Et c’est tout ce qu’on sait.

Chapitre 25

Acocoyotl Polichtitli n’en revenait pas.

La pièce où il se trouvait était certainement un des endroits les plus secrets de Tenochtitlan. Nul, à part lui et l’Empereur, ne connaissait le moyen d’y pénétrer. Et donc d’en sortir.

Pour y accéder il fallait parcourir un labyrinthe de couloirs gardé à chaque angle droit par un garde armé jusqu’aux dents. Elle ne comportait pour seule ouverture qu’une lourde porte en bronze bardée d’un système de serrures compliquées dont il était le seul à posséder la clef. Chacun des quatre murs était fait d’une seule énorme pierre taillée dont les joints étaient scellés avec un mortier spécial à base de lave broyée provenant du volcan Popocatepelt.

Cette pièce impénétrable faisait partie d’un ensemble de bâtiments situés à l’intérieur du Palais et constituait le cœur de la mémoire, autant profane que sacrée, de l’Empire. On la surnommait : La Chambre des Codex !

Sous la surveillance acérée de Polichtitli, seuls les scribes les plus zélés et les meilleurs artistes du pays avaient le droit et l’honneur d’y pénétrer. Ils avaient pour tâche de retranscrire et de peindre sur d’immenses rouleaux en feuille d’amate ou de ficus, tel un journal au jour le jour, les faits et les gestes les plus significatifs de leur seigneur et maître : Moctézuma II, Empereur de tous les Aztèques.

La dernière touche avait été posée ou plutôt enluminée hier soir par Polichtitli et aujourd’hui Moctézuma lui-même devait venir contempler le chef-d’œuvre.

L’ultime dessin devait représenter un des évènements les plus importants du règne de l’Empereur :  l’apparition en rêve du Dieu Serpent-à-Plume le jour de son couronnement.

La finition des écailles avait été tout spécialement soignée, le soyeux des plumes également et Polichtitli avait été particulièrement fier du résultat. On pouvait presque croire que le Serpent était réel. C’était assurément une de ses plus belles réalisations, le point d’orgue de toute une carrière. De toute une vie. Mais fier, ce matin, Polichtitli ne l’était plus.

Car au centre de la page XXVIII du codex, en lieu et place du Serpent-à-Plume, il n’y avait plus qu’un grand vide.

Il fallait admettre l’évidence :

Le Quetzalcoatl s’était fait la malle…

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Vous saurez tout sur le mois du film documentaire 2018 en lisant le programme en image !

 

 

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A noter qu'à Montgaillard le 11/11, M Mirambeau interviendra à l'issue de la projection et dédicacera son livre (comme à Vic en bigorre).

 

Egalement, la séance prévue au cinéma de Bagnères de bigorre aura lieu finalement au Lycée Victor Duruy.

 

 

 

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Information de dernière minute : pour les projections en soirée à Luz, les gorges seront fermées à partir de 22h30. Egalement, la réalisatrice Catherine Catella ne sera finalement pas présente pour la projection du 08/11.

 

Retrouvez le programme téléchargeable ici et également sur le site du mois du film documentaire.

 

Bonnes séances !

 

 

cueilleurs de sens

Dans le cadre du mois du film documentaire organisé sous l'égide de la Médiathèque Départementale, l'équipe de la Bibliothèque de Montgaillard est heureuse de vous inviter à la projection de"Cueilleurs de sens",

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Au programme cette semaine :

           Jeudi 17 – 13 h 45 - à la salle de la terrasse d'Argelès-Gazost, projection organisée par la Bibliothèque municipale, en présence de Jérémy Blanco, médecin gériatre et Damien Costa,

grill-de-cesar

Non, ce film ne parle pas de viande ! Enfin un peu quand même...

El Grill de Cesar de Dario Aguirre, 2013, FIlmtank, 1h 28mn. Film diffusé en Version originale sous-titrée en français.

Darío, le réalisateur, est le fils de César, propriétaire du restaurant qui donne son nom au film. Darío habite en Allemagne. Un beau jour, il reçoit un appel de son père (qui ne lui avait jamais téléphoné d’Équateur) pour lui demander une aide financière car son restaurant, "Los pinchos de César", est en faillite.

An 2025Réalisation : Orcades; 2004

Descriptif : 12 panneaux; 60 x 80 cm.; affiche pelliculée souple nue. 

 

L'auteur nous propose une analyse de la situation démographique actuelle et quelques alternatives pour un développement durable. Les textes fournissent des données précises autour de 4 thèmes : la santé, l'alimentation, le commerce, l'environnement.

La reine sous la neige - François PlaceLa reine sous la neige - François Place - Gallimard Jeunesse, 2019

Thèmes : Grande-Bretagne – enquête – deuil – surnaturel - amour

 

Résumé:

Samantha, dite « Sam », doit rejoindre son père à Amsterdam depuis l'Afrique du Sud où vit sa mère, afin de fêter l'anniversaire de son demi-frère. Pris dans une tempête de neige, son avion est détourné vers Londres. La timide jeune fille se retrouve coincée dans la capitale anglaise.  Sam veut en profiter pour rencontrer Maddie, une vieille dame avec qui elle correspond par lettres. Mais elle se fait voler son téléphone portable et est défendue par deux Londoniens, Eliot et Fergus. Au même moment, Elisabeth II décède et le pays est en proie à l’affliction. Ce jour-là également un tigre s’échappe d’un zoo…

Ce roman est un tourbillon, tant au niveau de la palette de personnages, tous très soignés, que dans l’enchaînement virevoltant des évènements. Sam et sa psychologie fragile et délicate est ce qui rassemble tout cela, ainsi que la Reine, omniprésente. Un roman envoûtant et fou, avec des flocons d’humour british, des cristaux d’anticipation et du surnaturel en poudreuse. A secouer pour mieux savourer.

 

Biographie:

François PlaceFrançois Place est né en 1957 dans le Val-d’Oise. Il fait des études de communication visuelle à l’école Estienne et travaille pendant quelques années comme illustrateur indépendant pour des studios de graphisme et de publicité.

En 1985, il est remarqué par Pierre Marchand, éditeur de Gallimard Jeunesse. Il écrit et illustre alors une série de livres documentaires et de guides sur le thème des voyages et de la découverte du monde. Il illustre également des albums et des romans, notamment ceux de Michael Morpurgo et de Timothée de Fombelle et est couronné de prestigieux prix.

Et puis il se lance avec tout autant de talent dans cet autre voyage qu’est l’écriture et publie en 2010, son premier roman jeunesse La Douane volante.

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

Chapitre 16

Tchang-Lu pénétra dans la jungle. Quelle différence de température avec la montagne ! La chaleur y était suffocante et moite. La touffeur dégoulinait littéralement des arbres. Les cobras aussi. Tchang-Lu les entendait se glisser en sifflant sournoisement le long des lianes et réussissait à les éviter. Mais il y avait pire que les cobras. Et plus petit. Malgré le danger Tchang-Lu était émerveillé par la luxuriance qui l’entourait. Des fleurs multicolores et de toutes tailles plus stupéfiantes les unes que les autres, des feuilles en corolles grandes comme des maisons, des mousses exubérantes, des spirales de lianes en cascades. L’envie de peindre étant plus forte que la peur, il s’était assis sur une souche de banian et venait de sortir son encrier. Il allait y tremper son pinceau lorsqu’il sentit un léger bruissement sur son épaule, il tourna lentement la tête. « Bonjour mon Prince, un baiser, rien qu’un baiser et tous vos vœux seront exaucés… » lui murmura une toute petite grenouille phosphorescente. Pas le temps de reculer, la grenouille, qui était très venimeuse, venait de l’embrasser ! «  Ahhhh…pas de chance, dit la grenouille, je me suis trompé, ce sont mes vœux qui seront exaucés, pas les vôtres je le crains… » La grenouille se transforma aussitôt en crapaud-buffle et disparut sous les fougères. Tchang-Lu se mit à délirer. Le venin du perfide batracien avait pour effet de faire proférer à sa victime des poèmes incohérents. Ce qui pouvait devenir très grave. Le résultat fut immédiat et terrible :

«  Alexandrie…Alexandraaaa …Pango sur le Nil…Hiiiiii…Pango sur les bras…Haaaaa…. » hurlait le pauvre fou. Il allait succomber dans un accès de démence poétique lorsqu’un colibri suceur de poison se positionna devant son nez et, enfournant son bec dans sa narine droite, se mit à aspirer le venin. Tchang-Lu était sauvé, mais à quel prix. « Faudrait tout de même faire attention où vous posez vos lèvres hein, dit le colibri en continuant de battre des ailes, on ne pourra pas vous surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Heureusement qu’aucun humain ne vous a entendu, ça aurait terni votre réputation de lettré… Alexxxxandrie…Alexxxxandraaaa….N’importe quoi ! » Tchang-Lu se remit debout. « Bon alors, reprenons, fit le colibri, pour votre quête du pangolin, vous devez suivre le sentier sous les branches du palétuvier, au troisième perroquet tournez à droite, puis vous filez tout droit à travers le champ de fleurs carnivores, vous bifurquez au quatrième tulipier, ensuite deuxième guépard à gauche, vous grimpez en haut de la canopée, vous évitez les grenouilles, vous repérez la forêt d’épicéas géants, vous y plongez direction le fleuve, et là vous demandez votre route… »

« Ah bon mais à qui ? » demanda Tchang-Lu. « Bah….Mais aux tigres évidemment… »

Chapitre 17

Ils étaient là. Silencieux, invisibles sous les hautes herbes, toutes griffes dehors, poils hérissés, yeux plissés, prêts à bondir…

Tchang-Lu, qui les avait repérés depuis un moment, avait compté quatre tigres du Bengale, les plus féroces. Mais il n’était pas plus inquiet que ça, les fauves, il connaissait bien. Combien de fois avait-il fait poser le Grand Dragon de Jade dans son atelier ? Un gros chat très moustachu et qui crachait du feu, rien de plus. Quant à la Salamandre Géante des Trois Royaumes Interdits, une pichenette sur le museau et elle devenait douce comme une petite peluche.

Il venait de sortir sa théière et se servait, nonchalamment, une tasse de thé.

« Mhhhhhh….. » grogna avec une inquiétante douceur un magnifique tigre blanc qui vint s’assoir juste en face de lui. « Du thé….Mais quelle bonne idée, juste au moment du goûter, mhhhhhh…C’est un Darjeeling j’espère ?...

J’adooooore le Darjeeling…

«  Hélas non, répondit Tchang-Lu, c’est un mélange du Yunnan, le meilleur à mon goût. Vous devriez l’essayer.

« Tous les thés se valent du moment qu’ils sont bons, ajouta un second félin en se léchant les babines, l’important ce sont les biscuits qui vont avec….

«  On peut toujours remplacer les biscuits par des mollets de chinois, dit un troisième en se couchant aux pieds de Tchang-Lu.

« Les enfants, les enfants…Que diriez vous du chinois tout entier ? gronda une énorme tigresse qui s’avança en se dandinant, c’est tentant vous ne trouvez pas ?... » Les trois tigres hochèrent la tête et allaient sortir leurs gigantesques griffes quand leur mère ajouta : « Mais nous manquons de la plus extrême politesse. On ne dévore pas quelqu’un sans s’être d’abord présenté. Allez les garçons, donnez vos noms je vous prie… 

« Bon, d’accord…dit le premier, moi c’est Shere Khan. Ah ça me dit quelque chose fit Tchang-Lu. On me l’a déjà dit grommela le tigre….

« Moi c’est Sarbah Kahn, dit le second.

« Et moi c’est Yesswoui Khan dit le troisième en ouvrant grand sa gueule.

«  Eh bien enchanté, vraiment c’est un honneur, dit Tchang-Lu, moi c’est Tchang-Lu et je suis…

«  Tchang-Lu ! Vous êtes Tchang-Lu, s’exclama la tigresse, mais vous ne pouviez pas le dire plutôt !...Stop les garçons, pas de goûter pour vous aujourd’hui ! Et dire qu’on a failli vous croquer ! Il était moins une ! Alors c’est vous qui recherchez cet imbécile de pangolin ? Bien sûr qu’on va vous aider. Nous avons une dent, et même plusieurs, contre cette sale bête vous savez…

Je vais tout vous expliquer à son sujet.

Alors dites-moi, Tchang-Lu, ce thé du Yunnan, il vous en reste un peu ?... »

Chapitre 18

Laissons la tigresse donner à Tchang-Lu les informations utiles à la poursuite de son voyage et penchons-nous un instant sur les quelques maigres mais nécessaires connaissances relatives au pangolin nacré.

Qu’en savait-on exactement à cette époque ? Pas grand-chose en réalité.

Petit rappel scientifique établi en 1538 par le Professeur Herr Plitzenplotz de l’Université Royale de Plitzenplotz ( à Plitzenplotz )

1°) Le Pangolin nacré, de la sous-famille des Pangolinus pourritus, est souvent confondu avec le Pantalon nacré, vêtement qui est porté par les gouverneurs de district de premier rang lors de la fête de la bière.

2°) Il n’y a jamais eu de fête de la bière dans l’Empire du Milieu et les gouverneurs de district de premier rang portent des caleçons de soie irisée et non des pantalons nacrés ! Le fait que cette communication provienne des carnets du botaniste controversé Jojo-la-Racaille peut prêter à confusion mais libre au lecteur de se faire une opinion en toute conscience.

3°) Le botaniste Jojo-la-Racaille n’est jamais allé dans l’Empire du Milieu, en revanche on lui doit plusieurs études approfondies des fêtes de la bière.

4°) De plus, il très difficile d’enfiler un pangolin nacré par les jambes.

Voire impossible. Essayez pour voir…

5°) Le Pangolin nacré est mauvais joueur. Lorsqu’il perd au jeu de go il pique une crise, se roule par terre et c’est une véritable honte que de le voir se mettre dans des états pareils. De plus il a fort mauvaise haleine et profère beaucoup d’injures au sujet de sa belle-mère. En cela il a un point commun avec un autre animal extravagant : le pingouin lent ( bien qu’il n’ait avec lui aucun lien de parenté et en soit très éloigné, scientifiquement parlant, le fait est notable. )

6°) Le Pangolin nacré n’est vraiment pas un compagnon fréquentable.

Jojo-la-Racaille non plus. ( Néanmoins il n’a pas encore été prouvé qu’il n’y ait aucun lien de parenté entre le Pangolin nacré et certains botanistes en voie de disparition. L’ Académie des sciences de Plitzenplotz y travaille actuellement. )

7°) Le Botaniste nacré n’est pas une espèce encore très étudiée mais ça pourrait bien arriver un jour. Après les fêtes de la bière.

8°) C’est tout ce qu’on sait, à ce jour, à propos du Pangolin nacré.

 

Il faut espérer que la tigresse en savait un peu plus sur la question…

Chapitre 19

Tulurgglurkuk contemplait les étoiles, il était frigorifié. Pelotonné contre lui, Chien-qui-pète qui n’avait jamais si bien porté son nom, lâchait allègrement des gaz qui réchauffaient sensiblement l’atmosphère. Tulurgglurkuk pour une fois lui en était reconnaissant.

«  Regarde-moi cette Voie Lactée, dit Chien-qui-pète à demi endormi, dommage qu’il n’y ait pas une Constellation du Robinet au milieu. On pourrait l’ouvrir… Imagine un peu ces torrents de lait qui  nous descendraient en cascade dans le gosier…Mhhhhh…Du lait bien chaud avec des tartines fumantes qui viendraient directement de la Constellation des Tartines Fumantes… 

« Et la Constellation du Chien-qui-pète-et-qui-délire-grave-et-qui-ferait-mieux-de-se-taire, tu connais ? Allez, laisse-moi dormir. Un proverbe de chez nous dit : « Qui ronfle baffre ! Alors tais-toi et ronfle ! » Ils finirent par sombrer dans un sommeil profond, bercé pour l’un par des flots de crème épaisse et odorante et pour l’autre par des courses sans fin sur la glace.

Le dernier rêve de Tulurgglurkuk fut particulièrement agité.

Harpon levé, il était en train de pêcher au bord d’un trou, attendant qu’apparaisse le museau moustachu d’un phoque. La scène n’avait rien d’extraordinaire si ce n’était que la glace avait une curieuse texture, elle était de couleur ocre orangée et n’était ni lisse, ni froide. Au contraire elle était granuleuse, rien à voir avec la poudreuse habituelle et surtout elle était brûlante. Il constata alors qu’il était entièrement nu, avec seulement un petit bout de tissu accroché autour de la ceinture. Son harpon s’était transformé en curieux bout de bois plat, légèrement incurvé à angle droit. Sans savoir comment, il l’avait lancé avec une adresse insoupçonnée. Le bout de bois était parti dans les airs et était revenu juste dans sa main après avoir décrit un grand cercle dans le ciel. A cet instant un animal étrange avait jailli hors du trou. Il avait un petit museau de lièvre, une longue queue de rat, une grosse poche sur le ventre et surtout d’immenses pattes arrière qui, tels des ressorts, lui permettaient de faire d’immenses bonds tout autour de Tulurgglurkuk. L’animal venait de se mettre en position de combat face à lui et allait le boxer avec rage lorsque la gueule de Nannuq-le-grassouillet, qui venait lui aussi d’apparaître, l’engloutit en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « gloups ».

«  Eh bien, eh bien, il s’en passe de belles ici quand j’ai le dos tourné ! » Il se gratta la tête avec ses longues griffes noires. « On dirait qu’il y a de drôles d’interférences dans le monde des rêves ces jours-ci, faudrait que j’étudie ça de plus près. Bref, c’est jamais très bon d’avoir des visions nocturnes quand on a faim. Heureusement que j’ai pu vous dégotter dans la poche de ce…de ce…enfin de ce phoque austral, une poignée de saumons bien gras, ça vous tente ?... »

Tulurgglurkuk et Chien-qui-pète, bien que dormant profondément, s’assirent sur leurs fesses et, yeux fermés mais bouche et gueule grandes ouvertes, gobèrent sans la mâcher la pêche miraculeuse que Nannuk-le-grassouillet leur envoyait à la volée. Le dernier poisson englouti, ils rotèrent un bon coup et se recouchèrent lourdement.

« C’est ça, bon appétit messieurs et surtout ne me remerciez pas, ricana l’ours blanc, c’était avec plaisir…Ahhh l’ingratitude humaine et canine me surprendra toujours, enfin…Est-ce que je les réveille pour les prévenir que demain il vaudrait mieux être en forme ? » Il avala lui aussi un saumon bien gras qu’il s’était mis de côté. « Oh puis non, hein, c’est bien assez pour aujourd’hui… » Il recracha l’arête, se cura les crocs, regarda les deux compères dormir, sourit, si tant est qu’un ours blanc puisse sourire, bailla et disparut dans les airs.

Chapitre 20

Ils avaient repris la route.

« Il faut qu’on trouve un moyen d’aller plus vite… » pensa Tulurgglurkuk en accélérant la foulée. « Il faut qu’on trouve un moyen d’aller plus vite…mais sans se fatiguer ! » pensa Chien-qui-pète en tirant la langue.

Leurs vœux allaient être bizarrement exaucés après qu’ils aient franchi, exténués et abasourdis, un nouveau pic vertigineux. Un bruit ahurissant, mélange de grognements et de coups de marteaux avait précédé leur approche depuis un moment sans que nos deux compères comprennent la cause de tout ce brouhaha. Ils débouchèrent au beau milieu d’une troupe hétéroclite de morses, de phoques et d’otaries très affairés qui ne leur prêtèrent guère d’attention au début. Le gros de la troupe était rassemblé autour du plus énorme morse que Tulurgglurkuk ait jamais vu. Sa taille était gigantesque, ses deux canines démesurées, ses moustaches et ses sourcils s’ébrouaient en tous sens et ce mastodonte s’activait sur un morse plus petit avec des outils visiblement faits en ivoire de baleine et en os taillés.

«  La clef de douze, Gustaffson, pas la clef de treize, la clef de douze ! hurla-t-il à l’intention d’une otarie coiffée d’un bandana qui tournait, affolée, autour de lui. Nom d’un hareng de la Baltique, c’est pas compliqué tout de même, Gustaffson !... »

« Oui Patron, voilà Patron !...Euh Patron…On a des visiteurs….. » fit le dénommé Gustaffson en désignant Tulurgglurkuk et son chien.

« Quoi, qu’est-ce que c’est encore ? Gronda le gros morse en se relevant péniblement et en toisant les intrus. Je déteste être dérangé quand je serre les boulons d’une bécane !...Des autochtones en plus, nous voilà bien ! Les gars, va y avoir de la viande fraîche sur la banquise, pas question de les laisser nous tailler en filets mignons… ».

Alors que les phoques se rapprochaient dangereusement l’ambiance aurait pu rapidement dégénérer au désavantage de nos amis si le petit Gustaffson n’avait soufflé timidement : « Dites Patron, ne serait-ce pas le fameux Tulurgglurkuk, dont les Esprits de la Divine Graisse nous ont parlé l’autre nuit, celui qui recherche ce foutu pingouin boréal en fuite ?.... ».

« Si c’est bien lui, gémit Chien-qui-pue, c’est lui et son fidèle chien qui pue…».

« Ah…Bon…D’accord….J’avais pas vu, bougonna le morse, désolé j’ai pas les idées très claires quand je fais de la mécanique…Alors qu’est-ce qu’y veut le cannibale ? Y veut de l’aide peut-être ? »  Tulurgglurkuk hocha la tête. « Bon d’accord, gloussa l’autre, ça tombe bien j’étais justement en train de régler un turbo-morse à réaction, ça vous ira comme moyen de transport ? Faut juste maîtriser la bête, pas trop pousser sur les injecteurs mais une fois bien en main c’est de la bonne camelote. Ah oui j’oubliais,  le carburant, c’est du maquereau gazeux, un par jour pas plus, le gaz produit une compression dans l’estomac et c’est ça qui provoque l’explosion....Allez, montez là-dessus tous les deux, tenez-vous bien aux canines et roule ma poule ! »

Tulurgglurkuk enfourcha le turbo-phoque, Chien-qui-pue s’assit derrière lui, pas trop rassuré. Le morse jeta un hareng dans la gueule du turbo-morse.

« Merci infiniment pour votre aide », dit Tulurgglurkuk.

« Ohhhh tu peux remercier toute mon équipe, venez saluer mes gaillards …. » Les éléphants de mer et les phoques s’avancèrent en dodelinant.

« Vous connaissez déjà Gustaffson, voici Ericson, puis Olafson, puis Carkasson, et enfin Klaxson, tous de braves petits gars …

«  Et vous ? demanda Tulurgglurkuk.

Le Morse éclata de rire,  essuya ses nageoires pleines de graisse et dit :

« Ici tout le monde me connaît. Quand on a un problème de panne de phoque, une vidange d’otarie, un carburateur de narval à changer, Il n’y a qu’un seul nom, un seul…

«  Et c’est ?...

Le turbo-morse démarra en trombe.

«  C’est Davidson, mon vieux….HarleyDavidson ! »

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Samedi 9 novembre, venez assister à la projection du film "Prosper et la jeunesse pétillante à Esparros

 

 

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Cette projection fait partie de la programmation du mois du film documentaire, vous pouvez retrouver le programme départemental ici.

 

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Pour la quatrième année consécutive, la bibliotèque d'Arras-en-Lavedan, en coopération avec la Médiathèque départementale participe au Mois du film documentaire.

La projection du film "Le chemin de la liberté" de Joël Montagu aura lieu à la salle des fêtes le vendredi 17 novembre à 18h30.

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Au programme cette semaine : 

 

 

           mardi 22 – 18 h 30  - à La Médiathèque de la Communauté de Communes du Pays de Lourdes, projection suivie d'un débat avec Alain Guyard, écrivain-conteur et protagoniste du film.

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Suivons Jacques Brianti, artiste pyrénéen, dans ses pérégrinations au cours de voyages ou chez lui, sans son atelier... 

"Brianti voyage sans son atelier" de Jacky Tujague, Argane prod., 2013, 1 h 26 min

Pour peindre, Jacques Brianti voyage… au fond de son jardin et de temps en temps au bout du monde, attentif à toutes les vibrations, pour nous livrer ensuite un regard singulier sur notre univers complexe et insaisissable.

Tapis lecture Lisette Carpette

C'est une carpette ronde comme le monde. Elle est d'abord fermée, au fur et à mesure que l'on lit les histoires, elle s'ouvre, comme une fleur. Sous chaque pétale, une tête, pas contente, la tête ! On ouvre un livre, et elle sourit.

Les émotions des petits (et des grands) sont visitées. On part d'un sentiment négatif pour arriver au positif . La lecture terminée, on peut jouer avec les têtes, changer les yeux, les cheveux...

...

C’est bientôt Noël et sa magie ! Alors quoi de mieux que des histoires pour attendre le Père-Noël ?

Les secrets de Tharanis, tome 1 : L'île sans nom - David Moitet - Didier Jeunesse, 2019 Les secrets de Tharanis, tome 1 : L'île sans nom - David Moitet - Didier Jeunesse, 2019

Thèmes : fantasy - aventure

 

Résumé:

Ambre est la fille du général Armand de Volontas. Lorsqu’il est arrêté par les gardes de l’Empereur, la jeune femme voit sa vie basculer et doit prendre la fuite. Le danger est partout, d'autant qu'une épidémie de folie meurtrière sévit dans le royaume de Tharanis. Le fidèle sire Rodrigue et son écuyer Selim la guident alors vers un lieu aussi mystérieux que menaçant : l’île Sans Nom. Ambre, au caractère déjà bien trempé, va devoir acérer son tempérament, apprivoiser ses différences et mettre au jour des secrets enfouis pour aller à la rencontre d’un destin prophétisé, pour le moins singulier.

Tous les ingrédients d’un bon récit de fantasy sont réunis. L’écriture est fluide et vive, l’alternance de la narration renforce encore le rythme de l’action. On évolue avec les personnages, on se laisse prendre par les rebondissements, avec un éclat d’aventure au coin de l’œil et on voudrait ne pas quitter cet univers qui révèle bien des surprises… et wouah, certains souhaits sont exaucés : il y a un second tome !

 

Biographie:

David MoitetDavid Moitet est né en 1977 au Mans. Professeur d’EPS, il découvre sa vocation d’écrivain en 1999, encore étudiant, à l’occasion d’un exercice de création demandé par un professeur de français. Après ce déclic, l’écriture apporte dans son quotidien un vent de liberté et de magie.

Son aventure littéraire débute par la parution de quatre romans policiers récompensés à plusieurs reprises. Très vite, il se trouve à l’étroit sur Terre et décide de publier ses premiers romans jeunesse afin  d’explorer d’autres mondes…

 

 

 

 

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Chapitre 6

 

Si c’était un coup du chaman, il fallait prendre le caribou par les cornes, se dit Tulurgglurkuk, s’armer de courage et surtout faire appel aux esprits protecteurs. Il tira profondément sur sa pipe, s’allongea sur le sol et s’endormit en moins de temps qu’il n’en faut à une baleine pour avaler mille saumons.

Les visions fulgurantes apparurent aussitôt. Une mer déchaînée venait d’envahir l’igloo, Tulurgglurkuk tenta de s’accrocher à des morceaux de banquise brisée ; il allait couler lorsqu’une grosse patte griffue l’agrippa et le tira hors des flots.

« Décidément, la brasse papillon c’est pas ton fort ! » gronda une voix caverneuse.

Tulurgglurkuk connaissait bien cette voix narquoise. C’était celle Nanuuq-le-grassoulllet, son ours blanc totem !

L’ours était assis face à lui et fixait Tulurgglurkuk droit dans les yeux. «  Et ne va pas cligner des yeux deux fois, hein, c’est pas le moment…L’heure est grave mon ami, il va falloir te mettre en chasse rapidement. Ta route va être longue, semée d’embûches, mais faut c’qui faut, retrouver le pingouin lent est ta priorité… » L’ours s’ébroua. «  T’aurais pas un petit poisson à croquer dis-donc y ‘ fait faim par ici ?.... » Tulurgglurkuk ne disait rien, à vrai dire il dormait profondément. «  Ah oui tu roupilles, c’est vrai ! Bon, quand tu te réveilleras tu partiras tout de suite vers le sud, ne t’inquiète pas, moi et les copains on t’aura saupoudré de quelques petits sortilèges qui devraient faciliter ton voyage. Quels sortilèges ? Ah mais c’est une surprise, tu les découvriras bien assez tôt… »

Sur ce Nanuuq-le-grassouillet se mit à rire grassement et disparut tout aussi grassement.

Tulurgglurkuk se réveilla lentement. Il se leva et fit rapidement un paquetage de chasse. Il savait, sans avoir à réfléchir, quels objets, vêtements et armes prendre ; ses gestes étaient précis, méthodiques.

«  Allez, on y va ! » dit-il à Kaalak…son chien

«  C’est pas trop tôt ! » répondit le chien.

Tulurgglurkuk s’arrêta net.

«  Tu as parlé ? » dit-il à son chien.

«  Tu as compris ? » répondit le chien…

 

Chapitre 7

 

Il partirait donc cette nuit.

Tchang-Lu mit sa besace sur son épaule, ajusta son chapeau de paille, prit son bâton et donna un dernier tour de clef à la lourde porte de son atelier. Il traversa le petit jardin et contempla une dernière fois ses orchidées, ses pivoines, ses chers bonzaïs ; il savait qu’il ne reviendrait pas avant longtemps et c’était pour lui un crève-cœur de ne pouvoir assister à l’éclatement floral du printemps. Il s’accroupit devant son ginkgo biloba favori.

«  Adieu vieil ami, lui murmura-t-il, puisse le grand Bouddha veiller sur toi et tes frères pendant mon absence. Que sa sagesse divine guide tes jeunes feuilles vers la lumière, et que… »

«  Tiens, voilà du Bouddha ! Voilà du Bouddha !.... » gloussa une petite voix provenant de la futaie d’arbres miniatures qui se trouvait à ses pieds.

Tchang-Lu se redressa vivement.

«  Qui a parlé ? bredouilla-t-il, qui est là ? 

«  Mais c’est l’arbre qui cache la forêt voyons ! ricana le gingko biloba

«  A moins que ce ne soit toute la forêt qui cache la forêt… » soupira un érable du Japon. 

Tchang-Lu était stupéfait. Ses petits arbres parlaient. Et il les comprenait.

Comment était-ce possible ? Avec la disparition du pangolin du tableau cela faisait beaucoup de mystères en si peu de temps.

« Mystères surtout pour vous pauvres humains qui ne comprenez rien à rien. Mais pour nous il n’y a vraiment rien d’extraordinaire, minauda une pivoine rouge carmin, de plus comme vous voyez nous pouvons lire dans vos pensées…et maintenant, trêve de simagrées, Tchang-Lu, cher maître et ami, puisque vous devez partir à la recherche de ce satané galopin nacré…. 

« Pangolin nacré, rectifia Tchang-Lu.

« Pangolin, galopin, c’est Bouddha blanc et blanc Bouddha, bougonna la pivoine, ne m’interrompez pas je vous prie. Donc, si vous voulez bien jeter un coup d’œil par terre vous constaterez qu’il y a comme des traces dans le sable de petite bestiole qui mènent, qui mènent…

«  Vers le Nord , s’écria Tchang-Lu !

«  Bravo ! Quelle perspicacité, il a trouvé ça tout seul, s’esclaffa un théier nain, quelqu’un pourrait lui dire qu’il lui faudra tout de même franchir la Grande Marmaille de Chine.

« Muraille ! Pas marmaille, ronchonna un petit érable.»

« Marmaille, muraille...C’est boudin blanc et blanc boudin...Et…Ah…Mais saperlipopette où est-il passé ? »

Tchang-Lu venait de partir vers le Nord…

 

Chapitre 8

 

Perdu continuellement dans ses pensées, Tchang-Lu marchait depuis trois semaines le long de la Grande Muraille. Rien ne l’arrêtait, ni les pluies torrentielles, ni les tempêtes de sable, ni les orages de grêle. Il ne s’octroyait que peu de temps de repos, à peine pour dormir, à peine pour se nourrir. A vrai dire il ne se préoccupait guère de manger, quelques grains de riz et une tasse de thé faisaient l’affaire. Mais il avait une autre façon de s’alimenter. Lorsqu’au détour du chemin il apercevait un rossignol posé délicatement sur une branche de cerisier, il s’arrêtait net, sortait son encrier, ses pinceaux et son rouleau de papier ; il s’asseyait et, prenant le temps nécessaire, il dessinait la scène.

Pareil quand il passait sous une somptueuse cascade ruisselante, ou encore devant un champ de jonquilles. Tchang-Lu était peintre avant tout, ses yeux et ses doigts nourrissaient autant son âme que son ventre.

Il ne parlait à personne, évitant les contacts des hommes. Sa disparition devait avoir fait grand bruit à la capitale et il préférait que sa quête du pangolin reste secrète.

Secrète ? Pas tout à fait en vérité. Car s’il n’avait aucun échange avec les humains il n’en était pas de même avec les arbres et les fleurs.

Dés le premier jour en effet un grand chêne contre lequel il s’était assis lui avait gentiment suggéré : «  Quand tu te lèveras vieux feignant il te faudra faire trois cents li à droite et deux cents chi à gauche, sinon c’est le ravin, j’dis ça j’dis rien… ».

Ensuite, à chaque hésitation sur la direction à suivre, il se trouvait toujours une fleur, une feuille , une herbe pour le remettre sur le bon chemin.

Il avait fini par s’habituer à cet accompagnement particulier.

Et puis un jour, il finit par arriver aux pieds de la mère de toutes les montagnes. L’Himalaya ! La fatigue commençait à se faire sentir. Le doute s’insinuait peu à peu. Le froid arrivait, la neige commençait à tomber à gros flocons. Etait-il vraiment sur la bonne route ? Pour l’instant aucune trace de l’animal disparu. C’est un minuscule myosotis qui lui redonna l’espoir. Petit espoir à vrai dire mais espoir tout de même qui se résuma à une phrase mystérieuse murmurée au ras du sol et que Tchang-Lu inscrivit aussitôt sur son carnet. La phrase était celle-ci :

« Lorsque tu atteindras le sommet de la montagne blanche, pour avoir des nouvelles du pangolin, il te faudra trouver l’abdominal homme qui déneige... »

L’abdominal homme qui déneige ?...

Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?...

 

Chapitre 9

 

Tchang-Lu était épuisé. Freiné par le blizzard, il grimpait péniblement vers le Pic de Khilikhili réputé inatteignable. Enfoncé dans la neige gelée jusqu’aux cuisses il allait abandonner lorsqu’une énorme masse de poils blancs surgit devant lui en rugissant. Pris de panique Tchang-Lu tomba à la renverse et il aurait été englouti si la chose hirsute n’avait brandi une pelle et ne l’avait extirpé de sa prison de glace. Il s’évanouit… La grotte dans laquelle il se réveilla quelques heures plus tard, couché sous un édredon, lui parut plutôt douillette pour une grotte située à 8000 mètres d’altitude. Un tapis, un fauteuil, des chandeliers et même des tableaux accrochés aux murs de glace ne le surprirent pas plus que ça. Ce qui l’étonna en revanche c’est la grosse chose poilue assise dans le fauteuil en face de lui et qui l’observait avec bienveillance.

« Bonjour cher monsieur…ou chère madame ? Enfin, chère quelque chose, bredouilla-t-il, je m’appelle Tchang-Lu et je suis à la recherche d’un pangolin qui… »

La chose l’interrompit en grinçant des dents et un sourd grondement sortit du fond de son ventre. La chose parlait avec le ventre. Elle était ventriloque ! Et phénomène encore plus extraordinaire, Tchang-Lu comprenait parfaitement ce qu’elle disait.

« Booooonjouuuurrrr Tchang-Lu, dit la chose, je t’attendais. N’aie pas peurrrrrrrr, je ne suis qu’un pauvrrrrre bougrrrrre un peu poilu, avec une pelle et qui parle du ventrrrrrre…Dans le monde d’en bas, dans l’Empirrrre d’où tu viens, ils me nomment : L’abdominal homme qui déneige ! Ou encore le Yéti ! Quels idiots ! Mon vrai nom c’est Rrrraoul ! J’ai un cousin qui n’est pas trrrrès copain avec l’Empire lui non plus et qui a fait parler de lui récemment, il s’appelle Choubakka, tu vois qui c’est ? Non ? Tant pis ! Alors comme ça tu cherrrrches ce satané Pangolin... »Tchang-Lu hocha la tête.

«  Oui…Bon…Il est bien passé par ici la semaine derrrrrnièrrrre…Mais il est rrreparti…Tu sais, un pangolin, ça va ça vient...Et puis il ne comprrrrenait rrrien à mon bidon...Alorrrrrs, moi, faut pas m’énerrrrver… »

La chose, enfin Raoul, se leva et fracassa la table d’un coup sec devant Tchang-Lu qui resta pétrifié« Ah non faut pas m’énerrrrver...mais ne trrrremble pas petit homme, toi t’es mon copain ! » Il souleva Tchang-Lu dans ses bras, le berça comme une poupée  et le reposa doucement.

«  Brrref, Il est redescendu de l’autre côté de la montagne, il te faut donc rrrreparrrtirrr, tu verrrras, là-bas il y a plein de petites bêtes sympas qui te donnnerrrront sûrrrrement un bon coup de main…ou un bon coup de pattes…

«  Ah oui, lesquelles ?

« Les tigrrrrrres !... »

 

Chapitre 10

 

La banquise craquait de tous côtés.

Tulurgglurkuk et son chien sautaient de blocs de glace en blocs de glace sans hésiter, sans frémir, sans se retourner. Leur course vers le sud les entraînait toujours plus loin vers l’inconnu mais la peur ne faisait pas partie du programme. La faim en revanche, si…

Un lièvre des neiges  leur avait bien servi de dîner un soir mais cela remontait à quelques lunes. Les lichens qui apparaissaient çà et là n’étaient juste bons qu’à être mâchouillés et n’apportaient aucun réconfort au husky qui tirait de plus en plus la langue. Un matin, Tulurgglurkuk ralentit le rythme. Il s’arrêta et d’une voix solennelle, à son chien Kaallakrkkalklaklaklakklaklakklakklak.

(qui veut dire maintenant en langue Inuit : «  Chien-qui-tire-la-langue-parce-que-le-lichen-ça-le fait-péter »), il s’adressa en ces termes :

«  Chien-qui-pète (c’était un diminutif affectueux) l’heure est grave, il faut trouver de quoi nous nourrir sinon jamais nous ne retrouverons le pingouin lent boréal qui, bien que lent, est déjà loin… »

«  C’est sûr, répondit Chien-qui-pète en baillant, mais je me demande si tu ne deviens pas un peu bigleux à force de ne plus cligner des yeux deux fois ?…Et inutile de me frapper !…Donc, si tu regardes vers l’ouest ne vois-tu pas un campement sympathique avec un feu de camp chaleureux et une troupe de rennes qui m’a l’air tout ce qu’il y a de plus accueillante ? »

« Bien sûr que je l’ai vu, répondit Tulurgglurkuk vexé, c’était pour voir si tu étais attentif. Allons-y brave Chien-qui-pète-et-qui-va-en-prendre-une-s’il-continue-à-me-casser-les-pieds ! »

Ils arrivèrent donc soulagés près du campement en question où un énorme feu répandait sur la glace une lumière féerique. Huit rennes bien gras mangeaient placidement dans des seaux remplis de grains. Un gros bonhomme aux joues aussi rouges que son habit de laine était assis à califourchon sur un étrange traîneau rempli de paquets. Il  leur tendit des assiettes remplies non pas de bonne soupe mais de bonbons et de chocolats qu’ils engloutirent malgré tout.

« How how how ! fit le gros bonhomme, eh bien dites-donc vous aviez faim mes petits amis ! On dirait que ça creuse de courir après les pingouins !...

«  Comment savez-vous ça ? demanda Tulurgglurkuk, la bouche dégoulinante de chocolat, et qui êtes-vous ?

«  Mais je le sais parce que je sais tout voyons !...Je suis le Père Noknok ! »

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Vendredi 30 novembre à 18 h, venez assister à la soirée du Mois du film documentaire proposée par la Médiathèque de l'Etoile Sportive de Batsurguère. 

 

Deux films seront projetés, en présence de la réalisatrice, à la salle des fêtes d'Omex : 

 

Anawim et Miren, 2 derniers volets  de la série documentaire "La terre et le lait".

 

 

Cette projection clôture la programmation du Mois du film documentaire qui a eu lieu sur tout le département en novembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Retour sur "Les Eaux Blanches" à Omex avec la Bibliothèque d'Aspin en lavedan 

Dans le cadre de l'événement national "Le Mois du Film Documentaire" , la Médiathèque de Batsurguère (en partenariat avec la Médiathèque Départementale 65)

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Super ambiance au ciné goûter, un public conquis par le film "Les Optimistes", amusant et émouvant, beaucoup de rire grâce au Yoga du Rire des Happyrénées.

Ce samedi 05 novembre, la projection du film "Les Optimistes" a été un grand succès. Un grand merci à tous !

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C'est fini pour cette année, on en redemande pour l'année prochaine !

Le mois du film documentaire 2015 c'etait:

 

  • 11 projections en partenariat avec 9 bibliothèques du réseau départemental. Les projections ont eu lieu dans des bibliothèques, des salles des fêtes, des cinémas, des établissement scolaires.
  • La venue de 2 réalisateurs : Dario Aguirre réalisateur équatorien, qui a animé 5 rencontres tout public et scolaires ; Jacky Tujague, réalisateur haut-pyrénéen, qui a animé 2 débats avec le public.
  • L'intervention de 3 professionnels sur des thèmes liés aux films projetés (danse contemporaine, cyber surveillance).

BD EN FRANCE TODAYRéalisation : adpf.

Descriptif : 24 panneaux ; 66 x 96 cm ; affiche pelliculée souple.

 

Aujourd'hui, la France peut s'enorgueillir du rôle moteur qu'elle a joué dans la reconnaissance de la bande dessinée, elle a multiplié les initiatives pour devenir une des références internationales dans ce domaine. Cette exposition dresse un état des lieux des différentes tendances de la bande dessinée contemporaine : écoles, héros, genres...

...

"Des locaux très motivés",  film d'Olivier Dickinson sera projeté à Luz le jeudi 17 décembre à 18h30.

Le Gang des vieux schnocks - Florence ThinardLe gang des vieux schnocks - Florence Thinard - Gallimard Jeunesse (collection Scripto), 2019

Thèmes : relations intergénérationnelles - humour

 

Résumé:

Alors que Rose-Aimée marchait dans la rue, un « jeune à capuche » lui arrache son sac à main. Papi Ferraille a tout vu ! Gisèle, une ex-coiffeuse au look improbable, et Victor, le vieux contestataire qui détourne les affiches publicitaires également. Ce fait divers leur permet de faire connaissance, de partager leurs idées bien arrêtées  et d’unir leurs solitudes pour montrer à ce gamin qui devrait être en cours, et à tout le quartier tant qu’à y être, de quel bois ils se chauffent ! Et ça va sévir car à leur âge, ils n’ont plus rien à perdre !

Florence Thinard est dans l’esprit de la série BD « Les vieux fourneaux » et nous livre une comédie ravageuse, entre humour et cynisme, dénonciation et révolte. Un récit intergénérationnel tant par les personnages que dans l’écriture. Une lecture tendre, anticonformiste, grinçante, décalée, ensoleillée, à consommer sans modération.

 

Biographie:

Florence ThinardFlorence Thinard, née en 1962 à Royan, obtient avec enthousiasme des diplômes d’histoire, de sciences politiques et de relations internationales. Après quelques années passées à découvrir le monde à travers des livres, elle accompagne des groupes de vacanciers, des États-Unis à la Turquie, de l’Égypte à la Thaïlande. De retour, elle devient journaliste de presse écrite, se spécialise en presse jeunesse et dans le décryptage de sujets d’actualité.

Depuis une dizaine d’années, elle assouvit sa curiosité intense pour la marche du monde en écrivant des documentaires sur l’histoire et sur la botanique, ainsi que des romans pour la jeunesse.

 

 

 

Pour en savoir plus et emprunter le document

Le mois du film documentaire à Maubourguet

Projection du documentaire "Là où poussent les coquelicots" à la Médiathèque de Maubourguet

 

Dans le cadre du mois du film documentaire, la Médiathèque de Maubourguet vous donne rendez vous le Vendredi 30 Novembre 2018 à 14 h au CAC Jean Glavany pour la projection gratuite du documentaire "là où poussent les coquelicots".

 

La projection sera suivie d'un débat avec le réalisateur Vincent Marie.

 

L'exposition "Cicatrice(s) de Guerre" sera également présentée à la Médiathèque.

 

Pour plus de renseignements:

Médiathèque de Maubourguet 05 62 96 49 08 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 montgaillardmoisdufilm

Le film documentaire victime de son succès au village de Montgaillard !

L’équipe des bibliothécaires bénévoles de Montgaillard et l'équipe de la Médiathèque départementale avaient choisi, pour cette première participation

 Les optimistes

La Bibliothèque de Cauterets participe à la manifestation nationale le « Mois du Film Documentaire », qui met à l’honneur chaque année au mois de novembre des films documentaires originaux et éclectiques pour les faire découvrir au public.

Rendez-vous Mardi 08 novembre à 15h à la bibliothèque pour découvrir le film « Les Optimistes », de Gunhild Westhagen Magnor (Norvège).

La bibliothèque et le service culturel de Cauterets ont proposé tout au long du dernier trimestre 2020 des activités culturelles autour de la thématique de la Femme.

Violette Hurlevent et le jardin sauvage - Paul MartinViolette Hurlevent et le Jardin Sauvage - Paul Martin et Jean-Baptiste Bourgois - Sarbacane, 2019

Thèmes : aventure - fantastique - conte merveilleux

 

Résumé:

Violette, son frère et sa mère ont déménagé dans l'ancienne demeure de son grand père, Stanislas. La maison est sinistre, le jardin à l’abandon et la vie semble s’être figée. Un jour où Violette fuit une dispute, elle enfourche Pavel, son chien transformé en fidèle destrier pour l’occasion. Et il se met à parler, la vie bruisse, les plantes marmonnent et le Jardin Sauvage s’éveille. Violette découvre alors la magie d’un monde parallèle, des êtres aux coutumes étranges, une fillette au masque de lapin, des pierres trolls, un temps suspendu… Mais derrière la beauté se cache l’angoisse et la menace. Violette a un rôle à jouer, un défi majeur à relever.

Il y a du Tobie Lolness, du Alice au pays des merveilles, du Max et les maximonstres et nombre de références et doubles sens dans ce récit fascinant et intensément créatif, délicieusement décalé et tout aussi délicieusement inquiétant. Un conte initiatique que l’on explore avec une âme d’enfant, dont la cohérence se construit au fil des explorations, qui parle de peurs à surmonter, de préjugés à combattre et d’équilibre à trouver.

Et des illustrations aériennes et ondulantes, à la plume, qui sont à l’origine de l’œuvre et lui donnent toute sa splendeur.

 

Biographies:

Paul MartinPaul Martin est né en 1968. Après des études de commerce et de communication, il a travaillé comme rédacteur pour le journal « Astrapi » pendant plus de vingt ans et écrit des "Livres dont vous êtes le héros".

Il vit aujourd’hui à Lille. Il continue à collaborer avec Bayard Presse, notamment comme scénariste de BD, concepteur de jeux et d’énigmes. Il a écrit de très nombreuses histoires pour J’aime Lire et publié plus de 70 albums, romans, séries (comme la très connue « Maudit manoir »), avec une prédilection pour le genre fantastique.

 

 

 

 

jean baptiste bourgoisJean-Baptiste Bourgois est né à Calais en 1987. Il a la particularité d’être auteur et dessinateur. Diplômé des Beaux-Arts de Cambrai, où il est élève de Gilles Bachelet, il démarre une brillante carrière d’illustrateur en 2013 avec "Le chien à plumes", paru chez Hélium.

Non content d’avoir créé les magnifiques illustrations de "Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage", il est l’initiateur de ce projet que Paul Martin a ensuite écrit.

Il vit près de Lille avec son cacatoès Georgie.

 

 

 

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« Si tu ne vas pas à la lecture, la lecture viendra à toi » : pour les adolescents haut-pyrénéens, cette maxime ressemble à une évidence.

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Découvrez la sélection officielle des films pour cette nouvelle édition du mois du film documentaire...

 

Après plusieurs séances de visionnages de films, de discussions enflammées et de multiples tergiversations, l'équipe du pôle musique et cinéma ainsi que les bibliothécaires participants au Mois du film documentaire ont enfin procédé au choix cornélien

Que signifie être une agricultrice aujourd’hui ? Pourquoi devenir agricultrice ? Et comment ?

Les mots d'Hélio - Nancy Guilbert et Yaël HassanLes mots d’Hélio - Nancy Guilbert et Yaël Hassan - Magnard jeunesse, 2019

Thèmes : accident - handicap - secret

 

Résumé:

Suite à une chute en montagne, Hélio, 15 ans, orphelin de père, se retrouve incapable de marcher et ne réussit presque plus à communiquer. Sa capacité de réflexion demeure intacte, mais les mots butent et se mélangent. Sa mère étant elle-même en état de choc depuis l’accident, Hélio est confié après sa rééducation à une famille d’accueil, les Dainville, qu’elle avait désignée en cas de problème. Hélio reste enfermé dans sa pudeur et n’accepte pas cet environnement imposé. Stéphane et Marion, les parents, rivalisent de maladresse, Mila et Ruben, les enfants, l’accueillent chacun à leur manière, hostile ou curieuse, et pour Bianca, l’employée de maison, l’arrivée de ce garçon fait ressurgir de douloureux souvenirs.

Chaque personnage, à tour de rôle, se livre peu à peu jusqu’à libérer les vérités enfouies…

Une histoire touchante et soignée, où les âmes s’entrelacent et se révèlent tout autant que les secrets. Si les fils conducteurs sont la résilience et la famille, plusieurs thématiques sous-tendent le récit comme les Folles de mai en Argentine, la botanique, le harcèlement etc. La narration alternée offre une dimension très forte et les illustrations  sont un vrai régal.

Un roman positif, qui réchauffe et fait grandir à tout âge.

 

Biographies:

Nancy GuilbertNancy Guilbert a enseigné dix ans en maternelle et en primaire, dans des quartiers ZEP, avant de se consacrer à plein temps à l'écriture jeunesse.

Depuis 2011, elle a publié plus d’une cinquantaine de livres chez différents éditeurs : albums, BD et romans… poétiques, tendres, loufoques ou malicieux, pour parler de la vie, tout simplement.
Elle anime également des ateliers d’écriture avec les enfants (création de carnets de voyage, de cartes, de poèmes, d’histoires…) et aime aller à la rencontre des petits et grands lecteurs lors de salons du livre.

 

 

 

Yaël HassanYaël Hassan naît à Paris en 1952, passe son enfance en Belgique puis part s'installer en Israël. En 1984, elle retourne en France avec sa famille. Elle poursuit une carrière dans le tourisme jusqu'à ce qu’un grave accident de voiture la contraigne à arrêter toute activité ; elle profite alors de ces mois d’immobilisation pour réaliser un de ses rêves : l'écriture.

Un grand-père tombé du ciel, publié en 1997, est son premier roman : il obtiendra de nombreuses récompenses. Depuis, elle écrit avec ardeur des romans jeunesse qui abordent des thèmes forts et chers à son cœur comme le racisme, la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences, le conflit israélo-palestinien, les relations grands-parents/enfant, l’intégration…

 

 

 

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Faites votre choix dans le programme 2016 du Mois du film documentaire dans les Hautes-Pyrénées !

 

Cette année, la Médiathèque départementale s’associe à de nombreux partenaires pour proposer sur tout le territoire une programmation riche en projections et rencontres.

Au nom de l'ours - Catherine Dabadie

Au nom de l'ours - Catherine Dabadie - Actes Sud Junior, 2019

Thèmes : Pyrénées - ours - écologie

 

Résumé :

Lucrèce, 13 ans, vit dans une gare désaffectée avec ses parents bohèmes et militants écolos et n'est jamais allée à l'école. Souffrant de cette marginalité, Lucrèce désire, tout autant qu’elle redoute, une « normalité ». Affublée d’un sarouel orange et d’un sac en laine de mouton, elle fait sa première rentrée au collège sous les quolibets. Heureusement, elle trouve du réconfort auprès d’un autre nouveau, Simon, Parisien déraciné et pense enfin pouvoir avancer selon ses propres choix.

Mais le projet de construction d'un tunnel vient bouleverser l'équilibre de la vallée et menacer l’habitat du dernier ours de la montagne. La guerre est ouverte entre élus, promoteurs et opposants et la discorde s’étend même au sein des familles.

Un roman qui marque un attachement profond à la montagne, qui parle avec simplicité et habileté de déchirement, de conflit de loyauté, de choix à faire et d’erreurs à commettre pour s’émanciper et s’affirmer.

 

Biographie:

Catherine DabadieCatherine Dabadie a grandi à Capbreton mais avec des attaches familiales à Oloron-Sainte-Marie.
Elle a exercé le métier de journaliste pendant une vingtaine d’années, entre l’Argentine, l’Italie et la France et a collaboré quelque temps à la série télévisée “Plus belle la vie” en qualité de scénariste.
Au nom de l’ours” est son premier roman. Et comme les premiers romans puisent souvent dans la biographie de leurs auteurs, Catherine Dabadie n’échappe pas totalement à la règle, toute inspirée de ses séjours en Vallée d’Aspe…

 

 

 

 

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mallArbresOKArbres remarquables ou arbres centenaires, arbres décoratifs ou arbres utilitaires, arbres solitaires ou vergers exubérants, arbres botaniques ou arbres symboliques... les arbres nous invitent dans un univers prodigieusement riche.
Une malle thématique pour satisfaire toutes les curiosités et pour découvrir les différentes espèces qui peuplent les forêts des hémisphères.

(actualisée en 2012)

Whitechapel

 

Chapitre 61

« Mais qu’est-ce qu’elle raconte cette vieille folle ? Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? O’Henry il faut prévenir le Foreign Office !…Les ramifications sont immenses…je crois qu’on vient de débusquer un complot d’Ecossais !…

Sur l’échelle branlante que son sergent avait réussi à dégoter, le superintendant, oreilles collées  sur la vitre, piaffait comme un cheval sous les ordres à Ascot.

« Du calme patron, du calme…

Mais calme, le pur-sang Mops avait oublié le sens de ce mot, quant à sa grosse carcasse de percheron estropié, elle tanguait dangereusement.

« Good Lord…qu’est-ce que c’est que ça ?...murmura-t-il soudain, ohhhh mon vieux O’Henry…si tu voyais ce que je vois ?…

Les lèvres de Martha venaient à peine de se fermer qu’au milieu du pesant silence où nous avait plongés son émouvant discours un sourd feulement s’était fait entendre. Provenant du foulard cachant toujours le visage du jeune Lord, ce chuintement, saccadé, oppressant, lancinant comme le sifflement d’un cobra, prit bientôt de l’ampleur.

Mais un serpent siffle, il ne souffle pas. Un serpent siffle, mais ne rugit pas…

Orange Pekoe venait brusquement de se lever. Jenny avait lâché sa main. Main n’était pas le terme exact, griffe aurait mieux convenu. Et ce n’était plus Orange Pekoe non plus. Mais qui était-ce alors ? Qui était cet être improbable, dont le cou monstrueux s’ornait d’un collier de crânes sanglants, dont le corps et les membres ne cessaient de grandir et de se transformer, dont le mufle, tantôt métallique tantôt squameux, hésitait entre le bec d’une monstrueuse théière et la trompe d’un invraisemblable éléphant, et qui déversait en hurlant des flots bouillonnants aux quatre coins de mon bureau ?

Et était-ce encore un bureau ? Comment décrire la lumière verdâtre, intense et aveuglante qui venait de nous envahir ? Comment expliquer les lianes tortueuses qui, sortant du plafond en cascade, s’enroulaient autour de nos chevilles ? Que dire des dunes de sables qui s’amoncelèrent en un clin d’œil au centre de la pièce, des marais qui faillirent engloutir Martha, des noirs scorpions qui grimpaient sur les jambes de Jenny, des singes hurleurs qui me tiraient par les cheveux ? Et que dire de la voix d’Orange Pekoe qui, dans cet enfer soudain déchaîné sur nos têtes, s’éleva en grondant, comme si cent éléphants s’étaient mis à barrir…

Nous étions passés dans un autre monde. Le sol mouvant sur lequel mes pieds s’enfonçaient n’avait jamais été un tapis. Le ciel turquoise qui nous surplombait n’avait jamais été celui de Londres. Les ruines de ce temple envahies de mousses et de lichens n’avaient jamais été les murs d’un hôpital.

Et cette jungle grouillante m’était inconnue. Tout comme m’était inconnue la musique assourdissante qui sortait des corolles de fleurs vénéneuses, gramophones carnivores, qui grimpaient le long des murs. Inconnus les sentiments qui m’envahissaient, inconnue la langue rugueuse dans laquelle s’exprima l’avatar d’Orange Pekoe.

Le plus extraordinaire était que je comprenais cette langue.

Le plus extraordinaire était que je n’en fus pas surpris.

« Patron, vous êtes toujours là ?

« Plus bas, O’Henry, pleurnicha Mops, plus bas... si tu savais…

« Ganesh…fut le premier mot qui sortit de la trompe du monstre…

 

Chapitre 62

« Ganesh….Fils de Parvati, prête-moi ta force pour qu’enfin sous tes piliers de chair périssent les impies. Et toi Hanuman, mon cousin sautillant, arrache ces yeux pitoyables et donne-les moi que je jongle avec. Khali ô ma mère adorée, broie ces os, ils seront encore tendres sous tes dents de tigresse. Shiva, viens avec moi et pose ton trident, nous déchirerons ensemble la poitrine de cette vermine, nous les écorcherons et après que nous ayons bu notre thé mélangé à leur sang nous enfilerons leurs peaux et danserons dans cet habit de lumière jusqu'au jour du pardon…mais ce jour n’est pas encore venu…

L’aura incandescente qui entourait le monstre redoubla d’intensité m’obligeant à baisser les yeux. Je n’osai regarder les autres…

« Car je ne pardonne pas encore. Je ne pardonne pas aux vers de terre d’avoir aux Dieux volé le nectar sacré. Je ne leur pardonne pas d’avoir plongé dans le froid et la faim et la peur l’enfant du voleur et de la panthère noire…la panthère noire…sa peau était si douce. Son ventre était mon nid et son sang mon fleuve. Elle me léchait, me caressait. Sa voix était pareille au son d’une fontaine…et sa voix s’est éteinte…et je ne pardonne rien….car je suis le messager…je suis…je suis le septième bras du Bhodidhârma !...

Nous étions à genoux, propulsés par une force irrépressible, dans la posture implorante et soumise des esclaves que nous étions devenus, la voix grinçante du monstre continuait à tonner au-dessus de nos têtes.

«  Malheur aux inconscients, ils n’ont pas su couvrir de pétales de roses le sentier où j’avançais! Malheur aux ignorants, un torrent de lave les a engloutis. La première s‘appelait Marie Jane. Pauvre petit moineau égaré dans la fange, son enveloppe misérable fut offerte à Khâli…

« Mary Jane…bredouilla Lipstick.

« Silence ! gronda la voix.

« Savez-vous ce que veut dire équilibre précaire, chef ?…

« Non je ne sais pas et je m’en fous imbécile, s’étouffa Mops, il se passe des choses terribles là-haut ! Damned, qu’est-ce que j’ai fait de mon Webley ?...

 

« Silence…le second n’avait pas de nom. Quelle importance, sa vie était une coquille vide, sa mort fut un geyser de joie ! Il brille maintenant au firmament des suppliciés…

Prenant soudain une voix enfantine, le monstre se mit à chantonner :

 

Un Chinois est sorti de l’ombre…

Un Chinois a regardé Londres…

Sa casquette était de marine…

Orné d’une ancre cornaline…

Dardant son mufle sur nous, il continua en ricanant.

« …Ahhhh je vois que vous aimez la poésie. En voici une autre :

 

La troisième était de porcelaine, lisse et blanche comme le lin,

Peut-être s‘appelait-elle…

Kaolin ?

J’ai mis un peu de chaleur dans son corps glacé,

Elle n’a pas eu l’air d’apprécier !

Elle aurait préféré être bercée,

Dans sa petite oreille, j’ai tout versé,

Elle était jaune, elle n’a pas ri,

Il était jeune, ce thé a trop bouilli !… 

Il éclata d’un rire démentiel.

« Quant au quatrième, il adorait les idoles…ce quatrième c’était…

Cette énumération macabre semblait ne pas avoir de fin…

Mais alors que, l’esprit en miettes, je pensai ma dernière heure venue, alors que la terreur avait vidé ma rationnelle cervelle de médecin pour la transformer en misérable coque vide, il se passa quelque chose…

Aussi incompréhensiblement et rapidement qu’elles étaient apparues, les inextricables ronces et lianes qui nous enserraient avaient commencé à se rétracter. Les fleurs carnivores refermèrent leurs mâchoires et le sable des dunes s’écoula dans les interstices du plancher pour bientôt disparaître entièrement. La voix du monstre avait elle aussi changé de ton.  Toujours aussi menaçante mais de plus en plus chevrotante. Comme une mécanique qui se grippe…

 «…Le quatrième…s’appelait…il n’avait pas…le droit de…je l’ai aussi…je l’ai peut-être…

Lentement, je relevai la tête. Jenny avait, elle aussi, levé les yeux.

Le monstre la dévisageait depuis un moment…

Agenouillés dans les restes d’un cauchemar qui peu à peu s’évaporait, nous laissant hagards parmi des débris de feuilles et de branches, Lipstick, Martha et moi assistions à un miracle…Le démon quittait peu à peu sa proie.

Le collier de têtes de morts était reparti sertir le cou de quelqu’un d’autre.

Le pachyderme avait ravalé sa trompe. Les griffes, une à une, avaient disparu…

La voix se cassa puis, encore grinçante, s’éleva une dernière fois.

« La cinquième…courait…je crois… après un lièvre…et ce fut…ma dernière… offrande …adieu chère marionnette ! Ce fut un plaisir…

Et l’hôte, qui habitait depuis si longtemps le corps d’Orange Pekoe, cet hôte qui, né bien avant que naissent la terre, les océans, le ciel et les ténèbres, cet hôte à six bras qui, par une sombre nuit aux Indes, avait élu domicile dans l’esprit du garçon, jeta un dernier regard sur lui, et s’éclipsa…

Dans le ciel de Londres aux couleurs retrouvées, les cloches de Whitechapel carillonnaient à tout rompre.

Orange Pekoe s’effondra…

 

Chapitre 63

« Que s’est-il passé ? Souffla Orange Pekoe en se relevant péniblement. Il se passa la main sur le front, nous dévisagea l’un après l’autre, et vacilla…

« Quel horrible cauchemar, murmura-t-il...je me souviens de toutes ces terribles choses…Mais ce n’était pas un cauchemar, n’est-ce pas ?...Est-ce vraiment moi qui.?...Comment ai-je pu ?...

Deux paires de bras s’ouvrirent comme un double refuge. Ceux de sa rousse amie pour lui, ceux de la grise Martha pour le pauvre Lipstick.  Cela n’avait pas duré plus de quelques minutes mais nous avions tous vieilli de plusieurs siècles.

Je m’avançai vers eux.

 

« Ce qui s’est passé ?...Pour être franc, mon garçon, je n’en sais rien !...Je ne saurais expliquer quelles sont les forces qui vous ont tenu enchaîné si longtemps…

J’échangeai un bref regard avec Jenny.

« Je crois avoir une petite idée sur celles qui viennent de briser ces chaînes…

Martha me donna un coup de coude  dans les côtes.

« Ben vrai, vous z’êtes pas un rapide, dites-donc !...Par Sainte-Guenièvre-la-grosse-Coquine, faut pas avoir fait Cambridge pour comprendre ce genre de chose…y’a des mystères, c’est pas dans les livres qu’on les apprend…

Elle me fit un clin d’œil en désignant Jenny dont les doigts caressaient la nuque posée sur son épaule.

«  Cette force-là peut vaincre n’importe quel foutu démon, me murmura Martha, vous croyez pas, doc’ ?...

«  Vous avez mille fois raison, soupirai-je…en tous cas mes amis, réjouissez-vous car il est certain que tous les cadenas ont cédé…vous êtes libre Orange Pekoe, vous êtes libre…

 

Un carreau de la fenêtre explosa en éclats.

Une main bandée et un revolver venaient de traverser la vitre.

« Libre, mon œil ! hurla Mops. Haut les mains! Au nom de la Reine, vous êtes tous en état d’arrestaahhhhhhhhhhh…

L’échelle, sous lui, venait elle aussi de céder…

 

 « Le flic !…

Jenny et Lipstick avaient crié d’une même voix. Ils avaient reconnu sa trogne congestionnée avant qu’elle ne disparaisse dans un fracas de verre brisé.

« La poisse, grogna l’ex-sergent se tournant vers Orange Pekoe, ce type mon gars, c’est une brigade de hyènes à lui tout seul ! Les hyènes sont lâchées et c’est après toi qu’elles en ont !…

« Oui, fis-je sombrement, s’il n’a entendu que vos dernières paroles, les choses se présentent mal…j’ai peur que vous ne veniez d’avouer de biens terribles crimes…

« Mais docteur, fit Jenny, il n’était pas responsable de ses actes…vous en avez été témoin ! Nous en avons tous été témoins…

« Allez faire gober ça à Mops, ma jolie, ajouta Lipstick, il a trouvé une tête à envoyer sous la hache du bourreau et il ne lâchera pas sa proie !

« Mais ce n’était pas lui, continuait Jenny en se tordant les mains.

« Ce n’est pas à moi qu’il faut dire ça, Miss ! Et entre nous, vous avez vu comme moi ce « Monsieur-j’ai-six-bras » ? Je le vois mal aller s’asseoir sagement sur les bancs d’Old Bailey, prêter serment sur la bible, la main sur le cœur…d’ailleurs quelle main ? Et puis quel cœur ? Croyez-moi, ce n’est pas demain la veille que Mops coffrera le Bhodidhârma !...

Il regarda Orange et poussa un soupir.

« Mais toi, mon pauvre petit Lord, tu es un client parfait pour la potence…si j’ai un dernier conseil à te donner mon gars, c’est de déguerpir sans demander ton reste !...

 

J’aurais dû me réjouir du dénouement, aussi rapide qu’inattendu, du drame dans lequel nous nous étions débattus. Mais bien que j’eus quelques raisons d’en être fier, je me trouvai soudain perdu et me demandai, en regardant Orange Pekoe et Jenny nous faire fébrilement leurs adieux, si tout cela avait un sens…

Affronter son ennemi. Donner un nom à la maladie. Lutter contre l’ignorance. Vaincre la haine. Toute ma vie je m’étais battu pour un jour accomplir ce que justement je venais de réaliser avec succès.  Pourquoi me sentis-je si vide ?

Dégâts ou bénéfices ?  Dans la balance, je reçus un baiser…

« Frederick, me dit Jenny…je ne vous remercierai jamais assez pour tout ce que vous avez fait…ma cheville…sourit-elle, grâce à vous, elle est tout à fait guérie…

« J’aurai toujours un peu de pommade au fond de ma poche…vous le savez n’est-ce pas ?....

 

Un baiser. Peut-être en avais-je attendu d’autres…Maudite balance.

Je les poussai dehors…

Dans le ciel de Londres, ding et dong, poix et vase, souffre et charbon, sonnaient les cloches du jugement dernier…

 

De l’autre côté de la fenêtre cassée, des voix étouffées grognaient des injures.

 

 « C’est notre tueur, bafouillait le Superintendant en crachant quelques dents, puis, extirpant O’Henry des débris de l’échelle, il le secoua avec véhémence, du seul bras valide qui lui restait, l’autre s’était démis dans la chute.

« Debout constable ! Cette fois on a touché le gros lot ! Quel coup de filet ça va être ! Tout le gang du thé au complet!...Allez, au pas de charge O’Henry, fonce chercher des renforts pendant que je prends la bande à revers…

« Mais Chef…à revers ?...dans votre état ?…

« Quoi mon état ? fit Mops en claudiquant vers la sortie de l’hôpital, qu’est-ce qu’il a mon état ? Il va très bien mon état…

 

Chapitre 64

Ding-dong.

78 % de cuivre ! 22 % d’étain…

Le nombre d’or. L’hypoténuse de la Grande Pyramide. La circonférence du dôme de Saint-Paul. Les douze apôtres. La multiplication des petits pains. Le grand Tout et le petit Plus. Tout est affaire de chiffres. Pas un atome de plus. Pas une once de moins. Une erreur et c’est l’Armaggedon. L’art campanaire est de l’algèbre pur. Al-jabr : contrainte réduction. Béni sois-tu Al-Khawarizmi. Grand créateur de cloches. Hérésie. Calcul et cloche.

Amen…

 

Ding-dong.

78 % de cuivre ! 22 % d’étain…

Le rythme pur. Treize pieds. Alexandrin plus un. Prosodie parfaite. Cantique de tous les cantiques. Ô Fleur de Canaan. Le Roi Arthur sonne l’Epître aux apôtres. Ulysse retire Excalibur des clochers d’Elseneur. Ding-Dong. Nous sommes l’étoffe dont sont faits les tocsins. Will Willy William. Mes sonnailles pour ses sonnets…

 

Ding-dong.

78 % de cuivre ! 22 % d’étain…

De l’airain pur jus. De l’airain pur sucre. Coule coule mon petit bourdon. Vibrez mes veines ô mes tuyaux. Aiguille du cadran de pression qui monte qui monte. Les chiffres sont pleins. Les chiffres sont vides. Zéro. Un million. Un million de gallons de barils de pintes de chopines de bronze en fusion. Dans les écheneaux volent les oiseaux. Dans les évents, les engoulevents. Glou glou. Elle coule elle souffle elle sonde. Elle est baleine elle est dragon. Comment va cette chape monsieur Saint-Georges ? Le corset est-il assez serré pour vous ? Belle croûte n’est-ce pas ? Glou-glou glou-glou. Mille trente. Pas assez. Mille quarante. C’est mieux. Retenez vos tripes mon bel ange, vos clochettes arrivent. Dreling dreling. Encore un effort. Mille soixante…soixante-dix. C’est encore mieux. Glou-glou ? Quel igloo ? Il glace ici, il gèle, il frise. Les grelots grelottent. Mille quatre-vingt-seize. Préfèrent la fournaise. La vapeur ne te fait pas peur. Ma beauté ma gazelle ma toute belle. Tu arrives. Tu gazouilles. Pour toi ma promise un cadeau un présent. Dans ton gosier dans ton creuset. Mon gage d’amour. A jamais liés. Trois guinées d’or et une d’argent. Dans tes tripes voici mon sang…Mille et cent ! Mille cent cinquante…Mille deux cents….Vive la mariée…

 

Ding-dong.

78 % de cuivre…22 % d’étain…

Hourrah pour Lawson le chanceux !…

Sous le ciel de Londres,

Poix et vase et souffre et charbon,

Arthur Lawson, le fondeur de cloches, dansait autour de ses fours en fusion.

 

Chapitre 65

La ville avait disparu.

Le ciel ? Ni noir, ni blanc. Un morceau de charbon sur lequel on aurait passé un coup de gomme. Pas une étoile, pas de clair de lune. Le brouillard bien sûr, si lourd, si dense. L’haleine d’une grosse bête mouvante, prête à vous gober tout cru. Les réverbères, des petits phares vacillants qui n’éclairaient que les museaux des rats qui leur grimpaient dessus. Gris sur gris. La nuit tous les rats sont gris. Le froid régnait en maître. Les ombres elles-mêmes avaient déserté les rues. Pas ce soir, disaient-elles, de l’avis général, pas un temps à mettre une ombre dehors…

 

Pas une ombre, vraiment ?

Quelle était donc cette silhouette qui se traînait lamentablement ? Et ces deux autres, un peu plus loin, courant le long d’un mur ? La première forme, très mal en point, mais très décidée, se figea soudain comme un chien d’arrêt, mais sur une seule patte.

 

« Halte-là…ou je tire !

« Tire-donc imbécile !  lui répondirent les autres.

« Vous n’avez aucune chance ! Vous êtes cernés !…

« Cernés par le fog ! Mais pas par toi !...

« Ahhhh les salopards !...maugréait Shamrock Mops en boitant, qu’est-ce qu’il fout, ce O’Henry de malheur ?…bougez pas, racailles ! Lança-t-il encore vers la nuit où Jenny et Orange Pekoe venaient de s’enfoncer, bougez pas, crapules…Il tira deux coups de feu au hasard…mais où sont-ils passés ?…

 

Le coup de gomme n’avait effacé ni le temps, ni les sons. Le temps s’était accéléré, les sons aussi.  Les cloches avaient pris possession de la nuit.

 

Ding…

Jenny tenait fermement son petit Lord par le bras. Rester soudés. Ne pas se perdre dans  cette purée de pois. C’était une chance après tout. Ils couraient en tâtonnant. A l’aveuglette. Leur vie désormais, ce serait ça : courir droit devant soi, les yeux fermés, sans se retourner, sans savoir ce qu’il y avait au bout. Un précipice ? Tant mieux, va pour le précipice ! Une montagne ? Elle avait toujours rêvé de voir les cimes enneigées ! Un ours ? Quel beau manteau de fourrure ça ferait ! Un trésor, une île déserte, la mer ?…Elle ne connaissait pas la mer. Courir sur une plage, courir sur le sable et plonger et nager à s’en faire exploser les poumons, comme si c’était la dernière course…S’enfoncer dans les vagues et ensemble, s’y noyer…Elle souriait à Orange qui ne la voyait pas.

 

Dong…

Courir, pensait-il, il était fatigué de courir…à quoi bon vouloir échapper à son destin puisqu' il n’était qu’un monstre…Pourquoi Jenny s’accrochait-elle à lui ? N’avait-elle pas compris qu’il ne pouvait y avoir d’issue, qu’au bout de cette fuite il n’y aurait rien d’autre qu’une autre fuite sans espoir ? Lui non plus ne connaissait rien de la mer, du bruit des vagues, du ressac, ou du chant des mouettes mais il savait que si un jour, ils arrivaient sur une plage, ce n’est pas du sable blanc qu’ils fouleraient, mais rien d’autre que des sables mouvants.

Et dans ce sable, il savait qu’ils s’y enfonçaient déjà...

 

Ding…

Seuls dans la nuit, ils couraient. Comment avais-je pu les abandonner aussi lâchement ? Tu as encore un rôle à jouer dans cette histoire, me souffla une voix. Dégâts et bénéfices. Tu en as déjà assez fait, me dit une autre voix.

Comment avais-je pu la laisser partir ? J’enfilai une pelisse et me précipitai dehors.

 

Dong…

Des cris étouffés dans la nuit, venant de plusieurs côtés à la fois, qui se rapprochaient,  qui claquaient comme des détonations, comme des morsures, comme la mâchoire d’un molosse qui se referme.

« Ohé commissaire, vous êtes là ?….

« C’est toi O’Henry ?…Pas trop tôt !

« Montez là-dedans patron, vous allez voir, c’est douillet !

« Qu’est-ce que tu fabriques déguisé en bonne d’enfant ?...et qu’est-ce que c’est que ça, triple buse ?

Ça, c’était un grand landau bleu, un peu démantibulé certes, mais en parfait état de rouler que le constable, soucieux de la mobilité de son supérieur, venait d’emprunter avec son tablier et son bonnet, à une nurse matinale, lui laissant son braillant fardeau sur les bras après lui avoir asséné un péremptoire :

Réquisition !

Après un bref instant d’hésitation, le fin limier y grimpa tant bien que mal et brandit son revolver comme un corsaire passant à l’abordage.

« A la guerre comme à la guerre…bravo mon gars ! Bel esprit d’initiative…en avant toutes !...

 

Ding…

Orange Pekoe et Jenny bifurquèrent à droite, le long d’un interminable mur de briques blanches, une haute porte en bois vert surmontée d’un grand palan avec une poulie. Une fabrique. La porte était entr’ouverte…

 

Dong…

Ca travaillait dur là-dedans…A cette heure tardive, c’était étonnant !

Les voix n’étaient plus très loin. Une escouade arrivait par Bethnal Green.

« Commissaire ?…

« Par ici les gars…

Ils étaient tout près.

 

Ding…Dong…

Les cloches…

Elles venaient de là…

« Commissaire !...

Ils n’avaient plus à hésiter.

Ils entrèrent …

 

Chapitre 66

Le feu.

Le feu comme dans le ventre de la terre.

« Où sommes-nous ? se demandèrent les fuyards.

Devant eux, des hommes, fontaines de muscles ruisselants, ahanaient et s’activaient  autour d’un volcan. Des hommes ? Plutôt des démons. 

De leurs énormes mains gantées ils agitaient de longues barres de fer et faisaient voltiger autour de leurs têtes échevelées des myriades de paillettes de feu.

En équilibre sur des poutrelles au-dessus de la lave, leurs ombres géantes dansaient sous un enchevêtrement de chaînes.

Comme une gravure de Piranèse retouchée par Satan en personne, un bouillonnement assourdissant jaillissait d’un creuset de la taille d’un paquebot et emplissait cette chambre des tortures.

Etait-ce déjà l’antre du diable ? Les spectres faisaient cercle autour du brasier. Quels ordres attendaient-ils ? Et de qui ? De Lucifer…de Belzébuth ?

 

De la jaquette du personnage à la face écarlate qui trépignait, courait de l’un à l’autre et les bousculait sans ménagement, ne sortait cependant aucune queue fourchue.

« C’est l’heure mes agneaux…hurlait Alfred Lawson, c’est l’heure de la délivrance…

Il leva le bras…Son geste s’arrêta net !

« Mais qu’est-ce qu’ils font ici ces deux-là ?… »

 

Jenny et Orange Pekoe venaient de s’approcher de la fournaise.

 

« Si c’est pour les visites, c’est trop tôt, la messe n’est pas encore dite, aboya Lawson, et si c’est pour travailler, c’est trop tard, la galère est au complet ! Pas de place pour les passagers ! Hors d’ici malheureux ! Je n’ai pas encore ouvert le royaume des cieux aux simples d’esprit !…Mais en voilà deux autres ! Qu’est ce que c’est que ce cirque ? Vous vous croyez où ?...Dans une nurserie !…

 

Shamrock Mops, dans son extravagant sulky poussé par un O’Henry au bord de l’apoplexie, venait lui aussi, plus vindicatif que jamais, de pénétrer dans l’atelier.

Le pauvre constable n’en pouvait plus de cette poursuite infernale. La sueur lui obstruait les yeux. Pas facile la vie de nourrice quand on est en charge d’un aussi trépignant bébé…mais où étaient-ils encore tombés ? Quels monstres allaient sortir de cette  fournaise ?...Si un dragon devait jaillir de ce volcan en fusion, il serait peut-être utile d’invoquer Saint-Georges…

Mops s’essuya le front et aperçut les fugitifs qui se découpaient en ombres chinoises devant le brasier.

Il saisit son biberon et le pointa vers eux !

« Au nom de la loi je vous arrête !

« Patron…ça ne va pas marcher avec ce calibre-là…

« Je sais bien, imbécile ! C’est pour mieux tromper l’adversaire…Il prit une rasade de lait, balança le biberon, chercha son revolver dans ses langes et le brandit.

Il distinguait maintenant une foule d’ombres chinoises. Ah les petits malins…Ils avaient rejoint le reste de la bande !

« Lâchez vos tétines, je vous arrête tous !…

 

« Patron, qu’est-ce qu’on fait ? demanda le contremaître de la fonderie, interloqué lui aussi par cette double intrusion…Patron ?...

Lawson, muet de stupeur, avait toujours le bras en l’air.

 

Personne n’écoutait plus personne.

« On ne bouge plus ou je tire ! hurla Mops

« Patron, qu’est-ce que vous faites ? demanda O’Henry de plus en plus inquiet, lui aussi distinguait maintenant les fuyards, faites attention à la fille tout de même…

« La fille, quelle fille ? grogna Mops qui se débattait, la tête emmêlée dans ses couches.

Jenny poussa doucement Orange.

«  Fuis! C’est toi qu’ils veulent…fuis !...

Ils étaient à deux pas de la fosse.

 

Le feu…

 

« Ma cloche…ma toute belle…gémit Lawson.

« Bougez pas je vous dis, glapit Mops.

 

Le feu…

 

Orange fit un pas de côté.

« Je vais tirer !…Je tire…

 

Chapitre 67

Le feu…

Les lueurs du feu m’avaient guidé moi aussi. Et en un instant je vis tout.

Le brasier. La fonte en fusion. Les ouvriers en arrêt. Les policiers. Les fugitifs. Les démons et les anges. L’enfer et le paradis. Saint-Georges et le dragon.

Le pistolet au bout du bras.

La balance. Le choix. Orange Pekoe et Jenny.

Sans hésitation je me jetai sur Mops.

Mops, qui pointait son arme vers la cime de la fabrique.

Pour tirer en l’air en somme. Un tir de semonce. Un sursaut d’humanité…

Dégâts et bénéfices.

 

Et c’est moi, qui en plongeant sur lui…

C’est moi qui rabattis son bras…

Le roulement du feu de la forge, comme un immense éclat de rire, couvrit le claquement sec. Bhodidhârma, ce soir-là, avait le sourire de Vulcain.

 

O’Henry regarda Mops.

« Patron…qu’est-ce que vous avez fait ?...

Shamrock Mops regarda, hébété, la bouche fumante de son arme.

« Mais rien…je ne sais pas…je n’ai rien fait…le coup est parti tout seul…c’est pas moi c’est lui…ce crétin de médecin, là…moi, O’Henry, tu me connais, je ne ferais pas de mal à une mouche…

Dis-donc, mon garçon, tu crois qu’il reste encore un peu de lait ?....

 

Le feu …

Orange Pekoe était à genoux.

« Regarde-moi Jenny, regarde-moi mon ange…

Comme tes yeux sont verts…est-ce qu’on a jamais vu des yeux aussi verts ?...

Et tes cheveux…a-t-on jamais vu des cheveux aussi rouges ?…c’est drôle, il fait si chaud et ta peau est si froide…je n’avais jamais remarqué comme ta peau était douce…tes lèvres aussi sont douces…puis-je poser mes lèvres sur les tiennes ?...je n’ai jamais eu le temps de le faire…quel idiot !...il n’est peut-être pas trop tard…tu m’apprendras ?..que dis-tu ?...tu ne dis rien, mon amour…ta bouche s’ouvre mais tu ne dis rien…ça n’est pas grave, je parlerai pour deux… j’ai tant de choses à te raconter… mais tes yeux se ferment…je sais, je parle trop…j’ai toujours trop parlé...je te fatigue…je vais te laisser dormir…dommage…j’aurais bien dansé encore un peu…mademoiselle…m’accorderez-vous cette dernière valse ?...

 

Le feu…

Orange Pekoe se releva lentement. Il portait Jenny dans ses bras. Il riait.

De l’étain et du cuivre. 78 % de chair 22% d’âme.

Rouge et vert. Mais quelles jolies couleurs.

De l’étain, du cuivre, un zest d’argent, deux touches d’émeraude, une pincée de rubis et quelques larmes…

Nous ferons un beau service pensa-t-il, et il avança vers la fosse.

Deux anges et quelques gouttes de thé dans une mer de feu.

Il se jeta dans le creuset.

 

Lawson, comme un somnambule, abaissa son bras.

Le chaudron bascula. Les écheneaux s’ouvrirent.  La rivière d’airain en fusion s’engouffra dans la fosse de coulée.  Les gaz emplirent l’atelier. 

 

Le feu…

Dans l’enfer de Whitechapel, une nouvelle cloche venait de naître.

 

« O’Henry ! Mon biberooooooooon !...

 

Chapitre 68

27 novembre 1888

Le « Daily Stinker »

On vous prend pour des cloches !...

Quel triste imbroglio hier soir dans les sombres ruelles de Whitechapel !

Il aura fallu pas moins de cinq brigades de poulets hautement triés sur le plumet pour calmer la pire émeute que Londres ait connue depuis l’affaire de la bouilloire en folie !

Affaire d’ailleurs non encore résolue, mais dont les ramifications souterraines pourraient bien nous mener jusqu’aux inavouables opérations de notre si peu policée police, opérations qui seront, n’en doutez pas chers lecteurs, en temps et en heures, dévoilées !

Donc, hier soir, on a voulu vous faire croire que nos forces (si peu) de l’ordre auraient été mobilisées pour sécuriser les bâtiments de la Fonderie Royale de Whitechapel pendant la phase finale de l’élaboration de la nouvelle cloche de la cathédrale de Saint-Botolph’s Aldgate !

A d’autres !...

L’ancien bourdon ayant été, comme vous vous en souvenez sûrement indignés lecteurs, outrageusement fendu lors d’une chute de gargouille dans des circonstances encore non élucidées ! Mais ceci est une autre histoire…

Depuis quand la vie des cloches importe-t-elle au point de dépêcher dans un quartier déjà sous haute surveillance les plus fins limiers de la Couronne ?

Quand je dis « fins », je ne parle évidemment pas de la finesse du tour de taille de notre limier en chef, notre ami le Superintendant Mops, qui aurait été, vous n’allez pas en revenir, retrouvé, en plein milieu de la nuit, déguisé en nourrisson, tétine au bec et braillant des inepties sans queue ni tête, dans un landau volé à une honorable nurse qui ne s’en est pas encore remise. L’internement de l’ex-Superintendant, à l’asile de Bedlam devant rester « secret défense » nous ne nous étendrons pas sur ce cas douloureux qui, entre nous, ne nous étonne guère.

Mais que dire en revanche des événements inexpliqués, survenus cette même nuit, et qui posent aux esprits éclairés que vous êtes, des questions qui attendent des réponses claires, nettes et précises.

En premier lieu : où est passée la troupe du Freak’s Show Theater de Stepney, volatilisée dans son ensemble après l’esclandre de la nuit dernière où, devant un public effaré, est-il nécessaire de le rappeler, une certaine tête de dompteur fut gobée par un certain gros chat tigré ?

Deuxièmement : qu’est-il advenu de l’infâme épicier, le cruel Lipstick ? Aurait-il fui vers la Chine par quelque tunnel souterrain, aidé en cela par son complice, l’ignoble docteur Severt, lui aussi étrangement évaporé ?

Et que dire de l’incendie qui ravagea le sinistre « Nine Bell’s », cet infect pub, repaire de brigands et de gourgandines bien connu du secteur, consumé en moins de temps qu’il n’en aurait fallu à son tenancier pour écluser une pinte de stout et dont il ne reste plus, ce matin, que des cendres encore fumantes.

Je veux parler des cendres du pub, évidemment, pas de celles de la pinte de stout, ni de celles du tenancier !

Mais le plus extraordinaire, dans toute cette terrible nuit, reste bien entendu la disparition, que dis-je ? L’évaporation, du suspect « number one » de la terrible affaire de la bouilloire qui tue !...

L’homme à tête de théière !

Car oui, ils l’ont laissé filé !...

On l’aurait entrevu s'enfuir sur les docks puis se jeter dans la tamise.

Témoignage non avéré. On croit l’avoir vu près de Westminster Abbey. Rien n’est moins sûr.  On l’aurait avisé près de Buckingham Palace. Foutaises !

On l’aurait remarqué se moquant de la statue de Nelson à Trafalgar Square. Billevesées !...

Au Kensal Green Cemetery enfin, un fossoyeur aurait même surpris un individu servant une tasse de thé à un lapin ! Après vérification, ce fossoyeur était ivre…et aveugle ! Et il n’y a jamais eu de lapin à Kensal Green…

Enfin, last but not least, on l’aurait aperçu, une belle rousse accrochée à ses basques, à l’entrée de la Fonderie Royale de Whitechapel…

Ces mêmes témoins jurent l’avoir vu, toujours avec la rousse,

DANS la Fonderie Royale de Whitechapel…

Et là…Pfffuittt…disparu !...

Personne ne l’en aurait vu ressortir…

Lecteurs chéris et adorés,

On vous prend pour des cloches !...

A l’heure où nous mettons sous presse, nul ne sait où est passé l’homme à tête de théière, ni aucun de ses complices. Quand nous en saurons plus, lecteurs adorés  et chéris, soyez bien sûrs que vous en serez les premiers informés !

Le mystère reste donc pour l’instant, tel le christmas pudding de votre belle-mère le soir du réveillon, impénétrable et désespérément entier !...

Votre fidèle, Johnny Laphroïg

 

Chapitre 69

« …Allons, dépêchez-vous, me dit le docteur Severt, vous ne voulez tout de même pas être en retard vous aussi ?…

Trébuchant sur les pavés glissants, nous courions à petites foulées le long d’un petit muret de briques blanches.

« Ahhh…nous y voilà !…Severt poussa une grille branlante et me fit entrer dans un vaste parc arboré au gazon parfaitement tondu et qui semblait s’étendre jusqu’à l’horizon. Ce parc était rempli d’une multitude de pierres tombales sans âge et de toutes tailles, plantées de guingois et disséminées dans l’herbe comme de vilains chicots dans la mâchoire édentée d’un pirate.

« Mais…dis-je en sortant un guide de ma poche, c’est bizarre, il n’est indiqué aucun cimetière à Whitechapel ?...

« Si vous croyez tout ce qu’on écrit dans les livres ! Allez, on s’active, ils sont déjà tous là-bas savez-vous ?…Nous sommes les derniers à avoir quitté le «Eleven Bell’s …

« Le « Eleven Bell’s » ?...

Le docteur gloussa devant mon air ahuri.

« Eleven…Ten…Nine…une cloche de plus ou une cloche de moins, qu’est-ce que ça change, je vous le demande !...Le temps mon ami, le temps…mais ne vous inquiétez pas, vous ne pouviez pas mieux tomber ! Car aujourd’hui, mon cher, est un grand jour…aujourd’hui c’est l’anniversaire !…C’est même le centenaire ! Vous vous rendez compte !...Cent ans déjà…allons, hâtons-nous depuis le temps que vous attendiez ça…un thé en votre honneur…tenez, vous entendez la fameuse cloche ?…Sacré Lawson ! Quel magnifique tocsin, ne trouvez-vous pas ?…

Dong…Dong…

Un thé en mon honneur ? Pourquoi pas après tout ! Mon estomac criait toujours famine et le docteur avait l’air si ravi que je ne voulais pas le décevoir. Le brave homme ! Après tout ce qu’il venait de me raconter…

Dong…

 

Ils étaient tous là, alignés comme à la parade, entre les tombes fleuries, sous la grande ombre du clocher d’où provenait le son majestueux d’un carillon.

Dong …

« Beau travail, Maître Lawson dit le docteur à l'honorable fondeur qui, tout sourire au milieu de sa brigade d’ouvriers au garde-à-vous en tablier d’apparat, souleva à notre arrivée son haut-de-forme de gala.

« On a failli attendre ! N’est-ce pas, révérend Ishabod ?…

La couronne de mèches argentées du petit bonhomme à qui il s’adressait approuva vivement.

« En effet, en effet, il était plus que temps ! dit celui-ci en sortant de son gilet élimé une énorme montre gousset, il était plus que temps…

« Les Français sont toujours en retard, combien de fois faudra-t-il vous le répéter, s’esclaffa Lipstick dont le teint était plus cireux que jamais.

« Tout juste l’épicier, fit Jack the Knife en le gratifiant d’une bourrade, mérit’rait pas de l’avoir son breakfast !

« Et toi toujours aussi délicat, ajouta la vieille Molly, arrivant de derrière un bouquet de pierres tombales aux bras d’une Polly qui n’en finissait pas de se poudrer le nez et qui me fit une très jolie révérence.

Une petite femme tout habillée de gris trottinait derrière elles.

« Martha, me souffla Severt à l’oreille, elle n’aurait raté ça pour rien au monde, vous pensez bien…

Dong…Dong…

Deux policiers en uniforme encadraient le tenancier. L’un des deux, l’air bourru, se maintenait difficilement en équilibre sur ses béquilles.

« Mops ?…chuchotai-je en me penchant à l’oreille du docteur.

« Constable Mops, me reprit-il sur le même ton, et à côté, tout nouvellement promu, le superintendant O’Henry nous honore de sa présence…

Dong…

«  Ah voilà les plus beaux!…Mais où étiez-vous passés, fit Severt en accueillant Esmeraldo, Esmeralda, Goliath, et Mister Turncoat qui se faufilait entre les jambes de Pulpinella

La gitane portait un plateau d’argent sur lequel trônait une théière de bronze.

« Mais nous sommes allés les chercher, docteur ! On ne pouvait pas commencer sans eux tout de même…

Ils regardaient tous la théière de bronze avec tendresse.

Severt éternua. Esmeralda lui tendit un foulard dans lequel il se moucha bruyamment.

« Ahhhh docteur, après tout ce temps, soupira la naine, quel sentimental vous êtes…

Dong…Dong…

« La cérémonie, la cérémonie, glapit le sautillant révérend, nous n’avons pas toute la vie devant nous…

Pulpinella s’avança, donna le plateau au docteur, souleva sa mantille, saisit le pasteur par la taille et l’entraîna dans un tango langoureux.

« Quel fameux danseur vous faites mon révérend…

Esmeraldo battait des mains, Esmeralda faisait des galipettes, Turncoat se passait la langue sur les babines et me fit un clin d’œil.

Adossé à une tombe moussue, Goliath chantait :

 

Tout là-haut sur le monde vous volez

Comme un plateau à thé dans le ciel

Tourbillonnez, tourbillonnez…

 

Avec une douceur infinie, le docteur Severt prit la théière de bronze.

Une merveilleuse odeur de Darjeeling s’en dégageait. Il sortit une tasse de porcelaine chinoise de sa poche, me la tendit, et me servit enfin.

 

« Un ou deux sucres ? me demanda-t-il en souriant.

 

Le thé n’est rien d’autre que ceci :

Faire chauffer de l’eau,

Préparer le thé,

Et le boire convenablement.

C’est tout ce qu’il faut savoir.

Sen Rikyu (1522-1591)

 

 

                

 

 

 

 

MalleCantemOKLa malle « Cantem e parlem » réunit une variété d'ouvrages adulte et enfant qui permet de découvrir la langue occitane.

Un grand nombre de livres (album, BD, roman, théâtre) écrits en occitan, sont accompagnés de documentaires sur l'histoire de l'Occitanie et sur la langue.

A cela, se rajoutent des contes pour grands et petits, des ouvrages sur les chansons occitanes, des CD, et pour ceux qui souhaitent s'initier à cette langue, des méthodes d'apprentissage ainsi qu'une boîte de jeux offrant des activités pour une initiation.

Lauréats 2019-2020

PrixAdo 12eEdition

Série 1

Mentir aux étoiles - Alexandre Chardin, Ed. Castermann

Série 2

Celle qui marche la nuit - Delphine Bertholon, Ed. Albin Michel

Série 3

Ceux des limbes - Camille Brissot, Ed. Syros

 

 

Lauréats 2018-2019

PrixAdo 11eEdition

Série 1

Miss Daschwood nurse certifiée : de si charmants bambins ! - Gwenaëlle Barussaud Ed. Fleurus

Série 2

1749 Miles - Fabienne Blanchut Ed. de Plaines en Vallée

Série 3

Stabat Murder - Sylvie Allouche Ed. Syros

 

 

Lauréats 2017-2018

PrixAdo 10eEdition

Catégorie 11-13 ans

14-14 - Paul Beorn et Silène Edgar Ed. Castelmore

Catégorie 13-15 ans

Les pluies - Vincent Villeminot Ed. Fleurus

 

 

 

 

 

Lauréats 2016-2017

PrixAdo 9eEdition

Catégorie 11-13 ans

La croix du sud - Claude Carré Ed. Auzou ( Virage)

Catégorie 13-15 ans

Nous sommes ceux du refuge - Delphine Laurent Ed. Oskar jeunesse

 

 

 

 

 

Lauréats 2015-2016

PrixAdo 8eEdition

Catégorie 11-13 ans

Dix minutes à perdre - Jean-Christophe Tixier Ed. Syros Jeunesse

Catégorie 13-15 ans

Le noir est ma couleur : le pari (tome1) - Olivier Gay Ed. Rageot

 

 

 

 

 

Lauréats 2014-2015

PrixAdo 7eEdition

Catégorie 11-13 ans

L’homme à la voiture bleue - Sébastien Gendron Ed. Syros ( Rat noir)

Catégorie 13-15 ans

Le suivant sur la liste - Manon Fargetton Ed. Rageot éditeur

 

 

 

 

 

Lauréats 2013-2014

PrixAdo 6eEdition

Catégorie 11-13 ans

Le cœur en braille - Pascal Ruter Ed. Didier Jeunesse

Catégorie 13-15 ans

La prophétie de Venise - Moka Ed. Play Bac

 

 

 

 

 

Lauréats 2012-2013

PrixAdo 5eEdition

Catégorie 11-13 ans

Premier chagrin - Eva Kavian Ed. Mijade

Catégorie 13-15 ans

Instinct 1. - Vincent Villeminot Ed. Nathan

 

 

 

 

 

Lauréats 2011-2012

PrixAdo 4eEdition

Catégorie 11-13 ans

Le crime de la pierre levée - Catherine Cuenca Ed. Flammarion

Catégorie 13-15 ans

La ballade de Trash - Jeanne A. Desbats Ed. Syros

 

 

 

 

 

Lauréats 2010-2011

PrixAdo 3eEditionCatégorie 11-13 ans

Pour tout l’or du monde - Jean-Marie Defossez Ed. Bayard

 

Catégorie 13-15 ans

16 ans et des poussières - Mireille Disdero Ed. Seuil

 

 

 

 

Lauréats 2009-2010

PrixAdo 2eEditionCatégorie 11-13 ans

Noé - Claire Clément Ed. Bayard

 

Catégorie 13-15 ans

L’âge d’ange - Anne Percin Ed. Ecole des Loisirs

 

 

 

 

Lauréats 2008-2009

PrixAdo 1erEditionCatégorie 11-13 ans

La soupe de poissons rouges - Jean-Philippe Arrou Vignod Ed. Gallimard

 

Catégorie 13-15 ans

Mary Tempête - Alain Surget Ed. Flammarion

Une nouvelle table thématique à la médiathèque de Luz

La nouvelle table de lecture du mois est arrivée avec quelques jours de pluie pour ce mois de plantations.


La table de lecture sur le thème du potager est à consulter sur place ou pour les plus chanceux à emporter chez eux grâce à leur adhésion.

 

Si ce thème vous intéresse, la médiathèque de la Maison du Parc national et de la vallée est ouverte tous les jours du lundi au dimache de 14 h à 19 h.
Nous proposons également plusieurs forfaits d'adhésion à la médiathèque.

A bientôt sous un beau soleil pour vos fruits et légumes !

 

mallearchi

L'opéra de Sydney,le MuCEM de Marseille, les métros parisiens,... tant d'œuvres dont nous savons si peu.

Partez à la découverte d'œuvres architecturales de grande renommée, puis découvrez son concepteur ou comment l'œuvre s'est inscrite dans son parcours professionnel.

 

Pour vous amusez et vous baladez d'œuvres en œuvres, un jeu de Memory accompagne la sélection de documents : "Saurez-vous rendre ces œuvres à leurs auteurs légitimes ?"

 

(Créée en 2015)

Whitechapel

 

Chapitre 51

Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais voyagé qu’à travers les encyclopédies et les dictionnaires. Je n’ai affronté de tempêtes, ni au Cap-Horn, ni dans le désert, et je n’ai jamais été englouti sous des avalanches de neige ou sous les vagues d’un tsunami ailleurs que dans des livres.

Ce 26 novembre 1888, à vingt-quatre heures du jour fatidique, je n’eus besoin d’aucun recours à ma bibliothèque pour savoir que  j’étais dans l’œil du cyclone. L’ouragan était passé, il allait revenir. La séance d’hier avait été éprouvante et n’avait apporté aucun des fruits attendus. Il ne me restait plus à espérer que l’évasion programmée ne tourne pas au fiasco et que l’ultime confrontation entre Lipstick et Orange Pekoe ne se termine pas en apocalypse.

Mais le sort en était jeté et nous étions tous à nos postes. J’imaginai les nains en train d’affiner leurs pirouettes, Goliath en train de vérifier ses marteaux, Jenny se passant rageusement du rouge sur ses lèvres.

J’imaginai le malheureux dans sa cage…

C’est alors, qu’en cette veille de bataille où j’étais à la limite du désespoir, une petite lueur s’alluma. Un nouveau courrier venait d’arriver.

Une bouteille à la mer que j’avais envoyée sans grand espoir avait, contre vents et marées, trouvé destinataire, et si le télégramme sibyllin ne mentait pas, nous serions demain un de plus.

Une de plus,  pour être exact.

Hospice général du comté de Northumberland.

 

Sir,

Comme j’ai pas d’éducation comme vous les beaux docteurs de Londres avec tout votre savoir c’est le père Mac Kinley qui est si bon qui m’a lu votre lettre qu’est arrivée ce matin, je me demande bien comment, et c’est lui qui écrit en ce moment pour moi cette réponse ici dessous.

Je suis vieille et malade et j’ai bien droit à un repos mérité. Je souffre d’une maladie qui s’appelle catalepsie comique ou chromique ou quelque chose comme ça et qui veut dire de temps en temps et parfois je suis raide comme un cadavre, après je me réveille. C’est comme ça que celui dont vous avez pris soin de vous occuper a cru que j’étais morte c’était il y a bien longtemps en vrai j’aimerais mieux être vraiment morte.

J’ai beaucoup péché et j’ai beaucoup à me faire pardonner. J’ai honte, mais c’est comme ça, qu’y faire ? Je sais pas comment vous m’avez retrouvée. Je suis en même temps bien contente des nouvelles que vous me donnez et en même temps je suis dans une grande peine.

Ce que vous me demandez c’est pas de la petite bière.

Depuis que le manoir a brûlé avec mon pauvre époux dedans, paix à ses cendres, je parle des cendres du manoir, j’ai été recueillie dans cet hospice par les sœurs qui sont pas mes vraies sœurs mais qui sont bien charitables. Le père Mac Kinley qui n’est pas mon vrai père non plus dit qu’il faut aider son prochain et que moi aussi je dois aider mon prochain même si mon prochain est maudit. Je vais prier pour le salut de l’âme de qui nous savons, prochain ou pas, maudit ou pas, et pour la mienne aussi.

Vous autres réformés ne croyez pas aux miracles. C’est votre affaire.

Moi qui vis sous la protection des reliques de Saint-Cuthbert-le-Hareng que les Danois ont fumé  en 1126, j’y crois dur comme fer.

Bref j’ai pas encore décidé si oui ou non. 

Le 26 de ce mois c’est très bientôt.

Qui vivra verra.

                                                             M.

 

Post Scriptum : 

M. est une femme très courageuse. Elle viendra !

Signé : Ambrose Mac Kinley, vicaire.

 

Chapitre 52

« Benvenuto a tutti !

Welcome Ladies and Gentlemen! Entrez…Buongiorno Signor…Buonasera Signorina…Par ici…Belle soirée n’est-ce pas ?…Votre ticket ? Grazzie mille…Bienvenue Miss…Hello Sir…Pressez-vous s’il vous plaît…Pronto…Une place pour son excellence ?…Je vous en prie…Molto grazie Mylord…Buenasera…Buongiorno…Comment allez-vous ?…

 

A l’entrée du chapiteau, la pagaille faisait rage depuis deux heures.

La queue s’étirait jusqu’à l’ancien manège. De mémoire de chevaux de bois, on n’avait pas vu ça depuis l’inauguration de la foire.

Depuis deux heures, Cristobal Li, dans son uniforme de gala, suait sang et eau mais n’aurait laissé sa place pour rien au monde. Il papillonnait d’un spectateur à l’autre, donnait les tickets, empochait les souverains, baisait des mains, en serrait d’autres, clignait de l’œil, pinçait des fesses, houspillait les placiers, félicitait les dames pour leurs parures, félicitait leurs galants pour les mêmes raisons, et mille fois en son for intérieur se félicitait lui-même…

La salle était déjà pleine. Quelle ambiance ! Quel succès ! L’excitation le survoltait. Il était un ! Il était Dieu ! Il était dix !

Un garçon de piste interrompit sa duplication hystérique.

 

« Maestro ?! Maestroooooo…

« Ma che faché ?…Qu’est-ce qu’il y a, per la Madonna ? On m’appelle par ici, on m’appelle par là…

« C’est  la police, monsieur le directeur ….

« Ma che polizzia ! Qu’est-ce qu’ils veulent encore la polizzia ? C’est pire qu’à Palerma ! Che gourmandise ! Ils ont déjà eu leur enveloppa, no ? Et ils sont où, ces bobbizes ?…

«  Ils sont là, Monsieur…Signor…marmonna un sergent O’Henry plus à l’aise en compagnie des rats qu’avec ce type aux airs de Matamore. Ces saltimbanques avec leurs sourires de voleurs d’enfants, quels gens bizarres…Brrrr…Mais c’était un honneur d’assister le patron ce soir. Enfin il allait voir le grand policier à l’œuvre. Lequel grand policier, l’ayant laissé partir à l’assaut, en éclaireur, et jugeant que la première salve était aussi minable qu’un tir de pétard mouillé, le bouscula sans ménagement et se planta, plus bougon que jamais, devant Cristobal Li.

 

Ce fut un duel de moustaches.

Qui gagna ? Difficile à dire. Ils se toisaient, crocs poilus, hérissés, frémissants, attendant un signal pour en découdre, lorsqu’ O’Henry, pensant bien faire, lança un timide :

«  Vous avez vos papiers ?...

 

Ce qui provoqua l’hilarité de Cristobal Li, mais aussi la fureur de Mops.

« Mais ferme-la pauvre idiot ! On ne vient pas pour ça !…

Li manqua s’étouffer de rire. Des policiers comme ça, quelle aubaine…

« Et vous, éructa Mops en s’adressant à Li, vous, puisque vous trouvez ça si drôle…et bien oui, tiens, je veux voir les papiers de tout le monde et que ça saute ! Je veux voir les certificats d’hygiène des hommes, des femmes, des animaux. Je veux voir les tampons d’entrée sur le territoire britannique, les attestations de bonne conduite, de bonne moralité, de bonne haleine. Les bulletins de paie, la patente numéro 16809 A 47 qui vous autorise à  monter un chapiteau sur la commune de Stepney, le procès-verbal BFX 457 du tribunal de Guildhall donnant droit à l’exercice de vos activités sur la voie publique ainsi que tous les permis de port de faux nez et enfin je veux, j’exige que vous me communiquiez séance tenante la liste de tous les salopards qui boivent du thé dans votre poubelle ambulante ! Voilà ce que je veux !

Sinon, Hop, je ferme ta cambuse ! Ah ! Tu rigoles moins sous tes bacchantes de carnaval, hein, paillasse, dompteur de macaroni de mes deux…

 

Cristobal croisa les bras sur sa poitrine couverte de médailles et fit un violent effort pour se contrôler. Si les menaces n’avaient jamais aucun effet sur lui, insulter ses moustaches était pire que traiter sa mère de Messaline. Il plissa les yeux.

 « Mais tout ce que vous voulez, Signor Commissario, ajouta-t-il condescendant. Des papiers ? J’en ai plein le coffre, moi, des papiers…ma, après le spectacle d’accordo ? Parce que le spectacle, il va commencer, allora, vous allez vous assoir là, sagement, au premier rang …deux places de choix…et puis…

Il glissa un billet de cent livres dans la poche de Mops et un autre dans celle d’O’Henry

« Pour attendre, voilà des papiers qui en valent bien d’autres, no ?…

 Il laissa les deux policiers, interloqués, affalés sur des chaises, s’essuya le front, poussa un soupir, leva les yeux au ciel, se signa et s’esquiva vers les loges.

 

Chapitre 53

Coulées dans un bloc de ciment.

Voilà à quoi ressemblaient les jambes de Jenny.

Dissimulée derrière une pancarte, elle venait d’assister à la ridicule altercation. Elle, qui avant même de pénétrer sous le chapiteau avait déjà du mal à mettre un pied devant l’autre, se sentait clouée au sol.

La présence de deux policiers allait singulièrement compliquer les choses.

Le plan…Il fallait s’en tenir au plan…Tout reposait sur ses frêles épaules…

Ne pas flancher. Pas maintenant, si près du but…

 

Le brouhaha s’amplifiait de minute en minute. On se piétinait sans vergogne pour gagner une meilleure place. Rien à voir avec le public de Covent Garden. Deux commères, emmitouflées et gonflées comme des poules d’eau, s’installèrent devant Jenny. Déposant leur popotin sur un banc qui ploya, mais ne rompit pas, elles poussèrent force soupirs et se lancèrent dans ce qui constituait pour elles le seul et unique intérêt d’une sortie au spectacle, le caquetage.

 

«  A c’qu’y paraît, il est vraiment monstrueux !

« Qui vous l’a dit, Marg’ret ?

«  C’est mon Andrew !

« Ahhh bon, et comment qui sait ça, vot’Andrew ?

« Ben figurez-vous qui l’tient d’la sœur du voisin d’la belle-mère du portier du cirque…

« Non ?

« Si ! Même qu’elle l’aurait vu de ses yeux vu, et ben c’est pas joli joli ! Avec votre petit tempérament, ma pauv’ Janet, je n’sais pas si vous allez supporter l’spectacle !  Seriez mieux chez vous avec un bon grog ! J’dis ça, c’est pour vot’ bien Janet ! Ca s’dit qu’il aurait douze yeux, quatorze bouches, pas de bras mais vingt tentacules et qu’en plus il insulte le public en français!

« Bahhh…

« Mais comme j’vous l’dis Janet, comme j’vous l’dis, pourquoi qu’j’vous mentirais ?

« Ch’ais pas Mar’gret, ch’ais pas…

« Non mais vous vous rendez-compte Janet, une théière qui parle français ? Où va –t-on, j’vous l’demande, Janet, où va-t-on ?

« J’vais nulle part Marg’ret, pourquoi ?... vous allez où, vous ? …

 

La chaleur, le frou-frou des plumes, le caquètement des gallinacés, la tension qui lui nouait les tripes, un voile passa devant les yeux de Jenny.

Elle vacilla.

« C’est pas le moment de tomber dans les pommes ma belle ! Oh ! Réveille-toi, dit Esmeralda en lui piquant la cuisse d’un petit coup de fourchette ! Faut pas mollir princesse ! Les autres sont déjà en piste. Goliath n’attend qu’un signe ! Et mon Cutlass qu’est remonté comme un ressort…c’est très courageux ce que tu fais ma chérie…Oh Jenny ! Reste avec nous ! Faut-y que je te le plante plus profond, mon nez ?…

« Pas la peine, dit Jenny, ça va aller …

Esmaralda sortit vivement un miroir de sa poche et à l’aide d’une petite brosse lui repoudra consciencieusement les joues.

« Là, et encore une petite touche là…c’est parfait, regarde-toi ! Une vraie poupée de porcelaine…s’il ne craque pas avec ça, le rastaquouère en jaquette, je me fais mettre une louche à la place du nez !...

« OK ! C’est bon, soupira Jenny, je suis prête…Elle respira un bon coup.

« J’y vais… 

 

La partie venait de commencer.

 

Chapitre 54

L’air de la Traviata …

Dans sa loge, Cristobal Li chantait à tue-tête devant de grandes affiches, toutes à sa gloire, le représentant en pied, de face, de profil, lui, Cristobal, le plus grand dompteur du monde. Il virait, il voltait, il envoyait des baisers à ses doubles de papier. C’est vrai qu’il aurait pu être ténor, ou baryton, à l’Albert Hall, à la Scala. Il aurait fait un Don Giovanni magnifique, un Don José inoubliable, mais entre le fouet et la chansonnette, il avait choisi.

Tant pis pour Verdi, c’était plus fort que lui, il avait la fibre monstrueuse…

Le dompteur arrêta son manège pour s’admirer encore puis donna un coup de botte à travers un rideau de velours rouge qui recouvrait une cage.

« Et toi tu ne dis rien, ragazzo ?…Non tu ne dis rien ! Tu te réserves pour tout à l’heure…tu as raison…quoi ? ! Qu’est-ce qu’il y a ? ! Ma, il n’y a plus de respect pour les artisti…

Jenny venait de soulever un  pan de la tente.

 

« Oh ! Excusez-moi…je crois que je me suis perdue …je cherchais l’entrée du spectacle et…

« Mais vous avez bien fait, cara mia,  très bien fait ! Entrez, entrez  donc …

 

Grazie mille, Santa Madonna, pour ce cadeau tombé du ciel, pensa-t-il.

Courage, respire et lance-toi, pensa-t-elle.

 

 « Quel heureux hasard, bellissima…le spectacle, ma il est partout, il débute ici, pour vous, adesso, tout de suite, le spectacle, ma c’est moi le spectacle !

Il prit Jenny par la main et la fit avancer au centre de la pièce. Mais qu’elle était  ravissante cette petite égarée ! Comme une toupie, il se mit à tourbillonner autour d’elle. Elle avait pris son air le plus effarouché, le plus candide. Lui, les sourcils hérissés comme les antennes d’un vilain insecte, la dévorait des yeux, tous ses sens étaient en éveil.

Et ses sens ne le trompaient jamais. Quelque chose clochait. Cette proie était trop facilement arrivée dans sa nasse.

« C’est que…je ne veux pas vous déranger…

« Mais qui me dérange, qui ?... Le vrai spectacle…c’est vous mon enfant !

Il extirpa un bouquet de roses de sa manche et le tendit à la jeune femme.

Il la connaissait. Oui, il en était certain, il l’avait déjà vue quelque part…

« Ahhh…continua-t-il, l’air faussement attendri, vous et moi…moi z’et vous…nous avons juste le tempo de faire …comment dites-vous ?…une petite connaissance, no ?… Ahhh, je sais, vous voulez boire…Allez, pour la  piu bella, presto, vite un verre de Chianti ! Salute ! Salute…

Deux verres en cristal et une bouteille sortirent comme par enchantement de son autre manche. Jenny battit des mains,

« Bravo Maestro, on m’avait dit que vous étiez le prince des magiciens mais là, je suis sous le charme …

«Ohhhh…elle est sous le charme, charmante enfant…comme c’est charmant…mais vous n’avez rien vu encore ! Quoi ? Qu’y a-t-il encore ?…

 « Dans cinq minutes, Signore… on a du mal à contenir la foule…

« Mais c’est qui il Capo ? hurla-t-il, on commencera quand Cristobal il dira : on commence, va bene ! Allez ouste !…Alora ragazza, où en étions-nous ? Ah oui…je suis le prince des magiciens…quel honneur…mais si je suis le prince, cosi, vous êtes la reine, no ? Et puisque vous êtes la reine, venez, je vais vous montrer  quelque chose que, unicamente, les yeux d’une reine peuvent voir…

Jenny s’était bien rendu compte que l’infâme bonhomme la serrait de plus en plus près. Elle continua néanmoins à minauder. En tournoyant autour de lui pour l’éviter, ses yeux se posèrent sur la cage recouverte de drap rouge. Son cœur se pinça…

Li ne l’avait pas quittée du regard. Il savait maintenant où il l’avait vue.

Derrière le comptoir, chez Jack the Knife.

Il savait pourquoi elle était là…

 

Il continua à papillonner un moment puis s’immobilisa dans une pose ridicule.

Tel un enfant, il serra les mains sur son cœur. Le rictus qui fendit subitement sa bouche d’un sourire carnassier n’avait, lui, plus rien d’enfantin.

« Ahhhhh les yeux d’une reine…ils ne trompent pas les yeux d’une reine…surtout quand les yeux d’une reine…cherchent les yeux…de son roi !

Le dompteur avait reculé de quelques pas et Jenny vit avec effroi qu’il s’était saisi d’un fouet.

« Mais que vous êtes triste soudain…pourquoi bambina, pourquoi ? Allons, il ne faut pas…sinon c’est mon petit cœur à moi qui va saigner…ahhhhh je sais, c’est ce roi et cette reine…oui, vous avez raison…il faut vite les réunir sinon…c’est comme un Roméo sans sa Giulietta !...

Il hurlait maintenant, ponctuant ses phrases de violents coups de fouet sur les barreaux de la cage.

« Non, cria Jenny en entendant un gémissement sous le drap.

« Non ? Pourquoi non ? ricana Li…mais si au contraire… c’est comme…Iseult sans Tristan !...

Il fouetta encore la cage.

« Pitié…

« C’est comme Héloïse sans Abélard…c’est comme Béatrice sans Dante…c’est comme…

Avant qu’elle n’ait pu esquisser le moindre geste il avait saisi Jenny par les cheveux et la jetait au sol. Il la traîna jusqu’au rideau, ouvrit la cage et l’y précipita.

« C’est comme ma petite théière…sans sa puta de rouquine ! Va carogna, va rejoindre ton monstre ! Et tout à l’heure…povera pazza…le spectacle, ce sera toi !...

 

Chapitre 55

Le public était au bord de l’émeute.

On leur avait promis du monstrueux, du sanglant, du jamais vu, et tout ce qu’ils avaient à se mettre sous la dent c’était ce ridicule numéro de trapèze avec ces stupides nains aux nez bizarres ! Où étaient les vampires, les goules, les morts vivants ? On était venu pour frémir, pour hurler de terreur, pour boire des litres de sang et on leur servait de la marmelade !

 « Remboursez !  Commençait-t-on à entendre gronder.

 

Pulpinella fronçait les sourcils.

C’était trop long. Jenny aurait déjà dû envoyer le signal. Du coin de l’œil elle interrogea Goliath qui tenait les trapèzes des nains mais le bon géant avait déjà oublié et regardait ailleurs.

Lorsque Li arriva, l’air plus furieux que jamais, elle comprit que les choses ne s’étaient pas passées comme prévu. Alors que le dompteur grimpait sur scène, et que tous les regards se posaient sur lui, elle fonça vers sa loge.

 

A peine entrée sous la tente la gitane eut un haut le cœur en découvrant les deux malheureux blottis l’un contre l’autre. Le tyran n’avait même pas pris la peine de recouvrir la cage ! On aurait dit un couple d’inséparables, ces oiseaux dont l’un meurt si l’autre s’échappe. Lorsqu’ils la virent, ils s’agrippèrent aux barreaux.

 « La clef …La clef, gémit Jenny, le démon l’a gardée sur lui !…

 

Dans la salle, la tempête soufflait force douze.

Les travées ondulaient comme la houle d’une mer déchaînée.

Cristobal Li, les mains sur les hanches au centre de la scène, fixait méchamment le public. Son public ! Goliath n’eut pas le temps de réagir lorsqu’il vit le dompteur trancher d’un bref coup de sabre la corde du trapèze. Esmeralda tomba comme une feuille dans les bras du géant qu’une bourrade de Li fit basculer sur le premier rang du public.

L’ouragan reprit de plus belle. Li brandit son fouet et le fit claquer au dessus de la foule en poussant des jurons. La salle bruissait de murmures haineux. Il jubilait…

« C’est comme ça que je vous aime mes agnello ! Prêts à mordre comme des fauves ! Alora…vous voulez du spectacle ?

« Ouiiii !

« Vous voulez du sangre ?

«  Ouiiiiiii !

« Vous voulez...l’horrible monstre à tête de théière ?

« Ouiiiiiiiiiiiii ! Hurlait la salle hystérique.

« Ma…comme je vous comprends…Sa voix s’était radoucie tout à coup...moi aussi je veux le voir…mama mià…mais pas tout de suite…

« Ohhhhh….

« Patienza, patienza…c’est que j’ai ouna piccola surprise pour vous, carissimo public…ouna surprise, qu’elle vient des Amériques !...ouna surprise, qu’elle est terrrrrribilé…

Il jouait de la foule comme un chat avec une souris. Le plaisir, son plaisir, il voulait le faire durer encore un peu. Le fouet s’éleva à nouveau dans les airs.

« Alore voici….pour la joie des petits idiots et des grands imbéciles…voici…Mister Turncoat ! L’homme-tigre !

 

Turncoat n’y comprenait rien. Ce n’était pas du tout ce qui était prévu ! Et Pulpinella qui avait disparu derrière les coulisses…

Les sbires du dompteur le poussèrent sur scène. Il fallait improviser, et vite. Un violent coup de lanière sur le bout du museau lui tira un cri de douleur. Li recula en feignant d’avoir l’air terrifié. La salle gloussait. Turncoat se sentait peu à peu gagné par l’excitation du public. Il se mit à tourner autour de Li, à pas de velours, en faisant rouler ses muscles, ça faisait toujours son effet. Mais manifestement pas sur Cristobal Li. De fausses larmes coulaient sur ses joues. Il implorait la Madone. Pitié monsieur le Félin, bredouillait-il sous les éclats de rire des spectateurs que ce  numéro de dresseur poltron ravissait. Turncoat commençait à s’énerver. Faire le guignol avec cet olibrius ça allait bien cinq minutes. Mais pas plus…

Soudain il aperçut Pulpinella à l’autre bout de la salle. Pas trop tôt ! Mais pourquoi lui faisait-elle des signes bizarres ? Que voulait-elle dire ? Elle lui montrait Li, et se passa d’un coup sec l’ongle de son pouce sur la gorge.

La cervelle humaine de Turncoat ne comprit pas tout de suite le message.

Mais sa langue de tigre se léchait déjà les babines…

 

Cristobal Li tournait maintenant autour du fauve et faisant semblant d’esquiver les coups de griffes. Il était temps de passer aux choses sérieuses se dit-il.

Turncoat pensa exactement la même chose.

Avec un air de bravache Li s’arrêta enfin devant le tigre, posa sa main sur sa gueule, se tourna vers la foule, laissa passer une minute, et dit :

« Et maintenant questa sera pour la première fois…un exercice qu’il est molto peligrosso…je demande le piu grand silencio…prego…voici signore i signorine…il bacio de la morte…le baiser de la mort !

« Ahhhhhhhhhhhh…

 

Bien campé sur ses jambes, il fit face au tigre et, lentement, écarta les mâchoires de l’animal de ses deux mains. Puis il se baissa et plongea entièrement sa tête dans la gueule du fauve…

La salle retenait son souffle. La salle n’avait plus de souffle. Aucune mouche ne volait, elles étaient toutes mortes. O’Henry s’était accroché au revers de la veste de Mops qui n’en menait pas large non plus.

Sur scène, les deux protagonistes ne bougeaient plus.

Cristobal Li se délecta du silence. Qu’ils sont naïfs  ces inglese…

Turncoat  lança un coup d’œil vers la gitane.

 

Les spectateurs du premier rang gardèrent longtemps en mémoire ce bruit qui sur le moment évoqua à certains celui d’une coquille d’œuf qu’on écrase.

Crac !

Le corps de Cristobal Li s’écroula, déversant sur scène des flots de sang.

Quant à sa tête…

Miam miam…fit Mister Turncoat…j’adore la cuisine italienne…

 

Chapitre 56

La stupeur fut totale.

Dans la salle paralysée d’effroi, plus un bruit, à part le goutte à goutte du sang qui s’écoulait de la scène dans un clapotis répugnant.

Tout en haut du chapiteau, flottant mollement au milieu des cintres, l’ectoplasme  de Cristobal Li n’en croyait pas ses moustaches.

« Ma ché vergogna…On leur donne questo et ils veulent questa ! Pas un seul applaudissement pour ma dernière sortie ! Quelle ingratitude…Il pleurnicha un moment, puis disparut dans les sous-sols de la foire où on l’attendait de pied ferme, et fourchu.

Arrivederci…

 

Blotti sur les genoux de Shamrock Mops, O’Henry ouvrit un œil.

« C’est fini Chef ? Chuchota-t-il à l’oreille de son supérieur.

Ce simple murmure fit office de détonateur. La léthargie dans laquelle le public était plongé éclata comme une bulle de savon et, en un instant, ce fut la panique.

Mops fut le premier à se ressaisir. Rien de tel que la vue du sang pour galvaniser un superintendant. Enfin il était dans le vif du sujet. Ou dans le mort du sujet, ce qui revenait au même. N’importe, plus question de tergiverser. Procéder avec rapidité, méthode et discipline, telles étaient les trois mamelles de l’action.

Repoussant son sergent sans ménagement il monta sur son siège et mit ses mains en porte-voix. C’était la phase un.

« Police ! Les mains en l’air ! Par ordre de la reine, que personne ne sorte !

Le vacarme était tel que ses vociférations furent aussi inefficaces qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Passer à la phase deux s’avérait impératif !

Il dégaina son Webley 455 et déchargea toute son arme vers la voûte du chapiteau. Six coups en vain…Bigre ! 

 

Il allait recharger lorsqu’il se sentit tiré par le bas de ses pantalons. S‘apprêtant à engueuler O’Henry, quelle ne fut sa stupéfaction de voir un  couple de nains au visage étrange agrippé à ses jambes.

 « Bravo général ! Très joli tir de barrage, dit le premier.

« Formidable leçon d’artillerie, dit le second.

« Vraiment, ça mérite une récompense n’est-ce pas mon chéri ? dit le premier.

« Tout à fait ma chérie, tout à fait ! répondit le second.

Avant que Mops n’ait eu le temps de réagir une fourchette s’était plantée dans son pied droit et un couteau avait traversé son pied gauche. Il s’effondra en hurlant pendant qu’Esmeraldo et Esmeralda se faufilaient entre ses jambes et disparaissaient dans la cohue.

O’Henry n’eut guère le loisir de demander de l’aide au brave géant qui s’était approché, car celui-ci le gratifia de deux solides coups de marteau qui l’envoyèrent rejoindre son chef au pays des songes des policemen.

La phase trois probablement…

 

Sur scène, tout s’était joué en un clin d’œil.

La gitane s’y était précipitée, laissant Turncoat avaler une dernière bouchée de ragoût napolitain, et avait extirpé avec dégoût une clef gluante de sang de la  poche du cadavre encore secoué de spasmes nerveux.  Puis elle fonça vers les coulisses.

Jenny et Orange Pekoe avaient entendu les clameurs, mais n’osaient pas bouger. Qui allaient-ils voir apparaître ? Leur tyran ou leurs sauveurs ? La gitane pénétra dans la loge suivie par toute la troupe des conspirateurs.

« Vous êtes libres ! S’écria-t-elle, nous sommes tous libres ! Pour vous, fin de la première manche ! Il faut filer en vitesse, c’est plein de flics dans la salle et ça chauffe…ma belle, tu sais ce qui te reste à faire ! 

Jenny, qui avait déjà saisi un Orange Pekoe, plus mort que vif, par le bras, était déjà à la porte de la tente. Avant de disparaître, elle se retourna vers eux.

Goliath le doux géant, Esmeralda si facétieuse, Esmeraldo si gentil…Turncoat…Pulpinella…

« Mes amis…mes amis, comment vous remercier ?…je…

« Allez file petite renarde, dit Esmeraldo en reniflant, file avant que les chasseurs ne t’attrapent et avant qu’on ne sombre dans un mélo qui ne serait pas digne de nous…en plus j’ai perdu mon mouchoir…

« Pour nos retrouvailles, c’est promis, on fera une grande fête, ajouta Esmeralda en essayant de cacher son émotion,

« Oui, une grande fête, fit Jenny en leur envoyant un baiser.

Puis elle disparut.

 

La fête, ils avaient raison sur ce point, serait grande.

Ce ne serait pas exactement celle à laquelle ils s’attendaient.

 

Chapitre 57

La stupeur fut totale.

Dans la salle paralysée d’effroi, plus un bruit, à part le goutte à goutte du sang qui s’écoulait de la scène dans un clapotis répugnant.

Tout en haut du chapiteau, flottant mollement au milieu des cintres, l’ectoplasme  de Cristobal Li n’en croyait pas ses moustaches.

« Ma ché vergogna…On leur donne questo et ils veulent questa ! Pas un seul applaudissement pour ma dernière sortie ! Quelle ingratitude…Il pleurnicha un moment, puis disparut dans les sous-sols de la foire où on l’attendait de pied ferme, et fourchu.

Arrivederci…

 

Blotti sur les genoux de Shamrock Mops, O’Henry ouvrit un œil.

« C’est fini Chef ? Chuchota-t-il à l’oreille de son supérieur.

Ce simple murmure fit office de détonateur. La léthargie dans laquelle le public était plongé éclata comme une bulle de savon et, en un instant, ce fut la panique.

Mops fut le premier à se ressaisir. Rien de tel que la vue du sang pour galvaniser un superintendant. Enfin il était dans le vif du sujet. Ou dans le mort du sujet, ce qui revenait au même. N’importe, plus question de tergiverser. Procéder avec rapidité, méthode et discipline, telles étaient les trois mamelles de l’action.

Repoussant son sergent sans ménagement il monta sur son siège et mit ses mains en porte-voix. C’était la phase un.

« Police ! Les mains en l’air ! Par ordre de la reine, que personne ne sorte !

Le vacarme était tel que ses vociférations furent aussi inefficaces qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Passer à la phase deux s’avérait impératif !

Il dégaina son Webley 455 et déchargea toute son arme vers la voûte du chapiteau. Six coups en vain…Bigre ! 

 

Il allait recharger lorsqu’il se sentit tiré par le bas de ses pantalons. S‘apprêtant à engueuler O’Henry, quelle ne fut sa stupéfaction de voir un  couple de nains au visage étrange agrippé à ses jambes.

 « Bravo général ! Très joli tir de barrage, dit le premier.

« Formidable leçon d’artillerie, dit le second.

« Vraiment, ça mérite une récompense n’est-ce pas mon chéri ? dit le premier.

« Tout à fait ma chérie, tout à fait ! répondit le second.

Avant que Mops n’ait eu le temps de réagir une fourchette s’était plantée dans son pied droit et un couteau avait traversé son pied gauche. Il s’effondra en hurlant pendant qu’Esmeraldo et Esmeralda se faufilaient entre ses jambes et disparaissaient dans la cohue.

O’Henry n’eut guère le loisir de demander de l’aide au brave géant qui s’était approché, car celui-ci le gratifia de deux solides coups de marteau qui l’envoyèrent rejoindre son chef au pays des songes des policemen.

La phase trois probablement…

 

Sur scène, tout s’était joué en un clin d’œil.

La gitane s’y était précipitée, laissant Turncoat avaler une dernière bouchée de ragoût napolitain, et avait extirpé avec dégoût une clef gluante de sang de la  poche du cadavre encore secoué de spasmes nerveux.  Puis elle fonça vers les coulisses.

Jenny et Orange Pekoe avaient entendu les clameurs, mais n’osaient pas bouger. Qui allaient-ils voir apparaître ? Leur tyran ou leurs sauveurs ? La gitane pénétra dans la loge suivie par toute la troupe des conspirateurs.

« Vous êtes libres ! S’écria-t-elle, nous sommes tous libres ! Pour vous, fin de la première manche ! Il faut filer en vitesse, c’est plein de flics dans la salle et ça chauffe…ma belle, tu sais ce qui te reste à faire ! 

Jenny, qui avait déjà saisi un Orange Pekoe, plus mort que vif, par le bras, était déjà à la porte de la tente. Avant de disparaître, elle se retourna vers eux.

Goliath le doux géant, Esmeralda si facétieuse, Esmeraldo si gentil…Turncoat…Pulpinella…

« Mes amis…mes amis, comment vous remercier ?…je…

« Allez file petite renarde, dit Esmeraldo en reniflant, file avant que les chasseurs ne t’attrapent et avant qu’on ne sombre dans un mélo qui ne serait pas digne de nous…en plus j’ai perdu mon mouchoir…

« Pour nos retrouvailles, c’est promis, on fera une grande fête, ajouta Esmeralda en essayant de cacher son émotion,

« Oui, une grande fête, fit Jenny en leur envoyant un baiser.

Puis elle disparut.

 

La fête, ils avaient raison sur ce point, serait grande.

Ce ne serait pas exactement celle à laquelle ils s’attendaient.

 

Chapitre 58

La stupeur fut totale.

Dans la salle paralysée d’effroi, plus un bruit, à part le goutte à goutte du sang qui s’écoulait de la scène dans un clapotis répugnant.

Tout en haut du chapiteau, flottant mollement au milieu des cintres, l’ectoplasme  de Cristobal Li n’en croyait pas ses moustaches.

« Ma ché vergogna…On leur donne questo et ils veulent questa ! Pas un seul applaudissement pour ma dernière sortie ! Quelle ingratitude…Il pleurnicha un moment, puis disparut dans les sous-sols de la foire où on l’attendait de pied ferme, et fourchu.

Arrivederci…

 

Blotti sur les genoux de Shamrock Mops, O’Henry ouvrit un œil.

« C’est fini Chef ? Chuchota-t-il à l’oreille de son supérieur.

Ce simple murmure fit office de détonateur. La léthargie dans laquelle le public était plongé éclata comme une bulle de savon et, en un instant, ce fut la panique.

Mops fut le premier à se ressaisir. Rien de tel que la vue du sang pour galvaniser un superintendant. Enfin il était dans le vif du sujet. Ou dans le mort du sujet, ce qui revenait au même. N’importe, plus question de tergiverser. Procéder avec rapidité, méthode et discipline, telles étaient les trois mamelles de l’action.

Repoussant son sergent sans ménagement il monta sur son siège et mit ses mains en porte-voix. C’était la phase un.

« Police ! Les mains en l’air ! Par ordre de la reine, que personne ne sorte !

Le vacarme était tel que ses vociférations furent aussi inefficaces qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Passer à la phase deux s’avérait impératif !

Il dégaina son Webley 455 et déchargea toute son arme vers la voûte du chapiteau. Six coups en vain…Bigre ! 

 

Il allait recharger lorsqu’il se sentit tiré par le bas de ses pantalons. S‘apprêtant à engueuler O’Henry, quelle ne fut sa stupéfaction de voir un  couple de nains au visage étrange agrippé à ses jambes.

 « Bravo général ! Très joli tir de barrage, dit le premier.

« Formidable leçon d’artillerie, dit le second.

« Vraiment, ça mérite une récompense n’est-ce pas mon chéri ? dit le premier.

« Tout à fait ma chérie, tout à fait ! répondit le second.

Avant que Mops n’ait eu le temps de réagir une fourchette s’était plantée dans son pied droit et un couteau avait traversé son pied gauche. Il s’effondra en hurlant pendant qu’Esmeraldo et Esmeralda se faufilaient entre ses jambes et disparaissaient dans la cohue.

O’Henry n’eut guère le loisir de demander de l’aide au brave géant qui s’était approché, car celui-ci le gratifia de deux solides coups de marteau qui l’envoyèrent rejoindre son chef au pays des songes des policemen.

La phase trois probablement…

 

Sur scène, tout s’était joué en un clin d’œil.

La gitane s’y était précipitée, laissant Turncoat avaler une dernière bouchée de ragoût napolitain, et avait extirpé avec dégoût une clef gluante de sang de la  poche du cadavre encore secoué de spasmes nerveux.  Puis elle fonça vers les coulisses.

Jenny et Orange Pekoe avaient entendu les clameurs, mais n’osaient pas bouger. Qui allaient-ils voir apparaître ? Leur tyran ou leurs sauveurs ? La gitane pénétra dans la loge suivie par toute la troupe des conspirateurs.

« Vous êtes libres ! S’écria-t-elle, nous sommes tous libres ! Pour vous, fin de la première manche ! Il faut filer en vitesse, c’est plein de flics dans la salle et ça chauffe…ma belle, tu sais ce qui te reste à faire ! 

Jenny, qui avait déjà saisi un Orange Pekoe, plus mort que vif, par le bras, était déjà à la porte de la tente. Avant de disparaître, elle se retourna vers eux.

Goliath le doux géant, Esmeralda si facétieuse, Esmeraldo si gentil…Turncoat…Pulpinella…

« Mes amis…mes amis, comment vous remercier ?…je…

« Allez file petite renarde, dit Esmeraldo en reniflant, file avant que les chasseurs ne t’attrapent et avant qu’on ne sombre dans un mélo qui ne serait pas digne de nous…en plus j’ai perdu mon mouchoir…

« Pour nos retrouvailles, c’est promis, on fera une grande fête, ajouta Esmeralda en essayant de cacher son émotion,

« Oui, une grande fête, fit Jenny en leur envoyant un baiser.

Puis elle disparut.

 

La fête, ils avaient raison sur ce point, serait grande.

Ce ne serait pas exactement celle à laquelle ils s’attendaient.

 

Chapitre 59

Lipstick respirait difficilement mais il était loin d’en avoir fini avec son terrible récit.

« …J’étais à terre…Bishmah Singh avait rampé jusqu’à moi et essayait de m’étrangler…avant de sombrer, je vis mes compagnons s’enfuir avec leur prise de guerre…après…on m’enferma dans une caverne glacée… le Maharadjah vint me torturer toutes les nuits…grimaçant de haine, il me maudit mille fois, mais maudit mille fois plus encore le Major…Lui, hurlait-il, lui brûlera par le feu de Shiva…sa descendance subira une malédiction à nulle autre pareille car la vengeance du Bhodidhârma le poursuivra de génération en génération…je le revois pétrir dans l’argile d’étranges figurines qu’il habillait de petits uniformes rouges…je le vois verser dans la bouche de chaque poupée un liquide bouillant alors que son rire se répercutait dans la grotte…une nuit, ils lâchèrent sur moi un éléphant furieux qui me piétina et me piétina encore…

« Ganesh, murmura la voix tremblante d’Orange Pekoe.

« Ganesh…c’est ça, Ganesh…j’appelai la mort de tous mes vœux, mais il était écrit que ces tortures prendraient d’autres chemins car une nuit, profitant du sommeil de mes geôliers, je parvins à m’échapper…

Je me fondis, plus mort que vif, dans la jungle, me nourrissant de crapauds et de serpents, je traversai des déserts brûlants, j’escaladai des pics enneigés, et finis, je ne sais par quel miracle, par arriver aux portes de Kandahar, où une patrouille de highlanders me retrouva, en loques, au pied des murailles…j’étais enfin  sauvé…c’est ce que je croyais alors… 

 

Les paupières de Lipstick venaient de s’entrouvrir…

« Je suis si fatigué…

Hébété, il nous dévisageait. Le pauvre bougre émergeait d’un long, d’un très long voyage, mais il n’en était pas encore tout à fait rentré.

Il reprit :

 

« …Je fus rapatrié à Lahore où, à ma grande consternation, je retrouvai mes amis presque aussi désemparés que moi. Le Major avait demandé à l’aumônier du régiment de consacrer son mariage avec Madhuksara, mais il n’avait obtenu pour toute réponse qu’un refus dégoûté. Pire, on affirmait en haut lieu que nos méthodes n’avaient jamais été approuvées et, c’est au terme d’un semblant de procès, qu’envahis par un total sentiment d’abandon, nous fûmes chassés de l’armée comme de vulgaires renégats…

Nous errâmes quelques semaines de ville en ville. Les  derviches assassins de Bishmah Singh étaient à nos trousses et nous n’avions pas l’intention de rester éternellement du gibier. La nuit, nous faisions les mêmes cauchemars, en proie à des accès de terreur dont nous soupçonnions, hélas,  la provenance, sans pouvoir vraiment fuir cet ennemi aussi terrible qu’invisible.

Un autre problème apparut très vite : la jeune femme était enceinte.

Elle disait ne pas vouloir mettre au monde un enfant dont les jours seraient, ici, en danger. Elle était persuadée qu’un démon à six bras la pourchassait. D’un commun accord, et avec beaucoup de naïveté, nous décidâmes de mettre plusieurs océans entre nous et les diaboliques menaces. Nous rentrâmes donc en Angleterre, où, à peine débarqué à Porsmouth, notre groupe se sépara. Barth’ et Allistair iraient tenter leur chance à Londres, quant à moi je décidai de suivre le Major dans ses terres du Northumberland. C’est là que je contactai ma sœur Martha car je savais qu’une place de gouvernante allait bientôt être nécessaire…le ciel à cet instant semblait s’être dégagé…l’éclaircie, hélas, fut de courte durée…Madhuksara donna naissance à un fils… mais à bout de force, elle mourut dans la nuit…

 

Lipstick s’était tourné vers Orange Pekoe qui, toujours dissimulé sous son foulard, restait toujours étrangement calme. Le sergent continua.

 

« …Madhuksara,  jeune Lord, cela veut dire : « Celle qui verse du miel »…elle était si belle...j’étais le seul à connaître les terribles imprécations du vieux Bishmah Singh, je savais que ce n’étaient pas des contes de bonnes femmes, je tremblai pour la suite des événements. Un soir, je voulus en parler au Major, mais en proie lui aussi à des terreurs indescriptibles, le récit que je lui fis des malédictions proférées dans la caverne lui fut fatal. Il mit fin à ses jours le lendemain …

Je ne suis pas aussi héroïque que j’aurais aimé l’être et j’ai fui une nouvelle fois.

Je me cachai dans Londres, partageant dorénavant ma vie entre la honte et le dégoût…je laissai l’enfant à la garde seule de Martha, j’espérais qu’il serait à l’abri…notre présence à tous, ici, ce soir, prouve que je me suis lourdement trompé…

Car cet enfant, jeune Lord, c’était vous !...

 

Chapitre 60

Aucun de nous ne proféra un mot. Comment aurions-nous pu ? Orange Pekoe restait impassible. Avait-t-il seulement écouté le témoignage de Lipstick ?

Le silence était lourd de menaces.

 

« Considère, mon vieux O’Henry, que ce bandage sanglant sur ma cuisse est un stigmate, une marque de la réussite de notre chasse…les trappeurs du Groenland ne font-ils pas une entaille sur la crosse de leur carabine chaque fois qu’ils font mouche sur un ours blanc ? Eh bien, mon brave O’Henry, ces héroïques blessures sont des entailles à la gloire de mon triomphe imminent car…ne bouge pas imbécile !...car mon corps est une carabine chargée à bloc et pointée, non pas sur des ours, mais sur toute cette bande de salopiots …ne bouge pas je te dis...

 

Injonction inutile, O’Henry se serait fait tuer sur place plutôt que de bouger d’un cheveu. Après lui avoir fait une attelle de fortune, il ne pouvait qu’être éperdu d’admiration devant son chef qui, perché à nouveau sur ses épaules, ressemblait plus à un pharaon qu’à un chasseur de phoques, car si de l’inuit il tenait les entailles, de la momie il portait les bandelettes.

 

« Holy smoke ! grommela l’irascible policier, je n’ai rien compris au speech de l’épicier, mais j’aimerais que tu voies ça ! V’là qu’ils se congratulent maintenant…des accolades en veux-tu en voilà…attends voir… c’est au tour de la vieille bique ! Plus on est de fous plus on rit …mon vieux O’Henry, je compte sur tes épaules ! Tiens bon !… 

 

Ecourtant les effusions de stupeur, sinon d’allégresse, entre le frère et la sœur, j’invitai Martha à prendre la parole. Après avoir refusé catégoriquement de humer mes fumerolles, elle se signa plusieurs fois et débuta ainsi son récit :

 

«M’en voulez pas docteur mais nous autres Pictes sommes gens très pieux et que Saint-Colomban de Iona me pardonne si j’oublie quelques détails car je n’ai pas coutume de causer en belle compagnie et pour dire c’que j’ai à dire je n’ai pas besoin de vos simagrées fumeuses (elle se signa à nouveau).

Lorsque tu es parti, Tommy, me laissant seule avec le nourrisson, j’avais pensé le noyer car comme on dit chez nous : « porcelet sans sa mère ne devient pas verrat » Mais c’est une chose de noyer des chatons, c’en est une autre de jeter le bébé avec l’eau savonneuse du bain. Donc, j’ai pas pu…Il n’était pour rien après tout, c’te mioche-là, si ses géniteurs avaient sauté du train en marche, alors pour moi, un petit wagon de plus ou de moins ne changerait pas grand-chose. Sauf que, quand l’notaire des Bergamotte a lu les volontés du Major, écrites juste avant qu’y n’s’accroche au candélabre, j’ai bien compris que l’affaire était mal engagée, mais on n’revient pas sur les vœux d’un pendu, (elle se signa encore), le sort du petiot était scellé, le mien aussi…

Les années qui suivirent ne furent pas des plus faciles. La tendresse n’était pas mon fort et j’n’étais spécialiste, ni dans le sevrage des bestiaux, ni dans celui des humains, mais fallait pas être bien versée dans cet art pour s’rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. Le bébé était différent….

Il était bizarrement triste, comme qui dirait d’une tristesse de vieillard. Je sais que tout ce que j’vais raconter maintenant risque de rester en travers du gosier de certains mais ces certains-là n’ont qu’à s’boucher les oreilles. Alors voilà, ça s’est passé vers ses deux ans…Le lait, pas celui de mes mamelles puisqu’elles étaient sèches comme des vieilles poires de Durham, mais celui des vaches en bouteille, commençait à s’faire rare, pénurie qu’ils disaient. C’était peut-être le moment d’y faire boire autre chose au marmot, deux ans de laitance ça semblait correct. Un matin j’ai donc commencé par glisser dans l’bec du gamin un soupçon d’ale bien ambrée. Il a eu l’air d’apprécier. C’était de bon augure, alors à midi j’y suis allé d’un dé à coudre de whisky. Il en a redemandé l’ bougre ! Restait le biberon de dix-sept heures. Pour moi, qui suis de la vieille école, la tradition c’est sacré, j’ai donc fait ce que n’importe quelle fille de la Rose aurait fait à ma place : j’ai mis du thé dans l’biberon...

Par les bourses de Saint-Rufus de Glendalough, bénies soient-elles, qu’est-ce que j’avais fait-là ?! Le petit s’est mis à cracher et à vomir comme si on lui avait fait ingurgiter d’la soupe d’escargots. J’ai insisté et moi quand j’insiste faut pas m’en promettre, sauf qu’après c’coup-là, ben j’ai jamais plus insisté…parce que se r’trouver face à un mioche de deux ans qu’a la tête qui se transforme en théière et qui vous crache dessus des litres de thé bouillant, ça vous chamboule gravement l’insistance!

La conscience est affaire de foi sèche, comme disait mon confesseur Mac Kinley, et c’est peu dire que ma foi s’est retrouvée en un instant aussi détrempée qu’le kilt de Saint-Rowan d’Argyll après qu’s’y soit noyé dans le Corryvrekan ! Mais faut croire que j’aime les serpillières plus que tout. Cet enfant était une foutue serpillière miraculeuse. Miraculeuse et bouillonnante, certes, mais qui étais-je pour porter un jugement ? Si mon rôle était d’être la nourrice d’une théière et bien soit, je serais la nourrice d’une théière !

Dieu en avait décidé ainsi, et la vie reprit son cours…

 

Comme j’ai aimé c’t enfant ! Je passais des heures à lui chanter des comptines en gaélique et à le bercer en l’appelant ma petite bouilloire chérie. Les jours passèrent ainsi mais l’amour est un piètre rempart et les choses se compliquèrent avec le temps. Il grandit, et sa colère d’même. Il ne s’passait pas un jour sans que sa nature éructante ne prenne possession de son joli visage. Les crises augmentaient, tout comme mon impuissance à les calmer. Pire, on commençait à jaser au village et vous savez comme sont les gens, on s’mit à nous traiter de suppositoires de Satan! Lorsque le jour d’la commémoration du martyr de Saint-Glenfiddich une foule armée de fourches nous  interdit l’entrée de l’église je compris que ma mission touchait à sa fin. Les jours heureux, trente années en vérité, s’étaient évaporés comme des anges la part sur les alambics du Speyside. Je pris alors une décision, certainement la plus cruelle de ma vie. Car dans ma grande détresse m’étaient revenues les paroles de mon frère, un soir, avant de déserter le navire. Il m’avait dit que si un jour la tempête devait s’lever sur l’enfant, lui seul en connaîtrait la cause. L’ouragan était là et nous étions en perdition. Avoir fait croire à ma mort, je sais, était impardonnable, on ne plaisante pas avec ces choses-là et j’en fus bien punie, toujours est-il qu’un triste soir je jouai cette affreuse comédie et je poussai mon cher enfant hors du nid avec pour seule bénédiction, ton adresse Thomas…

 

Voilà, vous savez tout m’sieurs’dames ! Si mon acte de lâcheté a été source de grandes misères, c’est l’ignorance d’une vieille folle qu’en est toute la cause.

N’accablez plus cet innocent de maux dont auxquels c’est pas d’sa faute car si quelqu’un doit finir au gibet de Tyburn, c’est bien moi et moi seule !…

Et croyez-moi, par Saint-Macbeth et Saint-Falstaff, j’irai, la vessie pleine, parce que tout d’même, Scotland for ever, mais l’cœur léger, pour la même raison…

Yes sir !…

 

 

 

Le prix ados a été comme nous, confiné. Alors que le jeudi 14 mai aurait dû se tenir la remise des prix, nous avons posé la question à des ados participants pour savoir quelle serait leur remise des prix idéale.

 

et voici l'intégralité des interviews:

 

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L’eau est au cœur du développement durable. Les ressources en eau, ainsi que la gamme de services qu’elles peuvent rendre, contribuent à la réduction de la pauvreté, à la croissance économique et à la sauvegarde de l’environnement. De la nourriture et la sécurité énergétique à la santé humaine et environnementale, l’eau contribue à l’amélioration du bien-être social et à une croissance équitable, affectant les moyens de subsistance de milliards d’individus (ONU).

 

La Journée Mondiale de l’Eau, qui a lieu le 22 mars chaque année, a pour objectif de faire prendre conscience au plus grand nombre de la nécessité de préserver cette ressource.

La Médiathèque, Harmonie Eau, le service culturel, le Cinéma, le Parc National des Pyrénées, les guides culturels, les Bains du Rocher et les thermes de Cauterets vous ont concocté un programme en lien avec la thématique sur cette deuxième quinzaine du mois de mars.

 

 

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La Médiathèque accueille l'exposition de photographies "Mémoire de l'eau", de Myriam Duquenne, photographe audoise, à découvrir jusqu'au 30 mars.

 

 

 

- Mardi 19 mars à 14h30 (Départ Office de Tourisme) : « L’eau, un riche vecteur de développement de la cité autour de la santé, la nature et les loisirs ». Visite de ville proposée par les guides culturels pyrénéens. 5€ (gratuit moins de 15 ans). Inscriptions à l’Office de Tourisme.

 

- Jeudi 21 mars à 14h (Maison du Curiste) : Conférence sur l’eau thermale proposée par Bernard Lavedan. L’eau de Cauterets n’aura bientôt plus de secret pour vous ! Gratuit.

 

- Vendredi 22 mars :

           o A 10h15 (Médiathèque) : Séance de bébés lecteurs à destination des 0-3 ans. Des canards envahissent la médiathèque de Cauterets ! Pour apprendre à toucher, regarder, entendre, écouter, chanter... avec des livres, Sabine attend les bébés-lecteurs autour de son tapis à histoires et comptines "Dans ma mare". Venez-vous installer confortablement et voyager avec votre enfant au fil des pages. Manifestation organisée dans le cadre de l’opération nationale « Premières Pages ». Gratuit.

           o De 14h à 16h (Bains du Rocher) : Ateliers « A la rencontre de l’eau ». Sessions de détente aquatique de 20 minutes, proposées par Harmonie Eau et les Bains du Rocher. Inclus dans le pass d’accès aux Bains du Rocher.

 

- Samedi 23 mars à 16h30 (Médiathèque) : Conférence vernissage de Myriam Duquenne : "Mémoire de l'eau : comment l'art rejoint la science". Echange avec la photographe autour d'un moment de convivialité. Gratuit.

 

- Mardi 26 mars à 9h (Maison du Parc National des Pyrénées) : Sortie terrain à la rencontre des amphibiens organisée par le Parc National des Pyrénées. Cette manifestation s’inscrit dans le cadre de l’opération nationale Fréquence Grenouille. Gratuit, sur inscription à l’Office de Tourisme.

 

- Mercredi 27 mars à 14h (Médiathèque) : « Les éclaboussures avec Hokusaï ». Atelier d’arts plastiques Adulte proposé par Béatrice de Barros. Gratuit, sur inscription à la Médiathèque.

 

- Samedi 30 mars :

         o A 12h (Place de la Mairie) : Jeux d’eau – Performance dansée. Par la Cie Oiseau Tonnerre. Flûte et danse contemporaine. Gratuit.

         o A 17h30 (Esplanade des Œufs) : Jeux d’eau – Performance dansée. Par la Cie Oiseau Tonnerre. Flûte et danse contemporaine. Gratuit.

         o A 20h30 (Cinéma) : Projection du film documentaire « Les chants de l’eau » de Guillaume et Perrine Broust.

La perception de l’eau change selon la culture, l’histoire, les croyances et les enjeux de chacun. Dans un voyage à la rencontre des populations locales, nous partons à la découverte de la relation à l’eau à travers le monde. La perception de l’eau, son utilisation, sa richesse ou ses souffrances, les légendes, son histoire, ses risques et ses espoirs... Ces thèmes sont abordés lors d’interviews avec les populations locales, à l’aide de traducteurs indépendants.

Tarif unique : 6€. La projection sera suivie d’une discussion.

 

 

mallecoleOKL'école d'autrefois : son histoire, les jeux de cour de récréation,  les objets d'écriture, les cartes de géographie, les images d'enfance... Il ne vous reste plus qu'à dénicher dans vos greniers vieux cahiers, photos de classe, plumes, encriers, buvards, tabliers d'écoliers, pupitres... pour faire vivre cette malle qui sent bon la cire et la craie.

Whitechapel

 

Chapitre 41

Hamilton Cavendish avait la réputation d’être le meilleur rétameur de couteaux de l’East Side. Et le plus discret aussi.

C’est pourquoi cette nuit, à l’heure où tous les honnêtes gens s’étaient barricadés à double tour, sortirent de son atelier des grincements étouffés que seuls les spécialistes étaient capables de reconnaître. La légendaire meuleuse, celle qui affûtait en sourdine les lames des pires malfrats du royaume, s’était en effet mise en branle.

Hamilton Cavendish était passé maître dans l’art de redorer le blason d’une rapière en rupture de duel et de redonner du brillant à un scalpel devenu terne à force de scalper. Il était capable d’effacer les rides d’une feuille à fendre vieillissante et de rendre sa jeunesse à un bistouri en fin de carrière.

Il n’était pas un poignard fendu, pas un sabre effilé, pas un hachoir émoussé  qui n’eut, sur l’établi de ce Nicolas Flamel du canif, subi une cure de jouvence.

On racontait même que les coupe-choux du tristement célèbre Sweeney Todd avaient retrouvé chez lui, à l’inverse des clients du sanglant barbier, une nouvelle vie.

Ce soir-là cependant, un promeneur, aussi inconscient que stupide passant sous ses fenêtres, aurait été fort surpris d’entendre au milieu des « Dzing » et des « Dzong » des voix guillerettes chanter une  ballade au bien curieux refrain :

 

Tourne, tourne, petit moulin,

Affûte tes doigts, remoule tes mains,

Tourne, tourne, petit moulin,

Ranime tes schlass et tes surins,

Tourne, tourne, petit moulin,

Pour le père Li, cet assassin…

 

Refrain repris en chœur par de petites voix aiguës suivi de grands éclats de rire.

Pendant que, sur d’autres machines une joyeuse assemblée affilait dans l’euphorie haches, ciseaux, marteaux et toutes sortes d’ustensiles plus contondants les uns que les autres, Hamilton Cavendish, bien qu’attentif à ce qu’aucun pouce ne disparaisse dans la bataille, restait concentré sur son labeur.

L’enjeu était de taille. De très petite taille en vérité.

Arriver à affûter des nez en forme de couteau et de fourchette sans abîmer les mignonnes trognes de ses chers amis Esméralda et  Esméralda, n’était pas une mince affaire. Mais leur confiance en lui était absolue car Hamilton Cavendish vouait une haine sans nom à tout ce qui portait un fouet !

 

Il avait également apporté un soin tout particulier aux crocs de Mister Turncoat. Polir les canines de l’irascible tigre n’avait pas été une mince affaire mais elles avaient, paraît-il, un rôle important à jouer dans le dénouement final de l’opération en cours, aussi étincelaient-elles maintenant d’un éclat particulier, aussi aveuglant que sinistre.

 

Tourne, tourne, petit moulin,

Pour le père Li,

Ça sent l’sapin …

 

Et voilà…

Voilà où nous en étions cher ami, à seulement neuf jours du dénouement de cette histoire où chacun tentait de trouver sa place, son costume, ses répliques…

Ce drame, aux allures d’opéra-bouffe, avançait donc, cahin-caha, dans une confusion qui n’était, je vous rassure, qu’apparente. N’étant pas le metteur en scène de cette pantomime, mais simplement un des acteurs, je n’étais pas censé savoir que tout s’organisait avec une précision diabolique et inéluctable....

Tenez Jack, reversez moi donc un doigt de sherry s’il vous plaît…

Merci Jack…mhhhh fameux…

…Bref, vous avez probablement constaté, entre deux sommes, qu’un certain nombre de petits rôles avaient fait de courtes mais significatives apparitions. Soyez attentifs à ces seconds couteaux, ils vont réapparaître, hélas…quant aux jeunes premiers, aux Arlequins, aux Colombines, aux Polichinelles, ils en auront profité pour se remaquiller dans les coulisses, pour rajuster une perruque rousse, fixer une moustache, répéter un texte, boire une bière ou deux, manger les restes d’un cake, astiquer le vermeil d’une théière, attiser le feu sous le bronze…

Les héros vont donc revenir sur scène, n’en doutez pas. Ils vont de nouveau beaucoup s’agiter, rire, danser, chanter, grimper aux rideaux. Certains vont même se dire qu’ils s’aiment.

Ahhhhh l’amour…

Puis ils vont se séparer, se retrouver, se séparer encore. Il va y avoir des galopades, des coups de feu, des cris, des larmes…

La tragédie, la comédie, la vie quoi…Roméo et Juliette, Antoine et Cléopâtre, vous connaissez la suite, les histoires d’amour, enfin, vous savez ce qu’on dit…

Alors, préparez vos mouchoirs, et en piste pour le dernier acte…

Rideau!

 

Chapitre 42

Plus que huit jours, rêvassait Jenny. Plus que huit jours et il sera libre…

Accoudée au bar du « Ten Bell’s », ses yeux verts noyés dans les brumes du cigare que Jack soufflait vers elle avec application, elle se repassait les détails mis au point ces derniers jours avec les autres conspirateurs.

« Qu’est-ce que t’as encore à bayer aux corneilles ? lui lança Jack, tu d’vrais pas plutôt être au turbin ? J’t’engraisse pas pour qu’tu restes assise à rien fiche, ma fille. Va vraiment falloir qu’tu t’y remettes !...Mais p’t’être que t’as l’bourdon parce que tu penses aux folles nuits d’amour qu’tu pourrais passer avec le beau Jack ? On pourrait remédier à ça, note bien, histoire de voir si t’as pas perdu la main. Il lui pinça les fesses. Qu’est-ce t’en penses ?…

Jenny cracha par terre…C’que j’en pense…Elle fit le tour du zinc pour échapper à ses énormes battoirs…Tu vas bientôt le savoir, grosse brute !....

 

C’est qu’ils n’avaient pas perdu leur temps les conspirateurs…

Tout était au point, ou presque. Une véritable opération militaire. Réglée comme du papier à musique. Hier soir, ils avaient même répété. Goliath avait eu un peu de mal à se mettre tous les détails en tête.

« Mais quoi ? J’le comprends pas votre plan, avait soudain explosé le géant, pour moi c’est simple : un, Pulpinella siffle ! Deux, on fonce ! Trois, pif, paf, j’écrase Li en bouillie. Et quatre, c’est fini…

« Mon cher, une bataille ne se gagne pas comme une partie de dominos, avait  répondu doctement Esméralda, une victoire ça se gamberge, ça se construit, en un mot, ça se travaille ! Si tu relisais les mémoires de l’admirable Nelson, tu comprendrais que pour avoir sa statue à Trafalgar Square, le vieux pirate, il a fallu qu’il la cogite sa bataille navale, qu’il se la mijote aux petits oignons, qu’il se la concocte force douze, qu’il se la soupèse façon badaboum…

« Badaboum, tu parles! Si c’est pour finir dans un baril de poudre, avec au final, un œil, un bras et deux jambes en moins, bah merci bien ! Elle est belle ta théorie !

« J’vois pas où est le problème mon grand ? Il te manque déjà les trois-quarts du cerveau, alors un morceau de plus ou de moins, personne ne verra la différence…

« Suffit les monstres ! Avait gloussé la gitane, ou des morceaux en moins dans vos anatomies respectives, c’est dans la gueule de Turncoat qu’elles vont finir …

 

Jenny en riait encore. Ce qui finit d’énerver Jack…

« Arrête d’user le comptoir avec ton menton, grogna-t-il, Allez ouste, tu m’en vas aller briquer le trottoir sur Brick Lane ! Y’a sûrement là-bas des pékins qu’aimeront plus te faire la causette qu’à moi, si tu vois c’que j’veux dire…

Jack ne comprit pas pourquoi Jenny souriait toujours en claquant la porte…

 

Piou que huit jours …

Et ce sera la fortuna, ricanait le directeur du Freak’s Show en se frottant les mains, la fortuna ! Questo picolino che phenomeno…ouna meraviglia !…Mamma Mia …London, il va être fou de cette théière-là…c’est la célébrité pour Cristobal…presto e finito la misera…presto à moi Covent Garden, Drury Lane, il Royal Albert Hall, Bouckingham, Windsorrrr…presto, la Regina , elle va faire de moi oun Cavaliere…oun Condottiere !…Ahhh si…

Presto…on va m’appeler….Sir Li…

 

Dong…Dong…Dong…

Huit jours…Seulement huit jours…

Tel Achab houspillant les rameurs sur sa baleinière, Alfred Lawson, au centre de la fournaise haranguait ses ouvriers avec fougue.

« Allons les enfants ! Du nerf ! Souquez mes galériens, enfournez mes vauriens, relevez les haubans, ouvrez les vannes, crachez la vapeur, videz les cuves, soufflez, suez, saignez, mourez s’il le faut, mais nom d’une pipe en fonte, ne me laissez pas tomber!...Nous n’en sommes encore qu’à la croûte d’argile…si vous continuez à lambiner comme ça, pas de cloche pour Christ Church ! Pas de tocsin, pas de cornes d’abondance, pas d’or, ni de myrrhe, ni d’encens…et pour vous mes agneaux, pas de primes ! Alors au travail ! Oh Hisse et Ho ! Hardi les gars ! Secouez-vous  bon sang! Regardez-moi cette cloche !…Elle coule…elle fuit…elle sonde, Tonnerre de Dieu ! Elle sonde…

Huit jours…

Six cent quatre-vingt-onze mille deux cents secondes.

Huit jours encore à tenir, dans une cage de trois pieds sur quatre.

Pour Orange Pekoe, toute une éternité…

 

Chapitre 43

Pour moi aussi le compte à rebours avait commencé.

Sept jours avant la représentation fatidique, date de l’évasion programmée, je me demandais chaque jour un peu plus si j’avais eu raison de m’associer avec une bande de saltimbanques apparemment plus doués pour les pirouettes que pour les coups de mains. Et pour une opération dont la finalité était des plus aléatoires.

Au fond de moi je connaissais la réponse. Elle tenait en cinq lettres.

Jenny…

Les nouveaux entretiens que j’avais eus avec Lipstick ces deux derniers jours, ne m’avaient guère permis d’y voir plus clair. Il restait dans une prostration totale, insensible à toute tentative d’approche. Les cachets et médications en tout genre ne lui faisaient aucun effet. Les séances d’immersion dans une baignoire d’eau glacée ne l’émurent pas plus que la pose d’électrodes. Lipstick était dans un autre monde et nul ne pouvait y pénétrer. Je n’avais aucun doute sur le fait que le jeune Lord avait lui aussi un pied, sinon les deux, dans ce même « autre monde ». Tant que je ne découvrirais pas le moyen d’y accéder leurs guérisons ne trouveraient pas d’issue.

 

Voulant néanmoins mener le combat sur divers fronts j’avais entrepris de me pencher sur les principes chimiques constitutifs de notre breuvage national.

M’étant fait livrer des échantillons de toutes les variétés de thé en provenance des quatre coins du monde j’en étudiais avec méthode et application les différents composants. Les dizaines de cornues, flacons, et autres récipients dont mon laboratoire fut envahi eurent beau fumer, bouillir, vibrer, virer au violet, ils ne me livrèrent aucune révélation notoire.

 

Je m’étais même résolu à envoyer, telles des bouteilles à la mer, un certain nombre de demandes d’information auprès de mes confrères les plus compétents ainsi qu’à divers organismes officiels et officieux. L’honnêteté me pousse à avouer que je ne reçus que très peu d’aide de la part de la faculté.

Mes pairs devaient sûrement trouver que mes requêtes relevaient plus du charlatanisme que de la science. Les regards en coin et les chuchotements qui m’accompagnaient au réfectoire de l’hôpital parlaient plus qu’un long discours. On prenait mes études pour de douces lubies et moi-même ne valais sûrement pas mieux aux yeux de mes collègues que les patients que j’étais censé avoir sous ma garde.

J’eus néanmoins quelques réponses.

Elles me convainquirent de la difficulté d’évoluer dans un monde où seul le rationalisme dictait sa loi.

La première lettre arriva d’Autriche.

 

Cher confrère,

Votre missive me laisse pantois !

Ainsi vous n’avez pas encore pris en compte les conclusions de ma dernière intervention au congrès de Vienne où j’expliquais que goût et dégoût ne faisaient qu’un !

Bien que ces métaphores linguistiques austro-slaves sur lesquelles j’ai bâti l’essentiel de mes théories aient peu de chances de trouver écho à vos oreilles infestées de pudding, je ne puis que vous conseiller la lecture de l’article que je viens de publier dans la Revue Internationale de la Libido qui s’intitule :

« Tea-time und Tabou » et qui résume assez bien ma pensée.

Parler de théière comme vous le faites m’apparaît être un discours sans queue ni tête. A ce propos je me permets de mettre le doigt sur l’embout de cet ustensile dont le phallocentrisme ne vous aura pas échappé.

Dans cet article, j’explore les tréfonds de vos sacro-saintes traditions culinaires et j’apporte quelques éclaircissements quant au fait que nos peuples sont, du fait de leurs inconscients gustatifs, dans l’impossibilité de communiquer.

Il ne peut rien sortir de bon d’une monarchie qui préfère le thé au schnaps. Mais je doute que vous soyez d’accord avec moi.

Vous ai-je dis que je n’étais pas amateur d’eau chaude ?

Pour ce qui est du cas TPL, pourquoi ne lui feriez-vous pas boire un grand bol de café viennois bien de chez nous avec de la bonne crème fouettée ?

Une bonne fessée, rien de tel pour vous  remettre les idées en place.

Moi-même je pratique cela avec succès chaque fois que faire se peut.

Le café viennois et la fessée.

Et  faire se peut. Se peut beaucoup.

Que pensez-vous de l’hypnose ? Je compte installer un canapé dans mon cabinet, quelle couleur choisiriez-vous à ma place,  bleu ou rouge ?

Mais vous n’êtes pas à ma place ! Gott sei dank !

Comment va madame votre mère ?

 

Excusez mon piètre anglais, ne sucez plus votre pouce, et armez-vous de courage mon ami,

                               Régressivement votre,

                                                                          Dr. S.F.

                                                                  

Chapitre 44

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Une autre réponse, plus lapidaire encore que la précédente, me parvint d’un ancien condisciple, qu’en son temps j’avais fort estimé pour son esprit pratique et sa franche camaraderie :

Cher collègue,

J’ai bien reçu ce matin votre demande d’aide aussi urgente que désespérée, malheureusement, et bien que la lutte contre les criminels à  personnalités multiples m’intéresse au plus haut point, je ne vois pas en quoi je puis vous être utile.

Il y avait bien cet  écrivain de mes amis qui aurait pu vous renseigner car il a fait dans sa jeunesse, comme votre serviteur, un séjour aux Indes, mais il passe désormais le plus clair de son temps à courir après des ectoplasmes et il a, j’en ai peur, un peu perdu la raison.

Mais j’y pense, avez-vous sur votre patient essayé la solution à sept pour cent ? La morphine, à défaut de délier les langues, a au moins un pouvoir apaisant très appréciable. Je vous en parle en connaissance de cause, il me permet quant à moi de supporter ces effroyables grincements qui viennent de l’appartement voisin. Son occupant, un violoniste de médiocre talent mais qui a développé d’étonnantes facultés de raisonnement aurait certainement eu quelques suggestions pertinentes à vous fournir mais, hélas, il est parti hier chercher un teckel dans un chenil du Devonshire, du côté de Baskerville je crois…

Ceci dit, j’ai moi-même détecté une légère tache brune sur le côté droit de votre lettre, tache certainement due au fait qu’en écrivant cette lettre, vous ayez laissé tomber quelques gouttes de thé provenant d’une tasse en porcelaine de Wedgwood, datée de 1792, et dans laquelle vous avez mis trois morceaux de sucre roux à l’aide d’une cuillère en argent. Ce thé noir, que vous avez sûrement dû boire par petites gorgées, fut, de toute évidence, récolté il y a deux printemps dans le Se-Tchouan et vous l’avez acquis pour la modique somme de 15 livres l’once à un négociant javanais qui se ronge les ongles et qui doit bien rigoler aujourd’hui.

Mais je présume que je ne vous apprends rien…

Avez-vous toujours bon appétit ? Ma logeuse, Madame Hudson, vient de me préparer une délicieuse tourte aux airelles, voulez-vous que je vous en fasse livrer une part ?

Je ne puis hélas, dans cette tempête où vous vous débattez, que vous recommander de garder le cap.

Le cap, la foi et un estomac bien rempli, telles sont, cher ami, les armes du vrai marin britannique,

              Bien cordialement,

                                    Docteur John W. 

                                   221b Baker Street,  Londres.

Ce billet me laissa fort indécis mais faisait preuve, par le simple fait d’être déjà une réponse, d’une politesse des plus élémentaires.

Les jours suivants ne m’apportèrent aucun encouragement notable.

Que dire en effet de la grossière proposition d’un médecin de Hambourg nommé Mabuse qui ne me parut rien moins qu’une escroquerie, ou encore du mépris condescendant de mon ancien professeur, l’éminent sir William Gull, chirurgien de la reine, qui me conseillait d’opter pour la dissection à vif de mes patients ?

Je reçus également plusieurs conseils extravagants qui me laissèrent perplexe. Un soi-disant confrère néerlandais de retour des Balkans, le professeur Van Helsing, me vantait par exemple les mérites de l’ail en décoction ainsi que l’utilisation d’un pieu…en toute extrémité, précisait-il !

Un autre, un certain docteur Moreau, me préconisa un séjour dans les îles...

Que dire enfin de l’envoi commun du docteur Henry J. et de son ami, un certain Mr H., qui me firent parvenir, ensemble, un flacon contenant une potion dont l’absorption, selon leurs dires, confus et contradictoires, devait changer radicalement mon point de vue. 

Je rangeai toutes ces fariboles dans un tiroir et commençais à désespérer de l’aide que j’attendais d’autrui lorsque je reçus enfin un petit paquet qui fut, grâce au ciel, le premier élément positif dans cette pénible enquête.

 

Chapitre 45

De ce petit colis, je sortis une odorante brique de thé noir compactée et finement ciselée de figures évoquant salamandres et mandragores.

Un petit ouvrage, relié en leporello, ainsi qu’un billet à la calligraphie raffinée accompagnaient cette brique.

Ce document me plongea, dans un premier temps je l’avoue, dans un abîme de perplexité.

 

Consulat Impérial de Mandchourie.             19 novembre de l’ère du cochon,

Cavendish Square. Londres.

 

Honorable confrère,

C’est avec la modestie de l’hirondelle nubile au sortir du nid que mon humble personne se permet de prendre la plume pour éclairer, bien que mes compétences soient aussi faibles que celles de l’insecte bousier poussant devant lui sa fétide boulette, votre faiblissante lanterne.

Comme vous le disiez si justement dans votre frémissant courrier, nos deux peuples sont étroitement liés par bien des aspects et il ne sera pas dit, bien que nous ayons encore quelques ridicules différends sur la façon de commercialiser la fleur de pavot, que je vous laisse dans l’ignorance quant aux questions si pertinentes que vous vous posez sur le Camellia Sinensis, dont je suis un des meilleurs spécialistes.

Prenez grand soin du petit opuscule que je joins à mon courrier, il s’agit du « Cha King », ou dans votre idiome, du « Classique du Thé » écrit en 780 par le moine Lu Yu.

Je fais le vœu qu’à sa lecture une brèche s’entrebâillera dans la carapace de votre funeste matérialisme occidental pour s’ouvrir enfin aux joies du Tao.

Ce traité devrait vous mener sur la voie de la méditation et, puisque c’est de cela que nous parlons, de comprendre les méandres qui bloquent l’esprit de votre patient. Car le thé, cher confrère, est plus qu’une simple boisson.

Il permet, si certaines règles sont respectées, de se découvrir soi-même ainsi que le monde qui nous entoure. Malheur à celui qui déshonore ces règles.

Il se peut que cela soit arrivé. Prenez garde à vous.

Le traité cite notamment de terribles légendes, dont celle du bienheureux Bodhidharma, que je vous laisse découvrir, avec toutes les précautions d’usage.

Vous me parlez également de ce garçon dont la tête se transforme en théière.

Je ne connais aucun cas semblable dans toute l’histoire de l’Empire du Milieu, néanmoins, je dois vous apprendre que le mot Pekoe vient du mandarin « Pak-ho » qui désigne les cheveux d’ange du nouveau-né. Par extension, Pak-ho désigne aussi le bourgeon duveteux des rameaux de théiers. Orange, comme vous devez le savoir, provient  de vos ennemis héréditaires en commerce, les Princes Hollandais de Nassau. Curieux nom en vérité qu’Orange Pekoe pour un sujet de votre gracieuse majesté !

Je vous joins également un document très précieux sur lequel vous apprendrez que les meilleurs thés noirs sont classifiés à partir de ces initiales : O P.

Vous découvrirez qu’un alphabet tout à fait original découle de ces deux lettres. Parfois, des yeux aveuglés par l’ignorance peuvent s’ouvrir à la lecture merveilleuse de cet alphabet. Avant de terminer ma médiocre intervention puis-je vous suggérer de porter votre perçant regard sur un autre jardin ?

Tout me porte à croire que, même si la philosophie chinoise peut vous éclairer de multiples façons, c’est au Bengale, aux Indes, que  se trouve l’essentiel de la production du Darjeeling et que c’est là, à n’en pas douter, que se cache la clef des souffrances de vos malades.

Nous autres Chinois sommes souvent traités, nous le savons tous deux et soyez persuadé que je ne vous en tiens nullement rigueur, de fourbes et de cruels.

Lorsque vos yeux infiniment compatissants voudront bien se diriger vers la terre de Bouddha ils verront que la cruauté n’est, hélas, pas le seul apanage des Mandchous…

Je vous souhaite donc, mon éminent collègue, une intense et fructueuse lecture et j’espère qu’elle vous ouvrira les portes de la sagesse.

Quant à la brique de thé qu’humblement je dépose à vos pieds elle devrait vous être, lorsque le moment sera venu, d’un bénéfice à nul autre pareil.

Je forme des vœux pour votre réussite. Que les mille Dragons jamais ne pénètrent vos rêves et que votre vie soit aussi longue que la grande muraille.

Quant à moi, ainsi que le disait  Lu T’ung grand poète du VIIIème siècle :

« Je ne m’intéresse nullement à l’immortalité, mais seulement au goût du thé. »

 

                 Votre humble serviteur,

                                             Docteur Yin Zhen, Consul adjoint de Mandchourie.

 

 Chapitre 46

La convergence des informations contenues dans cette lettre, avec celles déjà en ma possession, entraînait plus de questions que de réponses. Que le salut des corps, sinon celui des âmes, résidât à des milliers de kilomètres de nos blanches falaises de craie s’imposait avec certitude. Mais quelle expédition devais-je entreprendre, moi qui n’avais jamais voyagé que dans mes livres ? Et qui allait me fournir le remède ? Si l’aide de mes confrères occidentaux en ce domaine ne m’était d’aucune utilité, qui étais-je, moi-même, pour prétendre guérir un mal qui venait de si loin ? Je regardai la brique de thé du Yunnan aux dessins ésotériques avec perplexité. Les Indes…

C’était aux Indes, sur les bords du Gange, que tout avait commencé.

C’était aux Indes, sous le toit du monde, que tout devait probablement finir…

 

Ce dont j’eus la singulière confirmation le lendemain matin lorsque le gardien-chef de mon service me fit appeler pour me montrer avec répulsion et dans le plus grand secret une inscription  gravée pendant la nuit sur le chambranle de mon vestiaire, à l’aide probablement du poignard sanguinolent planté en évidence comme une effrayante signature, juste en-dessous de ce message.

 

Sahib

Sept  sont les piliers de la plénitude divine qui nous enseignent de toujours aux égarés assistance  porter        

Tu es très égaré Severt Pacha

Ne cherche pas à comprendre comment connaissance de ta quête nous avons eue  Qui est vaine si ton souillé cœur et ta rose pâle peau ne se débarrassent  pas dans l’allégresse des oripeaux de ta suffisance royale unique et moustachue

La tunique écarlate toujours par tes acolytes portée en des occasions mauvaises au plus vite doit brûler  Comme des Quatre il demeure Un encore  Très mauvaise tu vas l’apprendre à tes dépens est la boisson de feuilles bue sans précaution         

Celui par l’eau qui bouillonne de sa bouche 

Celui-là jamais sa souffrance ne s’apaise

Toujours de leurs crimes la preuve pour des siècles et des siècles il est

Et demeure car son cycle est sans fin

Ceux dont tu souhaites la fin des maux  portent d’une infamie les signes     

Nous Derviches du Temple des Quatre-vingt-trois Jardins

Les mantras réciterons car il n’est plus d’espoir  pour lui, ni pour toi   

Les Dieux  offensés jamais ne pardonnent  

La panse de brebis farcie  Sahib 

c’est vraiment pas bon

 

L’ennemi invisible avec lequel j’avais engagé la lutte me considérait donc désormais comme un adversaire digne de ce nom et qu’il fallait intimider.

Inutile de dire que le but était atteint.

S’en prendre au haggis était vraiment un coup bas !

Avec effroi j’acceptai néanmoins ce terrible affront et, galvanisé par tant de bassesse, je me sentis soudain transporté aux temps glorieux de la chevalerie.

Jenny serait ma Dame.

Et si j’en jugeais par tous les éléments en mon pouvoir à cette heure, le Bengale était la lice sur laquelle le tournoi allait se dérouler. Le trophée avait pour nom : Darjeeling ! Quant à mon adversaire, nul doute que son armure et son pourpoint avaient le chatoiement des étoffes de Madras, les couleurs des épices des marchés de Lucknow et que son destrier avait plus l’apparence d’un pachyderme que celle d’un palefroi. Il ne me restait que peu de jours pour mettre à profit ces récents événements et établir un nouveau plan de bataille.

Je m’y jetai donc avec enthousiasme.

 

Chapitre 47

« Mort aux rats !…Mort aux rats !… » 

Saloperies de chats…

Non content de manquer de périr asphyxié par cette puanteur dont il était imprégné du matin au soir, sous des loques au moins aussi répugnantes que les dépouilles des rongeurs qui se balançaient au bout de sa perche, le sergent O’Henry beuglait sa rengaine tout en tentant, à grands coups de pieds  approximatifs, d’éloigner la nuée de félins qui l’escortaient avec avidité et reconnaissance.

Exterminateur de rats itinérant…tu parles d’un déguisement ! Encore une idée du patron. Trois jours qu’il déambulait ainsi, les charognes brinquebalant à hauteur de sa tête, les chats suspendus à ses basques, avec toujours la même consigne, filer au train du toubib. Ne pas non plus lâcher Lipstick d’un pouce, même sanguinolent.

Mais de l’épicier, aucune nouvelle. Quant au médecin, il ne faisait rien d’autre que ce qu’un médecin était censé faire. Il courait avec sa sacoche vers l’hôpital, sortait avec sa sacoche de l’hôpital,  re-rentrait avec sa sacoche…

Pas de quoi fouetter un de ces foutus greffiers !

Le manège de la rouquine en revanche commençait à intéresser O’Henry.

Primo, parce que dans son périmètre de surveillance, elle était la chose la plus agréable à regarder, ensuite parce que tout de même, pour une racoleuse, elle avait de drôles de clients !

D’abord il y eut ce géant aux gros bras qui l’avait suivie en gesticulant alors qu’elle sortait du champ de foire. Une autre fois, ce fut une bande de nains qui, en grande discussion avec elle, la tiraillait par le bas de sa robe tout en jonglant avec des couteaux. Sans parler de la nuit dernière où il s’était frotté les yeux croyant avoir la berlue en voyant l’animal qui gambadait autour d’elle.

Un peu trop gros pour être un chat, un peu trop jaune, un peu trop tigré…

Le plus étrange, c’est que tout ce petit monde n’arrêtait pas de faire des allers et retours entre la ruelle et l’hôpital. Quoiqu’O’Henry ne fut pas spécialiste de la santé des nains, des géants, ni des rousses, ils lui paraissaient pourtant tous être en pleine forme. Et  voilà que la fille montrait à nouveau le joli petit bout de son nez. Toujours aussi pressée d’aller retrouver son médecin …

Sauf qu’aujourd’hui, elle n’était pas dans son assiette. Même qu’elle était en larmes, la demoiselle. L’allait avoir du boulot pour la consoler le brave docteur. Petit veinard…

Dans sa précipitation et juste avant de s’engouffrer dans l’hôpital elle fit tomber un petit paquet d’affichettes qui voletèrent dans les airs. L’une d’elles atterrit sur les guêtres de l’exterminateur de rats.

Il la ramassa et lut :

 CRISTOBAL LI’S BENEFIT

Au profit de Cristobal Li

Le Grand Freak’s Show Theater présente

Dimanche prochain le 26  Novembre 1888

A vingt heures précises et en exclusivité mondiale

Unique et exceptionnelle représentation,

Honorée et approuvée par leurs Royales Majestés

La Reine Victoria et le Prince Albert,

De :

«  Un Thé à Whitechapel »

                                    Avec l’incroyable Tea-Pot Man

L’HOMME A TETE DE THEIERE

Dans un spectacle à vous couper le souffle

Ladies, munissez-vous de vos mouchoirs 

Gentlemen, munissez-vous de votre courage  

 Tickets vendus à l’entrée. Soyez à l’heure

Il n’y aura de place ni pour les lambins, ni pour les trouillards

                                      FREAK’S SHOW THEATER

FRENCH FAIR

259 WHITECHAPEL HIGH STREET

LONDON

O’Henry faillit en perdre ses souris.

Pris d’une soudaine frénésie, il se mit à quatre pattes pour ramasser tous les autres programmes éparpillés par terre. Nom d’un chien bredouilla-t-il, nom d’un sacré nom d’un sacré petit bonhomme de sacré chien !…

Le gars à tête de théière !…Au Freak’s Theater !…et ma rouquine…et mon toubib…le 26 novembre…dans trois jours !

Il ne comprenait pas comment tout ça avait pu se passer sous son nez sans qu’il s’en aperçoive !…Damned !...C’en était trop pour sa caboche de dératiseur. Il fallait qu’il prévienne Mops de toute urgence…

Mops, lui, comprendrait…Mops, lui, saurait quoi faire…

Dans trois  jours…Hurry up boy !...

 

« Mops aux rats !…Mops  aux rats !… »

 

Chapitre 48

Trois jours.

« C’est largement pour apprendre ton rôle, lui avait dit Pulpinella. Pour une professionnelle comme toi, je ne vois vraiment pas où est le problème. Trois jours, c’est encore deux de trop, ma belle…

Devant la station de cabs de Finsbury Circus, Jenny n’en finissait pas de ronger son frein. Pourquoi attendre plus longtemps ? Goliath avait raison, on aurait dû foncer tout de suite, mais il était bien le seul à le penser.

Les nains n’en finissaient pas d’aiguiser leur nez, et Turncoat s’appliquait consciencieusement à tourner en rond en miaulant et à prendre des mines de chatons effarouchés.  Même Severt, dans les bras de qui elle avait fondu en sanglots en lui montrant l’ignoble réclame, l’avait dissuadée de se précipiter avant d’avoir la certitude d’être tous fin prêts. Quelques jours encore lui étaient nécessaires. Je n’ai pas toutes les cartes en main, avait-il rajouté l’air vaguement penaud.

J’t’en ficherais des cartes en main ! Un joueur de poker comme ça, merci bien !

Non mais quel trouillard que ce toubib !

 

Et puis ce qu’on lui demandait était au-dessus de ses forces.

Séduire Cristobal Li ! Rien que ça ! Plutôt danser dans une fosse remplie de serpents…

« Ben quoi, avait plaisanté Esmeralda, tu n’veux tout de même pas que je m’y colle ? Pas certaine qu’il ait un faible pour les jambes de moins de quinze pouces. Par contre, avec une grande gigue comme toi, il va craquer, ça fait pas un pli ! C’est quand même pas la mort de l’embobiner et de détourner son attention lorsque le spectacle aura débuté ! C’est tout ce que t’auras à faire, après, tu passes la main. C’est dans tes cordes ça, non ?...

Dans mes cordes, tu parles Charles !...C’est enroulées autour de mon cou qu’elles seront, les cordes…

 

Rien qu’à l’idée du contact avec l’infecte moustache, ça lui donnait envie de vomir…Pouahhh ! Quant à détourner une attention, il avait déjà fallu détourner celle de c’te grande brute de Jack pour qu’il lui lâche un peu la bride. Molly et Polly, les braves copines, s’étaient dévouées en se montrant particulièrement affectueuses, mais ça n’avait pas été très concluant.

En revanche, la petite visite que Goliath et de Turncoat avaient effectuée au Ten Bells, la veille au soir, avait apparemment suffi à le convaincre.

Le géant et le tigre étaient restés très évasifs sur leur entrevue avec le truand.

« Correct, avait juste dit Goliath, il a été correct…nous aussi d’ailleurs…pas vrai l’matou ?...

« Miaowwww, avait marmonné le matou en recrachant quelques morceaux de cuir qui dépassaient de ses crocs, oui, très correct…et très goûteux aussi…

 

Un petit homme au regard fuyant dissimulé sous un chapeau melon élimé et qui semblait attendre un cab s’approcha de Jenny.

« Bonjour Miss…belle journée n’est-ce pas ?…

« Qu’est-ce qu’il a la demi-portion ? Il veut que je lui détourne son attention à lui aussi ?

« Mais Miss…

« Et si t’allais détourner les jupes de ta mère !…

 

Devant la  station de Finsbury Circus, Jenny reprit sa marche bougonne et solitaire.

Un chapeau melon élimé flottait dans le caniveau…avec les cordes…

 

Chapitre 49

Ambootia…Jungpana…Castelton…Tukdah…Makaibari…Margaret’s Hope…

Ils étaient quatre-vingt-trois jardins bénis des Dieux.

Sur l’immense carte épinglée au mur, mon index courait le long des contreforts du Népal, entre les vallées enneigées du Sikkim et les plaines bourbeuses du Bengale, dans ce périmètre sacré autour de la petite ville de Darjeeling.

Jamais je n’aurai le temps de les connaître tous me lamentai-je, et pourtant, enfoui au plus profond de cet inaccessible océan de verdure, se cachait sûrement la clef du mystère.

 

Il ne me restait que quarante-huit heures.

Jenny me pressait d’accélérer les préparatifs, sa patience était à bout, je le voyais bien, aussi avais-je pris la décision d’organiser dès aujourd’hui une séance de la dernière chance.

Fort de l’ultimatum que je m’étais moi-même imposé et dans le but de créer une « atmosphère » j’avais quelque peu chamboulé mon cabinet.

 

J’avais ainsi suspendu, à côté de la carte du Bengale, un autre panneau rempli de sigles pour le moins ésotériques que je m’efforçai d’apprendre par cœur, bien que leurs significations restassent pour moi totalement abstraites.

La classification des thés noirs issus d’une cueillette précoce, la seule à devoir concentrer mon attention, s’apparentait plus à une litanie qu’à un catalogue scientifique. Je l’énumérai comme on psalmodie un cantique : OP, FOP, GFOP, TGFOP, SFTGFOP, BOP, FBOP, GBFOP…

OP voulait bien dire Orange Pekoe.

FOP : Flowery Orange Pekoe ; GFOP : Golden Flowery… ; TGFOP : Tippy Golden Flowery…etc, etc…

J’avais également étalé au sol des strates de tapis qui n’étaient persans que de noms et des kilims possiblement afghans mais assurément mités que j’avais chinés chez les marchands ottomans du quartier. Une collection de lampes bariolées et de narguilés hors d’usage finissaient d’ajouter une note « moghole » à ce capharnaüm. J’allumai un bâtonnet d’encens, disposai négligemment quelques poufs ça et là, et ouvris la porte.

 

Ils entrèrent un par un.

Avec cette mine honteuse et contrite propre à leur ancienne dépendance et qui leur donnait à tous un air de chien qui n’a pas encore été assez battu.

Sachant combien il était difficile pour certains de venir témoigner, j’étais assez fier d’avoir pu les persuader de participer à cette réunion qui devait aboutir, je l’espérai, à la rémission totale de l’addiction dont souffrait un de leur ex-congénère. Du moins c’est ainsi que je leur avais présenté l’affaire.

Leurs cœurs généreux et quelques non moins généreuses guinées avaient fait le reste.

Généreuses guinées…et généreuses Guinness, il faut bien l’avouer.

Je les remerciai brièvement puis actionnai une sonnette.

Les cernes ourlant les yeux de Lipstick indiquaient hélas, lorsqu’il pénétra dans la pièce, que son état ne s’était guère amélioré. Les infirmiers l’eurent à peine déposé sur un coussin qu’il s’effondra provoquant des hoquets de compassion parmi l’assistance. J’escomptais bien que leurs témoignages allaient raviver la dernière parcelle d’humanité enfouie dans les tréfonds de l’esprit du malheureux.

 

Les « Théoïnomanes Anonymes » s’assirent donc silencieusement, en cercle, sur les tapis…

 

Chapitre 50

J’ouvris la séance brièvement et laissai la parole à un premier intervenant.

C’était un solide gaillard aux longues moustaches, vêtu d’un immense manteau de fourrure et coiffé d’une chapka. Il se leva gauchement, retira sa toque, se signa…

«  Bonjourrrrrr, je m ‘appelle Borrrris !

«  Bonjour Boris ! répondit l’assemblée d’une seule voix.

«  Je suis sobrrrre et je n’ai plus touché à un samovarrrrr depuis trrrrois mois, quatrrrre semaines et deux jourrrrs, commença-t-il avec un large sourire.

« Bravo Boris, applaudit en choeur le comité, quel courage, nous sommes fiers de toi, continue…

Hélas, nous n’en sûmes pas plus…

 

Car, le brave géant qui, plein d’enthousiasme, allait commencer à raconter comment il était douloureusement passé de l’emprise de la bouilloire à celle de la bouteille de vodka, fut brusquement interrompu.

Je ne m’étais pas aperçu en effet que, dès ses premiers mots, un changement s’était produit sur le visage de Lipstick. Si son expression était toujours aussi immobile, ses pupilles dilatées en revanche n’arrêtaient pas de faire des allers et retours entre la carte de l’Inde et le tableau de classification. Lipstick en vérité fixait avec terreur les lettres O, F et P du tableau. Il était bien le seul dans toute cette stupide assemblée à avoir conscience de ce qui se passait.

Les lettres s’étaient mises à bouger…

Mues par une musique lancinante, elles dansaient la gigue…

Ces imbéciles, qui buvaient les paroles du grand Russe, ne voyaient-ils donc rien ? L’orchestre, Lipstick, en était certain, se trouvait juste derrière le nom « Jodphur », une des jambes d’un joueur de cithare dépassait du R et le turban du cymbalier voletait au-dessous du J…Ils ne prenaient même plus la peine de se cacher ! Ainsi ils étaient revenus pour lui…Ah, cette musique, impossible d’y résister, il fallait qu’il danse avec eux, il fallait qu’il réponde à leur appel…

 

Lipstick bouscula violemment le moujik et grimpa sur le bureau avant que quiconque ait pu le ceinturer. Totalement indifférent au chahut qu’il venait de créer, il salua le mur avec déférence et d’une voix sourde et étrangement atone se mit à déclamer :

 

«  Bonjour, Fleurs de l’Himalaya, Perles du jardin de Puttabong, ô vous qui ensemencez le cœur des hommes de graines au goût de chagrin, vous dont les rires sont des chants de guerre oubliés, dont les larmes sont une pluie de pétales au  parfum d’éternité, et vous, la plus belle des danseuses…Flower vous vous nommez, vos pieds magiques ne touchent pas terre…Et voici votre sœur, Tippy aux rouges ongles et voici votre autre sœur, Golden est son nom …

Devant l’assistance hébétée l’ex-sergent se mit à se balancer. Je fis signe aux autres de ne surtout pas bouger. Dans les bras de Lipstick, d’invisibles partenaires l’entraînaient dans une danse endiablée.

« …Mes hommages à vous, Finest Tippy Golden ! Quelle joie de vous retrouver…Allistair mon vieux, ne reste pas planté comme un idiot ! Ne laisse pas languir cette jeune fille, prends-la dans tes bras et montre lui comment on danse le « Scottish » ! Et toi Bartholomew, qu’attends-tu pour passer à l’action,  prends exemple sur notre beau Major ! Bravo Major, vous avez choisi la plus belle ! Montrez-lui de quel bois est fait un gars des Highlands !

Ses mouvements devenaient frénétiques.

« Mais il manque quelqu’un à cette fête ! Où est-il passé ? Sans lui rien n’a de sens, sans lui votre charme est vain, sans lui vous n’existez pas, sans lui je n’existe pas… Où te caches-tu mon petit prince, mon petit duvet, mon petit bourgeon ? Où es-tu bouton d’or de mon cœur ? Où es-tu,  Fils maudit du lion blanc et de la noire panthère …

Avec une infinie douceur je posai ma main sur le bras fiévreux du possédé. Hagard, couvert de sueur, il me regardait enfin. La musique avait cessé. Les danseuses étaient parties. A la place des tapis de roses ne restait qu’un champ de désolation. 

« Qui est le fils du lion, Thomas ? Qui est la panthère noire ?...

Mais Lipstik ne m’écoutait déjà plus.

 

Un démon à six bras souriait devant le visage pétrifié du malheureux.

Un démon à six bras posa sur ses lèvres écarlates six index sanglants.

« Chut…souffla-t-il doucement, c’est l’heure de la sieste, sergent !

Ambootia…Jungpana…Castelton…Margaret’s Hope…Tukdah…

Ils étaient quatre-vingt-trois jardins…

Lipstick s’effondra comme un paquet de linge sale.

 

 

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Venez découvrir la 12e édition du Prix ados...

 

Série 1

Mentir aux étoiles - Alexandre Chardin  J'embrasse pas! - Richard CouailletLoukoum mayonnaise - Olivier Kama vie de monstre - Anne Pouget

 

 

 

 

 

 

 

Série 2

celle qui marche la nuit - Delphine BertholonDroneboy - Hervé Jubertdirect du coeur - Florence Medinahappa no ko : le peuple des feuilles - Karin Serres

 

 

 

 

 

 

 

 

Série 3

tous les bruits du monde - Sigrid BaffertSauvages - Nathalie Bernard ceux des limbes - Camille BrissotL'archipel, tome 1: Latitude - Bertrand Puard

Depuis le début de l'année, des élèves des collèges de Pierrefitte Nestalas et d'Arreau travaillent à distance avec Hervé Jubert autour d'ateliers d'écriture.

Whitechapel

 

Chapitre 31

 

Stupides les grizzlis ? Peut-être…Curieux en tout cas, c’est certain !

Bien campé sur son arrière-train et agrippé par ses deux grosses pattes de devant aux montants d’une cage-roulotte qui avançait en brinquebalant dans la boue, celui qui passait son mufle entre les barreaux en était la preuve flagrante et poilue. De sa longue langue noire il tenta de lécher le nez de l’homme effondré sur le sol de la cage et se demandait quel goût il pouvait bien avoir.

 

L’haleine et la salive de la bête sortirent Orange Pekoe de sa torpeur.

Il fit un bond en arrière. L’ours fit de même en grognant. La roulotte s’était arrêtée…

« Tonino ! Oh Tonino, glapit une voix, ton orso…il s’est encore échappé, oh ! 

Cristobali Li sauta du siège de conducteur de la roulotte et donna un grand coup de fouet sur les fesses de l’ours qui se sauva en glapissant.

« Scuzzi  Mylord, scuzzi per cette arrivée oun petit peu bestiale ! Hé hé…pas eu le temps de dérouler le tapis rosso, ma…ecco vostro palazzio !...Ahhhh, mais les voilà ! Venez mes chéris, venez mes petits mostros voir votre nouveau fratello ! Et toi, bambino de mon cœur, dis buongiorno à ta nouvelle famiglia…

 

Orange Pekoe leva lentement la tête.

Ce qu’il vit d’abord ce fut la grande roue.

Gigantesque amas de ferraille en équilibre plus qu’instable, elle grinçait, se tordait, et oscillait dangereusement dans le ciel au-dessus de sa tête. Ensuite il vit les chapiteaux. Une petite ville de chapiteaux. Ensuite il vit les baraques, ensuite il vit la boue qui menait des chapiteaux aux baraques et enfin, il les vit…

 

Dans la boue, qui arrivaient par petits groupes, silencieux, osant à peine chuchoter. Ils s’arrêtèrent devant la grille.

L’arrivée de la roulotte ravivait en chacun d’eux de tristes souvenirs. Ils avaient tous débarqué ici, de cette façon. En roulotte. Dans des cages. Enchaînés comme des animaux. Pire que des animaux. Aucun d’eux n’avait oublié le sinistre grincement des roues qui indiquait la fin du voyage. Les mêmes claquements de fouet. Les mêmes sarcasmes pour tout accueil. La panique qui se lisait sur le visage du garçon avait été la leur. Ils étaient bien de la même famille.

 

« Bonjour, dit le géant aux bras qui se terminaient en marteau et en enclume,

« Bonjour, dit la femme-spaghetti aux mains de ficelle,

« Bonjour, dit la femme au nez en forme de fourchette,

« Bonjour, dit son mari au nez en forme de couteau,

« Hello, dirent les siamoises Salt and Pepper,

« Salut, dirent les nains aux oreilles de robinet.

 

« Comme ils sont polis mes chers enfants ! Gloussait Cristobal Li en se tordant de rire. Il sautillait autour de la troupe silencieuse.

« Maqué je ne t’ai pas encore présenté, per la Madonna…Oups, j’oubliais…c’est qu’il nous faut oun piccolo accessoire…

Dans une envolée grotesque qui se voulait comique il fit apparaître une bouilloire de derrière son dos.

« Regardez un peu ce prodigio…Hourra pour l’homme à tête de théière, hurla-t-il, votre nouvel amicci ! Et bienvenu au merveilleux, au magnifico, au phénoménal Freak’s Show Theater de Cristobal Li !… 

 

Orange Pekoe avait maintenant compris pourquoi il était là. Il ne lutta pas, n’essaya pas de se cacher. Les mains fermement accrochées aux barreaux de sa cage, il fixa avec rage son bourreau qui, hilare, déversait sur lui une cascade de thé...

Aucun rire n’accompagna la transformation. Aucun pleur, aucun sanglot.

 

A Stepney, les monstres n’avaient plus de larmes à verser depuis longtemps.

 

Chapitre 32

 

Stepney...

Jenny haïssait cet endroit plus que tout au monde ! Arrivant par Whitechapel High Road, elle pestait tant et plus en enjambant les flaques de boue.

« Y’a pas plus pouilleux que Stepney ! Visez-moi cette crasse ! Faut-y être maudit pour crécher dans des taudis pareils…et moi, pauvre bécasse, je suis encore plus maudite à courir après un malheureux qui ne sait certainement même plus qui il est, ni d’où il vient…

Elle renifla.

« …et qui ne se souvient déjà sûrement plus de moi…ahhhhh misère !…

 

Lorsqu’elle avait vu la foutue carriole quitter le « Ten Bells » et se diriger vers les  faubourgs de Bethnal Green, elle s’était juré de retrouver sa trace. Elle n’avait aucun doute sur sa destination. La « French Fair » bien sûr…

 

La foire portait ce nom de «  French Fair » depuis qu’au dix-huitième siècle, le roi Georges, troisième du nom, Georges le timbré pour les intimes, avait fait venir en sa bonne ville de Londres tout un ramassis de saltimbanques et de vauriens venant des bas-fonds parisiens pour pimenter les soirées des têtes poudrées de sa lugubre cour. Le timbré avait sombré dans la folie, les têtes poudrées avaient fait connaissance avec la hache du bourreau, les Français étaient restés. 

C’était en plein cœur de Stepney, dans cette improbable zone sans foi ni loi, bordée de tous côtés par des confusions de baraquements insalubres, que s’installaient depuis lors les cirques les plus minables et que les pires forains du pays montaient des spectacles tous plus sordides les uns que les autres.

Un paradis pour cette raclure de Cristobal Li qui y avait implanté ses quartiers, nageant dans cette fange comme un requin en eau profonde.

 

Le cirque, Jenny l’avait toujours eu en horreur. Petite déjà, dans sa lointaine Irlande, alors que les autres enfants battaient des mains au spectacle de Mister Punch et de la vieille Judy, elle se terrait sous les bancs, persuadée que sous le masque de ces marionnettes se cachaient des banshees sanguinaires, des korrigans et des brownies dont le seul but était de la dévorer toute crue.

L’évocation de ses terreurs enfantines faillit bien lui faire rater le sombre boyau situé juste en face de l’inquiétant Royal London Hospital.

A vrai dire, seuls les initiés savaient que ce passage était l’unique entrée vers la Foire de Stepney. Après avoir laissé quelques shillings au patibulaire factotum qui, dans une guérite hérissée de tessons de bouteilles, faisait office de Cerbère, elle prit son courage à deux mains et pénétra enfin dans la sinistre fête foraine.

 

Elle aussi vit la grande roue grinçante et rouillée.

Elle aussi vit les rangées de baraques branlantes, les roulottes défoncées, les réclames aux trois quart effacées, les affiches de spectacles sur lesquelles un seul mot était encore lisible : annulé !

Elle vit l’antique manège à chevaux sans chevaux, le tir au pigeon abandonné, le palais des glaces d’où toutes les glaces avaient été brisées, le train fantôme sans locomotive.

Les fantômes, eux, devaient sûrement encore rôder quelque part...

 

Elle allait faire demi-tour lorsqu’elle avisa un malabar en débardeur qui, de dos, donnait de furieux coups de massue sur un pieu.

« Pardon mon brave, le bureau de Cristobal Li…c’est bien par ici ?…

Le balèze se retourna et Jenny fit un bond en arrière.

La blondinette aux yeux papillonnants qui lui fit face lui répondit d’une voix de stentor : 

«  Mais oui ma chérie,  deuxième nain à droite et quatrième géant à gauche !

« …Merci beaucoup, fit Jenny interloquée. La blondinette, le géant, la chose, fit demi-tour, se remit à frapper sur le piquet et ajouta : 

«  De rien ma poule et ne te perds pas surtout…tu pourrais faire de mauvaises rencontres…

 

Jenny suivit les conseils, croisa deux nains goguenards, quatre géants hirsutes, évita de leur demander quoi que ce soit et arriva devant l’entrée d’un misérable chapiteau dont les pans  flottaient au gré du vent.

Sur une pancarte rafistolée qui pendouillait lamentablement, ces mots aux trois quarts effacés :

Cristobal Li présente :

Monstres et Merveilles, Monts et Marées…

 

Elle allait pénétrer sous la tente lorsque quelque chose se posa sur son épaule.

« Si j’étais toi, j’hésiterais à rentrer là-dedans…

Une multitude de longs doigts, frétillants comme les tentacules d’une petite pieuvre, ondulaient vers son cou.

« Et  pourquoi cela ? demanda Jenny en sursautant.

« Parce qu’ici, ma toute belle, lui répondit une gitane au regard de braise, on sait de quelle façon on entre dans cette tente…

On ne sait jamais dans quel état on va en ressortir !...

 

Chapitre 33

 Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Hormis ses étranges mains, la gitane était d’une beauté renversante.

Elle irradiait comme un soleil, un soleil ténébreux, certes, mais dans cet univers de misère, tous les rayons étaient les bienvenus…

 

« Eh ben dites donc…merci docteur ! Une beauté renversante, rien qu’ça ! Je ne savais que je vous avais tapé dans l’œil à ce point ?...

« Shut up, Pulpy ! Laisse causer le Doc’…

 

…La gitane tourna autour de Jenny et, un sourire narquois au coin de la bouche, la détailla de la tête aux pieds.

« Toi, tu ne viens pas pour de l’embauche, n’est-ce pas ? Quoi que…il Signore Li, elle fit une horrible grimace et cracha par terre, maudit soit-il, trouverait bien à t’employer… 

« Non, fit Jenny qui n’arrivait pas à détacher ses yeux des bras de la gitane, en fait…je suis à la recherche…d’un ami !

« Un ami ! Voyez-vous ça ! Ça existe encore ça, des amis ?

« C’est qu’il a été vendu par erreur, tout à fait par erreur…comme monstre…enfin je veux dire…je ne dis pas ça pour vous…mais enfin…

La gitane éclata de rire.

« Mais ma chérie,  tu n’as pas à t’excuser ! Elle se mit à esquisser deux pas de flamenco autour de  Jenny. Ici, même Carmen est un monstre!  Ici, nous sommes tous des monstres…à part toi peut-être ?…

Elle agita doucement ses mains dont les extrémités ressemblaient plus à des spaghettis qu’à des doigts sur les joues de Jenny.

« Alors ma belle, comment s‘appelle-t-il ton…monstre ?

« Son nom…son nom est Orange Pekoe…et sa tête,...elle enfouit la sienne dans ses mains, oh my God, sa tête se transforme…en théière…

La gitane se rembrunit.

«  Par tous les démons!...En effet il est ici, souffla-t-elle, Cristobal l’a déjà mis au secret. Cet immonde scélérat veut faire de lui ce qu’il a fait avec chacun d’entre nous…il veut…il va…le dresser !

« Oh mon Dieu !

« Inutile d’implorer ton Dieu ici mon enfant ! Le seul Dieu que Li nous permette d’adorer s’appelle Fouet et pour qu’on n’oublie jamais son nom, il l’a gravé dans nos chairs !

Elle dénuda son épaule. Une triple zébrure traversait son dos de haut en bas. Jenny ravala un sanglot.

« Je crains que l’apprentissage de ton ami n’ait déjà commencé ! Il veut en faire la vedette d’un grand show, c’est ce qu’il nous a dit…et rien ne l’arrêtera…Li, ma pauvre enfant, est le diable en personne ! Allons, viens avec moi que je te présente aux autres membres de notre petite famille, tu verras, ce sont de braves bougres, ils te plairont beaucoup, enfin, passé l’effet de surprise ! Mais si j’en crois ce que mes petits doigts m’ont dit en te touchant la joue, tu fais partie de celles dont le cœur voit plus loin que les yeux…

Nous t’aiderons du mieux que nous le pourrons, tu as la promesse d’une diseuse de mauvaise aventure…et maintenant suis-moi…

 

Et pendant qu’autour d’elles les bruits et les clameurs de la foire reprenaient de plus belle, elle la prit par la main et l’entraîna à travers un dédale de roulottes où planait, omniprésente, l’ombre d’un Minotaure à la trogne de dompteur napolitain.

 

Chapitre 34

 

Alors que Jenny était entre de bonnes et très frémissantes mains, j’étais, quant à moi, bien loin de me douter que nos destins, séparés à peine par la bourbeuse largeur de Whitechapel High Road, allaient à nouveau se croiser.

 

En cette fin d’après-midi, dans mon bureau du bâtiment Renfield de l’aile nord du Royal London Hospital, je n’aurais su dire si la main que je serais était bonne ou mauvaise.

Elle était moite en tous cas, molle aussi et complètement dénuée de toute émotion, pour ne pas dire de toute vie. C’était celle du pauvre bougre qu’on venait de m’amener et qui, encadré par deux solides bobbies, se dandinait, le regard éteint, face à la fenêtre grillagée qui donnait sur la rue.

« Désolé docteur Severt, répétait l’un des deux policiers, il est comme ça depuis trois jours. On ne peut en tirer que des grognements. C’est pour ça que le superintendant Mops vous l’envoie…et maintenant, c’est votre affaire Sir…

 

Les deux policemen claquèrent des talons et me laissèrent seul avec mon nouveau « client ». Je relus sa fiche :

Thomas Patrick Lipstick. Boutiquier à Spitalfield Market. Cinquante-huit ans. Né à Tobermory. Etudes secondaires médiocres. A Servi aux Indes de 1848 à 1853 en tant que sous-officier. Retour au bercail. Ouvre un commerce d’épices. Fréquente l’Old Bengali Club. Dépendance au thé. Malgré le manque de preuves, est soupçonné de collusion, sinon de participations à cinq meurtres. Sujet dissimulateur et récalcitrant. Potentiellement dangereux. A manier avec des pincettes. Sinon avec des gants de boxe.

Venaient ensuite la liste des crimes et leurs descriptions détaillées suivies des conclusions abracadabrantes du Superintendant Mops.

 

Ce n’était pas la première fois que la justice requérait mes compétences mais je sentais à travers la prose inepte de ce dossier qu’il était aussi vide que le cerveau du chef de la Criminelle. Un détail cependant avait attiré mon attention.

Addiction au thé…

Les quelques jours qui s’étaient écoulés depuis la terrible soirée à Covent Garden n’avaient pas suffi à effacer de ma mémoire la pénible impression que j’en avais gardé. Convaincu d’avoir été le jouet d’une dramatique illusion, j’en restais néanmoins profondément troublé. Si tout cela tenait de la farce, les morts, eux, étaient bien réels. Le thé était-il un élément à prendre en compte ? Se pouvait-il qu’il y ait un lien entre ce drame et mon patient ? 

J’observai le malheureux.

Recroquevillé sur une chaise, il se balançait, genoux serrés dans ses bras, le regard empli d’une indicible terreur braqué vers l’extérieur comme s’il craignait d’y voir surgir un hypothétique visiteur. Il avait plus l’air d’une victime que d’un meurtrier.

Les interrogatoires n’avaient sûrement pas été des plus tendres. Je n’avais aucune envie de participer à une enquête policière qui me semblait aussi absurde qu’injuste mais me sentais dans l’obligation d’atténuer les souffrances de cet homme. Comment allais-je faire ?...En relisant le dossier, j’eus une idée. 

Il me fallait, pour percer les murailles derrière lesquelles ce Lipstick était enfermé, lancer un fil, même ténu. Il me suffirait ensuite de dérouler la pelote. Ce fil, je pensais l’avoir trouvé. Lipstick avait été aux Indes, j’allais jouer de cette corde sensible. Je m’assis en face de lui et pris mon air le plus décontracté.

 

«  Ahh…sergent Lipstick, vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j’ai à me retrouver en compagnie d’un ancien camarade. (Lipstick ne semblait guère me prêter attention et continuait à se balancer). Cela faisait si longtemps que je n’avais pu échanger des souvenirs…c’est que 1853, tout de même, ça fait un bail n’est-ce pas ! (Il arrêta de se balancer). Nous étions si jeunes, si insouciants…Ahhhh Les Indes, quelle époque glorieuse ! Comme vous, j’ai été incorporé à Calcutta

(Lipstick fronça les sourcils)…j’étais affecté au troisième Lancier…je revois encore nos magnifiques parades lorsque nous défilions le long du Gange…

(Lipstick commençait véritablement à s’agiter, son regard, fuyant jusque-là, se braqua subitement sur moi) …le soleil qui se couche à travers les lianes des Banyans, face au mess… (Il bredouilla quelque chose, mais c’était encore incompréhensible)…le chant des oiseaux de paradis…l’odeur des hibiscus, le goût sucré des papayes…et ce merveilleux Darjeeling que nous servaient les serveuses en sari…

«  Darjeeling ... murmura Lipstick, cette fois  plus  intelligiblement.

«  Oui, le merveilleux Darjeeling, sergent ! …ça y est, pensai-je…

«  En effet, le merveilleux Darjeeling…je me souviens très bien…continua-t-il d’une voix étrangement monocorde. Je me souviens de…mais…qu’est-ce que c’est ?…vous entendez ces cris ? …on dirait ceux des cipayes avant le massacre de Lahore ?

« De Lahore dites-vous ? Non…je n’entends rien…

« Mais si Major…écoutez bien…ils chantent pendant qu’on pend leurs camarades…ah quel beau concert !…j’entends les sifflements des couteaux des Sikhs qui tranchent des gorges…ssssss Sssss…j’entends les hurlements des femmes alors qu’on brûle le corps de leurs époux sur les rives du fleuve….Yuuuuuuu…Yuuuuuu…

Il psalmodiait ! Une lueur s’était allumée dans ses yeux

 «  Oui Major, je me souviens très bien des clous rouillés plantés dans les fesses des fakirs. C’est moi qui les ai enfoncés…

« Calmez-vous mon ami…

« Sur vos ordres, Major, sur vos ordres !…Et la puanteur des charniers qui se consument lentement, vous les sentez Major ?…

« Vous vous trompez très cher, je ne…

« Et les piaillements des vautours qui arrachent des lambeaux de chairs putréfiées…voyez comme ils font ? Hein ? Les vautours avec leurs grandes ailes…

Avant que je ne réagisse il avait bondi avec une souplesse inattendue sur le bord du bureau. Se maintenant accroupi, en équilibre sur ses jambes repliées, il secouait frénétiquement des coudes.

« …Les charognards, Major…avec leur bec coupant comme des rasoirs…les charognards qui n’attendent qu’un signal…un signal, Major…

 

Je n’eus que le  temps de saisir une sonnette avant de m’effondrer sous les serres du forcené qui s’était jeté sur moi. Mais ce n’était plus Lipstick que les quatre infirmiers saisirent et décrochèrent difficilement de mon cou.

C’était un vautour !

 

Un vautour qui mordait, griffait et hululait d’une voix  lancinante :

« Bodhidhârma...Bodhidhârma...Bodhidhârma... »

 

Chapitre 35

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon  

Ils ont osé !

Oui lecteurs chéris… Ils ont osé !

Qui ça, « ils », vous demandez-vous ?…Vous le saurez bientôt…

Sachez qu’ils s’en sont pris au bien le plus sacré de nos antiques traditions. Sachez qu’ils s’en sont pris aux fondements même de notre vertueuse nation ! En vérité, je vous le dis, plus rien n’arrêtera ces sinistres crapules ! Car il faut bien se rendre à l’évidence, et quoi qu’il nous en coûte de devoir répandre la nouvelle, vous êtes, amis fidèles, dans le plus grand des dangers !… La loi, mais qui sait encore ce que ce mot veut dire, la loi est tout bonnement bafouée dans notre vieille cité ! Cette cité, amis londoniens, qui était jusqu’à il y a encore quelques jours, le phare du monde moderne, cette cité que tous les amoureux des arts, que tous les esthètes nous enviaient, cette somptueuse Babel que tout le Gotha prenait en exemple, cette ville, mais est-ce encore une ville, est devenue une véritable cour des miracles ! Et même ce mot : miracle, n’a plus aucun sens en ce lieu. Il faudrait plutôt dire « Cour des misères » ! « Cour des ténèbres » !

Oui, malheureux concitoyens, il faut que vous sachiez que, lâchement abandonnés par ceux qui avaient jusqu’alors la tâche de vous protéger et qui vous ont piteusement abandonnés, nous sommes devenus la risée de la terre entière !

Pall Mall, Mayfair, Kensington, Chelsea, Pimlico…..Il n’est plus un quartier, plus une avenue qui ne soient à l’abri du bras sanguinaire qui, prêt à frapper, attend, au coin d’un lampadaire, que vous, innocente victime, veniez lui tendre votre petit cou d’agneau. Car au bout de ce bras, la mort rôde, riante de toutes ses dents ! Entendez-vous l’entrechoquement macabre du sinistre squelette qui vous guette en bavant et qui sait que son crime restera impuni ?…

Cinq morts ! Oui, cinq cadavres hantent désormais nos nuits ! Cinq suppliciés qui demandent  justice, mais qui les entend ?…Pas la police, trop occupée à cuver sa bière ou son gin ! Pas son chef, l’inénarrable Superintendant Mops, trop occupé à courir après tous les marchands de thé de la capitale !

Ah pardon, désolé, vous n’étiez pas au courant ?

Le Thé, d’après nos imbéciles en uniforme, est paraît-il l’arme du crime !

Méfiez-vous du thé ! clame-t-on à Scotland Yard ! Surveillez vos théières ! Gare à la cuillère qui tue ! Bull shit ! Foutaises ! Londres, mes amis, est devenue folle ! Aux dernières nouvelles, à Buckingham, on servirait du café au Five o’clock de la reine ! Honte sur nous ! Tragédie que tout cela ! Turpitudes et humiliations, telles sont notre lot désormais ! Et hélas, nous le savons de source sûre, ceci n’est qu’un début ! Attendez-vous au pire, mes chers, mes très tendres compatriotes….

Pire, dont nous vous tiendrons bien sûr informés, au péril de notre vie et de notre réputation, dussions-nous pour cela affronter toutes les bouilloires de l’enfer, car tel est notre devoir, que dis-je notre devoir, car tel est notre honneur !

                  God save the tea!

                                                     Pour le « Daily Stinker »

                                                     Votre envoyé très spécial :   Johnny Laphroig.

 

Chapitre 36

 

« Vous reprendrez bien un peu de cet excellent cake, Miss …Miss comment déjà ?…

« Jenny ! Jenny O’Maley, madame…

« Oh madame !…vous vous rendez compte ?…quelle charmante enfant ! Depuis combien de temps ne m’a-t-on plus appelée madame ? Gloussa en minaudant l’extraordinaire petite personne dont le nez se terminait par une fourchette et qui servait, grâce à cet appendice, une part de gâteau à une Jenny très impressionnée par l’étrange assemblée assise en rond autour d’elle.

« Depuis que tu es une star, belle Esméralda, dit à côté d’elle un souriant individu qui avait presque la même particularité que sa voisine, à la notable différence qu’il avait, lui, un couteau au bout du nez, et qui couvait la dite voisine d’un regard langoureux.

« …Et depuis que je ne suis moi-même un « Môssieur », moi ton fidèle Esméralda…depuis que, pour le meilleur, et pour le pire, nous sommes devenus, les magnifiques…

Il  se leva, fit une pirouette, tendit la main à Esméralda qui, lui renvoyant son œillade, entama avec lui une valse virevoltante autour de la tente. 

«…Les stupéfiants…les irrésistibles…Lady Fork et Lord Cutlass !…dont l’époustouflant numéro…les a rendus célèbres…dans les deux hémisphères…

Les deux petits danseurs se penchèrent alors vers l’assiette de Jenny. 

« Madame » planta sa fourchette dans le cake, « Môssieur » se mit à le découper puis, s’approchant cérémonieusement de la jeune femme, ils lui glissèrent avec délicatesse un petit bout de gâteau dans la bouche.

« Fin du spectacle ! Merci…vous pouvez applaudir…

 

A l’aide d’un mouchoir de dentelle ils essuyèrent des miettes de gâteau sur les lèvres de Jenny puis saluèrent leur public en envoyant des baisers à la cantonade. Jenny la bouche pleine, battait des mains à tout rompre.

 

Que cette fille est adorable se dirent-ils! Ce petit numéro aura au moins servi à faire revenir un semblant de sourire sur son triste visage.

Que ces gens sont gentils se dit-elle, en repliant vivement les jambes car un grand tigre venait de sauter à ses pieds et essayait de lui lécher les chevilles.

« N’aie pas peur, la rassura la gitane en caressant le fauve sur le museau. C’est Turncoat, le tigre-garou ! Il se transforme au gré des gens et de leurs émotions. Avec les colériques, il devient féroce ! Gare aux versatiles, il se fait tourbillon…Mais tu n’as pas à t’inquiéter, avec toi il sera tout amour. « Miaowww….miaula Turncoat en donnant de petits coups de langue sur la main de Jenny.

« Oui avec toi il sera aussi doux qu’un chartreux…ou qu’un chapon, plaisanta Esmeraldo,

« Grmffff…grogna Turncoat en lui jetant un œil noir.

« C’est une blague mon vieux, c’est une blague…

 

 

« Ainsi vous êtes la bonne amie de Mister Théière ? demanda un placide géant assis en tailleur près de Jenny. Turncoat lui donna un coup de patte sur la tête.

« Ben quoi, qu’est-ce que j’ai dit ?

« Laissez, monsieur Turncoat, fit Jenny, le vrai nom de mon ami, c’est Orange Pekoe…et je ne suis pas sa « bonne amie »…

« Ahhhhh bon ?… firent les autres.

« Enfin je veux dire que…si, bien sûr je suis son amie…une amie proche…mais je ne suis pas sa…

« C’est ça ma jolie, c’est ça, dit la femme-spaghetti avec un sourire entendu, on a bien compris…et donc toi, qui n’es juste qu’une amie, tu viens jusqu’ici braver les monstres dans cet  endroit maléfique pour….mais pourquoi au juste ma toute belle ?

 

Elle ne sut que répondre. Ils l’observaient en silence, attendant qu’elle se décide. Elle n’avait qu’un mot à dire et ils iraient lui décrocher la lune. Ils étaient comme ça, la force de leur amour, une fois donnée, était indestructible et n’avait d’égal que la constance de leur haine. Mais ça, elle ne le savait pas encore.

Esmeraldo sortit une lime de sa poche et se mit aiguiser le bout de son nez. Il s’adressa à la gitane.

« Pulpinella chérie, douce créature de la nuit, ma petite pieuvre adorée, je crois qu’il va falloir tirer au sort !

« De quel sort parles-tu, canif de mon cœur ? répondit-elle en riant.

« Mais du mauvais sort qui sera attribué à celui qui devra extirper de ces jolies lèvres, il désigna de la pointe de son couteau la bouche de Jenny, le mot magique pardi !

« Moi ! Moi ! cria le géant.

« Grhhhh ! Grhhh ! Gronda le tigre.

« Nous ! Firent les autres en trépignant.

« Perdu, fit Esméralda, pas de chance, c’est celui qui dit qui y est ! 

Il s’approcha de Jenny qui restait bouche bée et dit :

« Parfait comme ça jeune fille, ne bougez plus, avec votre permission…

Il l’embrassa avant qu’elle ne s’en soit rendu compte.

« Mais dites-donc…

Esméralda sauta en l’air.

« Je l’ai !…

« Ce que vous allez avoir, petit malin c’est une bonne paire de claques !…

« Vous me faites offense ma beauté ! Ce que je viens de vous voler, ce n’est pas un baiser, allons…si j’avais vraiment voulu vous donner un baiser, permettez-moi de vous dire que vous seriez encore dans les vapes, n’est-ce pas Esméralda ? Non ma chérie ce que je viens d’extirper de vos lèvres qui, je vous l’accorde, sont fort douces, c’est le mot magique ! Ce mot que vous n’arriviez pas à formuler et que nous attendions tous…

« Le mot magique ?…

« Qu’ils sont niais ces amoureux à la fin ! Dis-lui Pulpy ! Dites-lui tous, moi elle me fatigue…

Ils se mirent donc autour d’elle. La regardèrent droit dans les yeux et éclatèrent de rire. Il faut bien avouer que jamais, dans la « French Fair » et de mémoire de monstres, ne fut prononcé avec autant de force et de gaieté le fameux mot magique :  

EVASION…

                                                           

Chapitre 37

 

Marchant en file indienne avec des mines de conjurés, la petite troupe se faufilait entre les tentes du Freak’s Show. On se poussait du coude, on se pinçait les fesses, on gloussait à qui mieux mieux.

« J’adore les complots ! murmurait béatement Goliath.  Le géant battait l‘air de ses bras comme un enfant, oubliant que ceux-ci se terminaient par de gigantesques marteaux.

« Fais attention mon grand ! Tu nous écrases les couverts, chuchotèrent ensemble Esméralda et Esméralda.

« Z’avez qu’à avancer plus vite, grommela Goliath.

« Ça suffit derrière ! On va finir par se faire pincer…

Jenny tenait fermement Pulpinella par le bout de ses vermicelles. Elle tremblait d’émotion et de gratitude. Ils avaient devancé ses pensées. La gitane l’emmenait à travers un labyrinthe de tentes et de cordages, vers la cage où Orange Pekoe croupissait depuis son arrivée. Il ne s’agissait pas d’attirer l’attention du Tyran moustachu,  ni de ses gardes-chiourme.

La rage montait de minute en minute en chacun des conspirateurs car depuis peu ils avaient quitté la partie « humaine » de la foire. Aux gémissants glapissements qui sortaient des niches crasseuses qu’ils longeaient, ils avaient compris qu’ils étaient entrés dans le « quartier » des animaux. L’immonde ménagerie de Li.

« Je crois que c’est là, dit la gitane en désignant avec dégoût ce qui ressemblait plus à une fosse qu’à une cage.

« A toi de jouer, Esméralda ! L’homme-couteau cracha par terre puis se pencha vers un énorme cadenas qui bouclait une sorte de trappe.

Clac ! Des sanglots répondirent au bruit du verrou qui sautait.

« N’aie pas peur mon ange, dit doucement Pulpinella, tu as de la visite. Elle se retourna vers la petite troupe.

« Les enfants, nous on va faire le guet… à toi ma belle…courage….

En maugréant ils laissèrent Jenny entrer dans la minuscule cage puis prirent la position que la gitane leur avait assignée. 

 

Roulé en boule comme un chiot terrorisé, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Lorsqu’elle posa une main tremblante sur son bras, il eut un mouvement de recul. Il avait subi tant de violences, reçu tant d’humiliations, qu’une main s’avançant vers lui n’avait qu’une seule signification : les coups allaient pleuvoir. Jenny fit un terrible effort pour cacher son désarroi. Il releva la tête.

Derrière l’écran de ses larmes, ses yeux exorbités interrogeaient le visage de la jeune femme. Il lui fallait aller chercher si loin le souvenir du sourire de Jenny qu’elle eut l’impression de l’avoir perdu à jamais.

Avec une infinie douceur elle se mit à chantonner. Comme pour bercer un enfant. Entre ses doigts crispés il triturait la photographie prise chez Ruskin. Les quatre cavaliers de l’apocalypse.  Il la brandit devant son visage ravagé et bredouilla…

« Je suis…

« Je sais qui tu es… souffla Jenny.

Elle le prit enfin dans ses bras.

 

Dehors les autres trépignaient.

«  Qu’est-ce qu’ils font ? On dirait qu’ils pleurnichent ! Drôle de rendez-vous galant…

« Tu n’es qu’un idiot Goliath ! Laisse-leur le temps, c’est à croire que tu n’as jamais été amoureux, nom d’un chien des Baskerville !

« Et comment qu’j’ai été amoureux …même qu’elle était rudement belle, ma femme-enclume! Mais j’sais pas c’qui s’est passé, un jour j’l’ai tellement martelée qu’elle s’est sauvée avec l’homme-oreiller…

« Fermez-la vous autres ! Surveillez plutôt les alentours ! Si Li se pointe, on est bon pour finir en fish and chips !

Ils firent la moue, baissèrent la voix  mais reprirent leur discussion en sourdine.

 

Dans la cage, Jenny lui avait fait un nid de ses bras. Il était urgent de lui redonner espoir, lui faire comprendre qu’il n’était plus seul. Elle essaya de lui raconter le plus simplement possible tous les événements qui l’avaient menée jusqu’à lui, depuis Covent Garden jusqu’au projet d’évasion…Un faible sourire apparut enfin sur les lèvres d’Orange Pekoe.

« Pourquoi faites-vous ça pour moi ? dit-il.

La photographie n’avait pas quitté ses mains. 

« C’était ton père ? demanda-t-elle en évitant de répondre à sa question. Il hocha la tête.

 « Oui…mon père…tous les autres sont morts…par ma faute…tous, sauf celui-là, c’est le seul des quatre encore vivant. Il pointa Lipstick du doigt. Mais il m’a jeté dehors et…

« Je le retrouverai, dit Jenny énergiquement, si c’est ta dernière chance, je le retrouverai et je lui arracherai ses secrets, je t’en fais le serment…mais d’abord il faut penser à…

Pulpinella pénétra dans la cage.

« Voilà Li …Il faut filer !…

« Grrrrrrrrrr, gronda Turncoat,

« Ne me laissez pas, gémit Orange …

« Nous reviendrons ! Je te jure que nous reviendrons …

Ils n’eurent que le temps de refermer la porte, boucler le cadenas et se cacher sous la roulotte.

Un claquement de fouet. Un sifflement sardonique.

« Allora ? … Como vaï, piccola bollitore mia ? Comment va ma petite théière ?...

Derrière les roues, enfoncées profondément dans la boue, deux pupilles jaunes pleines de haine fixaient les cuissardes de cuir…

 

Chapitre 38

 

Ayant décidé, après l’éprouvant épisode de l’après-midi, qu’une petite marche me remettrait les idées en place, je venais de sortir de l’hôpital et traversai la rue à tâtons.

A travers le brouillard givrant qui envahissait peu à peu les rues, le sourd tintement des bourdons de la Fonderie Royale toute proche emplissait peu le crépuscule glacial de Whitechapel. Bien que le halo blafard entourant chaque réverbère aurait rendu mélancolique le plus téméraire des promeneurs, les ondes positives et tintinnabulantes de ces cloches, destinées plus à élever les âmes qu’à les plomber, me réchauffait le cœur, à défaut des os…

 

Remontant le col de mon macfarlane je me fis la réflexion que ce n’était guère un temps à mettre un lancier du Bengale dehors. Pauvre lancier du Bengale ! Comme j’avais été stupide de faire croire à ce pauvre diable que j’avais servi aux Indes ! Je m’en étais tiré avec quelques égratignures et l’assurance que sa pathologie était plus complexe que je ne le pensais.

C’est alors que le choc se produisit.

 

Heurté brusquement par derrière, je me retrouvai à quatre pattes sur le pavé.

« Saleté de fog ! Des bas qui m’ont coûté deux guinées ! Pouvez pas faire attention où vous mettez les pieds, Gov’nor ?!...

Plus amusé qu’en colère je me retournai pour faire face à mon « agresseur », étalé lui aussi dans le caniveau.

Ce que je vis d’abord fut le rouge éclatant des jupons. Lesquels furent vivement retroussés par deux bras énergiques pour laisser apparaître une jambe gainée de soie grise, pour le coup déchirée de la cuisse jusqu’au mollet. Une tignasse rousse, des taches de rousseur et des yeux émeraude surmontaient le tout.

Les yeux émeraude lançaient des éclairs…

« Ne vous gênez pas, Sir…surtout n’hésitez pas à reluquer, pour l’instant c’est gratuit !...

Je connaissais ces yeux, cette tignasse et ces taches de rousseur.

La jolie pirate de Covent Garden venait de m’éperonner!

 

« C’est comme ça que vous accostez les dames, dans la « haute » ? Vous avez vraiment de drôles de manières…

« Mille excuses Miss, répondis-je, c’est plutôt le contraire, il me semble…

L’attaque venait de bâbord et c’est ma poupe, si je ne m’abuse, qui a été accostée par votre proue, enfin, si je puis me permettre, par vos deux proues,…

« Faut pas vous emballer matelot ! C’est pas parce qu’on est assis tous les deux dans la flotte qu’il faut vous prendre pour le capitaine crochet !...

Elle rabattit sa robe sur ses jambes et fit mine de se relever.

« D’ailleurs, c’est pas que je m’ennuie avec vous, mais faut que j’y aille…Aïe ! Ouille !…Ah nom d’un chien, qu’est-ce que ça fait mal !…c’est bien ma veine.

Elle retomba sur les fesses et se frotta la cheville.

« Allons calmez-vous, dis-je en tentant de reprendre un peu de sérieux, et laissez-moi constater les dégâts…

« Hola…touchez pas à la marchandise !...

Malgré ses récriminations, qui d’ailleurs n‘étaient que verbales, je lui saisis quand même la cheville.

« J’ai bien peur que vous ayez un mât démâté…mais vous avez beaucoup de chance, voyez le bâtiment là-bas dans la brume, c’est un hôpital…

« Sans blague ? J’ai gagné le gros lot, dites ? Une usine à macchabées ! Manquait plus qu’ça !

« Figurez-vous que j’en sors de cette usine, et je compte bien y retourner avec vous car…oh mais excusez-moi, je ne me suis pas encore présenté…Docteur Frederick Severt, spécialiste des collisions en haute mer…et sur ce, Miss, si vous voulez bien…

Je la soulevai délicatement et, la maintenant fermement dans mes bras avant qu’elle n’ait le temps de lâcher une nouvelle bordée de jurons, fis demi-tour et retraversai la rue avec mon chargement en dentelles.

« …Et je vous jure sur mon honneur de réparateur émérite d’entorses de chevilles de corsaires que je ne vous conduis dans mon infirmerie de fortune que pour mettre un bandage sur votre cheville…

« Mais que…

« Sur votre cheville, dis-je en fronçant les sourcils, ou sur votre bouche ! Vous choisissez !…

« Ohhh Capitaine…fit-elle sur un ton faussement effarouché. Elle battit des cils et me gratifia d’un sourire resplendissant, y’a pas à dire, vous au moins vous savez parler aux femmes ! Très bien, puisque c’est ainsi je me contenterai d’un emplâtre sur le pied…qui sait, je vais peut-être encore avoir besoin de ma bouche ?…

Au fait…moi, c’est Jenny !

 

Chapitre 39

 

« Et qu’est-ce que vous réparez dans votre « usine », docteur ?…à part les guiboles des femmes que vous fracturez dans la rue, dit-elle enfin en riant.

« Hélas, pas assez de jambes comme les vôtres, très chère, répondis-je en essayant de ne pas ahaner comme un phoque…si je vous avais dit…en bas des marches…quel genre de patients je soigne ici…vous auriez…peut-être…hésité…

Elle fronça les sourcils.

« C’est le manque d’exercice ou c’est la honte qui vous fait souffler ? Vous ne faites pas des expériences sur des animaux au moins ? Ou pire sur des pauvres bougresses dans mon genre ?

J’éclatai de rire. Nous arrivâmes enfin, deux lampes à acétylène éclairaient faiblement mon couloir. Tout était désert et silencieux.

« C’est un peu sinistre chez vous, sans rire, vous soignez quoi au juste ?

« Sans rire, chère Jenny, je soigne ce qu’hélas la bonne société désigne sous l’horrible nom de fous…mais heureusement pour vous, et pour eux, ils dorment et ne savent pas que vous êtes là…

Elle me donna un coup de coude dans les côtes…

 

Dix minutes me suffirent pour trouver un flacon d’embrocation, masser la cheville douloureuse, poser une bandelette et remettre Jenny d’aplomb. Elle n’avait d’entorse qu’à un seul pied. Dommage. Son sourire fut ma récompense.

 

En repartant elle regarda machinalement une porte sur laquelle était inscrit : Isolement total. Danger.

«  Il y en a un là-dedans ?

« Oh oui il y en a un là-dedans ….et  pas n’importe lequel croyez-moi…

Elle s’approcha, jeta un coup d’œil par la lucarne et recula comme frappée par la foudre.

« Qui y a-t-il,  Jenny ?…

« Il y a un homme assis, là…c’est incroyable…cet homme…je sais qui c’est !…

« Quoi ! Vous connaissez Lipstick ?...

« Oui, c’est bien comme ça qu’il s’appelle…Lipstick ! L’homme de la photo…c’est insensé…pourquoi est-il ici docteur ?

« Qu’entendez-vous par « l’homme de la photo » ?…Tout ce que je peux vous dire c’est que ce pauvre type a un sérieux problème avec le thé et que lorsqu’on me l’a amené…mais qu’avez-vous Jenny ? … »

Elle était bouleversée et sur le point de s’évanouir. Je la ramenai dans mon bureau et lui offris un verre de brandy.

« Vous devriez en boire un aussi docteur, dit-elle, encore extrêmement troublée, je pense que vous allez aussi en avoir besoin…je ne crois pas aux coïncidences, et je ne crois pas aux anges non plus, mais il doit bien y en avoir un qui nous a poussés l’un vers l’autre…

J’eus envie de lui dire que les anges existaient bien et que j’en avais un assis en face de moi mais elle semblait lire dans mes pensées.

« Non docteur, je ne suis pas un ange, loin de là ! Par contre, j’en connais un, d’ange…un ange qui peut se transformer en démon et qui s’appelle Orange Pekoe…

« Orange comment ? !

« C’est à vous d’ouvrir vos oreilles maintenant…taisez-vous et écoutez…

 

C’est peu dire que je fus captivé. Capturé, serait plus exact. Ses mots, déversés comme un torrent, finirent par former le conte le plus insensé qu’il m’ait jamais été permis d’entendre. Jenny la rousse avait la voix de la brune Shéhérazade et la nuit qu’il lui fallut pour me raconter l’histoire du jeune Lord en valait bien mille et une.

Je sentis la chaleur du brasero à Love Court, j’eus froid dans les couloirs de Bergamote Castle, j’errai dans Londres, je pleurai dans une cave, je tremblai sous les coups de fouet, un tigre me frôla les jambes, quatre soldats se mirent au garde-à-vous, un ange roux m’hypnotisa et je ne fus pas loin de perdre la raison à cause d’une théière…

 

Le petit matin se levait lorsque l’histoire de Jenny entra en collision avec la mienne, au milieu de Whitechapel High Road. Car j’entrepris de lui conter à mon tour les circonstances de l’internement de Lipstick, ainsi que sa dernière crise de folie.

Il ne fallait pas être grand clerc pour s’apercevoir que les mots, Indes, thé, Darjeeling étaient au cœur du mystère. La guérison du malheureux garçon et la rémission de la terrible malédiction qui planait sur lui passaient de toute évidence par le traitement des troubles de l’ancien sergent. Je ne savais pas par où commencer. Sinon prendre les mains glacées de Jenny dans les miennes…

 

« Nous allons nous battre, Jenny ! Et bien que mes compétences ne soient peut-être pas à la hauteur des forces en  présence, je vous jure de  tout mettre en œuvre pour faire sortir Orange Pekoe de sa prison, matérielle d’abord, mentale ensuite. Le combat sera rude, mais nous y  arriverons !…

«  C’est vrai, finit-elle par dire en lâchant un sourire, c’est vrai que nous ne sommes pas seuls…Pulpinella, Esmeralda, Esméralda, Goliath, ils sont si courageux…mais il nous reste peu de temps ! Cristibol Li a programmé une grande représentation le 26 novembre…j’en tremble déjà ! Il a même trouvé un titre pour son infâme spectacle : Un thé à Whitechapel ! Quelle horreur !...

« Il nous reste donc dix jours ! M’exclamai-je, c’est plus qu’il n’en faut pour préparer son évasion ! Je me fais fort, pendant ce temps-là, de faire revenir Lipstick parmi les vivants et de découvrir ce qui se cache au fond d’une tasse de thé ! C’est autre chose que de masser des chevilles, et moins agréable j’en conviens, mais pour le coup c’est vraiment mon domaine…

Dix jours, chère Jenny, et lorsque vous retraverserez Whitechapel High Road, cette fois au bras de votre bien-aimé, nous les confronterons tous les deux, et nous les sauverons, j’en fais le serment !...

Et maintenant…voilà mon plan….

 

Chapitre 40

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon  

« Et qu’est-ce que vous réparez dans votre « usine », docteur ?…à part les guiboles des femmes que vous fracturez dans la rue, dit-elle enfin en riant.

« Hélas, pas assez de jambes comme les vôtres, très chère, répondis-je en essayant de ne pas ahaner comme un phoque…si je vous avais dit…en bas des marches…quel genre de patients je soigne ici…vous auriez…peut-être…hésité…

Elle fronça les sourcils.

« C’est le manque d’exercice ou c’est la honte qui vous fait souffler ? Vous ne faites pas des expériences sur des animaux au moins ? Ou pire sur des pauvres bougresses dans mon genre ?

J’éclatai de rire. Nous arrivâmes enfin, deux lampes à acétylène éclairaient faiblement mon couloir. Tout était désert et silencieux.

« C’est un peu sinistre chez vous, sans rire, vous soignez quoi au juste ?

« Sans rire, chère Jenny, je soigne ce qu’hélas la bonne société désigne sous l’horrible nom de fous…mais heureusement pour vous, et pour eux, ils dorment et ne savent pas que vous êtes là…

Elle me donna un coup de coude dans les côtes…

 

Dix minutes me suffirent pour trouver un flacon d’embrocation, masser la cheville douloureuse, poser une bandelette et remettre Jenny d’aplomb. Elle n’avait d’entorse qu’à un seul pied. Dommage. Son sourire fut ma récompense.

 

En repartant elle regarda machinalement une porte sur laquelle était inscrit : Isolement total. Danger.

«  Il y en a un là-dedans ?

« Oh oui il y en a un là-dedans ….et  pas n’importe lequel croyez-moi…

Elle s’approcha, jeta un coup d’œil par la lucarne et recula comme frappée par la foudre.

« Qui y a-t-il,  Jenny ?…

« Il y a un homme assis, là…c’est incroyable…cet homme…je sais qui c’est !…

« Quoi ! Vous connaissez Lipstick ?...

« Oui, c’est bien comme ça qu’il s’appelle…Lipstick ! L’homme de la photo…c’est insensé…pourquoi est-il ici docteur ?

« Qu’entendez-vous par « l’homme de la photo » ?…Tout ce que je peux vous dire c’est que ce pauvre type a un sérieux problème avec le thé et que lorsqu’on me l’a amené…mais qu’avez-vous Jenny ? … »

Elle était bouleversée et sur le point de s’évanouir. Je la ramenai dans mon bureau et lui offris un verre de brandy.

« Vous devriez en boire un aussi docteur, dit-elle, encore extrêmement troublée, je pense que vous allez aussi en avoir besoin…je ne crois pas aux coïncidences, et je ne crois pas aux anges non plus, mais il doit bien y en avoir un qui nous a poussés l’un vers l’autre…

J’eus envie de lui dire que les anges existaient bien et que j’en avais un assis en face de moi mais elle semblait lire dans mes pensées.

« Non docteur, je ne suis pas un ange, loin de là ! Par contre, j’en connais un, d’ange…un ange qui peut se transformer en démon et qui s’appelle Orange Pekoe…

« Orange comment ? !

« C’est à vous d’ouvrir vos oreilles maintenant…taisez-vous et écoutez…

 

C’est peu dire que je fus captivé. Capturé, serait plus exact. Ses mots, déversés comme un torrent, finirent par former le conte le plus insensé qu’il m’ait jamais été permis d’entendre. Jenny la rousse avait la voix de la brune Shéhérazade et la nuit qu’il lui fallut pour me raconter l’histoire du jeune Lord en valait bien mille et une.

Je sentis la chaleur du brasero à Love Court, j’eus froid dans les couloirs de Bergamote Castle, j’errai dans Londres, je pleurai dans une cave, je tremblai sous les coups de fouet, un tigre me frôla les jambes, quatre soldats se mirent au garde-à-vous, un ange roux m’hypnotisa et je ne fus pas loin de perdre la raison à cause d’une théière…

 

Le petit matin se levait lorsque l’histoire de Jenny entra en collision avec la mienne, au milieu de Whitechapel High Road. Car j’entrepris de lui conter à mon tour les circonstances de l’internement de Lipstick, ainsi que sa dernière crise de folie.

Il ne fallait pas être grand clerc pour s’apercevoir que les mots, Indes, thé, Darjeeling étaient au cœur du mystère. La guérison du malheureux garçon et la rémission de la terrible malédiction qui planait sur lui passaient de toute évidence par le traitement des troubles de l’ancien sergent. Je ne savais pas par où commencer. Sinon prendre les mains glacées de Jenny dans les miennes…

 

« Nous allons nous battre, Jenny ! Et bien que mes compétences ne soient peut-être pas à la hauteur des forces en  présence, je vous jure de  tout mettre en œuvre pour faire sortir Orange Pekoe de sa prison, matérielle d’abord, mentale ensuite. Le combat sera rude, mais nous y  arriverons !…

«  C’est vrai, finit-elle par dire en lâchant un sourire, c’est vrai que nous ne sommes pas seuls…Pulpinella, Esmeralda, Esméralda, Goliath, ils sont si courageux…mais il nous reste peu de temps ! Cristibol Li a programmé une grande représentation le 26 novembre…j’en tremble déjà ! Il a même trouvé un titre pour son infâme spectacle : Un thé à Whitechapel ! Quelle horreur !...

« Il nous reste donc dix jours ! M’exclamai-je, c’est plus qu’il n’en faut pour préparer son évasion ! Je me fais fort, pendant ce temps-là, de faire revenir Lipstick parmi les vivants et de découvrir ce qui se cache au fond d’une tasse de thé ! C’est autre chose que de masser des chevilles, et moins agréable j’en conviens, mais pour le coup c’est vraiment mon domaine…

Dix jours, chère Jenny, et lorsque vous retraverserez Whitechapel High Road, cette fois au bras de votre bien-aimé, nous les confronterons tous les deux, et nous les sauverons, j’en fais le serment !...

Et maintenant…voilà mon plan….

 

     

 

Serres, Karin. Happa No Ko : le peuple des feuilles. Le Rouergue, 2018. Épik.

Thèmes : SF – culture japonaise – écologie

Résumé :

La planète est désormais couverte par une seule ville, aux tours immenses, d’où toute nature a disparu. Tout étant robotisé, les humains n’ont plus qu’une seule activité : jouer. Tout le monde semble s'accommoder de cette vie d'amusements, de ces bracelets connectés, sans stress ni mal-être apparent.

Un matin, Madeleine, une ado vivant dans le quartier France 45-67, découvre que ses doigts sont devenus verts... Panique! Est-elle malade? Allergique? Quand Kenjirô, un lycéen du secteur japonais survient comme par magie à ses côtés avec les mêmes mains vertes, leur rencontre marque le début de troublantes découvertes.

Une couverture très évocatrice pour ce roman futuro-fantastique, inspiré par la culture japonaise, qui rejoint intelligemment les problématiques actuelles sur l'écologie et la place des robots dans notre société. Sans être militant, ce récit poétique et philosophique donne matière à réflexion et offre également de beaux portraits avec les deux adolescents et les « enfants du feuillage » en voie de disparition.

Biographie :

Née en 1967, Karin Serres est multiple : scénographe, auteur de théâtre, de pièces radiophoniques, de chansons, illustratrice, traductrice, metteuse en scène.... Elle a écrit près de 80 textes de théâtre, dont la moitié destinée au jeune public. Elle a également publié des romans et albums pour enfants, adolescents et adultes. Le roman Happa No Ko est né à sa source, au Japon où elle a été en résidence grâce à une bourse Hors les Murs de l’Institut Français.

Pour emprunter le livre

 

expodesertfddesyeuxRéalisation : Pages et images; 2002

Descriptif : 16 panneaux; 59 x 80 cm.; affiche pelliculée souple avec oeillets. 

 

Trente quatre ans de parcours en tout sens dans les plus grands déserts du monde ont convaincu Alain Sèbe de la force et de la pérennité de l'appel des sables. Il nous offre des photographies superbes.

 

 

La coordination régionale du Mois du doc, Occitanie Livre & Lecture et Occitanie films, propose une diffusion en ligne du documentaire "Âme qui vive" d'Éliane Raheb. 

 Le lancement de l'édition 2015-2016 :

 

 Le lancement de l'édition 2014-2015 :

 

 

 Les remerciements de Sébastien Gendron, lauréat de l'édition 2014-2015 :

 

 

 Le lancement de l'édition 2013-2014 :

 

 

 L'invitation à la remise des prix de l'édition 2013-2014 :

 

 

 Les remerciements de Pascal Ruter, lauréat de l'édition 2013-2014 :

 

Un thé à Whitechapel

Chapitre 21

Le passage était désert.

Sur le damier noir et blanc du carrelage de Burlington Arcade, le bruit sec de ses pas se répercutait le long des devantures des luxueux magasins. Derrière les vitrines de cristal, les mains de cire d’impassibles mannequins aux visages poudrés lui indiquaient le chemin. Par ici, semblaient-elles dire, avance d’une case, joli petit pion ! Dans cet improbable échiquier de marbre, il se sentit comme pris au piège d’un jeu qui le dépassait. Illuminé par une armée de lanternes dorées, son reflet se multipliait à l’infini. L’écho de ses pas le fit se retourner.

Mille Orange Pekoe le dévisageaient. Mille pantins terrifiés…

 

Car il en était certain, l’innommable était revenu…

Rampant tel un serpent immonde, il remontait sournoisement le long de ses veines. Des mots, prononcés dans une langue oubliée, se bousculaient dans son crâne. Une amertume écoeurante asséchait sa bouche, annonçant le flot de salive âcre et acide qui jaillissait inexorablement du fond de ses entrailles. Puis l’envie de vomir le pliait en deux, comme toujours, comme à chaque fois…

Combien de temps allait-il encore pouvoir résister ?

Il n’avait pas tout dit à Jenny…Comment aurait-il pu ?

Mais il devait savoir. Il n’avait pas d’autre issue.

 

 Bartholomew Ruskin était satisfait.

A vrai dire, Bartholomew Ruskin était souvent satisfait. Mais cette fois il allait toucher le gros lot. La gloire, enfin, était à sa portée. Dans l’arrière-salle de son extravagant magasin d’antiquités, bien campé devant un magnifique miroir vénitien, il se brossait les rouflaquettes qu’il avait fort épaisses à l’aide d’un ravissant peigne en écaille de tortue et dont l’achat, dans des circonstances rocambolesques, le  remplissait de fierté.

Fierté ! Pas un objet autour de lui, pas un élément de son altière personne, pas un poil de son austère visage qui ne transpirât la fierté, et l’orgueil.

Bartholomew Ruskin était un esthète, nul ne pouvait l’ignorer, mais un esthète doublé d’un ruffian. Car il n’avait pas toujours été cet expert réputé, ce collectionneur invétéré, ce fouineur jalousé par ses pairs qui se pavanait dans les galeries et les salons les plus huppés de Londres.

Il venait de loin, et ses galons de marchand d’art éclairé il les avait gagnés à la force du poignet, usant, avec patience, opiniâtreté et roublardise, de qualités et de compétences que son lointain passé aux Indes avait contribué à forger.

 

Il jeta un regard cajoleur vers sa dernière acquisition.

Raflée de haute lutte dans une récente vente aux enchères au nez et à la barbichette des conservateurs des plus grands musées asiatiques, elle était assurément une des plus belles pièces de sa collection. Cette magistrale peinture sur soie de la période Ming intitulée « Promenade d’un pangolin sous la lune », exécutée par un certain Tchang-Lu, allait faire plus d’un jaloux !...

Allez, encore un petit coup de peigne sur ses rouflaquettes…

Fierté !

 

La peinture Ming était certainement une très belle pièce, mais pas la plus belle…

Il se retourna et envoya un baiser à l’immense toile cachée sous un épais drap rouge posée sur un chevalet et qui trônait, mystérieuse, au centre de la salle.

Cette dernière affaire allait mettre un point d’orgue à sa longue carrière.

Il allait enfin montrer à tous ces m’as-tu-vu ce que chef d’œuvre voulait dire!

Il esquissa un sourire.

Le tintement aigrelet d’une clochette le tira de son rêve de gloire.

 

Sortant de son gilet une montre gousset en argent il haussa les sourcils. Il n’attendait personne de si bon matin, aucun rabatteur, aucun débiteur aux abois. Un autre tintement. Bigre, un impatient ! En maugréant il se dirigea vers l’entrée.

« Voilà, voilà ! dit-il en déverrouillant les multiples loquets, on vient, on vient…

 

L’homme qui se tenait gauchement dans l’entrebâillement de la porte lui était inconnu. Il toisa rapidement le pauvre Orange Pekoe qui se sentit nu comme un ver.

« Pour les aumônes, c’est entre dix et onze, grinça Ruskin, et c’est la porte à côté, chez Lobb, Lobb et fils…moi, j’ai déjà donné !  Il allait refermer la porte lorsque l’autre bredouilla :

« Suis-je bien…suis-je bien chez l’honorable Bartholomew Ruskin ?… 

Ruskin hésita, ce minable avait peut-être quelque chose à vendre.

«  Moui…honorable, c’est bien le mot…mais un honorable qui n’a pas de temps à perdre. Alors, que me vaut l’inestimable honneur d’une si peu honorable visite ?…

Luttant contre l’irrésistible nausée qu’il sentait grandir en lui, Orange Pekoe fit un nouvel effort.

« Je suis à la recherche de …on m’a dit que…

 

 

Chapitre 22

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Ruskin comprit tout à coup.

Bien sûr ! On avait dû vendre la mèche…

Ce blanc-bec devait avoir été envoyé par le « Daily Stinker ». Ils auraient tout de même pu déléguer un vrai reporter à la place de cet avorton ! Ah ils voulaient un scoop, et bien ils allaient en avoir pour leurs frais ! Après tout, ce ne serait pas une mauvaise affaire que d’allécher la populace par un petit article bien senti avant le coup de Trafalgar qu’il leur préparait !…Il se radoucit instantanément.

« Mais évidemment mon brave, entrez donc, nous avons tant de choses à nous dire, pas vrai ? Après vous, c’est au fond, excusez ma défiance, mais on n’est jamais trop prudent, en cette affaire, vous vous en doutez, il faut prendre toutes les précautions, et entre nous mon cher, quel merveilleux déguisement que le vôtre, je reconnais bien là la patte de ce sacré Laphroïg, comment va-t-il au fait ? 

« Mais je ne…

«  Allons, ne soyez pas si modeste! Quel talent, si si, j’insiste, quel talent, ça mérite une récompense, et cette récompense, mon ami, vous allez la voir de suite…

Orange Pekoe ne comprenait rien à cette logorrhée. Poussé dans l’entrepôt par le marchand qui l’avait pris par le bras, il se retrouva au milieu d’un bric à brac qui tenait plus de la caverne d’Ali-Baba que d’une galerie d’art.

Bouche bée devant le revirement de Ruskin, il n’osait bouger de peur que l’autre comprenant sa méprise, ne le jette finalement dehors. Mais Ruskin, maintenant en roue libre, continuait avec emphase.

« Ainsi vous étiez au courant…au courant ? Croyez-vous ?… «On » vous a dit : Ruskin prépare un nouveau coup. Ruskin a sûrement mis la main sur un Turner inconnu ! Qu’est ce qu’ «on » ne va pas raconter comme âneries ! Et bien mon jeune ami, «on » se fourre le pinceau dans l’œil jusqu’au manche, mais passons, sachez que vous allez être, petit malin, tel Moïse découvrant Canaan, le tout premier à admirer ce que je n’hésiterai pas à appeler le triomphe de l’art britannique ! Car ce n’est pas un tableau que vous allez contempler mon cher, ce qu’il y a là-dessous, c’est un Panthéon, c’est une apothéose, c’est une éruption volcanique…

Il posa une main tremblante sur le drapé rouge.

« Sous cette bâche, savez-vous ce qu’il y a ? …Ce qu’il y a, ce n’est ni plus ni moins que l’essence même du Royaume-Uni, c’est son coeur, c’est son âme. Ce qu’il y a sous cette bâche…c’est l’Angleterre toute entière !…

 

Le marchand, à bout de souffle, suspendit son geste et plongea son regard dans celui d’Orange.

«…Connaissez-vous, mon bon ami, l’œuvre des Préraphaélites ? Oui, bien sûr, quelle question ! Qui n’a entendu parler de Dante Rossetti, de Burnes-Jones, de William Morris ?…De braves garçons, j’en conviens, d’habiles faiseurs, d’honnêtes barbouilleurs, certes ! Et du plus talentueux de cette petite troupe, l’aimable John Everett Millais, hein, qu’en savez-vous ?…Ahhh Millais !…Sa plus fameuse toile vous est évidemment familière !...Qui ne s’est pâmé devant la pâleur de la blanche Ophélia, qui ne s’est extasié devant la rousseur de son opulente chevelure s’enfonçant inexorablement au milieu des nénuphars ?...Eh bien moi, Bartholomew Ruskin, j’ose ici affirmer que cette peinture n’était qu’une modeste et sympathique ébauche ! Yes Sir ! Un simple croquis, un vulgaire travail préparatoire pour ce que vous allez découvrir !...

Car Millais, frappé par la grâce, comment le dire autrement ?…a tout simplement capté l’essence d’une nation en une allégorie divine, allégorie restée secrète à ce jour et dont le message explosera bientôt à la face du monde !...Oui monsieur, apprêtez-vous à baisser les yeux car ce que vous allez voir vous éblouira à jamais. Apprêtez-vous à admirer, baignant dans un bain qui n’est autre que le breuvage sacré de notre fière Albion…

Il découvrit la toile. 

« Apprêtez-vous à adorer votre nouvelle déesse…Camélia !…

 

Ruskin était à présent à genoux devant l’immense toile dévoilée et riait à gorge déployée.

« Camélia !…Sublime et douce Camélia qui flotte, non pas comme un grand lys, mais comme une merveilleuse fleur de jasmin fraîchement coupée. Et cette mare, quelle est-elle mon ami ? Sinon une gigantesque et romantique théière ? Et ce flot mordoré qui ondule sous ce corps alangui, quel est-il ? Sinon celui de notre splendide, enivrant et immémorial thé de cinq heures !

Sentez-vous cet effluve, goûtez-vous cette merveille ? Ah mon ami, quel hymne à la gloire du thé !…

Alors, ça vous coupe le souffle, n’est-ce pas ?…

 

Mais le souffle coupé ne fut pas celui auquel l’antiquaire s’attendait, car ce fut le sien, de souffle, qui s’arrêta net.

 

Quant à Orange Pekoe, aucun mot ne sortit de sa bouche. Il était muet depuis quelque temps, si tant est qu’il fut encore là. Et le seul bruit qui se fit entendre fut le sifflement strident du liquide jaillissant en cascade de la bouche métallique de l’être monstrueux qui étranglait le malheureux marchand.

Liquide fumant et fort parfumé qui aurait pu rappeler à Bartholomew Ruskin une boisson par lui vénérée, si évidemment il avait été encore de ce monde.

Ce qui, hélas, n’était plus le cas…

 

 

Chapitre 23

Un cauchemar…

Toujours le même.

Des volutes de fumeroles roses et pourpres s’enroulent autour de lui. Des enfants, visages hilares, grimpent le long de ses pattes, leurs mains, tatouées de sang, effleurent ses lèvres et fouillent dans sa bouche. Il voudrait leur dire d’arrêter mais de sa gueule béante ne sort qu’un long et déchirant barrissement. Il étouffe. Un orchestre de cadavres en putréfaction gesticule sur son dos et fait claquer des cymbales, leurs notes sont comme des lambeaux de chairs qui s’envolent dans la nuit. Une vague roule dans son ventre et charrie une lave incandescente. De ses orbites, de sa bouche, de sa trompe, jaillissent des torrents de bile multicolore qui expulsent cent démons enturbannés, montés sur des dragons dorés. Des griffes aux ongles écarlates lui lacèrent les flancs et déchirent son ventre. Ces griffes sont les siennes. Le Gange n’a jamais été aussi rouge…

 

Dans le magasin de Bartholomew Ruskin le calme était revenu.

Mais du magasin, il ne restait rien. En morceaux, les meubles et les fauteuils damassés, en lambeaux, les tapis persans, les porcelaines de Chine, les miroirs sans tain, les toiles de maîtres. En miettes elle aussi, la pauvre Camélia flottait, comme le reste, dans un cloaque qui, il fallait bien l’avouer, avait toutes les apparences du thé !

Dans ce silence pesant Orange Pekoe ouvrit un œil. Il souleva péniblement les débris sous lesquels il était enseveli puis, hagard, se releva. Il parcourut l’étendue du désastre. Son cœur se serra, le cadavre gonflé de Bartholomew Ruskin dépassait d’un monceau de décombres.

Une fois de plus, il se retrouvait au cœur de l’horreur, une fois de plus il en était l’unique responsable ! Pourquoi cette malédiction ? Pourquoi l’apocalypse se déclenchait-elle  chaque fois que quelqu’un pouvait lui ouvrir les portes de son passé ? Lipstick possédait à coup sûr une de ces clefs mais n’avait rien voulu lâcher. Ce pauvre Ruskin en avait eu probablement une autre et il l’avait emportée dans sa tombe. Les serrures n’étaient visiblement pas près de s’ouvrir. Ces monstruosités cesseraient-elles un jour ?…

 

Le regard d’Orange Pekoe se perdit dans un recoin de l’entrepôt qui paraissait avoir été épargné. Trébuchant sur des monceaux de verres brisés, il pataugea jusqu’à un bureau recouvert de dossiers et de livres de comptes. Au mur une panoplie de diplômes, d’articles de journaux et des photographies.

L’une de ces photographies attira son attention.

 

C’était un vieux tirage sépia représentant un groupe de quatre militaires.

Bras dessus bras dessous, prenant la pause de façon grotesque, ils étaient l’image même d’une jeunesse insouciante en quête d’aventures exotiques.

Un picotement parcourut l’échine d’Orange Pekoe, il avait reconnu deux des soldats…

Sous leurs casques coloniaux immaculés, Ruskin et Lipstick, plus jeunes de trente ans, souriaient de toutes leurs dents. Leurs noms, écrits à la plume, indiquaient même leurs grades : Caporal Bartholomew Ruskin, Sergent Thomas Patrick Lipstick…A leur droite, sous d’épaisses moustaches soulignant son visage poupin, le Lieutenant Mac Leod brandissait fièrement son fusil Remington.

Un séduisant officier, sanglé dans son bel uniforme écarlate, se tenait à leur gauche. Il maintenait Lipstick par les épaules et regardait résolument l’objectif.

Ses yeux perçants, à travers le temps, semblaient dévisager Orange Pekoe.

Cet officier, c’était le Major Mervyn Grey, Lord of Bergamotte, onzième du nom…

 

Combien d’heures resta-t-il ainsi, tenant la photographie dans ses mains, sans bouger, sans presque respirer ?  Combien de temps resta-t-il à contempler cette image venue du fond des temps ? Que lui importait. Il ferma les yeux. A tâtons il passa le doigt sur les contours de ce visage.

Etait-ce si difficile de prononcer ces simples mots :  mon père ?...

 

En bas de la photographie était inscrit :

« Campagne du Penjab. 1853. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse »

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse ?...

Ses yeux se posèrent sur le bureau. Encore bouleversé par sa découverte il remuait sans réfléchir les documents éparpillés, courriers sans intérêt, prospectus…Le regard dans le vague il tripota une réclame. C’était une invitation pour un spectacle au Covent Garden Theater…Tiens, c’était ce soir ! On y donnait une représentation d’Alice au pays des merveilles d’après Lewis Carroll. Machinalement Orange Pekoe retourna le bristol.

L’invitation était adressée à Ruskin par le directeur du théâtre, l’honorable Sir Allistair Mac Leod…. Mac Leod ! L’homme au fusil ! Le dernier des « quatre cavaliers »…

Il regarda l’horloge murale qui miraculeusement avait échappé au désastre.

Il fourra la photographie dans sa poche et sortit en courant.

 

Avec un peu de chance, il avait juste le temps…

 

 

Chapitre 24

Jenny pour une fois était sacrément en avance.

Se frayant un chemin à travers la foule piaillante qui se bousculait avec insouciance sous les arcades de Covent Garden, elle se hissa sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir Jack. Où était-il encore passé ? Ce n’était pas tous les jours que The Knife lui permettait d’exercer ses talents dans le grand monde.

« J’te trouve un peu pâlotte ces jours-ci, ma belle. S’rait temps que tu frottes un peu tes fesses aux fracs et aux gibus, ça t’changera les idées !

La mélancolie, c’est pas bon pour les affaires ! 

Morose, pour sûr qu’elle l’était, et Jack savait pourquoi! Mais c‘était une façon de joindre l’utile à l’agréable et une soirée au théâtre, même si c’était dans le parterre à trémousser son postérieur contre celui d’un bourgeois, ça valait toujours mieux que de faire les cent pas, comme les copines qui en ce moment devaient grelotter au coin de Christ Church.

 

Sortant vivement d’entre les hautes colonnes de la Piazza, elle piqua à la volée un oeillet blanc à une marchande de fleurs et l’agita gaiement sous le nez d’un cireur de bottes qui lui renvoya son clin d’œil, puis elle se hâta en longeant Saint-Paul’s Church, l’église des acteurs.

Elle bouscula au passage un quidam qui, hypnotisé par son sourire enjôleur, ne s’aperçut pas que sa montre gousset venait de changer de propriétaire.

Jolie frimousse, se dit Laphroïg, si je n’étais pas en retard je lui aurais bien fait un brin de causette…mais, Good Lord ! Où est passée ma tocante ?...

 

La scène n’avait pas échappé à un autre badaud qui lui aussi se dirigeait mollement vers le théâtre. Riant sous cape, Shamrock Mops, de service ce soir à Covent Garden pour cause de royale présence, se dit que voler son temps à cet imbécile de journaliste n’était pas un péché bien capital. Il regardait la pick-pocket aux cheveux rouges disparaître dans la cohue lorsque le sergent O’Henry essoufflé l’attrapa par le bras :

«  Commissaire, on vous cherche partout…un autre meurtre…le quatrième….

«  Comment un autre meurtre ? Mais c’est impossible…Lipstick est au dépôt !

«  Je vous assure Superintendant…à Burlington Arcade…c’est horrible il paraît que…

Mais Mops avait déjà tourné les talons…

 

La foule se pressait dans le grand hall du Covent Garden Theater.

Aristocrates et tire-laines, filous et apprenties comédiennes, ladies et blanchisseuses,  lords et gredins, tous agitaient leur programme, s’envoyaient des jurons, des compliments, des œillades. On s’interpellait, on s’esclaffait.

L’accent raffiné de Mayfair se heurtait au cockney le plus rugueux dans un brouhaha de « smart » et de « slang » et sous les ors rutilants de la salle qui bourdonnait de mille rires, c’était à peine si on entendait les violons s’accorder.

 

Pas étonnant que dans ce tumulte jubilatoire nul n’ait remarqué une silhouette presque transparente se faufiler entre les colonnades et les rideaux.

Orange Pekoe, après avoir erré dans le quartier des théâtres, avait enfin trouvé la bonne entrée. Il pénétra sans difficultés dans un corridor obscur et, à l’aveuglette, s’y enfonça avec d’infinies précautions. Il se cogna contre un vaisseau fantôme, se heurta à un chevalier sans tête, faillit écraser la queue d’un dragon, un renard empaillé lui chatouilla les mollets…

Coincé entre les seconds et les troisièmes décors, il s’immobilisa enfin, au plus profond d’une forêt de carton-pâte. Entre les loges des comédiens qu’il entendait courir en tous sens et les premiers rangs de l’orchestre, Orange Pekoe n’osait plus bouger.

Le public sifflait, tapait des pieds. Tout près de lui il sentit à travers la toile quelqu’un frapper violemment les trois coups.

« Ahhhhhhhh…fit la foule.

 

Un énorme lièvre le bouscula et  se précipita sur scène…

 

 

Chapitre 25

Dix-huit heures sonnaient à l’horloge du vestibule de mon cabinet du 83 Harley Street Mansion lorsque moi, Frederick Severt, médecin royal ordinaire exerçant au London Royal Hospital, j’enfilai ma cape, mon haut-de-forme et mes gants de serge gris.

Fin prêt pour me rendre à la première d’« Alice », opérette assez banale mais qui, d’après les gazettes, offrait l’intérêt d’intermèdes dansés par les plus jolies gambettes de Londres, je sortis de chez moi et m’engouffrai dans le cab qui m’attendait dehors.

 

« Dix-huit heures, vous le noterez my dear french friend, c’est l’heure précise à laquelle j’apparus enfin, en chair, en os et en smoking, dans cette tragique histoire…

Et ben c’est pas trop tôt Doc’ ! Manquait vraiment plus qu’vous…

Taisez-vous Molly!

Grhhhhhhh…

Couché le tigre !…

Arrivé juste à temps dans ma loge du second balcon, j’avais presque raté l’ouverture. Je dois avouer que depuis quelques instants je n’avais d’yeux que pour cette ravissante rousse qui, juste en dessous de moi, s’appliquait moins à regarder la scène qu’à se tortiller sous le nez d’un gros bonhomme en perruque poudrée dont le porte-monnaie venait subitement de se vider.

Trouvant que l’observation de mes contemporains dans une salle comme celle-ci offrait plus d’intérêt que le spectacle lui-même, je n’étais pas déçu.

Que d’habileté dans les gestes de cette jolie monte-en-l’air !

 

Délaissant un moment l’orchestre, je parcourais d’un œil amusé le reste de la salle. A quelques mètres de la flibustière en dentelle je découvris, sous une luisante casquette, le regard noir de celui qui ne pouvait être que son « protecteur ». Il s’était lui-même habilement installé parmi les gros commerçants qui riaient à gorge déployée devant les galipettes du Lièvre de Mars. A quelques coups d’épaules de là, les travées attribuées aux « Inns » étaient elles aussi en pleine effervescence. Avocats, avoués, juges et attorneys y continuaient leurs tractations comme s’ils étaient toujours à Old Bailey.

Fleet Street était là aussi, une armée de critiques grattait du papier en cadence sans même jeter un coup d’œil sur la pièce.  Sur la droite du parterre, gesticulant comme à leur habitude, les artistes du tout Londres s’apostrophaient sans égards pour les comédiens. J’y reconnus le fantasque monsieur Doyle, spécialiste du spiritisme, en grande discussion avec le peintre Sickert dont on disait que le rouge écarlate utilisé pour ses toiles avait une provenance des plus macabres !

Mais que serait Londres sans les rumeurs ?…

 

Plus haut dans une loge, l’honorable Allistair Mac Leod, heureux propriétaire du théâtre, battait des mains à tout rompre. Il avait toutes les raisons d’être fier, la salle était comble et nous étions, paraît-il, honorés d’une royale présence …

Mais au fait, où se cachait-elle notre chère Victoria ? Sûrement dans cette loge où l’on ne voyait dépasser de l’ombre que le museau d’un petit chien. La Reine devait dormir, est-ce que quelqu’un pouvait dire aux comédiens de faire un peu moins de bruit ?

Je reportai en souriant mon attention sur la scène où s’agitaient sans conviction un dodo, des crapauds, un chat, et une Alice un peu trop grasse.

Tout cela était léger, sans grand intérêt, et pour tout dire, d’un goût assez douteux. Vivement l’intermède, dis-je à mon voisin.

J’aurais mieux fait de me taire…

 

Un thé à Whitechapel

Chapitre 26

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Immobile dans sa forêt de carton, Orange Pekoe suait à grosses gouttes.

Quelle poisse de n’avoir pu trouver  le bureau de ce Mac Leod ! Coincé au beau milieu des décors…quelle stupidité de sa part ! Entre deux trouées de feuillages en papier, il ne pouvait distinguer qu’un bout de la scène. Difficile d’avoir les idées claires quand vous passaient sous le nez un lapin hurlant et des têtards qui gloussaient à tue-tête ! Et si sa vie n’était que cela ? Une énorme farce dans laquelle il avançait et reculait tel un pantin désarticulé. On s’agitait de plus belle autour de lui. Changements de tableau. Musique assourdissante. Fou-rires. Il avait de plus en plus de mal à respirer. On dressait une table sur scène. Un petit bonhomme avec un immense chapeau passa en trombe devant lui.

« Le chapelier fou, le chapelier fou ! » hurlait la foule…

 

Dans les mains minuscules du chapelier, une énorme bouilloire. Dans son sillage, comme un fumet qui se mit à planer entre la scène et les décors et à s’insinuer dans les narines d’Orange Pekoe. Les comédiens sautillaient dans une sarabande sans queue ni tête. On installa des soucoupes et des tasses sur la table.

Orange Pekoe étouffait, il tira la tête pour chercher un peu d’air et crut, dans la salle, reconnaître Jenny. Que faisait-elle là ? Il voulut l’appeler au secours mais aucun son ne sortit de sa gorge. Le Lièvre de Mars braillait à tue-tête. Le petit bonhomme sous son grand chapeau sourit méchamment et brandit une tasse.

Des yeux du lapin jaillirent des éclairs. Alice se tourna vers lui et lui fit un clin d’œil. Dans chacune de ses six mains, six théières se balançaient…

 

Quelle absurde mise en scène, me disais-je depuis un moment. Le théâtre moderne ressemble décidément de plus en plus à un ring de boxe! Très peu pour moi ! 

Comme la plupart des spectateurs, je n’avais pas compris que le spectacle venait de basculer dans l’horreur. Sur la gauche, côté jardin, tout un pan du décor s’était effondré, interrompant brusquement le numéro du chapelier fou.

Et  fou, je me demandai si je n’étais pas en train de le devenir…

 

Un individu venait de faire irruption sur scène ! Sous les rires hystériques des premiers rangs, il se débattait dans des restes de buissons et d’arbres accrochés à ses bras. Le Lièvre de Mars continuait stupidement de verser du thé dans la tasse

d’Alice, alors que celle-ci, au bord de la crise de nerfs, venait de la retirer. L’intrus bouscula le lièvre et, rugissant comme un lion, saisit Alice par le cou avant que quiconque n’ait pu réagir.

Blanc comme un linge, m’agrippant à la rambarde, je contemplai, pétrifié, l’abomination qui se déroulait sur les planches…

 

Un brouillard avait pris possession du visage de l’intrus. Ce brouillard se changea en bourrasque, la bourrasque se fit tourbillon, le tourbillon devint ouragan.

La tête de l’homme explosa !...

L’homme, mais était-ce encore un homme, tomba à genoux, laissant à ses pieds le corps inanimé d’Alice. Le chapelier, pris d’un élan d’héroïsme insoupçonné voulut s’interposer, mal lui en prit. Projeté dans les airs comme un fétu de paille, il atterrit sur les genoux du Lord de l’Amirauté. Le monstre se releva, reprenant Alice dans ses bras. Un sifflement lugubre sortait de sa gorge.

Il hocha la tête.

Du moins ce qui avait été une tête, car ce soir-là, sur la scène de Covent Garden, ce que virent des spectateurs horrifiés, ce n’était plus une tête humaine…

C’était une théière !

Une théière qui, alors que le lourd rideau rouge retombait avec fracas, déversait des cataractes bouillonnantes dans la bouche de la malheureuse Alice !

 

Ce qui se passa ensuite fut relaté le lendemain dans les colonnes du « Daily Stinker » où sous le titre : « Alice au pays des horreurs », rien ne fut épargné aux lecteurs : ni les scènes de démence auxquelles se livra une foule hystérique se ruant vers la sortie, ni l’évanouissement de la Reine réveillée subitement par les cris de son chien, ni le chapelier devenu vraiment fou et qu’il fallut interner à Bedlam dans la nuit, ni la fin dramatique d’Allistair Mac Leod foudroyé net par une crise cardiaque et qui, tel un capitaine malheureux, sombra avec son théâtre, ni la mort tragique de la jeune comédienne jouant Alice, ni bien sûr, ni surtout, ce qui avait occasionné cette émeute phénoménale, à savoir l’apparition irréelle d’un homme…

                    Tenez vous bien, lecteur chéri …

                                                                 d’un homme à tête de théière !

 

 

Chapitre 27

Laphroig, bien qu’aux premières loges et pris dans son délire journalistique, n’avait pourtant pas tout vu ce soir-là…

Il n’avait  pas vu Jenny O’Maley mettre ses poings sur la bouche pour ne pas hurler car elle venait de reconnaître son petit Lord avant qu’il ne se transformât en monstre ! Il n’avait pas vu Jack the Knife qui, passant des yeux horrifiés de Jenny à l’abominable apparition, se précipitait à contre-sens de la foule vers la scène.

Et il ne m’avait pas vu, moi, Fredrick Severt, qui du haut de mon perchoir n’avais pas perdu une miette de ce drame, moi qui allais être bientôt confronté au cas le plus étrange de ma carrière, moi dont l’esprit scientifique et matérialiste venait d’être chamboulé à jamais et dont le cœur allait saigner jusqu’à la fin des temps.

                                                                       

Le cerveau d’un scélérat a ceci de commun avec celui d’un homme de science, c’est qu’il fonctionne au quart de tour.

Lorsque Jack the Knife assista, médusé, au spectacle hallucinant de la transformation d’Orange Pekoe, il sut d’emblée ce qui lui restait à faire. Il ne perdit pas une seconde à se demander si c’était un tour de passe–passe ou de la magie noire. Pour les explications, on verrait plus tard, et puis avec le Diable, on pouvait toujours s’arranger. Pour le business en revanche, il  n’avait de leçons à recevoir de personne. Sur ce terrain, le boss, c’était lui !

Théière, depuis ce soir, rimait avec lingots d’or…

 

Il fallait faire vite. Enjambant un Pair du royaume qui cherchait sa perruque à quatre pattes dans une forêt de jambes, il grimpa lestement sur scène, bouscula un lapin plus mort que vif, souleva le rideau et se précipita dans les coulisses.

Dans une cohue indescriptible il se faufila entre des comédiens et des machinistes terrifiés. Personne ne fit attention à lui. Des traces humides sur le sol attirèrent son attention et tel un chien limier il se mit à les suivre. Au passage il ramassa un gros sac de jute rempli de costumes, le vida rapidement et le glissa sous son bras…

 

Le cerveau d’une amoureuse n’a rien de commun avec celui d’un scélérat mais son cœur fonctionne encore plus vite. Celui de Jenny tournait à plein régime. Que son Lord soit un ange ou un démon, peu lui importait, tout  ce qu’elle savait c’est qu’il avait besoin d’elle. Lorsqu’elle vit Jack filer vers les coulisses, elle se lança à ses trousses. Le flot de ces imbéciles la freinait terriblement. Elle joua des poings, elle cogna, elle griffa…

« Mais c’est qu’elle m’a mordu ! gémit Laphroig en la regardant pénétrer à contre courant de la mêlée. Il avait déjà vu cette rouquine quelque part, mais où ?….

 

Le cerveau d’Orange Pekoe ne fonctionnait plus du tout. Que faisait-il empêtré dans ces cordes et ces poulies ? Chaque geste pour tenter de se dépêtrer de cet amas de liens où il s’était entortillé tout seul dans sa fuite inconsciente derrière les décors ne faisait que resserrer un peu plus son carcan. Impuissant, épuisé, il se mit à délirer.

« Suis-je encore un homme, ou ne suis-je qu’une marionnette ?  A moins que je ne sois qu’un vulgaire moucheron pris dans une gigantesque toile d’araignée ? Si je bouge encore, peut être qu’une énorme bête velue viendra me gober ? Quelle douce libération ce serait !...Viens monstre noir et goulu m’engloutir dans ta bouche hurlante !...Viens mettre fin à mon supplice!… Ah te voilà enfin …bonsoir ma chérie !…tes pattes ne sont pas si poilues ! Un baiser…un baiser pour ma délivrance.… »

 

Quel maboul ! se dit Jack en l’assommant.

D’un coup de canif, il trancha les liens du malheureux qui s’écroula comme une chiffe molle dans le  grand sac de jute. Cuit à point le p’tit gars ! Enfournons le avant qu’y s’réveille !

« Tiens, t’es là Jenny ? On peut dire qu’tu tombes à pic! Tu vas m’aider à porter ce colis fumant…

Jenny était horrifiée.

« Mais qu’est-ce que tu fais ? Il faut le secourir et  pas le… 

« Silence bécasse! On file au Ten Bells et fissa, j’t’expliquerai mon plan en chemin...pour l’instant, si tu veux sauver la vie de ta théière ambulante, obéis et boucle-la, ça nous f’ra des vacances !… »

 

 

Chapitre 28

Les cent démons étaient revenus.

Ils dansaient sur son dos, plantaient leurs lances dans son échine. Ses cris les faisaient rire de plus belle. Les enfants aux yeux noirs couraient autour de lui et jetaient des fleurs vénéneuses sur son passage. Lorsque ces fleurs atteignaient sa peau, elles s’y collaient comme des ventouses et y pénétraient en laissant des cratères purulents. Les tambours étaient assourdissants. Un démon bondit sur sa trompe, brandissant une carabine. Son uniforme écarlate étincelait dans le soleil couchant. Il le mit en joue et visa entre les deux yeux. Il souriait. Ses dents étaient aiguisées comme celles d’un requin. Le démon avait le visage de son père…

Orange Pekoe se réveilla.

 

Où était-il ? Etait-ce le jour, était-ce la nuit ?

Il avait froid. Et faim. Si l’araignée ne l’avait pas dévoré c’est qu’il n’était pas encore mort. Des cordes le maintenaient solidement entravé au sol, sur sa tête un sac puant lui rentrait dans la bouche et dans les narines.

Clapotis de rats dans l’eau nauséabonde. Couinements. Silence. Plus tard, d’autres sons. Le raclement d’une chaise sur le plancher, au-dessus de lui. Des bouteilles qu’on entrechoque. Des éclats de voix. Des rires, des sanglots. Une porte qui s’ouvre. Le tintement d’une tasse. La terreur qui monte. Un liquide qu’on verse. Des rires à nouveau. La nausée, encore. Le cauchemar, encore…

 

Trois jours que durait cette torture.

Effondrée sur le comptoir et passablement ivre, Jenny n’avait pas la force de refuser les verres que lui remplissait Jack The Knife.

« Bois ma belle, et sois contente que ta p’tite caboche n’se transforme pas en flacon de whisky à chaque gorgée ! Comme ton p’tit Lord, là-d’sous…le coup du thé, tout de même, quel sacré numéro ! Il est fortiche l’animal, faut r’connaître ! Quelle descente ! J’ai pas encore bien compris son arnaque, mais j’y travaille…allez bois un coup…y’a rien de tel pour noyer son chagrin….me dis pas que t’es tombée amoureuse d’une théière tout de même ?...Une grande fille comme toi !...

«  Salaud, murmura  la malheureuse en glissant de son tabouret, t’es vraiment ignoble ! T’as aucune pitié !…Tu…

Jack ricana sauvagement et frappa du poing sur le zinc.

« Bloody hell !...J’te connais Jenny ! T’es comme tout l’monde, tu changeras d’musique quand t’auras vu les liasses qu’on va empocher quand on aura fourgué c’phénomène à Cristobal Li ! T’inquiète pas ma vieille, t’en croqueras aussi du pactole au père Li…

« Cristobal Li ? Non Jack ! Tu n’as pas le droit ! Tu ne peux pas faire ça ?…

« Ben j’vais m’gêner la rouquine !…Tu crois quand même pas que j’vais le nourrir indéfiniment au frais d’la princesse ? Va falloir qu’y gagne sa croûte l’aristo ! Mais faut pas s’tracasser ma belle, y s’ra aux petits oignons, ton Lord, dans le cirque de Mister Li, entre la femme-spaghetti et l’homme-tronc !...

Il éclata de rire…

« Eh !…Ça va être la grande classe pour lui ! La plus grande foire de monstres de tout l’East-End ! 

On frappa à la porte.

« Tiens ! Quand on parle del lupo !...Entrez Signore, entrez !…

 

 

Chapitre 29

Orange Pekoe cligna des yeux.

On venait de lui retirer sa cagoule et la lanterne qui se balançait à dix centimètres de son visage l’aveuglait cruellement.

« C’est ça ta merveille, Jaccomo ?…

Peu à peu il commençait à distinguer les contours de la bouche qui baragouinait, postillonnait et lui envoyait des relents d’ail et de mauvais vin en plein visage.

«  Oun picolo de rien du tout ? Ma qué ?...tu te moques de moi, maestro Jack !... Tu te moques de moi !...

Une main outrageusement baguée lui saisit la mâchoire et lui ouvrit la bouche sans ménagement. Deux doigts puant la graisse se mirent à fourailler dedans comme dans la bouche d’un cheval.

« Il a la bocca d’une comtesse! Per la Madonna ! E véro ! Très jolie bocca ! Ma…Jaccomo ? C’est quand même pas pour me fourguer oun dentier qué tou m’as fait venir jusqu’à ton boui-boui, no ? Où elle est la sorpresa ?...

 

Le vilain bonhomme qui se tenait devant Orange Pekoe, les mains sur les hanches dans une pose ridicule, avait la tête d’un chanteur de bel canto, le ventre d’un brigand des Abruzzes et les jambes d’un dompteur de tigres.

Et pour cause, c’en était un de dompteur. Brigand aussi du reste…

Rond comme une barrique de chianti, la barbe et la moustache en bataille, les yeux roulant dans les orbites comme des toupies, il  cinglait ses bottes de cuir de petits coups de cravache rageurs.

« Alors Jack ?…Tu m’as fait venir pour quoi, ezzactamenté ? C’est oune farce, oun scherzo, no ?…

The Knife laissa passer l’orage. Faire mariner l’acheteur, c’était la première règle en affaires. La deuxième était de l’appâter.

Il se tourna et saisit un plateau garni d’un service à thé.

« Ma Jaccomo !…Tu m’insoultes ? A Napoli, on boit de la grappa ! Pas cette ignobile acqua calda ! C’est bon pour les inglese ça !…

«  Mille excuses Don Cristobal…n’ayez crainte, nous trinquerons tout à l’heure avec des liqueurs plus pétillantes ! Non…Ça, ce n’est pas pour vous, Good Lord, ça…c’est pour lui…regardez plutôt…

 

« Pitié…gémissait Orange Pekoe, pitié …

Mais pitié était un mot qui avait depuis longtemps disparu du vocabulaire des deux compères.

Et Jack, avec une infinie lenteur, se mit à verser le thé sur les pieds et les jambes d’Orange Pekoe. Au milieu des hurlements, l’horrible transformation commença. Cristobal Li, le diretorre du très fameux Freak’s Show Theater de Stepney, recula au fond de la cave. Un sourire carnassier illuminait sa trogne.

En connaisseur, il contemplait le spectacle et hocha la tête.

 

« Mamma Mià, Jaccomo…murmura–t-il en se lissant les moustaches, Mamma Mia…c’est une véritable merveille, esso…

« Exact, mon cher Cristobal…exact…qu’est-ce que vous croyez ? Chez Jack the Knife, on soigne toujours les clients…et vous savez quoi, Signor Li ?...

Il se pencha à l’oreille du dompteur et murmura :

« …Pour une somme très, mais alors très très modique, cette véritable merveille…elle est à vous…

 

Ferrer l’acheteur, pensa Jack, c’était la troisième règle en affaires.

Cristobal Li était ferré.

Orange Pekoe, lui,  était reparti en enfer…

 

 

Chapitre 30

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Shamrock Mops faisait les cent pas.

Il avait sa mine habituelle, celle des très mauvais jours. Quant au sergent O’Henry, l’ongle qu’il venait de finir de ronger était le dernier. Après il devrait s’attaquer aux phalanges.

La brigade avait été réunie au complet et se demandait à quelle sauce à la menthe elle allait être dévorée. Mops triturait avec rage le journal du matin, le briefing promettait d’être orageux.

Tous les yeux étaient braqués sur la carte de Londres sur laquelle cinq petits drapeaux rouges matérialisaient l’emplacement des crimes. Le professeur Olson était là aussi, goguenard comme à son habitude, attendant que ce pauvre Mops veuille bien s’arrêter de tourner comme un ours en cage.

L’image était juste, se dit Olson. Du miel le calmerait peut-être...

 

Les cris de l’ours Mops firent trembler les murs de l’Aquarium.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Un homme à tête de théière ! Qui va gober ces foutaises ? Ah il est fort l’animal ! Réussir à hypnotiser toute une salle à distance, alors là, chapeau ! Comment il fait ? Je voudrais bien le savoir… Encore un truc de derviche tourneur ! Une combine qu’il a dû apprendre aux Indes, chez les fakirs ! Un coup j’te vois, un coup, j’te vois pas ! Ce Lipstick est un sacré prestidigitateur, moi je vous le dis…

«  Vous persistez à croire que c’est lui, Mops ? Avec huit cents personnes prêtes à témoigner que…

«  Huit cents pigeons vous voulez dire, Olson ! Puisque je vous dis que c’est une hallucination collective…du grand art je vous l’accorde, mais le thé, hein le thé, c’est signé Lipstick, aucun doute là-dessus !…

Mops déchira le « Daily Stinker » en petits morceaux et l’éparpilla sur les épaules de ses hommes, toujours au garde-à-vous devant lui. Il explosa.

« Quand je pense que ces imbéciles du ministère m’ont envoyé son ordre d’élargissement ce matin !…Ah les idiots…Ah les bureaucrates !…Vous vous rendez compte ! Son élargissement !…Voilà comment on gâche une enquête !…Pas assez de preuves, qu’ils disent ! Ça ne peut pas être lui, qu’ils disent ! Ah les crétins…

« Allons Mops, vous savez bien qu’ils ont raison ! On ne peut pas garder Lipstick au trou après ces deux meurtres. Le don d’ubiquité n’ayant pas encore été prouvé comme moyen de transport chez les meurtriers anglais de ces derniers siècles, il ne me paraît pas présomptueux de dire que votre suspect, Mops, n’en est plus un !…

« Vous êtes trop rationnel Olson. Un peu d’imagination que diable ! Peut-être que ce salopard de Lipstick a un complice ? Ou qu’il lui a fait passer des messages du fond de sa cellule ? Par signaux, par télépathie, que sais-je ? De toutes façons, Lipstick est dans le coup, je n’en démordrai pas !… Ils ne vont pas m’apprendre mon métier ! Je connais la musique…

«  L’orgue de Barbarie, vous voulez dire ?

 « Barbarie ou pas, je l’aurai, Olson !…Ce Lipstick n’est pas clair croyez-moi. Au fait, je vous remercie d’avoir au moins fait accepter en haut lieu l’idée de son internement au Royal London Hospital…

«  Internement temporaire, Mops, temporaire…mais dans l’état actuel des choses je crois que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Mon éminent confrère, le docteur Severt est l’un des meilleurs spécialistes en ce domaine et votre…suspect, y sera bien traité. Severt a parfois des théories novatrices, mais je l’estime parfaitement qualifié pour soigner les troubles de Lipstick. Peut-être pourra-t-il extirper de sa pauvre conscience quelques éléments qui vous apporteront du grain à moudre.

« Je n’ai besoin d’aucune graine, Olson, qu’est-ce que vous racontez ! J’ai besoin de preuves ! Je veux des preuves ! Que Severt fasse  parler mon épicier, c’est tout ce que je lui demande !

O’Henry ! Quand vous aurez fini de vous curer le nez et d’envoyer des boulettes sur le palais de Buckingham, vous filerez à Stepney et vous collerez aux basques de ce médecin comme si votre vie en dépendait ! Et ne le lâchez pas sinon vous aurez affaire à moi !...

Quant aux autres, je veux qu’on surveille toutes les importations de thé en provenance de Chine ou des Indes ! Je veux qu’il y ait un policeman derrière chaque tasse qui se boit à Marylebone ! Je veux qu’on file tous les marchands de théières de Soho ! Je veux un rapport complet sur les fabricants de petites cuillères ! Qu’est-ce que vous foutez encore là ?…Exécution !....

Elargissement ! J’t’en ficherais des élargissements… »

 

Un violent coup de poing sur la carte murale suivi d’un cri de douleur ponctua la fin de son discours.

La main bandée de Mops venait de s’enrichir de cinq drapeaux rouges.

Les grizzlis…soupira Olson, les grizzlis sont parfois bien stupides…

 

Ce mois-ci le film documentaire est à l’honneur, découvrez la sélection "Les Yeux doc"…

malleeauThème souvent abordé à l'école, cette malle sera appréciée pour faire découvrir le cycle de l'eau et bien plus.

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Le plaisir de lire !

 

Le prix « Hautes-Pyrénées, tout en auteurs » favorise, depuis sa création en 2008 par la MD65, la lecture plaisir chez les adolescents et contribue au partenariat ainsi qu’à la valorisation des acteurs du livre sur le plan départemental.

 

Une sélection de 10 romans est proposée chaque année aux jeunes de 11 à 15 ans. A l'issu de leurs lectures, ils peuvent  voter pour leur coup de coeur et laisser libre cours à leur créativité en joignant texte, poésie, illustration, photo, maquette et autre... 

Lire un roman c'est déjà approcher son auteur. Mais le rencontrer vraiment, l'écouter, discuter avec lui... c'est également ce que propose la MD65 qui invite les auteurs sélectionnés à venir rencontrer leurs lecteurs dans les collèges, bibliothèques et librairies du département.

 

Couaillet, Richard. J’embrasse pas. Actes Sud, 2018.

Thèmes : amour – relation frère/sœur – escrime – humour

Résumé :

Sarah a un problème avec les bisous et frottages de joues de toutes sortes... Elle trouve même ça parfaitement “gueulasch”, comme dit son petit frère Lancelot. Seulement voilà, Harry est arrivé au collège. Harry, c'est le beau gosse américain qui a fait immédiatement craquer toutes les demoiselles, y compris Sarah, qui n’est pas sans se rendre compte qu’elle ne part pas gagnante, elle qui n’embrasse pas... Pourtant, ça ne l'empêche pas de tenter sa chance. Avec l’aide de son grand frère, elle décide d’apprendre le même sport qu'Harry, l'escrime, pour se rapprocher de lui, au moins par la pointe de l'épée...

Une rafraîchissante histoire d’amour, de sport, de dépassement de soi, de frères et sœur, de volonté, d’opiniâtreté même. Beaucoup d’humour (et des références littéraires ou cinématographiques à foison) pour une adolescente qui va se donner les moyens de ne pas être comme les autres.

Biographie :

Né dans le Nord en 1969, Richard Couaillet est professeur de français (il aimerait tant pouvoir dire : professeur de physique-chimie...) mais a toujours été passionné par l’écriture. En 2007, il publie son premier roman ado chez Actes Sud Junior : Angélique boxe, qui est un succès. Depuis il trace son chemin en écriture, en explorant autant qu’il le peut les voix, les styles et les genres.

Pour emprunter le livre

malleZenOKComme une invitation au bien-être, au soin du corps et de l’esprit, au bonheur simple et à la paresse, vous trouverez dans la sélection d’ouvrages de cette malle de quoi rester zen en toutes circonstances.

Minville, Benoît. Les belles vies. Editions Sarbacane : 2016prix ado 2740 6

 

Thèmes : adolescence

 

Résumé :   

Turbulents, pas vraiment délinquants, ils font les 400 coups ensemble. Vasco est en CFA BTP, Djib en première S. Leur dernière bagarre est
pourtant celle de trop et ils finissent au poste de police... Afin de leur mettre du plomb dans le crâne, leurs parents décident d’envoyer les
deux ados au vert chez un couple qui s’occupe d’enfants de la DDASS et qui accepte de les recevoir en échange de leur aide à la réparation d’une grange. C’est dans cette campagne éloignée de tout, si différente de leur milieu urbain, qu’ils vont se confronter à une autre vision de la vie : la communauté et le partage des tâches, la confection du pain tous les matins, l’élevage des poules... La cohabitation sur place n’est pas simple. Vasco et Djib se cherchent, se testent, et se heurtent ... pour un été de tous les possibles.

Benoît Minville a une plume alerte et drôle, au service de ses héros dont les personnalités sont fouillées, vraies et dont on sait dès le début qu’ils vont nous manquer dès le livre refermé. Les belles vies c’est un roman très fort en émotions : premières amours intenses, amitiés en devenir, violence contenue, douce quiétude ... Dont on ressort adouci et ensoleillé. La vie est belle !

 

Biographie de l'auteur : 

Benoît Minville est né en 1978 à Paris et vit à Sartrouville (Yvelines). Il doit à sa mère libraire de lui avoir inoculé le doux virus : il est entré en librairie pour un été et y est toujours. En 2013, il publie son premier roman Jeunesse, Je suis sa fille aux Éditions Sarbacane. Après deux autres romans Jeunesse, la Série noire lui ouvre les portes du roman noir adultes. Son amour de la culture est sans limite et « encré » jusqu’au bout des bras.

 

Pour emprunter le livre

 

 

 

 

FEMMES DU SAHELRéalisation : Sépia ed.; 2007

Descriptif : 15 panneaux; 50 x 70 cm.; panneau perforé avec oeillets.

 

Exposition photographique présentant le travail de Marie-José Tubiana, ethnologue qui a fixé sur la pellicule des visages et des gestes de femmes.

Ka, Olivier. Loukoum mayonnaise. Le Rouergue, 2018. Doado.

Thèmes : famille – double identité – racisme

Résumé :

Victor est le fils d’une mère belge dont il est sans nouvelles depuis longtemps et d’un père égyptien. En attendant de pouvoir emmener Victor à Alexandrie où il vient de trouver un travail, son père l’a confié à ses grands-parents maternels. Plutôt conservateurs, ces derniers mènent une petite vie tranquille avec leur chien Monsieur. Les grands-parents égyptiens viennent régulièrement rendre visite à leur petit-fils. Très rapidement les choses dégénèrent entre les grands-mères dont les cultures différentes ont bien du mal à cohabiter...

Olivier Ka s’est inspiré de sa propre histoire pour livrer ce roman extrêmement vif, raconté par un Victor balloté, manipulé et de plus en plus confus face à ce conflit qu’il peine à comprendre ! Il décortique, entre grotesque et émotion, la montée en puissance de la haine, provoquée par les différences culturelles, la jalousie et le racisme ordinaire tout en amenant une réflexion sur la prise en otage affective d’un enfant.

Biographie :

Olivier Ka est né en 1967 au Liban d’un père égyptien et d’une mère belge. Après avoir été animateur radio, photograveur, crêpier, claviste ou encore journaliste, il décide en 2000, de suivre les traces de son illustre mère, Gudule, et d'écrire lui aussi des livres pour enfants. Il se lance également dans les scénarios de bande dessinée et les romans adultes et se produit sur scène où il conte ses histoires.

Pour emprunter le livre

mallePiratesOKLes pirates fascinent les plus petits comme les plus grands. Hissez pour un temps le pavillon noir et replongez dans leur univers.

A l'abordage, moussaillons ! Pas de quartier !

Un thé à Whitechapel

Chapitre 11

Ah si Mops avait été une mouette…

Etre un oiseau, survoler cette cohue, respirer l’air du large…

Si à défaut d’une mouette il avait été, ce qui au regard de la confusion de ses sentiments actuels aurait été plus juste, un de ces grands corbeaux noirs nichant dans les recoins de la Tour de Londres toute proche, il aurait pu prendre de l’altitude et englober, d’un seul coup d’œil, le périmètre de la pièce dont les premiers actes venaient de commencer. Unité de temps, unité de lieu, parfait pour une tragédie. Et ainsi, il aurait pu, peut-être, en descendant en cercles concentriques, distinguer, à quelque distance du décor principal, quatre petites billes vertes briller et virevolter à travers les vapeurs s’élevant des eaux boueuses de la Tamise.

Quatre billes vertes maintenant immobiles.

Sur les marches poisseuses plongeant sous Alderman’s Stairs deux chats miteux, leurs griffes plantées dans la moitié d’un rat crevé, fixaient un remous à la surface du fleuve. Une main sortit de l’eau. Un bras, une épaule, puis un corps ruisselant émergèrent lentement.

L’homme à la redingote s’écroula à mi-hauteur des escaliers.

Reprenant à peine son souffle, il se hissa, masse dégueulante de vase, jusqu’au parapet du pont, l’enjamba puis se fondit dans la brume.

Les chats n’avaient pas bougé. Ils attendirent quelques minutes puis, jugeant qu’ils n’avaient plus à s’inquiéter, leurs pupilles s’étrécirent et clignèrent l’une après l’autre. Les griffes s’enfoncèrent plus profondément dans les entrailles du rat. Les quatre billes vertes avaient un festin à finir.

Dans le cab tressautant sur les pavés qui le ramenait au commissariat central Shamrock Mops se sentait plus lourd qu’il ne l’avait jamais été.

Loin de l’élever dans les airs, la noirceur de ses pensées le maintenait hélas bien au ras du bitume. Car il n’était ni une mouette, ni un corbeau.

Et de tout ça il ne sut rien. Ni du rat. Ni des chats. Ni du reste.

Du moins pas encore…

La journée commença comme la précédente.

Froide, morne et poisseuse. Un vrai temps à ne pas mettre un super-intendant dehors! Quel cataclysme allait lui tomber dessus aujourd’hui ? Allait-on apprendre un nouveau massacre  Big Ben s’était-elle effondrée dans la nuit? Avait-on kidnappé les bichons de la Reine? Une loi scélérate avait-elle été promulguée interdisant la bière dans les pubs ?…

Au commissariat rien ne semblait différent de la veille. Même effervescence autour du guichet d’en bas. Même respect chargé d’admiration dans le regard d’ O’Henry. Même tas de lettres sur son bureau.

Quelques policeman travaillaient déjà avec fièvre et application sur les affaires “Kellogs et Tchang ”, plantant consciencieusement des drapeaux sur une carte épinglée au mur. Quant au tiroir de son bureau, il attendait sagement qu’on veuille bien l’ouvrir. Tout semblait donc en ordre. Aucune raison de se mettre la rate au court bouillon. Mops respira…

Lorsque la tempête explosa !

Une double tempête en vérité arrivant simultanément des deux côtés du commissariat et dont la violence le fit choir de son fauteuil.

Côté cour, Sir Henry Matthews, le Home Secretary en personne, dont les traits habituellement si aristocratiques étaient déformés par une fureur digne d’Hadès, le dieu des Enfers.

“Où est-il ? Où est-il cet incapable de Mops ? S’égosillait-il.

“Monsieur le mi…Monsieur le ministre…bredouillait l’incapable, les yeux à la hauteur du gilet ministériel.

S’il avait pu disparaître sous le tapis, il l’aurait fait mais hélas, de tapis dans son bureau, il n’y en avait jamais eu…

 

Chapitre 12

Côté jardin…

Maintenu aux épaules par deux bobbies, un individu à mi-chemin entre l’épouvantail et le sac à charbon gesticulait comme cent diables. Ses hurlements couvraient presque ceux du Home Secretary avec qui il se trouva momentanément nez à nez.

“ Mes respects vot’ honneur…éructa-t-il, vous aussi v’z’êtes fait embarquer ? J’vous z’ai jamais vu dans l’coin, c’est quoi vot’ spécialité mon prince ? Bonneteau, vol à la tire, fausse monnaie ?…Ah je sais, avec vot’ tronche vous d’vez être receleur…fourguer des bijoux, ça doit être vot’ truc…

Un des bobbies resserra son étreinte sur le clochard qui s’affaissa comme une chiffe et se mit à ronfler.

Une rage, glaciale comme le pôle nord, contractait le visage de Sir Matthews.

Sa voix tremblante s’éleva dans un silence de mort.

“ J’aurais dû m’en douter…ce n’est pas un commissariat, c’est une porcherie !

Je voulais me rendre compte par moi-même de l’étendue du désastre eh bien je suis servi ! Une telle dégradation, un tel laisser-aller sont inacceptables…surtout à l’heure où nous devons resserrer les rangs face à l’adversité! Un pays qui laisse le soin à des abrutis de le protéger est au bord du gouffre…l’incompétence n’est pas une faute messieurs…lança-t-il en faisant le tour de la salle, c’est un crime !.. Mais il y a pire messieurs, c’est lorsque cette incompétence s’étale en place publique, quand, n’étant plus un secret pour personne, chacun peut s’en gausser à loisir, quand cette honte rejaillit sur tout un corps d’honorables fonctionnaires jetés en pâture à la risée universelle, quand cette tache infâme éclabousse jusqu’à la plus haute autorité du royaume, jusqu’à salir la Reine elle-même, oui messieurs, la Reine…Et cela Monsieur Mops…Cela est im-par-don-nable !

Raide comme la justice il jeta à la figure du super-intendant le journal froissé qu’il tenait dans sa main.

“ Si vous ne mettez pas bon ordre dans cette chienlit, c’est moi qui le ferai ! Et si demain vous n’avez pas de résultats probants à me présenter, je vous envoie régler la circulation des cabs dans les Orcades, Mops, vous m’entendez, dans les Orcades…avec les pingouins !…

Le bruit des vitres qui explosèrent lorsqu’il claqua la porte, sortit le clochard de sa léthargie.

“ A vos ordres sergent!  Ch’uis prêt…gémit-il en faisant le salut militaire. Puis il se rendormit.

L’esprit en pleine confusion, Shamrock Mops balaya fébrilement les éclats de verres qui jonchaient son bureau. Sans prêter attention au sang qui giclait de ses doigts, il saisit le journal que Sir Matthews y avait jeté. C’était l’édition du jour du Daily Stinker. Les derniers mots qu’il avait lancés à ce misérable pisse-copie de Laphroïg s’y étalaient en titre et sur trois colonnes : 

Du Balai ! Lemon Killer is back ! La terreur règne sur les docks ! Que fait la police ? La Chine rappelle ses ressortissants ! Le consul de Grande-Bretagne à Pékin lynché à coups d’ailerons de requins ! Manifestations de coolies à Piccadilly ! Le soir du crime le superintendant Mops aurait été vu avec des geishas sortant d’une fumerie d’opium ! Collusion ! Pots de vin ! Amitiés véreuses ! Il est grand temps de faire le ménage dans un Scotland Yard gangrené par le vice. Les implications sont nombreuses.

Du balai ! Réveille-toi Victoria, noble fille d’Albion ! Dans les rues le mal gagne du terrain ! Puisse l’ombre du pied du fantôme de Nelson sortir de son tombeau et botter le train à tous les marchands du temple ! Puisse l’ombre de son bras disparu s’élever bravement et montrer d’un doigt vengeur la face ignoble de ces vils corrompus ! Cessez de vous pavaner à Ascot ! Videz les écuries d’Augias…Et videz les lieux !

Du balai ! Mais qu’apprend-on en dernière minute ? Quelle est cette lamentation qui nous parvient juste avant de mettre sous presse ?

Approche-toi ami lecteur, écoute la terrible nouvelle et surtout jure moi de rester calfeutré chez toi à double, à triple tour. Car hier soir, à l’heure où nos édiles se gobergeaient en quelque lieu de débauche un nouveau crime aurait été perpétré. Le troisième en deux jours ! Tremble Londres ! La mort rôde en ton sein…

Mais sois sûr  cependant d’une chose, c’est qu’il y aura toujours une voix vaillante et héroïque pour te tenir pas à pas informé du sinistre développement de l’affaire.  Et cette voix, ami lecteur, c’est la mienne, celle de ton fidèle et dévoué chroniqueur qui, à plein poumon, ne cessera jamais de hurler : 

DU BALAI !

                                                             Johnny Laphroïg  « le Balayeur »

 

Chapitre 13

« Le Balayeur !… les Orcades !…Victoria !…les pingouins !… bégaya un super-intendant plus abattu que jamais.

« Un troisième crime ?… mais quel troisième crime ? 

Portant toujours l’ivrogne à bout de bras, les deux policiers qui depuis l’arrivée du Home Secretary n’avaient pas bougé d’un pouce crurent bon d’intervenir.

« Nous venions justement vous informer, Sir…

Mops, dont les yeux s’étaient embués et qui avait oublié leur présence, fit un bond en arrière.

«  Qu’est-ce que c’est que ça ?

« Ben ça chef…c’est Joshua Gray…il est bien connu de nos services le père Joshua…c’est pas un mauvais bougre, juste qu’il est un peu porté sur la bouteille mais on peut pas lui en vouloir pour ça, pas vrai chef ?…

« Qu’est-ce que vous insinuez, constable ? grommela Mops qui reprenait peu à peu du poil de la bête. Continuez…

« Eh ben le fait est qu’on l’a trouvé à l’aube, à l’angle de Duke Street et de Peachum Square face à l’ancienne synagogue, entre les poubelles du temple et les paniers de linges sales de la blanchisserie du vieux Fu- Schia, sous un amas de hardes puantes et de vieux cartons, presque mort, étouffé dans son jus…le vieux Chinois nous avait fait prévenir qu’il s’était passé un truc pas catholique cette nuit et on venait d’arriver sur les lieux lorsqu’on a déniché l’olibrius en question. Apparemment il aurait des choses à raconter…

« Qu’est-ce que vous attendez pour me secouer ce sac à bière ! » hurla Mops.

Sac à bière qui fut réveillé en deux temps et trois coups de bottes dans le derrière.

« Holà ! Holà les arquebusiers ! grogna Joshua, nom d’une barrique de rhum ! Qu’est-ce que…

« Allez Gray…répète un peu ce que tu nous as dit tout à l’heure.

Devant cet auditoire si distingué Joshua gray, pick-pocket occasionnel, poivrot notoire et comédien dans l’âme, prit la pose et s’éclaircit la gorge.

«  Il était …Hmm…

Il était l’heure de mon gin, Officer, juste l’heure où j’sens qu’un p’tit coup de r’montant me f’rait du bien, voyez ? Y’en a d’autres à c’t’heure  c’est l’infusion d’eau chaude, moi c’est l’gin, c’est qu’j’ai quasi l’temps universel dans l’gosier c’pas, quand c’est l’heure c’est l’heure…donc j’m’extirpe de mon tas d’fripes qu’est mon Windsor à moi et j’commence à fouiller là d’ssous à la r’cherche d’un flacon qu’aurait pas été complètement vidé…vous m’suivez Colonel ? Bon, j’commence à m’sentir au mieux d’mes aises quand j’entends un raffut qui vient d’la lingerie, d’habitude sont bien discrètes ces ladies-là, mais là ça pousse des cris à décrocher un pendu du gibet d’Tyburn, ça hurle qu’ça m’fait encore froid dans l’dos Commandant ! J’comprends rien à c’qui se dit vu qu’le Chinois et moi ça fait trois, juste que ça fricote dur alors j’m’enfonce un peu plus parce que j’me dis comme ça : Joshua, toi qu’es si joli garçon, ce s’rait couillon d’prendre un mauvais coup d’surin dans la caf’tière, et j’ai rud’ment raison Major, parce qu’à c’moment un grand escogriffe passe à travers la vitrine et ça vole en éclats de tous les côtés qu’j’ en ai encore un bout d’ verre planté dans l’arcade ! Le type, j’peux pas voir sa tronche, Commodore, parce qu’il s’est emberlificoté dans des piles de ch’mises et d’ jaquettes, pis l’filou y’s’met à détaler en hurlant comme un damné qu’aurait vu l’fantôme du Capitaine Kid ! V’là un voleur de fringues qui fait pas dans la dentelle, j’me dis comme ça, et j’me mets à rigoler mais pas longtemps parce que j’vois le vieux Fu-schia sortir en larmes en t’nant une de ses poulettes dans les bras, raide morte la pauvrette, enfin pas si raide, plutôt genre d’une poule qu’on aurait trempée dans l’bouillon, mais morte ça y’a pas de doute !…Le gonze, lui, il a disparu, un vrai tour de passe-passe, enfin à partir de là j’dois avouer qu’je sais plus rien parce que j’me renvoie une p’tite rasade derrière la cravate vu qu’j’me sens pas trop bien, voyez Gov’nor, c’est qu’dans l’caniveau on a l’âme sensible c’pas, et c’est comme ça qu’vos larbins m’ont trouvé Amiral, voilà, c’est tout c’que j’ai à dire…dites les gars, z’auriez pas un p’tit coup d’brandy ou quequ’chose dans l’genre, parcqu’y fait soif dans vot’cambuse ?…

« Foutez-moi ça au trou ! fut la réponse d’un Shamrock Mops au bord de l’apoplexie. 

« Ah bah c’est ça, rendez service et voyez l’résultat ! Bande d’argousins ! Ruffians ! Assoiffeurs…fit la voix qui diminuait en disparaissant dans les sous-sols.

Mais Mops ne l’entendait déjà plus.

Une singulière métamorphose s’était opérée dans les obscures circonvolutions de son cerveau. Les derniers événements, bien loin de le décourager, venaient de le galvaniser et ce fut un homme nouveau qui, mâchoire serrée et gonflant la poitrine, se releva fièrement. Il retira son veston et  posa ses deux mains sur ses hanches dans un geste de pugiliste prêt à en découdre.

« Et où est-il ce troisième cadavre ?…grinça-t-il.

« A la morgue chef, à la morgue…répondit O’Henry en regardant, admiratif, les traces sanglantes laissées par les doigts de son patron sur sa chemise immaculée…

Décidément se dit-il.

Quel homme !…

 

Chapitre 14

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

Dans le sous-sol du service médico-légal du Criminal Investigation Department, Shamrock Mops tapotait nerveusement un bocal rempli d’un liquide bleuâtre dans lequel flottait un œil globuleux.

Si seulement cet œil pouvait lui dire ce qu’il avait vu…

Faiblement éclairés par quatre chiches lampes à acétylène les trois cadavres allongés sur de froides tables de fer ne lui avaient jusqu’à présent hélas fait aucune révélation.

Qu’est-ce qu’ils auraient d’ailleurs bien pu lui dire ces malheureux ?

Rendez-moi mon foie ! Remettez-moi ce cœur en place, j’en ai encore besoin !

Et mes intestins…Ils  n’ont rien à faire dans cette balance…

Mais Marie Jane Kellogs n’était pas en veine de confidences et la gorge du coolie était muette. La main du superintendant effleura machinalement le drap qui recouvrait le bas du corps de la blanchisseusse chinoise.

« Laissez ça jeune Mops ! Aboya un vieux marabout en blouse blanche et au crâne déplumé qui sautilla jusqu’à lui.

Le professeur Olson, irascible chef du laboratoire n’aimait pas qu’on vienne tripoter ses instruments. Ni ses jouets. Il réajusta son lorgnon.

Ce blanc-bec de Mops était d’un ridicule avec ses dix pansements grotesques au bout de ses doigts boudinés ! Assurément aussi stupide qu’incompétent ! Il allait le faire mariner un moment…

« N’approchez plus vos immondes poupées de ce magnifique exemple de l’anatomie asiatique je vous prie ! La nécrophilie et les marionnettes ne font pas bon ménage, on ne vous a pas appris ça à l’école ? 

« Mais je ne…

« C’est bon Mops, c’est bon, on a tous nos petites perversions, je ne l’ébruiterai pas…si nous en venions au fait maintenant ! Vos trois macchabées, là…ils n’ont pas grand-chose à nous apprendre…

« C’est just…

« Prenons les choses dans l’ordre, commençons par le haut voulez-vous. Le cerveau des morts, mon cher Mops, est une source d’informations considérables…tenez, le vôtre par exemple…

Il se mit à tourner autour du superintendant. Son nez acéré comme le bec d’un vautour renifla le crâne du policier.

« Le vôtre…me semble…des plus intéressants…une petite incision par ici…

Il donna sur le front de Mops une petite tape avec son scalpel.

« Un petit coup de vrille par là…on fait sauter le pariétal…

Une autre petite tape plus appuyée.

« …Et hop ! Que d’instructives leçons pourrait-on tirer de votre cervelle…je m’en réjouis d’avance…

Mops recula vivement.

« Je…je ne suis pas encore mort…

« Et c’est bien dommage mon cher, c’est bien dommage…un jour, peut être…bon ! Reprenons…les cerveaux de ces individus, à part leur poids et leur circonférence ridicules, ne nous apprennent rien…

« Mais vous disiez…

« Les poumons sont fort encrassés et de manières similaires mais l’insalubrité de leur environnement commun n’est pas une nouvelle…les yeux sont glauques…rien d’anormal ! Quant aux tripes…

A l’aide d’une pince il souleva un amas de viscères et le mit sous le nez de Mops .

« Les tripes ne nous sont d’aucun enseignement particulier…

Il les laissa tomber sur les pieds du policier qui fit un bond en arrière pour les éviter.

« Cependant,si vous aviez été un tant soit peu attentif, vous auriez constaté deux faits capitaux qui auraient dû attirer votre attention…mais puisque vous semblez préférer l’acrobatie à l’observation permettez-moi d’éclairer votre lanterne. Premièrement les lèvres des victimes…elles sont boursouflées, éclatées, pareilles à des tomates pourries…elles ont toutes les caractéristiques de l’ébouillantage…notre assassin est un ébouillanteur…

« Oui ça je le…

« Deuxièmement, les ventres…si l’on veut comprendre la cause des brûlures, si l’on veut savoir pourquoi ces estomacs sont si outrageusement dilatés, si l’on veut tout simplement connaître la cause de la mort de notre trinité, on ouvre les bidons mon cher, on ouvre les bidons !

Avec une emphase calculée Olson souleva un à un  les suaires qui recouvraient les abdomens des cadavres.

« Approchez Mops, ils ne vont pas vous mordre…voyez ce que j’ai trouvé au fond de chacun de ces ventres…

Il plongea la main dans celui de Marie Jane Kellogs puis fit de même pour les  deux autres corps. Il en ressortit une poignée gluante d’un infâme gruau qu’il déposa dans la main bandée d’un Mops écoeuré…

« Du…du riz ? murmura celui-ci.

« Et oui du riz…mais tout ce qu’il y a de plus inoffensif ! Ils avaient mangé du riz tous les trois que voulez-vous. Il y a parfois de ces synchronismes culinaires ! Mais ce riz n’est pas notre tueur Mops ! Notre tueur…le voilà !…

Il saisit alors une énorme bonbonne qui se trouvait sous une des paillasses et la déposa devant le superintendant. A l’intérieur du récipient un liquide doré tirant sur le cuivre ondulait de façon innocente.

« Voici ce qu’il y avait en quantité invraisemblable dans les entrailles de nos amis…Voici ce qui causa leur perte, d’une façon aussi épouvantable qu’instantanée. Leur brûlant bouche, langue, gosier, œsophage, toute la canalisation, remplissant en cataracte leur intestin, leur estomac, envahissant leur hypogastre jusqu’à ce qu’il en pète ! Boum !…

Le crime parfait Mops, le crime parfait !…

« Mais…qu’est-ce que c’est Olson ?…

« Ça…fit le légiste à tête d’oiseau de proie avec une moue de dédain, ça…mais ça se voit non ?…c’est du thé mon vieux…

Tout simplement du thé…

 

Chapitre 15

Dans le vaste hall du commissariat d’Algate High Street la nuit était tombée.

Sur une armée de bureaux silencieux, des montagnes de  dossiers s’entassaient en piles. Ici veillait encore une brigade de cafetières. Là, des cohortes de cendriers débordaient de mégots pas tout à fait éteints. Sur cette chaise, un chapeau melon percé d’un trou recouvrait une liasse de faux billets. Sur cette table, le plan d’une bijouterie, des gants souillés. Sur cette autre, une paire de boucles d’oreilles, une paire d’oreilles, un hachoir taché de sang, des menottes, ce qu’il restait d’un casque de bobby, des avis de recherche, des aveux…Les vestiges d’une journée ordinaire contre le crime organisé. Mais cette journée n’était pas terminée pour tout le monde. L’Aquarium était toujours éclairé…

 

Il était tard en effet mais Shamrock Mops, revenu gonflé à bloc de la morgue, avait un combat à mener et le temps n’avait plus d’importance. Rien ni personne ne le ferait dévier de sa route, et surtout pas l’avorton qui se tortillait sur le tabouret face à lui. Car la bonne nouvelle était enfin arrivée.

« On l’a trouvé Patron ! »

 

L’avorton en question n’en menait pas large.

A peine était-il arrivé à sa boutique qu’une escouade de policiers lui était tombée dessus et l’avait embarqué manu militari. Il n’avait même pas eu le temps d’enlever son tablier. La foule agglutinée autour du fourgon avait voulu le lyncher et lui avait hurlé des horreurs. Thomas Lipstick avait compris que quelque chose de terrible était arrivé à Mary Jane…

 

Mops n’avait pas encore dit un mot. Il étudiait sa proie, comment allait-il l’attaquer ? Par nature, il était de la vieille école : Frapper avant, causer après. Mais l’affaire étant complexe, il convenait d’agir avec tact et diplomatie.

 

« Alors immonde salopard, on t’a enfin mis le grappin dessus !…

Ça c’était pour le tact.

« Ah tu nous as bien fait mariner mon salaud ! C’est que des  anguilles comme toi c’est pas facile à attraper, mais crois-moi, t’es pas prêt de sortir du filet ! En tous cas pas entier !

Et ça c’était pour la diplomatie. Lipstick crut qu’il allait s’évanouir.  Pourquoi le traitait-on comme un assassin lui qui n’aurait pas fait de mal à une mouche, lui qui avait les armes en  horreur et qui n’avait plus touché à un fusil depuis 1853….

1853 !

Le souvenir soudain de cette date le plongea dans une hébétude totale…

1853…La campagne du Penjab…Good Lord, comme tout cela était loin…Pourquoi tout à coup ?...Mais bien sûr…Le garçon était revenu…Il avait grandi…Il avait cru pouvoir l’oublier…Il avait tout fait pour l’oublier…

« Dis-donc Lipstick, gronda Mops en s’approchant de lui et en malaxant ses mains toujours entourées de bandelettes sanguinolentes,

« Si je t’ennuie faut le dire ? T’as des choses à me raconter et j’ai pas qu’ça à faire alors va falloir te mettre à table et vite, sinon…Il regarda ses poings. 

« J’en connais deux qui s’impatientent…

1853…Les quatre cavaliers de l’Apocalypse…

Lipstick grelottait. Un robinet s’était ouvert déversant dans sa tête des flots d’images qu’il croyait à jamais enfouies.

…Le Major Bergamotte…le Maharadjha…les noces...pauvre garçon…Il n’aurait pas dû lui donner l’adresse de Bartholomew…ni le chasser sans lui expliquer…et Mary Jane !…comment était-ce possible ?…juste après que…bloody hell !…se pourrait-il que ?... ! Pas trente ans après…

Le swing à l’estomac le plia en deux. L’uppercut, à la pointe du menton, le releva et l’expédia au sol. La théorie c’était bien,  la pratique c’était mieux. Finalement ce scélérat était moins coriace qu’il ne l’aurait cru. Il était à point. L’affaire serait vite réglée…Mops ramassa Lipstick par les bretelles de son tablier et le rassit sur le tabouret.

« Ben dis donc soldat, on sait plus encaisser ? Pour un ancien militaire, quelle tristesse ! 

Lipstick se tenait les côtes. Il avait du mal à respirer. Un gouffre noir l’aspirait peu à peu. En quelle langue lui parlait son tortionnaire ? En sanscrit peut être ?…

Mops, continuait sa diatribe en tournant autour de lui, tel un boxeur sur un ring.

 

« C’est qu’on a épluché ta carrière…pas brillant tout ça, une sacrée dégringolade pour un lascar parti chercher fortune aux Indes, quelle déchéance ! Troquer la tunique rouge contre une minable blouse grise, pas facile à avaler hein ? L’amertume, quel terrible poison sergent Lipstick ! Oh pas la peine de me faire un dessin ! La rancœur qui, années après années, te ronge et te fait sombrer inexorablement, dans la débauche, la jalousie, et le désir, ahhh Lipstick le désir… Qui sait à quel ignoble commerce tu t’es livré sur cette pauvre Mary Jane ? Et puis il y a le jeu dans ton club de pervers. Car c’est bien connu, le désir mène à la luxure, la luxure mène au jeu et le jeu mène aux dettes ! Bref, c’est la spirale infernale. Ca commence par de minables escroqueries puis, de coups foireux en arnaques pitoyables, d’épicier miteux tu deviens assassin ! Tes complices ? Pas besoin de les chercher bien loin ! Les triades chinoises infestent les West Indian Docks ! Tu es maintenant un rouage dans leur ignoble trafic. Ta cupidité te pousse à en demander plus. Ils refusent. Ils te tiennent. Cerné, racketté de toutes parts, tu craques…la Mary Jane veut te faire chanter ? Tu la zigouilles ! Faut pas se mettre en travers de la route du Sergent Lipstick ! Le coolie veut une part du gâteau ? Couic, plus de coolie ! Quant à l’arme du crime, quelle idée de génie de leur faire boire du thé empoisonné…

« Du thé empoisonné ?…gémit Lipstick abasourdi.

« T’as l’air surpris! Je ne savais pas les épiciers aussi bons comédiens. Evidemment du thé ! C’est comme ton tour de passe-passe sur les quais pour effrayer les chinetoques. Bien joué ! Mais c’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des cabrioles et crois-moi les galipettes, c’est toi qui vas bientôt en faire…au bout de la corde !

Mops s’arrêta pour reprendre son souffle. Pas mis longtemps à craquer le minable ! C’est l’hallali ! Dommage qu’O’Henry ne soit pas là pour voir ça ! Il posa une fesse sur le coin de bureau et continua.

« Vous les truands vous êtes tous les mêmes, faut toujours que vous en rajoutiez une louche, histoire d’amuser la galerie. Seulement ça l’a pas amusée du tout la galerie quand elle a reçu ta saloperie de lettre….parce que c’est bien toi, crapule, qui m’as envoyé ce torchon… Il fouilla dans ses poches, sans succès.

 «…J’ai dû la ranger ailleurs…mais tu sais très bien ce que je veux dire, pas vrai ?…Tu croyais vraiment m’impressionner avec ton charabia ? Tes légendes morbides, elles peuvent bien venir d’Inde, de Chine ou de la Lune, elles glissent sur moi comme des fientes de mouette sur un mackintosh! Ton Boddhidhârma mon petit père, mais j’en mange douze au breakfast moi…

Un hurlement déchirant l’interrompit.

L’épicier s’était jeté aux pieds de Mops et lui agrippait les jambes en sanglotant.

« Protégez-moi Sahib… ! Pitié…Jamais je n’y retournerai…La malédiction ! Non ! Pas le Boddhidharma…Protégez-moi…Par Kâli la miséricordieuse…

 

Mops, interloqué, regardait avec dégoût la pauvre loque qui répandait des flots de morve sur ses godillots.

« Ahhh…Il est fort le bougre…v’là qu’il me la joue démence et compagnie…Mais tu n’vas pas t’en tirer comme ça mon bonhomme…tes aveux c’est maintenant que j’ les veux !

Il lui tapota la tête.

« T’inquiète pas va,  je ne vais pas t’abandonner comme ça ! Je vais même te mettre à l’abri, dans un endroit où tu seras en sécurité, fais moi confiance…

Il mit dans les mains tremblantes de Lipstick une feuille de papier déjà remplie et un crayon.

« Tiens, tu me signes ça et personne ne viendra plus t’importuner…

Lipstick signa fébrilement le document.

« Personne ne viendra plus, je te le promets, à part moi, ton avocat peut être…et le bourreau bien sûr…

 

Chapitre 16

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

« …M’sieur Severt…snifff…docteur de mon cœur…c’est plus fort que moi…snifff…j’peux pas m’empêcher d’chialer comme une jouvencelle…c’que vous racontez bien tout d’même…

«  Mouche ton nez ma pauv’Polly… qu’est-ce ça va être tout à l’heure ?…au fait Doc’, quand c’est-y qu’on arrive dans l’affaire nous’autres ?J’sais bien qu’on a l’éternité d’vant nous mais y s’fait tard, dites ! Y’en a que pour Mops et l’épicier !

« C’est un comble ça, Miss Molly ! Vous n’avez pas le privilège des larmes que je sache! Et tout épicier que je suis, enfin que j’étais, je m’insurge…

« On s’en fout Lipstick, on s’en fout…

« Grrrrrrrrh…

« Dites-donc la gitane vous pourriez dire à votre chat de faire ses griffes ailleurs que sur mes guêtres !

« Faites excuses Mops, vous savez bien que c’est une bête sensible et qu’elle a l’injustice, et la flicaille, en horreur…pas sa faute si chaque fois qu’on raconte comment vous avez assaisonné ce minus ça la met hors d’elle…

«  Vous d’mande pardon Miss! Je ne faisais que mon devoir…

«  Comment ça minus ? Qui ça minus ?…

«  La ferme Lipstick !….

«  Grrrrrrh…

« Chers, très chers amis, camarades d’infortune, aimable compagnie…le temps ne vous a décidément rien appris. Si vous persistez à m’interrompre sans autre raison que l’impatience d’apparaître dans cette histoire vous allez finir par réveiller  notre hôte…

« Oh mais c’est vrai,  regardez-moi ce mignon…Il dort les yeux ouverts !

« Ces Français ne tiennent pas la distance, j’l’ai toujours dit et…

«  La ferme Jack !…

« Mesdames, êtes-vous prêtes ?…Ça va bientôt être à vous…

« Ah tout d’même…attendez que j’me repoudre…Polly comment que j’suis ?

« Une vraie reine de beauté ma chérie…une vraie reine de beauté…

 

Si la nuit avait pris enfin possession du commissariat d’Algate, il n’en était pas de même à quelques blocs de là.

Au coin de Love Court la bien-nommée et de Hebrew Place une allumette venait d’embraser de vieux journaux au fond d’un bidon en ferraille. Piètre feu d’artifice pour un piètre public. Dans ce « corner » obscur où le mot même de tendresse semblait ne jamais avoir été prononcé, où le bonheur avait peut-être été évoqué autrefois par un colporteur qui en aurait entendu parler dans de lointaines contrées, où l’amour, ce vocable ridicule, valait moins qu’une demi-pinte de mauvaise ale et ne durait que le temps de faire passer une pièce de trois shillings d’une poche de gilet à un corsage débraillé, la lueur vacillante d’un maigre brasero éclairait à peine trois formes qui se serraient l’une contre l’autre.

Trois poupées blafardes. Trois moineaux attendant la becquée.

Dans le quartier, on les surnommait « Les Arpenteuses »…

 

C’est nous, c’est nous !

La ferme, les filles !....

 

Toujours à portée de voix l’une de l’autre, elles déambulaient sur le même territoire de chasse, cherchaient refuge dans le même terrier, partageaient le même gibier. Mais le gibier ce soir-là était resté sagement chez lui et les trois Arpenteuses avaient grand faim, grand soif, grand froid et la nuit promettait d’être longue.

De plus, la perspective de rentrer sans un penny en poche augurait d’une nouvelle colère du « Knife », le patron du pub. Leur ardoise allait encore s’allonger, les chopes de stout allaient se payer comptant.

 

Ce fut Jenny l’irlandaise, la plus jeune des trois, qui, la première, le remarqua…

Les ombres des filles qui s’étiraient, fantomatiques et tremblotantes jusqu’aux ténèbres de Flanders Mews venaient de passer de trois…à quatre !

Jenny poussa doucement du coude ses deux commères et fit un mouvement du menton. Une quatrième silhouette s’était en effet subrepticement insinuée entre elles. Les Arpenteuses sourirent en même temps.

Dans le faible triangle de lumière un drôle de paroissien venait d’émerger. Vacillant, les yeux vitreux, hypnotisé par le feu qui sortait du bidon, la chaleur l’avait attiré, les filles, il ne les avait même pas vues.

Jenny comprit vite qu’il ne s’agissait pas d’un client ordinaire.

 

Attifé comme l’as de pique, ce drôle de gentleman ne ressemblait ni à un matelot esseulé, ni à un bourgeois en mal d’affection. Il n’avait ni l’arrogance des uns, ni l’allure de chien battu des autres. A vrai dire elle n’avait encore jamais vu sur un visage aussi innocent un tel masque de détresse.

Polly rajusta ses triples jupons, cet oisillon avait l’air bien plus perdu qu’elle-même. Elle se surprit à penser qu’il ne devrait pas errer dans un endroit pareil, elle l’emmènerait bien dans sa mansarde, jusqu’à son nid à elle, histoire de le couver un peu.

Molly, l’ancienne, cracha son jus de chique et se racla la gorge. Au premier coup d’œil elle avait saisi que ce ne serait pas avec ce spécimen qu’elles allaient se remplumer. Elle renifla un bon coup, mit les mains sur ses hanches et l’apostropha :

« Holà l’naufragé, v’nez un peu vous chauffer la couenne par ici …vous z’êtes fait larguer ou quoi ? Approchez donc, ce feu est un phare, nous en sommes les gardiennes et vous z’êtes le bienvenu, pas vrai les filles ?…

« Pour sûr, gloussa Polly,  regardez m’sieur j’vous fais une p’tite place…et ben Jenny reste pas bouche bée ! Secoue un peu tes nageoires on dirait une rascasse qui manque d’air ! 

Elle fit un clin d’œil à Molly

«  M’est avis qu’y en a une qu’aurait besoin d’bouche à bouche !

Jenny en effet ne pouvait détacher les yeux de l’homme qui, sorti de son apathie et maintenant conscient de leur présence, les dévisageait avec un air totalement perdu. A quelques pas d’elles maintenant, il s’était brusquement arrêté. Tout son corps s’était contracté, ses nerfs, sa peau, ses muscles s’étaient tendus comme la corde d’un arc sur le point de rompre. Jenny comprit qu’un seul mot, un seul geste malheureux et l’homme disparaîtrait dans la nuit d’où il avait surgi.

«  Venez Mister, venez, souffla-t-elle…s’il vous plaît…. 

Alors, lentement, il s’approcha…

 

Chapitre 17

Une éternité sembla s’écouler avant qu’il ne tende les bras au-dessus du brasero.

Les Arpenteuses, chacune en proie à des émotions différentes, attendaient sagement la fin de ce dialogue muet, puis, comme si leurs pensées avaient pénétré son cœur, une ébauche de sourire apparut enfin sur les lèvres de l’homme.

 

« A la bonne heure mon joli, fit Molly en se glissant nonchalamment près de lui, passer un moment en agréable compagnie j’connais rien d’mieux, pas vrai mesdames ?…

« Pour sûr, minauda Polly, ponctuant sa phrase d’un coup de hanche, si on s‘pelotonnait un peu, on aurait tous bien plus chaud ! Jenny fronça les sourcils. L’homme souriait maintenant franchement, cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas éprouvé un tel sentiment de sécurité. Il en oubliait presque…

 

 « Quelle honte, fit soudain Molly, on est vraiment en d’ssous d’tout Mylord, les bonnes manières se perdent mais faites excuse, ça fait un bail qu’on fait plus antichambre chez la duchesse de Bedford…

Elle claqua dans ses mains.

« Allez mesdames, on s’ présente s’il vous plaît…

Ses deux compagnes n’attendaient que ça. Levant leurs jupons en l’air, elles tournicotèrent en papillonnant comme de jeunes débutantes, entraînant l’homme dans une farandole effrénée puis s’inclinèrent avec cérémonie en essayant de retenir Molly qui faillit s’effondrer en riant. Leur invité battait des mains comme un enfant. Essoufflées, mais hilares, elles s’arrêtèrent puis, chacune son tour, se mirent à déclamer :

« Moi, c’est Jenny O’Maley de Galway…pour vous servir.

« Moi, c’est Polly  Mulligan de Soho…pour vous desservir.

« Et moi, c’est Molly…de nulle part…pour vous asservir, si ça vous tente…

 

L’homme les applaudissait à tout rompre. Bravo, encore, disait-il. Son air perdu les avait d’abord étonnées, son bonheur sans réserve les fit fondre.

Elles le regardaient, l’œil malicieux, figées dans un équilibre grotesque comme des marionnettes à qui l’on aurait coupé les fils. Cela faisait belle lurette qu’elles n’avaient eu un tel succès, ni un si charmant public. Dire que les belles de Love Court étaient attendries était en-dessous de la vérité, elles n’avaient qu’une envie, prendre dans leurs bras ce Pierrot tombé d’on ne savait quelle comète et lui délivrer l’amour qui de toute évidence lui faisait cruellement  défaut.

 

« Et vous, beau prince…demanda Molly en reprenant difficilement son souffle, de quel royaume débarquez vous ? 

« Oui monsieur, de quel conte de fées sortez-vous ? fit Jenny dont les joues étaient devenues presque aussi rouges que ses cheveux.

« Moi ? fit-il d’une voix troublée, moi…vous voulez savoir d’où je viens ?…

Un voile avait soudain obscurci son visage.

« Vous ne me croiriez pas, mesdames…je ne peux vous décrire d’où je viens, vous penseriez que je suis fou …c’est…c’est plus un cauchemar qu’un conte…il est rempli d’ombres et de ténèbres…d’ailleurs, il faut m’excuser, mais je dois y retourner…. 

Faisant brusquement volte-face il fit mine de s’enfuir mais les trois belles s’étaient agrippées à ses bras.

« Ne partez pas monsieur! Le supplia Jenny, nous adorons les contes qui font peur, n’est-ce pas les filles ? Les contes à dormir debout, c’est bien ce qu’il nous faut ce soir, quelque chose de bien triste pour rester éveillées, et si c’est en votre compagnie, que demander de plus…oh restez je vous en prie, allez mon Prince, racontez et ne nous épargnez aucun détail…

 

Jenny tenait si fort les mains de l’inconnu que, pour la première fois de sa vie, et dans cette misérable ruelle de Whitechapel, elle fut saisie d’un sentiment nouveau, intense et fulgurant. L’homme leva les yeux sur Jenny. Sans le savoir, ils venaient de faire le même serment. Ne plus jamais lâcher ces mains.

Il soupira.

 

« Pourquoi pas après tout…je n’ai plus rien à perdre…

Les trois filles se rapprochèrent un peu plus.

« Vous avez tout à gagner alors ?…souffla Jenny.

Il prit une grande goulée d’air, se passa la main sur le visage…

« Je m’appelais…

 

Chapitre 18

Il hésita encore.

« Comment m’appelais-je déjà ?...voyez, je ne me souviens même plus de mon prénom…mais je me souviens de mon titre…

« Votre titre ? S’exclamèrent les Arpenteuses.

« Oui, mon titre…étrange, n’est-ce pas ? fit-il en s’inclinant avec un maigre sourire, mesdames, vous avez devant vous tout ce qu’il reste de Lord of Bergamotte, dernier du nom…

« Mazette, un Lord !…fit Polly en donnant un coup de coude à Jenny.

« Bouclez-la les filles ! grogna Molly, continuez Mylord, continuez…

« D’après ce que j’en sais, je vins au monde aux confins du Northumberland, dans le manoir ancestral de la famille Bergamotte, mais dans des circonstances si tragiques, si incompréhensibles, et si floues, qu’en vérité je ne sais par quel bout commencer…

Mon père, Lord Grey, dernier rejeton d’une lignée dont la fortune autrefois colossale avait été réduite à néant par des générations d’ivrognes, s’était engagé comme officier dans le corps expéditionnaire de l’armée des Indes. C’est au Bengale je crois qu’il rencontra ma mère…

Que s’est-il passé alors ?...

A cette question mille fois posée, je n’ai jamais eu qu’une seule réponse : « Tu sauras plus tard ! » Quatre mots aussi tranchants et froids que ceux qui les prononcèrent, Martha, ma nurse, et son mari, le taciturne Martin. Ces deux joyeux drilles furent d’ailleurs les seuls êtres vivants qui accompagnèrent mon enfance...me croirez-vous si je vous dis que cela dura plus de vingt longues années ? Solitude est probablement le premier mot que j’appris à dire. Je fus ainsi maintenu, coupé du monde, dans une réclusion totale, car tels étaient les vœux de mon père, vœux lus devant notaire lors de l’ouverture de son testament, onze jours après ma naissance, soit quatre jours après son suicide par pendaison dans le hall du manoir…comme vous voyez, j’ai très peu connu mon père…

 

Il ricana sombrement. Les trois filles n’en croyaient pas leurs oreilles. Elles se passaient des mouchoirs en reniflant. Il continua.

 

« …Quant à ma mère, elle mourut en me mettant au monde. Mes deux parents furent enterrés en même temps, leurs funérailles furent célébrées dans le plus grand secret pour éviter tout scandale. Quel scandale ? Je n’en sus jamais rien. Je n’ai jamais vu aucun portrait de ma mère, ni jamais su comment elle s’appelait. Il avait été  stipulé de ne jamais prononcer son nom devant moi, Martha et Martin furent en ce domaine de fidèles et obéissants serviteurs.

Je compris vite que ma naissance était un  sujet tabou dont personne ne devait parler. Je grandis donc dans ce château, ou plutôt devrais-je dire dans cette prison, comme dans un songe. Les interminables journées n’étaient ponctuées que par les repas frugaux apportés par ma nurse et par de tristes heures d’études dont Martin était l’unique professeur. Un jour, lui aussi disparut sans explication, Martha se mura alors dans un silence absolu. J’étais souvent en proie à des accès de désespoir. Dans ce tunnel sans fin, mon existence n’avait aucun sens, je n’avais aucun passé et un avenir proche du néant. Comment ai-je fait pour ne pas sombrer dans la folie ?…

Tout aurait pu continuer ainsi indéfiniment lorsqu’un jour, il y a très peu de temps en vérité, arriva un événement tragique et tout à fait inattendu, presque un miracle…mais peut-on appeler miracle la mort subite de ma pauvre Martha ? Un malaise la terrassa lorsqu’elle m’apporta mon dîner et elle s’écroula dans mes bras. Juste avant de pousser son dernier soupir elle m’attira vers elle, plongea ses yeux dans les miens et me glissa dans la main un petit bout de papier puis elle me dit ceci :

« Mon cher Orange Pekoe, me pardonneras-tu un jour ? … 

« Orange Pekoe ?...firent les trois Arpenteuses en même temps.

«  …Oui, c’est l’étrange surnom que me donnait Martha lorsque j’étais enfant, Orange Pekoe…je n’ai jamais su pourquoi elle m’appelait ainsi…elle continua faiblement :

« Va…et deviens celui que tu dois être…car telle est la volonté de…

Ce furent ces dernières paroles….sur le billet était inscrit un nom et une adresse : Thomas Lipstick.Spitalfield Market. Londres….

Sans réfléchir je me précipitai dans le vestibule, pris un chapeau et sortis de ma cage. Un paysan m’indiqua la gare de Bergamotte Town, je pris un train, au hasard, avec une seule idée en tête, trouver ce Lipstick…

Et me voilà…cela fait trois semaines maintenant…ou trois mois je ne sais plus, que j’erre dans ces rues…

 

Les yeux hagards, le front couvert de sueur, il ne vit pas Jenny qui lui tendait un mouchoir. Il bafouillait maintenant.

 

« Il…Il m’est arrivé des choses…si vous saviez….des choses effroyables… Lipstick …les rats…j’ai voulu…mais il est revenu… je dois…lui échapper…je dois…le retrouver…

«  Mais de qui parlez-vous ? Qui est revenu ?...échapper à qui ?...

«  Je ne voulais pas…je ne voulais pas… 

Il s’effondra dans les bras de Jenny.

 

« Ma belle, soupira Molly, je crois que tu viens d’hériter d’un Lord…

 

Chapitre 19

« Mais que vois-je, chers compagnons ?…

Nos verres sont vides et nous n’en sommes encore qu’au premier acte ! Ami Jack, vieux pirate, remplissez nos timbales et rallumez quelques chandelles. La nuit risque d’être longue avant que les cloches de Christ Church ne sonnent le rappel des ombres, n’est-ce pas Lawson ?

« Tout à fait docteur, tout à fait…

« Jack, notre invité semble avoir besoin d’un petit remontant…

« Une chanson d’marin pour secouer l’Français, moi j’vois qu’ça :

Fifteen men on the dead man’s chest,

Yo-ho-ho, and a bottle of rhum…

« Ah pitié Jack, C’est les morts qu’tu vas réveiller !

« Ben pourquoi pas, ma belle ! J’vois deux chaises vides ici et j’crois pas être le seul qu’aurait aimé les voir occupées !

« Joliment parlé, maître Jack ! Joliment parlé, pour un filou qu’a tout de même quelques cadavres dans le placard! Le rachat des fautes passe par une rasade de rhum, pas vrai ? Alors à boire patron ! Nos âmes n’ont pas toutes été suffisamment  rincées…

« Y’a mort et mort, notez bien ! Toutes ne sont pas logées à la même enseigne…

« Surtout pas la tienne d’enseigne, l’épicier, t’en parles en connaissance de cause ! En ce qui me concerne je n’ai qu’un mot à dire : Justice !

 « Ah mais c’est qu’y nous bassine c’t’animal ! Turncoat, mordille-lui un peu sa justice au bobby!

« Pulpinella,  voyons ! Que faites-vous du pardon ?

« Excusez-moi, Doc’, mais pardon est un mot que je n’utilise pas pour les cops ! Principalement à cette heure…

« Good Gracious, c’est vrai, vingt et une heures déjà ! Comme le temps passe. Je vous avais prévenus qu’il était parfois à géométrie variable. Vous vouliez un petit déjeuner monsieur le Français et nous voilà déjà à l’heure du souper…nous avons encore tant à nous dire…

Vingt et une heures à Londres et tout le monde dort…Ou presque…

 

Vingt et une heures à Londres…

Dans le coche aux parois blindées qui tressautait sur les pavés de Houndsditch et qui l’emmenait à la prison de Newgate, Thomas Lipstcik s’accrochait des deux mains à la lucarne grillagée qui lui permettait une dernière fois de respirer l’air vicié des rues de Whitechapel. Roulant des yeux en tous sens il essayait de ne pas sombrer dans la folie. C’est à peine s’il se rendit compte du brusque écart que firent les chevaux du fourgon et des jurons poussés par les conducteurs. Encore un drame de la circulation évité de justesse : trois drôlesses transportant leur ivrogne de client réduites en irish stew, ça aurait fait mauvais genre dans le rapport pensa le cocher du fourgon. Thomas Lipstick se prit la tête dans les mains. Thomas Lipstick avait des visions de temple hindou…

 

Amplifiés par le silence de la nuit, les bruits de casserole que faisaient les roues de la voiture qui passait sous les fenêtres du « Daily Stinker » ne parvenaient pas à perturber la rédaction d’un article qui allait faire tomber des têtes.

L’incorruptible Johnny Laphroig jubilait.Trois morts sur le carreau, ça commençait à faire un joli tableau de chasse. Une enquête bâclée. Un suspect invraisemblable. Un Superintendant au centre de la cible.

Jonnhy Laphroig avait des visions de rotatives hurlantes.

 

De la fenêtre de sa mansarde de Southwark, monté sur un tabouret, Reginald Stappelton, une corde de chanvre autour du cou, regardait une dernière fois le ciel étoilé au-dessus de la plus belle capitale du monde. Il contempla les lumières de Buckingham Palace. Je vous ai  toujours été fidèle, murmura-t-il.

Avant de sauter il eut la vision d’un trois-mâts gigantesque filant sur la Tamise toutes voiles dehors.

 

Dans l’arrière-salle du « Shangaï‘s Inn », boui-boui infâme pour immigrants chinois de Wapping High Street, Shamrock Mops et le docteur Olson étaient attablés. Le policier et le légiste tentaient vainement de porter jusqu’à leurs lèvres quelques grains de riz en équilibre instable sur de ridicules baguettes de bois. Ils pensaient que pour comprendre leur ennemi  il fallait penser comme lui, manger comme lui, boire comme lui. Une lampée de saké entre chaque bouchée, cela faisait deux heures qu’ils essayaient d’ingurgiter leur bol de riz .

Ils ne disaient pas un mot. L’affaire était d’importance. Ils eurent tous deux et au même moment des visions de gigots d’agneaux dégoulinant de graisse, enfournés dans leur bouche, avec leurs doigts.

 

Dans les couloirs de la morgue les macchabées auraient bien voulu un peu de silence. Ce charivari était tout à fait inconvenant. De mémoire de cadavre on n’avait pas vu cela depuis le grand incendie de 1666.

Sur les glaciales tables de fer, les trois fantômes d’une blanchisseuse, d’un coolie et d’une midinette dansaient un fox-trot aussi débraillé qu’endiablé.

Leurs visions étaient celles de trois roses blanches posées sur leurs tombes.

 

Molly, Jenny et Polly tempêtaient après ces salopards de flics.

Elles avaient bien failli se faire écrabouiller par ce fourgon. Jenny les avait traités de tous les noms. Et ce garçon qui ne se réveillait pas ! Bien décidées à veiller sur lui comme si c’était la prunelle de leurs yeux, elles eurent la vision d’une couette immense et d’un lit aussi profond que leur amour.

 

Orange Pekoe dormait.

Orange Pekoe, Earl of Bergamotte rêvait.

Il avait la vision chaude et douce et tendre de six bras qui le berçaient…

 

Bodhidharmâ ne dormait pas.

Bodhidharmâ ne dormait jamais.

Bodhidharmâ avait six bras.

Bodhidharmâ n’avait aucune vision.

A part celle d’une tasse de thé fumant…

 

Chapitre 20

Blang !

« Une bonne poire, voilà c’qu’j’suis !... 

Blang !

Les tonnelets de bières balancés méthodiquement mais rageusement au fond d’une carriole avaient beau faire un boucan d’enfer, ils n’arrivaient pas à couvrir les jurons de l’escogriffe qui suait sang et bière en ahanant comme un damné.

 « J’t’en ficherais des racoleuses comme ça !...

Blang !

Au fond de l’arrière-cour du « Ten Bells », Jack the Knife, souteneur notoire, surineur patenté et brutal maître des lieux, passait ses nerfs sur les barriques…

Blang !

« Faut que’j’sois drôlement ramolli du bulbe pour pas les avoir jetées dehors, les frangines, avec leur foutu paquet ! C’est tout d’même pas écrit Salvation Army sur mon front…

L’aube était à peine levée en ce matin du 13 novembre et Jack the Knife n’avait pas de temps à perdre. S’il voulait honorer sa livraison clandestine de porter pour un cabaret huppé de Soho et dans la foulée livrer le colis de ces dames vers Piccadilly, fallait se remuer la paillasse. Mais qu’est-ce qu’il lui avait pris d’accepter ça ? !

Parce que tout de même…C’était une chose de superviser les arnaques dans Prescott Road, de chapeauter la mendicité juvénile sur Finnegan Square, de contrôler le racket dans Glouston, d’empocher des commissions sur les combats de chiens dans Wapping, de protéger ces demoiselles sur Brick Lane, voire de couvrir un malencontreux coup de surin sur Hanbury…C’était foutrement une autre paire de manches que d’aller faire le mariole dans les beaux quartiers ! Se faire alpaguer dans le West Side et c’était Newgate assuré. Dans les bons jours ! Dans les mauvais jours c’était la Tour de Londres ! Avec bourreau, billot et compagnie ! Tout ça pour les beaux yeux des Arpenteuses…

 

Faut dire qu’elles avaient débarqué dans la nuit, un loustic dans les vapes sur les bras, excitées comme si ç’avait été le Prince de Galles en personne. Jack n’avait rien pigé à leur baragouinage mais ce qu’il avait compris c’est qu’elles en pinçaient si fort pour le lascar qu’elles s’étaient jetées à ses pieds à lui, Jack, en le suppliant de les aider et qu’elles lui revaudraient ça au centuple et qu’il aurait pas à le regretter ! Pour leurs beaux yeux…tu parles ! Molly avait un œil de verre et l’œil droit de Polly regardait vers le Pays de Galles alors que le gauche biglait vers l’Ecosse !

Tout ce qu’il avait retenu c’est qu’il fallait emmener le p’tit gars à une adresse précise dans Burlington Arcade dès qu’y sortirait de son coma.

Mais on ne devenait pas the Knife par pure bonté d’âme et y’avait p’t’être quelque chose à gagner avec cet aristo-là. Que les filles soient en compte avec lui n’était pas pour lui déplaire au fond, juste qu’il n’aimait pas qu’on lui force la main. Le dernier tonneau prit un méchant coup de bottes qui fit, au fond de la remise, un vacarme à réveiller un régiment d’arpenteuses.

Blang !

L’onde de choc se répercuta dans la cour, s’engouffra dans le couloir qui traversait l’arrière-salle enfumée du pub et finit par secouer l’empilement de bras et de têtes emmêlés sur une table.

Enchevêtrement d’où émergèrent trois visages pareillement chiffonnés.

Polly bâilla à s’en déboîter les mâchoires. Elle se pencha et se massa les mollets.

Molly entrebâilla une paupière. L’autre mettait toujours quelques minutes à enregistrer l’ordre d’ouverture. Jenny, les yeux encore dans le vague, regardait l’escalier qui montait aux étages. Elle avait beaucoup chanté cette nuit. Elle avait aussi beaucoup bu, et pleuré, ça va de soi ! L’air de la pirate de l’Opéra des Gueux, ça la mettait toujours dans un de ces états…

 

Elle renifla. Elle aurait bien aimé faire un tour dans la piaule de Molly où, sous une couette rapiécée, leur ange tombé du ciel dormait encore. Ce qu’il avait encore tenté de leur dire avant de resombrer dans les bras de Morphée leur avait paru d’une confusion extrême. Il avait bredouillé un dernier nom, Bartholomew Ruskin, une dernière adresse, avant de s’évanouir à nouveau.

Elles l’avaient couché et bordé comme un enfant puis étaient redescendues au bar où, entre trois chansons et cinq pintes, elles avaient prêté le serment solennel de ne jamais abandonner leur nouveau trésor.

Jack n’avait pas été facile à émouvoir, mais les arguments qu’elles avaient avancés, les jupons qu’elles avaient relevés, l’avaient finalement convaincu…

 

Et ce matin, il irait donc déposer cet Orange Pekoe de mes deux à Burlington Arcade, chez un dénommé Bartholomew Ruskin esq. antiquaire et marchand de tableaux, rien que ça ! Pour peu que  sa Seigneurie daigne se réveiller…

Mais l’humour de Jack avait, comme sa charité, une durée de vie très limitée.

Un dernier Blang et il se précipitait à l’étage. Avec la douceur qui le caractérisait, il secoua vivement le protégé des filles et l’embarqua sur son dos comme un sac de patates.

« Si Mylord veut bien se donner la peine, son carrosse est avancé !…

Jenny eut à peine le temps de lancer :

« Bonne chance, sweet heart !...

Jack gloussa.

Bonne poire, il l’était peut être…

Agence matrimoniale, sûrement pas !

 

 

 

Pouget, Anne. Ma vie de monstre. Scrinéo, 2018.

Thèmes : différence – XVIe siècle

Résumé :

Aux origines du conte de La Belle et la Bête. Catherine (la Belle) et Pierre (la Bête) vivent à la Cour de France, sous le règne de Catherine de Médicis. L’une de leurs filles, Tognina, a hérité de son père un corps couvert de poils qui en fait, aux yeux de ses contemporains, un objet de curiosité, un monstre de foire exhibé à chaque occasion. Elle n'aspire pourtant qu'à vivre ses rêves d’amour et d’aventure, comme une jeune fille normale. Son statut lui permettant de recevoir une excellente éducation, Tognina sait réfléchir et interroger sa différence. Mais comment échapper à sa malédiction ?

Une biographie romancée de qualité, inspirée du peu que l'on sait de la vie de Tognina Gonsalvus. Le contexte historique est riche et d’une grande clarté. Nous croisons Montaigne, Ambroise Paré, Lavinia Fontana... Tognina est extrêmement attachante, d’une intelligence fine et de ce fait, en grande souffrance. Une amère mais salutaire réflexion sur la tolérance.

Biographie :

D'origine sarde, Anne Pouget a passé son enfance en Lorraine avant de faire des études en puériculture et de se mettre à l’écriture. En 1994 elle remporte le prix du roman jeunesse avec "Le Fabuleux voyage de Benjamin". Parallèlement, elle reprend des études en histoire médiévale et en histoire de l'art.

Anne vit aujourd'hui de sa plume et anime également des ateliers de recherche, d'écriture, de théâtre, et se régale à proposer des visites commentées de musées ou de monuments parisiens...

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"Qu'on lui coupe la tête !!!"

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Allouche, Sylvie. Stabat Murder. Syros : 2017prix ado 2740 8

 

Thèmes : polar - musique classique

 

Résumé :   

Valentin, Matthis, Mia et Sacha sont étudiants au Conservatoire national supérieur de musique. Trois années de perfectionnisme et d'acharnement entièrement tournées vers un concours qui pourrait leur ouvrir les portes d’une carrière internationale. Ils se comprennent mieux que personne, mais ils sont aussi en compétition et n'ont rien d'adolescents « classiques ». Lorsque un jour Valentin, Matthis, Mia et Sacha sont portés disparus, la commissaire, Clara Di Lazio a l’intuition terrible que dans cette enquête, chaque minute compte...

Stabat Murder fait bien sûr référence au Stabat Mater, séquence qui a inspiré de nombreux compositeurs mais surtout aux mères des personnages, qui ont toutes un rôle clé dans ce récit. Dans ce polar/thriller, les relations interpersonnelles ont une importance centrale : celles qui lient les élèves et leur charismatique professeur, mais aussi les relations amoureuses ou amicales des quatre pianistes et celles entre parents et ados. Le récit alterne donc les points de vue, avec des phrases courtes, une écriture efficace et rythmée. L’intrigue est serrée, les indices disséminés au goutte à goutte jusqu’au dénouement...inattendu.

 

Biographie de l'auteur : 

Né en France en 1960, Sylvie Allouche a suivi des études de théâtre et a été actrice pendant dix ans.

Elle a commencé par publier de la poésie puis a rédigé 26 volumes de la collection Il était une fois l’homme, et a participé à plusieurs ouvrages documentaires consacrés à l’histoire des civilisations. Depuis une dizaine d’années, elle se partage entre la photographie (expositions, publications) et l’écriture de fiction jeunesse.

 

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Adaptations et pastiches : deux mots qui décrivent cette malle dans laquelle vous découvrirez, en compagnie du Dr Watson, les titres essentiels et  de nombreuses oeuvres inspirées par le héros de Conan Doyle.

Un Thé à Whitechapel

 

Chapitre 1

It was raining cats and dogs.

Il pleuvait des chats et des chiens.

Il tombait des cordes si vous préférez, mais vous connaissez les Anglais, ils ne font jamais rien comme tout le monde, et donc, ce jour-là, à Whitechapel, en plein cœur de Londres, il pleuvait des chats et des chiens…

Il tombait même des cataractes de chats, des trombes de chiens. Un déluge de miaulements, une vraie tornade d’aboiements. Tous les chenils du pays s’étaient déversés ici. Les rues étaient devenues des marais, les caniveaux des étangs, les trottoirs des sables mouvants. Patauger dans ce cloaque, quelle drôle d’idée me direz-vous, et pourtant c’était bien ce que je faisais…

Pourquoi ? Mais parce que, nez en l’air et narines dilatées, je m’étais mis en quête du légendaire « English breakfast » et, poursuivant d’hypothétiques effluves de toasts grillés ou de muffins moelleux sortant du four, je traquais les irrésistibles fumets de croustillantes tranches de bacon surnageant entre deux œufs baveux et trois saucisses de Cumberland…

A cet instant, perdu et trempé comme un naufragé, j’aurais donné n’importe quoi en échange d’une bonne et grande et fumante tasse de thé.

A nice cup of tea of course !

Je pataugeais donc…

Tournant en rond depuis deux heures dans une purée de pois digne d’un film de la Hammer je commençais à ruminer sur le peu d’établissements ouverts à cette heure matinale et à sérieusement regretter les bistrots parisiens lorsqu’au coin de Fournier et de Commercial Street je tombai sur la façade faiblement éclairée d’un pub dont le nom ne cessera de carillonner dans ma tête : Le « Ten Bells ».

Plein d’espoirs, je poussai la porte…

Je le regrette encore aujourd’hui…

 

Chapitre 2

Je n’avais pas fait trois pas à l’intérieur qu’une doucereuse odeur de pourriture me montait à la gorge. Cherchant un portemanteau pour y déposer mes hardes dégoulinantes je fis le tour des lieux. Dans une vaste salle qui suintait l’abandon quelques candélabres d’un autre âge répandaient une lueur tremblotante sur un bar immense et silencieux. Je tentai un faible « Hello ». Personne. Le miroir ne me renvoyait qu’un seul reflet, le mien. Dépité j’avais déjà la main sur la poignée de la porte lorsqu’un grondement m’arrêta net.

«Morning, young man ! What the hell do you want ?… 

Interloqué, je me retournai.

Derrière le bar un étrange bonhomme au visage de forçat taillé à la serpe me dévisageait. Rouflaquettes broussailleuses, tignasse retenue par un catogan, gilet luisant et rapiécé, coutelas dépassant d’une ceinture de flanelle. Si je n’avais été si effrayé par son apparition soudaine je me serais penché pour voir s’il avait une jambe de bois.

« Alors Mylord…une brune ou une blonde ? aboya-t-il en croisant sur le comptoir les deux énormes jambons tatoués qu’il avait en guise de bras.

« Un peu tôt pour une bière, m’entendis-je bredouiller commençant à trouver la situation des plus saugrenues, par contre une bonne tasse de thé ferait…

« Goddam ! me coupa-t-il. Sa grosse paluche agrippa son poignard.

N’ayant nullement l’intention de finir découpé en rondelles  je commençai à reculer lorsque des rires et des trépignements frénétiques éclatèrent du fond de la salle.

 « Du thé, sanglant imbécile ! Du thé, stupide frenchy ! continuait la brute, par tous les diables de l’enfer...

 

La tristesse et la douceur de la voix qui s’éleva alors au-dessus du tohu-bohu me glaça les sangs bien plus que les grognements de l’irascible barman.

« Laisse-le Jack… laisse-le… il fallait bien que cela arrive…

Jack, puisqu’il se nommait ainsi, se calma aussitôt et rengaina son couteau. Il se pencha vers moi me soufflant sous le nez une haleine à réveiller un mort puis, m’empoignant par le cou, il murmura :

« T’as bien de la chance pour un mangeur de grenouilles !… Si ça n’tenait qu’à moi… enfin bon… tu vois cette entrée, là-bas…

Alors qu’une minute avant il n’y avait à l’endroit désigné qu’une obscurité poisseuse, une porte vitrée à peine entr’ouverte se dessinait maintenant dans le mur. Au-dessus était suspendu un panneau rouge flamboyant avec cette inscription en lettres d’or : "Orange Pekoe Revival Club".

Il me poussa du coude.

« Vas-y mon gars, on dirait bien que t’es attendu…

« Approchez cher ami, fit la voix venant des ténèbres. Approchez, allons, n’ayez pas peur…

Un souffle froid m’enveloppa soudain et, tel un somnambule, je passai la petite porte…

 

Chapitre 3

L’aile d’un ange me prenant par l’épaule n’aurait pas eu d’autre effet.

Autour d’une table une curieuse assemblée me détaillait de la tête aux pieds en pouffant. Leurs visages éclairés par une sourde lanterne posée au milieu d’un bataillon de pots en étain qui en reflétait la lumière grimaçaient plus qu’ils ne souriaient. Un siège était vide, je supposai qu’il était pour moi…

Toujours frigorifié je me demandai si une fièvre fulgurante n’était pas en train de me jouer des tours car à l’instar du patibulaire Jack venu s’asseoir à côté de moi, toute cette troupe semblait sortie d’un tableau flamand. La voix triste s’éleva à nouveau.

« Pas flamand, jeune homme… L’homme qui parlait ainsi portait des bésicles d’un autre âge et manifestement lisait dans mes pensées.

«  Pas flamand… un Hogarth serait plus approprié… à quelques siècles près…. mais prenez place je vous en prie… faites juste attention à ne pas vous asseoir sur la…  

« Grrhhhhhhh…

« Ah ! Trop tard…

Un énorme tigre venait de retirer sa queue de dessous mes fesses et avait bondi sur la table. Les terribles yeux jaunes qui me fixaient ne laissaient planer aucun doute sur le sort qu’il me réservait. Je fus à peine surpris d’entendre le fauve marmonner : 

« Pas encore prrris de breakfast ce matin… Grhhhhh… paraît que les rrrognons à la française sont… Grhhhh… exxxcellents…

 

L’assemblée gloussait de plus belle. L’homme aux lorgnons gratta la tête du fauve qui se mit à ronronner.

« Mister Turncoat, un peu d’indulgence je vous prie. Ou un peu de patience, la peur fait tourner les sauces et je crains que vous ne veniez de gâcher votre déjeuner…quant à vous chères amies, dit-il en s’adressant à deux femmes à l’âge indéfinissable qui se tortillaient en face de lui, remballez vos jupons et veuillez, si vous en êtes encore capables, ne pas trop importuner ce garçon…

« Oh docteur tout d’même… j’sais encore m’tenir… minauda l’une des deux en remontant timidement une perruque aussi poudrée que miteuse.

Un petit homme très agité se leva prestement. Visiblement apeuré il n’arrêtait pas de jeter des coups d’œil furtifs derrière son épaule.

«  Si l’on me demande mon avis je… 

« On ne te demande pas ton avis l’épicier ! le coupa sèchement une gitane au regard de braise assise à ses côtés.

 « Grhhhhhh… fit le tigre. 

 « Les amis… dit doucement celui que la dénommée Molly avait appelé docteur, un peu de calme voyons, vous allez finir par effrayer notre hôte…

Il s’apprêtait à me verser une pinte de bière lorsqu’il interrompit son geste.

« Mais où avais-je la tête ?… Vous étiez venu boire autre chose n’est-ce pas ?… La compagnie s’était tue.

« Du thé, n’est-ce pas ?... Le docteur soupira.

Comme répondant à un signal, toute la troupe s’était mise à gémir.

«  Voyez-vous cher ami, cela s’avère, j’en ai peur, tout à fait impossible.

Il est vraiment curieux que vous soyez arrivé jusqu’à nous savez-vous…

Mais peut-être n’est-ce pas un hasard. Les voies du Seigneur, vous connaissez la suite… car, hélas, du thé… on n’en boit plus ici depuis fort longtemps…

Il fit de nouveau une pause.

« …N’y voyez surtout pas un quelconque rejet anti patriotique de cette boisson, qui est à notre verte nation ce que le beaujolais est à la vôtre. Non, la vérité, monsieur, est plus tragique. Et pour certains d’entre nous, extrêmement amère… La vérité peut parfois prendre des chemins de traverse inattendus, elle voyage dans l’espace et se joue du temps. Elle fait le tour de la terre, le tour du cadran, le tour d’une théière, si, si, je vous assure. Une théière peut parfois s’avérer d’une profondeur insondable. Une vie entière peut s’écouler en moins de temps que ne se remplit une tasse de thé… vous ne me croyez pas ?…

 

Le timbre monocorde du discours saugrenu du docteur commençait à provoquer sur moi une irrépressible torpeur. Il continua.

« …Permettez-moi cependant de voler encore quelques minutes de votre temps si cartésien, car vous laisser partir maintenant serait criminel.

Vous désiriez une tasse de thé ? Vous n’en aurez pas je le crains !

En échange, et pour vous dédommager, vous aurez droit à une histoire…

Une histoire fort édifiante dont le triste comité ici présent fut à la fois le témoin et l’acteur et qui garde au fond de son cœur et jusqu’à la fin des temps le douloureux et lancinant souvenir… une histoire à la mémoire de deux amis…

« Un toast ! Un toast pour Jenny et Orange ! glapit Jack.

« Hurrah pour Orange et Jenny ! reprirent-ils tous en chœur en choquant leurs chopines et en m’éclaboussant au passage.

« La réalité est parfois trompeuse, reprit le docteur, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être et l’anodine dégustation de certains breuvages peut devenir plus dangereuse qu’il n’y paraît…

Le « comité » s’était insensiblement resserré et, alors que je luttais contre le sommeil, j’entendis encore le docteur murmurer :

« Sachez seulement que le récit qui va suivre, et dont je serai l’humble narrateur, est le fruit de notre mémoire collective. Certains des événements qui vont vous être dévoilés ont été vécus par d’autres que moi. Mais n’ayez crainte, s’il se trouvait que, par mégarde, j’oubliais quelques faits d’importance, nul doute que mes compagnons ici présents n’hésiteraient pas à me remettre sur le droit chemin…

« Aussi sûr que j’dois mon surnom au tranchant d’ma lame Doc’, j’vous l’garantis ! fit Jack en plantant son surin sur la table.

Le docteur soupira à nouveau, et commença son récit…

 

Chapitre 4

A cette époque voyez-vous, j’étais encore un tout jeune médecin.

La confiance absolue que j’avais dans les effets bénéfiques de la science ainsi que la fierté d’appartenir au corps des meilleurs neurologues de Londres, qui plus est sous la bienveillante bénédiction de notre gracieuse Majesté Victoria, me gonflait d’orgueil… 

« Victoria ! Vous voulez parler de la reine Victoria ? ! balbutiai-je en bâillant.

« Qui d’autre ? Bien sûr que je veux parler de la reine Victoria… Je disais donc que certaines choses étaient, et sont toujours, comme la lutte des anges et des démons depuis les premiers jours de la Création, immuables…

Ainsi en allait-il de cette pluie qui en ce 11 novembre 1888… 

«  Novembre 1888 ?… Vous voulez dire que…

« Bon, vous allez arrêter de m’interrompre à tout bout de champ sinon nous n’allons jamais arriver au bout de cette histoire !

…ainsi de cette pluie, continua t-il en fronçant les sourcils, qui telle celle qui aujourd’hui guida vos pas jusqu’à nous, noyait sous des trombes d’eau la vision que depuis mon bureau j’avais de Whitechapel High Road et me remplissait d’une indéfinissable mélancolie.

La nature humaine dont j’essayais de soigner les travers par l’étude laborieuse des méandres du cerveau m’était quotidiennement source d’étonnement mais aussi de profonde tristesse.

En cette fin de siècle, Londres était le théâtre de tout ce que la plus désinvolte société pouvait offrir de magique et de scintillant… Piccadilly, Mayfair, Belgravia, la City, fourmillaient de ladies virevoltantes et de gentlemen en jaquettes et hauts-de-forme qui perpétuaient leurs certitudes d’être les maîtres de l’univers dans des bals mondains et des clubs aussi fermés que leur arrogance.

Mais la médaille avait un revers, un revers peuplé d’une foule toute aussi grouillante que sa voisine mais qui jamais ne la croisait. Le territoire de celle-ci se trouvait sous mes yeux, juste en face du London Royal Hospital où j’exerçais. Elle trouvait naissance dans les taudis de Shoreditch, croissait dans les coupe-gorges de Bethnal Green, prenait toute sa mesure dans les ruelles insalubres de Stepney, sa démesure le long des docks puants de Limehouse.

Au centre de ce quadrilatère de misère un nom regroupait à lui seul tous les vices, la détresse et les crimes les plus vils. Un nom, symbole de Terre Promise pour les laissés-pour-compte du progrès, les exclus en tout genre mais aussi et surtout les tire-laines, les brigands, les filles de joie, les assassins…

Whitechapel !

Dire que ces deux mondes ne se côtoyaient jamais n’était d’ailleurs pas tout à fait exact. Il était en effet des lieux, sortes de no man’s land tolérés de part et d’autre où, cocktail extravagant, rupins et truands se mélangeaient, où l’on pouvait pour un soir, pour une nuit, échanger masques et costumes, changer de peau, changer de vie, au risque parfois de la perdre. Ces endroits d’où toutes conventions étaient bannies avaient pour noms : théâtres, dancings, pubs, cirques, fêtes foraines…

Les sombres jours dont je vais raviver le souvenir ont eu pour décor cet univers fait d’ombres et de lumières. J’étais, mais je n’en savais encore rien, en plein cœur de ce chaudron du Diable…

 

Chapitre 5

Ce jour-là, à l’heure où j’allais prendre mon service à l’hôpital de Stepney, un attroupement se formait à quelques centaines de yards, devant la vitrine d’une des échoppes les plus prisées de Gun Street, face à Spitalfield Market.

A l’enseigne de Thomas Lipstick Limited…

La réputation de ce commerce à l’apparence vétuste et obscure allait bien au-delà des limites de l’East-End. Merveilleusement pourvu en produits fins et épices en tous genres, les amateurs de cafés les plus exotiques, de vins les plus rares, de Lapsang Souchong raffinés, de tabacs turcs et autres substances plus ou moins opiacées s’y pressaient et se repassaient l’adresse sous le manteau. Il n’était pas rare d’y voir se croiser toutes sortes de pratiques dissimulant sous des pardessus coûteux quelque odorant trésor afin d’assouvir de gourmandes et parfois illicites passions.

Ce n’était hélas pas ce genre de public qui se frottait le nez contre les vitres dépolies de la boutique et se poussait du coude ce matin-là.

Car pour tout dire, c’était une belle bousculade.

La poissonnière houspillait le ramoneur à coup de haddocks ; le ramoneur essuyait ses mains pleines de suie sur le tablier du laitier ; le laitier hurlait après l’employé de bureau qui écrasait ses bouteilles de lait ; quant à l’employé de bureau il cherchait désespérément son chapeau qui n’était plus melon, aplati qu’il était sous les pieds de la foule. Et dans les yeux des gamins en haillons qui montaient d’habitude sur la pointe de leurs godillots pour essayer de voir les bonbonnes remplies de réglisse, nulle lueur de malice, d’envie ou de gourmandise.

Rien qu’une sourde terreur qui enflait au fil des minutes.

Devant la porte de la boutique, bouchant le passage de toute sa carrure de troisième ligne, un policeman immobile et muet comme une statue de sel regardait au loin. Son silence ne faisait qu’attiser la rumeur.

« …Elle est morte… Qui donc ? Mais la Mary Jane Kellogs voyons ! Non ? Si ! La petite vendeuse de la boutique ? Comme j’vous l’dis ! Encore hier j’l’ai vue passer ! Si c’est pas malheureux ! Etripée, saignée comme un goret la pauvre ! Quelle horreur ! Mais où va-t-on ? Et son patron, le Lipstick, où c’est qu’il est donc ? Sale vieux bonhomme avec ses airs de fouines… S’rait coupable qu’ça m’étonnerait pas… Et si c’était un coup de « l’Eventreur » ? Et si c’était Liptstcik « l’Eventreur » ? Et si… Paraît que tout Scotland Yard est dans la cambuse… Z’arrivent toujours après la bataille ceux-là ! Z’ont envoyé du beau monde… Ça lui fait une belle jambe à la Mary Jane… Quelle époque !…»              

Si la foule en question avait pu pénétrer dans l’arrière-salle de l’épicerie elle aurait pu constater que certaines de ses  élucubrations étaient fondées.

Du « beau monde » était en effet présent en la massive et reconnaissable personne du Superintendant Shamrock Mops, l’As des As de la Criminelle.

Mains croisées derrière le dos, moustaches poivre et sel en bataille, le célèbre policier était plongé dans un abîme de perplexité. C’est qu’il en avait vu des crimes tout au long de sa chienne de vie. Des cadavres, par Saint-George, il en avait eu son comptant, mais des comme celui-là… Jamais !

Contrairement à ce qu’en pensait la populace, il n’y avait aucune trace de sang sur la victime. Il aurait mieux valu d’ailleurs. Au moins on aurait été en terrain connu. Un bon coup de couteau entre les côtes c’était du travail de professionnel ; une hache plantée entre les omoplates c’était du sérieux ; un coup de marteau qui vous défonçait un occiput on n’y revenait pas à deux fois. Alors que là… Pauvre fille…

Le rictus d’effroi qui se lisait encore sur le visage de cette gamine en disait long sur ce qu’elle avait dû endurer. Les indices étaient maigres hélas. Pour ainsi dire inexistants. Des débris de vaisselles. Un plateau sur le sol. Une tasse cassée. Une bouilloire. Des sacs d’épices éparpillées autour d’elle. Des graines. Du riz…

Shamrock Mops fit le tour de la victime. Curieux comme le ventre de cette fille était ballonné. Son corps convulsé baignait dans une mare de liquide. Des empreintes de pas s’éloignant de la flaque attirèrent l’attention du fin limier. Seraient-ce celles du criminel ? Il faudrait vérifier si elles ne correspondaient pas à celles du patron de la malheureuse enfant, ce Lipstick qu’on était parti chercher et qui avait soi-disant passé la nuit du meurtre à Holborn, dans un club d’anciens des Indes. Un épicier dans un club ! On aura tout vu !…

Cette flaque intriguait le policier. Malgré un certain embonpoint il se mit précautionneusement à quatre pattes et renifla le liquide.

Son regard se voila...

 

Chapitre 6

 « Excusez-moi de vous interrompre docteur, mais je trouve que vous y allez un peu fort ! » grommela le policeman qui depuis quelques instants se tortillait sur son siège. Il suait à grosses gouttes et retira son casque qu’il posa bruyamment sur la table. Embonpoint…embonpoint…Ce ne sont pas quelques malheureuses Guinness qui…

 « Et moi alors qu’est-ce que je devrais dire ? l’interrompit de sa voix de crécelle le petit homme au teint cireux. Air de fouine…c’est intolérable… 

Drelinggg…Drelinggggg…

Une clochette fébrilement agitée dans la pénombre stoppa net les deux râleurs.

« Eh bien Lawson ?…Vous vous y mettez aussi ?

« C’est plus fort que moi docteur, répondit un personnage corpulent à la moue dédaigneuse, sonner les cloches aux abrutis est pour moi une seconde nature…hélas, depuis une certaine nuit, il ne me reste pour tout tocsin que ce petit grelot...Ô tempora Ô mores…

Jack se leva et dans un même élan empoigna les deux contestataires et le pontifiant sonneur.

«Y vont pas la boucler ces trois-là ? Doc’ qu’est-ce que j’en fais ? 

Le docteur  sourit…

« Votre souci du détail vous honore messieurs, néanmoins il serait souhaitable que vous gardiez votre salive pour plus tard...

Quant à moi, soyez sûr que j’essaierai de coller au plus juste aux faits et que j’apporterai désormais le plus grand soin à ne déformer ni vos silhouettes, ni vos performances musicales…laissez-les Jack…

Je disais donc… 

…Whitechapel est un labyrinthe.

Lorsqu’ on ne connaît pas la géographie de ce sinistre dédale on y perd plus souvent son chemin qu’on ne le trouve, vous en savez quelque chose…

A une poignée de ruelles de la tragique découverte du cadavre encore chaud de la malheureuse Mary Jane Kellogs, dans la pénombre d’un passage ruisselant de crasse, un homme trébuchait comme un pantin désarticulé.

A l’abri des regards, sauf peut-être de celui des rats dont c’était le territoire, les mains sur les tempes, le cœur battant la chamade, les épaules voûtées brinquebalant de droite et de gauche contre les parois de briques, il titubait plus qu’il ne marchait.

L’homme bien qu’hésitant sur la direction à prendre avait la certitude d’être déjà passé par là hier. Comme un loup retournant à la curée, il était revenu sur ses pas…

Le visage dissimulé derrière le col relevé de son mackintosh, il retira brièvement son haut-de-forme de feutre pour s’éponger le front. Sentant ses jambes flageoler il s’assit sur une borne de pierre. Une vague de sanglots lui remontait des entrailles et le fit frissonner. De toutes ses forces il lutta contre le désespoir qui l’envahissait.

Depuis qu’il avait trouvé la boutique de Gun Street tout avait été de mal en pis.

Il n’arrivait même plus à se souvenir de ce qui s’y était passé. Juste qu’il s’était  retrouvé errant dans la soirée avec cette atroce migraine, cherchant grâce aux indications de cette brave fille le club où il devait enfin retrouver ce Lipstick.

Il avait mis tant d’espoir dans cette rencontre que la terrible réaction de celui-ci l’avait laissé abasourdi, hagard, totalement désemparé. Dans son infortune il avait tout de même pu soutirer quelque chose de  l’épicier.

Il avait maintenant un autre nom en poche, une autre chance peut-être…

La chance ?…Quel étrange mot ! La mouche engluée dans une toile d’araignée en avait plus que lui. Dans cet enchevêtrement de rues cauchemardesques il se sentait piégé comme dans une souricière. Il reprit néanmoins sa route.

Au détour d’une venelle une sorte de brouhaha le sortit de sa léthargie.

Cela semblait venir du fleuve. Une odeur de vase montait maintenant jusqu’à lui. Les sons se faisaient plus clairs. Des cris, des jurons, des bruits de caisses qu’on transporte, des sifflets, la sirène d’un remorqueur.

Il était sur les quais…

 

Chapitre 7

Whitechapel Albert Leman - Illustration Sylvain Granon

La nuit porte conseil, il paraît.

Pas la nuit à Whitechapel en tous cas. Il faudrait être bien sot, ou fort naïf pour prétendre cela. Lorsque la lune est au zénith savez-vous quels sont les seuls bruits qui accompagnent les feulements des chats ? Ce sont les sanglots mon ami, les sanglots. Ce sont les frottements à peine audibles de pas dans l’escalier qui s’approchent imperceptiblement. Ce sont ceux des portes qui s’ouvrent en grinçant, du scalpel qu’on aiguise, de la gorge qu’on tranche, de l’infect glouglou du sang qui s’écoule, des cris, des hurlements…Après seulement vient le silence…Le silence, à Whitechapel, est pire que tout.

Et le seul conseil qu’on puisse ici vous donner est celui de rester calfeutré sous la couette et de vous boucher les oreilles pour échapper aux cauchemars.

Ce qu’hélas le superintendant Mops, malgré le coton qu’il avait mis dans les siennes, et la bonne dose de brandy qu’il avait bu la veille, n’avait pas réussi à faire cette nuit-là.

C’est donc de fort méchante humeur que le lendemain du crime de Spitalfields Market il arriva au commissariat d’Algate High Street.

Le sergent O’Henry l’attendait sur le perron et Mops comprit tout de suite en voyant son subalterne piétiner d’un pied sur l’autre que la journée n’allait pas être de tout repos. Le grand escogriffe gesticulait fébrilement. Quelle mouche avait encore donc piqué cet imbécile ? Avant qu’O’Henry n’ouvre la bouche il l’avait bousculé et s’était précipité vers « l’Aquarium » en lui lançant un « Plus tard ! Plus tard ! » qui n’attendait aucune réponse.

« L’Aquarium » était le sanctuaire de Mops.

Sorte de cage vitrée disposée au centre de la grande salle du premier étage elle était la terreur de la pègre locale. Lorsqu’on y entrait on n’était jamais sûr d’en ressortir entier.

Détaché de Scotland Yard sur sa demande le superintendant avait en effet choisi de combattre le crime de l’intérieur. En ces temps troublés où les égorgeurs seraient bientôt plus nombreux que les honnêtes gens  il avait établi ses quartiers au cœur de Whitechapel. « L’Aquarium » était sa tour de contrôle.

Il s’assit vivement à son bureau en poussant un soupir et allait ouvrir le tiroir d’en bas, celui où dormait sagement une fiole de single malt, lorsqu’il vit deux enveloppes posées devant lui. Il referma rageusement le tiroir. La première lettre valait son pesant de porridge. Ecrite dans un sabir sans queue ni tête, elle était adressée à l’Honorable Mops Pacha, «  Chef suprême des forces de l’ordre et du désordre », et le laissa sans voix :

“…Bodhidhârma méditait les yeux grands ouverts au pied de la mère des montagnes.

Bodhidhârma n’avait pas dormi depuis neuf longues années.

Il avait la volonté du vent, la force du volcan et la persévérance des vagues. 

Une nuit cependant le sommeil le surprit.

Il fut vite envahi par de voluptueux rêves d’amour. A son réveil l’immensité de sa faiblesse le plongea dans un abîme de désespoir.

Pour éviter de sombrer à nouveau, il se trancha les paupières avec ses propres dents. Puis il enterra ses paupières. Cela se passa ainsi .

Au matin elles avaient pris racines et un arbuste majestueux aux branches recouvertes de feuilles d’émeraude avait poussé.

Il fit infuser ses feuilles dans de l’urine brûlante de Yack.

Oui en vérité cela se passa ainsi.

Avec humilité il but ce breuvage. 

Chaque jour, avec humilité, il but ce breuvage.

Et jamais plus Bodhidhârma ne dormit…”

Qu’est-ce que c’est que cette farce ? Grogna Mops. Il froissa la lettre et la mit machinalement dans sa poche. La seconde missive lui parut plus sérieuse, elle émanait du poste de police de Holborn West. C’était le compte-rendu de la soirée du 10 novembre à l’Old Bengali Club, 24 Charterhouse Square, établi par le secrétaire général du club, l’honorable James Fitz-Patrick esq.

Voici quel était son contenu :

16 h 55 Arrivées du Colonel Mac Manus et de John Bradshaw du 2e fusilier du Sussex. Rien à signaler

17 h 07 Arrivée du sergent Thomas Lipstick. Rien à Signaler.

17 h 10 Arrivées du Capitaine Pembrocke et du Major O’Donnell.

17 h 18 Arrivées de plusieurs dames prétendant avoir été invitées par le Major O’Donnell pour des séances de méditations communes. Je préviens le Major qui confirme et les fait installer dans le salon « Rudyard Kipling » après avoir entonné l’hymne du régiment des Highlanders de Lahore : « Drink with me, sisters of mercy »

17 h 24 Un individu n’appartenant pas au club demande à voir le sergent Lipstick. Apparence aisée, bonne coupe de vêtements, port de tête aristocratique, Peau mate. Il est fort agité et fournit des explications embrouillées. Je lui demande de rester dans le vestibule pendant que j’envoie le « Waiter » informer le sergent qu’un étranger désire le voir.

17 h 38 Le Waiter revient. Lipstick fait dire qu’il viendra quand il aura fini de méditer.

17 h 59 Fébrilité croissante de l’étranger. Lipstick arrive dans le hall. Il dévisage l’individu avec stupéfaction. Celui-ci se lance dans un discours extrêmement confus. Son agitation est à son comble. Il agrippe Lipstick par le bras. Lipstick semble très effrayé. Il sort vivement une bouteille de sa veste et boit au goulot au mépris de toutes les règles en vigueur dans le club.

18 h 03 L’individu implore Lipstick qui le repousse avec horreur. L’individu se traîne à ses pieds. J’entends les mots: « Père, soldat, Mère, château, oubli …» Lipstick bredouille :  « Je ne peux rien dire !... »Je leur demande de faire cesser ce tohu-bohu sous peine de les faire « blackbouler » sur le champ. Lipstick roule des yeux comme s’il était devenu fou et tente de repousser l’individu hors du club. J’entends encore le mot :  « Help » prononcé par l’étranger. Lipstick répond : « Damned ! ». Il saisit des mains d’un groom une ardoise destinée au service et griffonne dessus quelque chose puis la lance à l’individu. Il hurle: « Hors de ma vue, Démon ! »  puis jette l’individu dehors en le bourrant de coups de poings de façon assez peu “fair play”, ce que je ne peux m’empêcher de lui signaler.

18 h 10 Lipstick remet de l’ordre dans sa tenue et me demande de ne pas noter l’entrevue. Il ajoute: « C‘est un pauvre fou ! Vous n’avez rien vu, rien entendu, n’est-ce pas, James ? » Je l’assure de ma discrétion.

18 h 11 Hormis quelques gloussements de méditation provenant du salon “Rudyard Kipling”, plus rien à signaler.

 

Chapitre 8

Nom d’un petit bonhomme, s’exclama Mops en repliant le document.

Se renversant sur son fauteuil il croisa les pieds sur son bureau et se lissa les moustaches en signe de satisfaction. Son flair légendaire ne l’avait pas trompé ! Ainsi ce Thomas Lipstick avait traité des affaires douteuses avec un individu louche dans un club huppé réservé à des ex-officiers de l’armée des Indes à l’heure où son innocente employée passait de vie à trépas dans des circonstances mystérieuses. Un petit séjour dans l’Aquarium allait faire le plus grand bien à ce particulier…

Mops se penchait à nouveau vers le tiroir du bas lorsqu’on frappa aux carreaux. Encore cet imbécile d’O’Henry. Pas moyen de se concentrer fulmina le super-intendant en feignant de ne pas prêter attention à son subalterne qui tambourinait cependant de plus belle et agitait maintenant fébrilement deux doigts en signe de victoire. Refermant vivement le tiroir, Mops se résolut à le faire entrer.

“ Pas un mot O’Henry, pas un mot si vous ne voulez pas que votre casque devienne aussi plat que la lande de Yarmouth !…Et si c’est pour me demander deux jours de congés ma réponse est non !

Sachant que les promesses de Mops n’étaient pas vaines O’Henry se lança dans une séance de gesticulation aussi muette que désordonnée.

Il se passa d’abord un ongle sur le cou.

“ Un crime ? fit Mops, vous voulez me parler d’un crime? Mais je sais bien qu’il y a eu un crime…

O’Henry fit non de la tête. Il plissa les yeux, prit son air le plus cruel possible et se repassa le pouce sur la gorge.

“ Un Chinois ?…Un Chinois fourbe qui se tranche la gorge ?

O’Henry leva à nouveau ses deux doigts et fit onduler ses bras. Une houle parfaitement mimée…

“Deux Chinois se trucident à bord d’une jonque ? Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ?

Le policier abattit sa dernière carte.

“Coin-coin !…se mit-il à brailler en se dandinant…

“Deux Chinois zigouillent un canard sur un sampan ! O’Henry vous êtes complètement marteau !…

“Coin-coin chef !…Coin-coin…un canard…vous l’avez,  mais dans le désordre…

“Un Chinois bousille une barque sur un canard ?

“Vous y êtes presque chef !

 “Un Chinois ?…Deux morts ?…

“Canard, chef…duck…canard…duck…

“Duck ?…”

Dans les yeux de Shamrock Mops,  soudain une étincelle.

Il venait de comprendre. Duck n’était pas duck, mais dock…

Un deuxième crime de Chinois sur les docks !

Dans les yeux d’O’Henry, une admiration sans borne.

“Vous attendez le déluge, O’Henry ? Lui hurla l’inspecteur en enfilant son manteau, direction les quais, et au pas de charge!… ”

La machine était lancée. Scotland Yard tournait à plein régime.

Le Mal avait du mouron à se faire.

“Bon écoutez docteur, que vous vous permettiez d’insinuer que le respect de mes hommes envers moi s’apparentait à de l’idôlatrie, passe encore! Mais que vous me montriez constamment sous les traits d’un poivrot abruti, là c’en est trop…je ne vois vraiment pas en quoi cela est d’une quelconque utilité pour la suite de cette histoire, que Diable…et je m’insurge…

“Vous ne devriez-pas citer le Diable à tort et à travers, mon cher Mops…mais puisque vous semblez tant l’apprécier je pourrais tout aussi bien vous y renvoyer…vous ouvrez la bouche encore une fois et je vous jure que je n’hésiterai pas…puis-je reprendre ?…

Merci…”

 

Chapitre 9

…La nouvelle du meurtre d’un pauvre coolie s’était répandue dans tout l’East-End en moins de temps qu’il n’en avait fallu au désormais sobre super-intendant Mops pour se précipiter à Saint-Katherine’s Wharf sur Limehouse Docks, le nouveau lieu du crime.

Traverser la populace déchaînée que des cordons de policeman contenaient tant bien que mal le long du quai fut la seconde épreuve de sa journée. Comme il s’en était douté les investigations tournaient à la confusion. Entre les vociférations de la foule…Un deuxième meurtre! Encore un! Pire qu’à Spitalfield ! Mais où va-t-on ?…Et les cris d’une cohorte de Chinois, l’enquête, avant même de commencer, avait du plomb dans l’aile.

Suivi comme son ombre par O’Henry, le détective se mit à l’écart et se gratta la tête. Pouvait-on porter foi aux incohérents témoignages qui déjà arrivaient de toutes parts ? Il avisa entre deux policemen un individu en tenue d’officier de marine dont le visage livide était tourné vers un cadavre obscène étalé à ses pieds. Celui-ci portait les mêmes stigmates que ceux de la suppliciée de Spitalfiefd, gonflé comme une baudruche prête à exploser…

Le sergent fit les présentations.

“ Inspecteur, voici monsieur Reginald Stappelton, officier de quart responsable de la manœuvre de déchargement à bord du Jasmin Star en provenance de Canton. Il désirait ne parler qu’à une haute autorité.

“ Comportement honorable et fort compréhensif, renchérit Mops en se rengorgeant, mon brave, la haute autorité que je suis est toute ouïe !

L’officier était visiblement perturbé.

“ Promettez-moi de garder une discrétion absolue sur les propos que vous allez entendre, murmura-t-il sombrement. Dieu m’est témoin que je n’ai rien inventé et, bien qu’ayant éclusé quelques pintes de stout hier au soir, je jure que ce que je vais essayer de décrire n’est ni le fruit d’un éthylisme incontrôlé ni celui de mon imagination, car d’imagination, je n’en ai jamais eu, foi de Stappleton!

“Calmez-vous mon vieux, nous ne demandons qu’à vous croire!

“Soit! Je continue messieurs…Voici ce qui s’est passé :

Il était 20 heures 45 précises. J’étais sur la passerelle avant et je regardais les coolies effectuer les opérations de débarquement de notre cargaison, laquelle, constituée essentiellement des récoltes hivernales des meilleurs feuilles de thé du Yunnan, était destinée à réapprovisionner les entrepôts de Messieurs Twinnings et Lipton.

Mops tout en griffonnant sur son calepin répétait après lui.

“Twinton et…Lipnings…Continuez Stappelton, continuez…

“C’était un joyeux va et vient sur le quai. Il faut dire que ces gaillards, bien que braillant à tue tête dans leur incompréhensible jargon, étaient d’une efficacité étonnante. C’est pourquoi j’avais autorisé ces pauvres bougres à faire une petite pause afin de se désaltérer d’un bol de leur ignoble thé au jasmin dont ils sont si friands. Je les observais avec bienveillance lorsque je remarquai un individu s’approcher d’un groupe de quatre Chinois accroupis autour d’un feu.

Ce personnage sanglé dans une redingote au col remonté jusqu’aux yeux avançait vers eux en titubant. Encore un ivrogne en maraude pensai-je. Je fus fort étonné de voir que mes coolies, si peu engageants de nature, l’invitaient à s’asseoir sur une caisse, lui proposant même une tasse de leur affreux brouet. Et c’est là que la chose arriva. Le bonhomme perdit la tête.

Ce que je veux dire, c’est que véritablement il perdit la tête …

Enfin c’est ce que je crus sur l’instant car ce qui arriva ensuite dépasse tout entendement. Alors que les coolies hurlaient de terreur, l’individu, subitement agité de mouvements désordonnés et compulsifs, se précipita sur l’un des Chinois et, l’agrippant par la natte, le força à s’agenouiller. Muet de stupeur du haut de mon poste d’observation je perçus sous le col de l’homme, l’espace d’un court instant, comme un éclair métallique qui m’éblouit. Sortant de ma léthargie je saisis mon sifflet et soufflai de toutes mes forces puis descendis quatre à quatre la coursive. Hélas, il était trop tard. Lorsque j’arrivai en bas le spectacle était atroce. Le corps sans vie du malheureux Chinois flottait dans une mare d’un liquide fumant qui semblait sortir de sa propre bouche. Le forcené avait disparu comme par enchantement. Les coolies tentèrent de me raconter la scène et, du peu que je pus saisir de leurs baragouinages, il en ressortit ceci:

La tête de l’homme se serait transformée en boîte de conserve prolongée d’un tuyau par lequel, par un artifice diabolique, il aurait forcé la victime à ingurgiter un flot d’eau bouillante causant par là même sa perte. Son sinistre forfait accompli, le monstre, car il faut bien l’appeler ainsi, aurait lâchement fui en plongeant dans les eaux boueuses de la Tamise...

Stappleton paraissait à bout de souffle. D’une main tremblante, il épongea son front couvert de sueur et reprit:

“Il ne m’appartient pas d’alléguer ou d’infirmer les dires de ces pauvres bougres pétris de superstitions ni de porter un quelconque jugement sur cet événement. Néanmoins, un homme est mort dans cette affaire, un homme qui était sous ma responsabilité et dont la fin tragique me hantera jusqu’à mon dernier souffle. Je compte donc dès demain déposer sur le bureau des armateurs de la Compagnie Orientale de la Chine ce témoignage ainsi que ma lettre de démission. Des copies de cette relation seront transmises à l’Archevêché de Canterbury car cette affaire dépasse mes compétences morales et spirituelles. Ensuite, et avec votre permission sir, je me ferai sauter le caisson ...”

Il chancela dans les bras d’O’Henry.

“Allons mon vieux reprenez vous, fit Mops, un grand gaillard comme vous…

 

Chapitre 10

Mops dévisagea le malheureux officier. Noble cœur assurément mais petite nature. La Royale ferait bien de réorganiser ses cadres. Curieux témoignage que le sien. La prudence était de mise d’autant que le navire venait de Canton et qui disait Canton disait opium. Ce Stappelton était peut-être un accro à la pipe !

Plusieurs choses cependant titillaient la subtile matière grise du policier. Le récit du marin comportait une part de similitudes avec le crime précédent. Le Chinois aurait été forcé d’ingurgiter du liquide, tout comme Miss Kellogs. Mais quel liquide ? L’autopsie apporterait  probablement des éclaircissements.

Quant à l’individu en redingote, monstre ou pas, se pouvait-il que ce soit le même que celui décrit par le secrétaire de l’Old Bengali club ?

Et Lipstick ? La plupart des produits de son commerce venaient d’Extrême-Orient. Son interrogatoire s’imposait de toute urgence.

Il en était là de ses réflexions lorsqu’une main gantée se posa sur son épaule.

Ce fut sa troisième épreuve…Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir que cette main appartenait à la plaie de tout enquêteur. Celui qui sous son aspect de dandy à tête d’ange faisait trembler tout le Yard; celui qui d’une seule phrase, pouvait déboulonner un gouvernement, qui d’un mot pouvait déclencher une guerre mondiale; la calamité faite homme; l’enfer sur terre:

Johnny Laphroïg, le fameux reporter du Daily Stinker…

« Qu’est-ce que vous foutez-là Laphroïg ? Qui vous a permis ?…

“Mes hommages Lord Mops! Comment va votre Seigneurie aujourd’hui ? Toujours aussi aimable à ce que je vois, répondit l’autre, un sourire goguenard au coin des lèvres. Vous savez bien que j’ai mes entrées partout…de plus je vais où mon odorat me guide. Plus ça pue plus j’aime ça. C’est pour ça que je vous suis à la trace mon cher Shamrock !

“Non mais dites donc…

“Et aujourd’hui…Il fit mine de renifler Mops, ça sent le canard laqué…le canard laqué…faisandé…

“ Laphroig vous allez me foutre le camp !

“Tsss tsss Super-intendant…calmez-vous…savez-vous ce qu’on raconte dans les rues de Whitechapel ces dernières heures ?…On raconte des choses tout bonnement terrifiantes, à vous faire dresser les cheveux sur la tête, enfin, pas sur la vôtre Mops parce qu’avec les trois poils que vous avez sur le crâne pas de danger que…

“Suffit maudit fouineur!

Sans ménagement, il agrippa le journaliste par le col de son superbe costume en tweed et le souleva jusqu’au cordon de policiers. Mais Laphroïg continuait.

“Ah Mops, quelle misère !…aïe !…tant pis pour vous !…doucement voulez-vous, cette jaquette vaut l’équivalent de votre paie annuelle…quand comprendrez-vous que la presse est votre plus fidèle alliée…

“ Alliée, mes fesses ! Allez Ouste !...

“Mais Mops, entendez-vous les rumeurs? On tue des jaunes à tour de bras!!!…regardez autour de vous, avant de mourir ébouillantés ces gens sont déjà morts de peur. Ils veulent savoir …l’émeute gronde…je peux…nous pouvons mutuellement nous aider…allez Mops, un bon geste…ouille…un mot…rien qu’un mot pour mes lecteurs…ne faites pas ça, Moooooooooops… cria-t-il avant d’être balancé dans la foule qui suivait cet échange avec délectation.

“Du balai !!!! hurla Mops sous les applaudissements du public.

Se relevant comme si de rien n’était au milieu des rires et des quolibets, Johnny Laphroïg s’épousseta avec désinvolture et recala sa casquette à visière d’une petite tape. Quant au dernier mot qu’avait bien voulu lui lancer ce fumier de flic, il se l’était déjà mis, avec son crayon, derrière l’ oreille.

Quel merveilleux titre cela allait faire pour la une de demain…

Jubert, Hervé. Droneboy. Syros, 2019.

Thèmes : ZAD – polar – nouvelles technologies

Résumé :

Jusqu'ici, Paul ne pensait qu'à piloter son drone pour remporter des compétitions. Mais depuis deux mois, sa vie a changé. Au collège, une fille vient de débarquer, cheveux courts teints en violet, kilt écossais sur collants roses, détonante quoi ! Et puis, quand le car le dépose, il doit montrer patte blanche à un CRS pour rejoindre la maison forestière où il vit avec son père. Que se passe-t-il donc à Blagnac-sur-Vère, désormais sur le pied de guerre ? Dans cette forêt du sud-ouest, des zadistes luttent contre un projet de barrage qui doit ravager une zone protégée. Grâce à son drone, Paul ne perd rien de leur affrontement avec les forces de l’ordre. Mais ce contexte de guérilla est propice aux pires dérapages...

Un roman où les héros sont confrontés à une situation qui les dépasse, où ils ne sont pas acteurs mais pourtant aux premières loges, où leur envie de rébellion les amène à prendre des risques majeurs.

Sans prendre parti ni être moralisateur, l'auteur décrypte un sujet d’actualité complexe, éclaire les enjeux, pointe les entêtements et les utopies, en s’inspirant de faits réels s’étant déroulés à Sivens. Un polar explosif, sensible, jamais caricatural et riche de personnages aux caractères bien campés.

Biographie :

Hervé Jubert est né à Reims en 1970. Après une formation en lettres modernes puis en histoire de l'art, il débarque dans le Sud-Ouest de la France et se consacre à l'écriture de romans, plutôt marqués fantastique ou polar, destinés à la jeunesse, aux adolescents, et aux adultes qui le sont restés. Il aime Sherlock Holmes, Harry Potter, le steampunk, Doctor Who... Entre autres. Il anime également des ateliers d’écriture.

Pour emprunter le livre

L'équipe de la médiathèque de Cauterets s'adapte aux nouvelles consignes sanitaires et propose un drive.

Bertholon, Delphine. Celle qui marche la nuit. Albin Michel, 2019. Wizz.

Thèmes : surnaturel – enquête

Résumé :

Malo, 15 ans, est parisien, fan de jeux-vidéo et de skate. Alors quitter cette vie « normale » pour La Maison des Pins au sud de la France, bonjour l’angoisse ! Alors que son père et sa belle-mère pensent avoir déniché « La petite maison dans la prairie en encore mieux parce qu'on va en refaire la déco », il va vite se rendre compte que des choses ne tournent pas rond dans cette vieille demeure, à commencer par sa petite sœur, Jeanne, qui hurle dans la nuit et parle aux murs...

Du suspense, du surnaturel, une atmosphère inquiétante, mais pas à hurler de terreur tout de même ! Une efficacité du récit qui séduit et accroche sans faiblir, loin des facilités du genre. Malo est immédiatement attachant, oscillant entre candeur et maturité, retenue et action. Et c’est tout autant sa psychologie sensible qu’une aventure fantastico-policière que nous suivons en frissonnant.

Biographie :

Delphine Bertholon naît à Lyon et écrit depuis l'âge de six ans, âge auquel elle remporte un concours de poésie. Trop fière ! Après des études de lettres, elle renonce au professorat pour se consacrer à l'écriture. Après des années « kamikaze » (acharnement et précarité) elle parvient à publier ses premiers romans adultes dans une grande maison d’édition avec un succès jamais démenti depuis. Elle écrit également des scénarios pour la télévision, comme Yes We Can et, depuis peu, des romans pour la jeunesse.

Pour emprunter le livre

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Ce mois-ci, nous vous proposons plusieurs animations à la Médiathèque autour des arbres, en partenariat avec "Murmures d'Arbres d'Aure et du Louron".

Pavlenko, Marie. Je suis ton soleil. Flammarion jeunesse : 2017Prix ado 2740 5

 

Thèmes : adolescence

 

Résumé :   

Déborah pourrait être une ado comme les autres mais ce serait sans compter sur le « théorème de la scoumoune ». Elle entame donc son année de terminale avec des notes en chute libre, sa meilleure amie qui l’abandonne et sans une paire de chaussures, rapport à son labrador nauséabond qui s'acharne à les dévorer. Mais ce n'est pas le pire. Car sa mère se met à découper frénétiquement des magazines tandis que son père est au bras d’une inconnue. Heureusement, Déborah se lie avec Jamal et le beau Victor qui parviendront peut-être à illuminer les nuages...

Un récit de vie adolescente coloré d’humour et d’une belle intensité émotionnelle. Le thème est rebattu mais ici il est authentique, désopilant, intuitif. Déborah n’est pas la plus jolie, pas la plus intelligente, sacrément maladroite et elle grandit entre peine, drame et sentiment. Une jeune fille normale quoi ! Mais tellement attachante, oscillant entre ironie blasée et généreuse vitalité, pleine de verve et d’optimisme.

 

Biographie de l'auteur : 

Marie Pavlenko est née le 30 septembre 1974 à Lille. Elle obtient son D.E.A. de lettres modernes à Paris III avant de passer par l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. Installée à Paris après avoir vécu un an en Jordanie, elle est journaliste pendant 15 ans, puis se lance dans la fiction (scénarios télé, cinéma, BD).

En 2011, les éditions Scrineo publient le "Livre de Saskia", une trilogie fantasy, son genre de prédilection, à destination des adolescents. Depuis, Marie Pavlenko se consacre entièrement à l'écriture de romans jeunesse.

 

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planetepaillonokRéalisation : Association Pyrénées Entomologie ; 2004

Descriptif : 7 panneaux ; 100 x 150 cm ; 15 panneaux 60 x 90 cm, 13 panneaux 40 x 60 cm ; affiche plastifiée nue.

 

Exposition photographique présentant diverses espèces de papillons, qui au-delà de faire rêver suscite l'amour de la nature.

Le Mois du film documentaire ce n'est pas seulement une projection, découvrez l'engagement de nos partenaires dans une série d'actualités qui montre l'envers du décor.

malleTDFOKUne sélection de documentaires, d'autobiographies, de biographies, de recueils photographiques, de textes de grandes plumes et d’historiens du cyclisme (Blondin, Brouchon, Ollivier, Augendre, Laborde...)  présente toutes les mythiques ascensions et lieux du Tour de France, et magnifie les efforts et exploits des forçats de la route.

Cette année, en plus des 13 projections qui étaient prévues, vous pouvez visionner d'autres films "Mois du film documentaire" depuis chez vous!

Leroy, Jérôme. Macha ou l'évasion. Syros : 2016prix ado 2740 7

 

Thèmes : utopie - société idéale - fin d’un monde

 

Résumé :   

Le monde de la Douceur vient d’entrer dans sa quatrième génération. Dans la Douceur, il n’y a plus de téléphones portables, plus de pollution, la course au profit a disparu. Macha-des-Oyats, qui a 107 ans, est née au tout début du 21e siècle. Elle est l’une des dernières personnes à avoir connu le monde de la Fin. Alors, quand les jeunes cueilleurs d'histoire, les nouveaux historiens de la Douceur, la sollicitent afin de recueillir son précieux témoignage, elle accepte de raconter : sa jeunesse, cette époque ultraviolente, sa fuite vers un idéal, la transition...

Ce roman renouvelle le genre en proposant pour changer une utopie : une société harmonieuse, détachée du matériel, fondée sur le respect de soi, des autres, de la nature. Pétillante, entre humour et émotion, Macha nous livre un récit glaçant et intense, qui cueille le lecteur pour
l’amener à réfléchir aux dysfonctionnements de l'ancien monde, notre monde donc. En lisant, on fait des pauses, on aspire à cette Douceur, on a envie d’agir. Une fiction salutaire et porteuse d’espérance !

 

Biographie de l'auteur : 

Jérôme Leroy, né à Rouen le 29 août 1964 a été professeur de français en zone d’éducation prioritaire dans un collège du Nord, avant de se consacrer à l’écriture. Il est l'auteur de romans, de romans noirs, de nouvelles et de poèmes, tant en littérature adulte que jeunesse. Son thème de prédilection est le monde futur,
gangrené par le consumérisme et la technologie. La société y apparaît comme envahie par la technique, qui détruit la poésie du monde et de l'homme. 

 

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La médiathèque de Vic-en-Bigorre accueille une nouvelle exposition durant le mois d'octobre 2020.

Le Département soutient l’organisation de la première édition du festival Ecran Jeunesse, ciblé sur les programmes audiovisuels dédiés aux jeunes (émissions ludo éducatives, séries, documentaires, films…), qui se déroulera du 21 au 25 octobre à Lourdes.

La médiathèque de Vic-en-Bigorre fait son cinéma, mercredi 21 octobre 2020.

Panafieu, Jean-Baptiste de. L'éveil. Stade 1. Gulf Stream éditeur : 2016prix ado 2740 2

 

Thèmes : évolution - domination - animaux

 

Résumé :  

Biologiste douée, Laura met au point un virus capable d'augmenter les facultés intellectuelles. Elle effectue ses tests sur une souris et... très vite, le rongeur prend conscience de lui-même et s'échappe. Il se fait dévorer par un chat, qui se fait mordre par un rat et une immense réaction en chaîne s'ensuit : bientôt de multiples oiseaux et mammifères « s’éveillent ». Chaque espèce, humains compris, va réagir et inter-agir de manière différente : une communication rêvée ou une nouvelle domination dans un univers inversé ? L'industrie agro-alimentaire s'affole et cherche à capturer Laura afin qu'elle conçoive un contre-virus. Accompagnée de son frère, de ses amis, ainsi que du chat Chou-K, de la chienne Cabosse et du perroquet Montaigne, elle va tenter de leur échapper.

Roman d’anticipation, L’éveil se déroule pourtant à notre époque et sert la réflexion écologique, politique et philosophique
autour de la cause animale, de la suprématie de l’homme, de l’environnement... Face à une situation aussi complexe, l'auteur opte pour un narrateur externe, à l'exception des « éveils » des animaux, racontés adroitement à la première personne. L’action est musclée, inquiétante parfois. Les personnages, humains comme animaux, sont typés et attachants. L’ensemble est solide, fluide, pose des éléments de compréhension mais laisse le lecteur trancher. Un premier tome passionnant où science, conscience et argent s'affrontent, toujours !

 

Biographie de l'auteur : 

Jean-Baptiste de Panafieu est professeur agrégé de Sciences naturelles et docteur en Océanologie biologique. Après avoir enseigné quelques années au collège, il se consacre aujourd'hui à l'écriture d'ouvrages scientifiques pour les jeunes et à la réalisation de films documentaires et de reportages.

Il a écrit une trentaine de livres, seul ou avec d’autres auteurs avec pour thèmes principaux l’écologie, la vie des océans, la préhistoire et l’évolution de l’homme et des animaux.

 

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Mercredi 7 octobre, la médiathèque de Vic reprend son heure du conte mensuelle. 

Baffert, Sigrid. Tous les bruits du monde. Milan, 2018.

Thèmes : aventures – histoire – amour– vengeance

Résumé :

" Tu le tues ou je te tue, avait dit le vieux Fernando Mancini à sa fille..." Graziella, 16 ans, est enceinte d'un garçon qui l'a séduite puis abandonnée et s'apprête à en épouser une autre. Nous sommes en 1905 en Calabre. Ici on ne sait pas impunément l'honneur d'une famille. Graziella n’a guère le choix, elle doit se venger.

Un grand roman d’aventure au souffle épique, qui traverse les années et les pays. Des personnages forts, admirables, plein de possibles, épris d’espoir et de liberté malgré les chaînes du passé et du présent. Portée par une plume sensible et exigeante, leur aventure est captivante du début à la fin et permet d'aborder des sujets inattendus tels que l'amour maternel, la surdité, l'exil, l'indépendance.

Biographie :

Sigrid Baffert est née en 1972 à Lyon. A 20 ans, elle compose ses premières chansons. Après une maîtrise de cinéma, elle suit des cours d'art dramatique et de chant. Elle devient tour à tour animatrice dans une cinémathèque, assistante de mise en scène dans un théâtre de marionnettes, adjointe administrative dans une compagnie de danse, elle travaille également dans des musées... Elle ne cesse d'écrire pendant tout ce temps et c'est en 1999 que son premier roman est publié. La même année, Serge Reggiani interprète une de ses chansons, Ballade pour une gardienne de musée. Depuis, Sigrid Baffert ne se consacre qu'à l'écriture.

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Calendrier de l'Après, énigme 28

Mamie!!

 

 Les mamies de la médiathèque départementale

EXPOlutinsRéalisation : Bodoni; 2003

Descriptif : 14 panneaux; 54 x 80 cm.; panneau cartonné perforé sans oeillets.

 

Fées, lutins, elfes, sylphes, gnomes, farfadets, korrigans, trolls, ondines, vouivres..., le monde est peuplé d'êtres étranges et de créatures enchantées vivant dans un univers fantastique qui intrigue autant qu'il fascine.

Pour la 13e année consécutive, le prix littéraire ados « Hautes-Pyrénées, tout en auteurs » fait sa rentrée !

Calendrier de l'Après, énigme 29

N 43° 13.145 E 000° 04.197
UTM: 31T E 262020 N 4789312

Calendrier de l'Après, énigme 28

 

Ce mois-ci à la bibliothèque d'Arreau, on part faire un tour à bicyclette, on vous emmène dans nos histoires ?

Medina, Florence. Direct du cœur. Magnard, 2018.

Thèmes : surdité – LSF – amour

Résumé :

Pour gagner quelques points au Bac et face à l’insistance angoissée de sa mère, Tim accepte de prendre la langue des signes comme option. Il démarre les cours en traînant des pieds... Mais après des débuts chaotiques et qui le laissent perplexe, c’est finalement une découverte fracassante ! Grâce à sa prof sourde et avec les cinq autres élèves du cours, il découvre un monde insoupçonné, s’étonne, enchaîne les rencontres, drague, se fait rembarrer mais ne se décourage jamais.

Une aventure captivante et pleine d'humour, portée par la dynamique, les sautes d’humeurs, la fraîcheur de Tom, ses relations familiales confuses et ses coups de cœur. Un récit instructif aussi sur le fonctionnement de cette langue et qui interpelle sur ce qui est la réalité profonde des sourds. Et notre horizon s’élargit...

Biographie :

Florence Médina est née en 1968. Après avoir été comédienne, serveuse (comme toutes les comédiennes, ou presque...), hôtesse d’accueil, adjointe aux relations publiques, adjointe à tout dans une compagnie théâtrale, poseuse d’enduit mural..., elle s’est décidée à mettre sa manie de bouger les mains au service d’une noble profession : interprète français/LSF. À part ça, dès qu’elle le peut, elle écrit. Pour adultes comme pour moins adultes.

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Calendrier de l'Après, énigme 27

Dans la sélection thématique "Noël éthique" nos bibliothécaires vous propose de les faire à la main.

 

Le film documentaire est à l'honneur au mois de novembre avec des projections prévues dans tout le département !

Puard, Bertrand. L’archipel, tome 1: Latitude. Casterman, 2018.

Thèmes : échange d’identités – vengeance – thriller

Résumé :

Yann Rodin, lycéen, est la victime d’un business très lucratif : l’échange d’identités. Son malheur : être le sosie de Sacha Pavlovitch, le fils d’un puissant trafiquant d’armes franco-russe qui, moyennant quelques millions de dollars, use de ce procédé pour lui éviter l’arrestation. Tandis que Yann, clamant son innocence, est condamné à la pire prison du monde, l’Archipel, Sacha endosse son identité et se refait une virginité au soleil du sud de la France. Une affaire parfaitement rodée. Mais deux grains de sable vont enrayer cette infernale machination : le journaliste Jean-Louis Dory, et la séduisante Nouria.

Une tension grandissante, des rebondissements en série, des manipulations, mensonges, trahisons, où chacun peut-être un pion, où chaque personnage est trouble. Grâce à une narration alternée, nous suivons l'adaptation des deux personnages principaux dans leur nouveau quotidien tandis que se dévoilent les liens étroits de leurs passés et par conséquents de leurs futurs. Un roman qui nous fait (presque) oublier de respirer. Restons en apnée, deux tomes suivent !

Biographie :

Né à Paris en 1977, Bertrand Puard est un romancier et scénariste français aux multiples pseudonymes : Ewan Blackshore, Brad Winter et Benjamine Bates. Il entre comme lecteur aux Éditions du Masque, après avoir exercé la profession de trader à Londres. Il fait ses débuts d'écrivain en publiant une nouvelle saluée par la critique, puis il fait paraître son premier roman, "Musique de nuit", qui obtient le Prix du roman policier du festival de Cognac 2001. Depuis, il a écrit plus de quarante romans. Cinéphage, il imagine aussi des pièces radiophoniques, séries télé, jeux vidéo et bandes dessinées.

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Calendrier de l'Après, énigme 26

Mais sur quelle commune est implantée la Médiathèque départementale?

 

Le 11e Salon du livre pyrénéen présente un visage exceptionnel en cette année atypique. 

Calendrier de l'Après, énigme 24

Parce que les bibliothèques ne sont pas remplies que de littéraires! (12+15+35)x(25+36+15)-4694=? 

 

 

Senabre Eric. Le dernier songe de Lors Scriven. Didier jeunesse : 2016prix ado 2740 4

 

Thèmes : enquête - Londres du XIXème - rêves

 

Résumé :  

« Gentleman cherche secrétaire particulier pour surveiller son sommeil». Ex-journaliste à succès récemment mis sur la liste noire de toutes les rédactions londoniennes pour avoir révélé les agissements contestables d'un homme intouchable, Christopher Carandini va répondre à cette annonce et devenir l'assistant d’Arjuna Banerjee, un détective privé aux méthodes insolites. Banerjee a une particularité étrange, c'est en rêvant qu'il parvient à résoudre les enquêtes qui lui sont confiées. Les deux hommes vont être confrontés à une affaire épineuse, le décès de Lord Scriven, retrouvé vraisemblablement assassiné dans un espace clos.

L'enquête, complexe, est brillamment menée par ce duo d’enquêteurs dont la complicité se noue au fur et à mesure. Toute ressemblance avec Sherlock Holmes et Watson...étant totalement assumée par l’auteur. L'ambiance londonienne du XIXème siècle avec ses vieux manoirs, ses bibliothèques aux ouvrages reliés de cuir, ses majordomes, tout y est. Ajoutez à cela une bonne dose de surnaturel pour pimenter et vous obtenez une lecture sacrément attrayante.

 

Biographie de l'auteur : 

Né en 1973 en région parisienne, Eric Senabre est journaliste dans la presse loisirs (hi-tech et cinéma). Lorsqu’il n’écrit pas, il joue du rock, se passionne pour les arts martiaux, dévore les films de série B et aime la littérature fantastique et policière du XIXème siècle. Car ce qu’il apprécie par-dessus tout, ce sont les histoires pleines d’imagination, les mystères à résoudre et ce que l’on peut découvrir derrière la surface des choses connues.

 

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Les 19 et 20 septembre ce sont les Journées Européennes du Patrimoine.

Calendrier de l'Après, énigme 25

Qui a écrit "Prélude à l'après-midi d'un faune"?

 

Mazard Claire. Tous les oiseaux savent. Oskar : 2017prix ado 2740 3

 

Thèmes : Afrique - colonialisme - secret

 

Résumé :

Années 1950. Emmy vit en Afrique, au fil des mutations de son père, intendant de l'armée. Sous le joug de sa mère, elle tâche d'échapper au maximum à la toxicité de sa famille.

Elle se lie d'amitié avec Baltasar, jeune garçon chargé de l'accompagner à l'école et de répondre à ses besoins de petite fille blanche, donc supérieure à lui. Emmy est heureusement étrangère à tout sentiment raciste.

Paris, années 2000. Emmy est une vieille dame excentrique. Elle est la bonne fée de tous les sans-abris du quartier. Un jour, elle rencontre un vieil homme qui se fait appeler « le Guadeloupéen ». Son existence va s'en trouver bouleversée.

Tous les oiseaux savent est un roman troublant, sensible, qui laisse un goût mélancolique et lumineux à la fois quand se tourne la dernière page. On y découvre la durabilité du souvenir et la force de la résilience. L’écriture est fine, simple mais exigeante, offrant de des multiples branches de lecture qui maintiennent un voile sombre. L’héroïne est généreuse et riche de ses déchirures. Les oiseaux savent mais ne cessent pas de chanter ...

 

Biographie de l'auteur : 

Claire Mazard est née le 6 novembre 1957 à Montpellier et vit maintenant à Paris. L’écriture est sa passion. Elle a publié une cinquantaine de récits, pour enfants et pour adolescents, aux éditions Syros, Casterman, Nathan, Bayard, Le Seuil, Flammarion, de La Martinière, Oskar... Dans beaucoup de ses livres, elle aborde des thèmes qui lui sont chers comme les droits des enfants, l’absence, la condition de la femme.... Elle écrit également des récits d’aventures et des policiers.

 

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Une femme d'affaire se retrouve enfermée dans une bibliothèque. Ses lectures vont bouleverser sa vie.

Calendrier de l'Après, énigme 23

Je suis la 2e rubrique du 2e onglet du portail

 

Blanchut Fabienne. 1749 miles. Editions de Plaines en vallées : 2016prix ado 2740 1

 

Thèmes : conquête spatiale - singe - amitié

 

Résumé :

 Janvier 2013, Joshua Shapiro est un primatologue de presque 70 ans. Lorsque le Président Obama lui demande de faire part de son expérience à des adolescents du Nouveau-Mexique, Josh se lance dans un road-trip de 1749 miles sur les traces de son passé.

Juin 1957, base du Holloman Aerospace Medical Center. Josh est alors un ado solitaire et bègue. Il se prend d’affection pour un bébé chimpanzé maladif. À force de patience et d’amour, Ham puisque c’est le nom que Josh lui a donné, révèle une intelligence hors-norme et des qualités extraordinaires. Repéré par les ingénieurs de la NASA, il est choisi pour intégrer le programme des singes astronautes.

 

Biographie de l'auteur : 

Fabienne Blanchut est née en 1974 à Grenoble. Après de diverses études, elle est embauché par le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel), TF1, puis remplit des missions de conseil dans les medias et pour différentes sociétés de productions télévisuelles. Elle conçoit également des émissions pour la télévision (téléfilms, séries, programmes courts, magazines, documentaires). Parallèlement, la littérature jeunesse lui tend les bras. Elle est notamment connue pour la collection à succès Zoé, Princesse parfaite. 1749 miles est son 1er roman.

 

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La deuxième édition du salon du livre organisée par l'association "Au'Tour du livre" aura lieu à Vic le samedi 19 septembre de 10 h à 18 h.

Brissot, Camille. Ceux des limbes. Syros, 2019.

Thèmes : monde post apocalyptique – morts-vivants – quête

Résumé :

Dans un futur apocalyptique, le monde a été décimé par une épidémie due à un champignon qui transforme les hommes en morts-vivants, nommés « limbes ». Enfant, Oto a survécu à une attaque de limbe, ce qui lui a valu le droit de grandir dans les cercles sociaux les plus élevés du Mont-Survie. Il est également exempté du rite de passage à l’âge adulte qui implique de sortir hors de la protection de la cité. Mais amoureux de Naha, il va suivre le groupe d’adolescents dont fait partie la jeune fille dans cet « extérieur » prédateur.

Rythme, écriture fluide, rebondissements, univers cohérent : un ouvrage habile qui se démarque des romans du genre. Des personnages vrais, avec une relation entre Naha et Oto très intense et mature. Une forêt foisonnante et quasiment personnifiée. Et une profondeur de réflexion très appréciable sur les notions d’interaction sociale, de pouvoir, de choix...

Biographie :

Née le 5 octobre 1988 à Romans (ça prédestine !), dans la Drôme, Camille Brissot a commencé à écrire sitôt qu’elle a été capable de tenir un crayon. Son premier roman, « Les héritiers de Mantefaule » a été publié en 2005 aux éditions Rageot, alors qu’elle préparait son bac de français. Elle vit à présent à Paris, où elle travaille dans la communication. Et elle continue, encore et toujours, à écrire, dans tous les genres et pour tous les publics.

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Calendrier de l'Après, énigme 21

Dans le roman de SF "Ceux qui tombent les masques" de Roxane Dambre, ses cheveux sombres le sont...

 

...

Séance bébés lecteurs à la salle des fêtes d'Omex, jeudi 8 octobre à 10 h 15.

 Teulade Pascal. Le Petit Prince de Calais. La Joie de Lire : 2017prix ado 2740 2

 

Thèmes : migrants - Calais

 

Résumé :

 Jonas a 15 ans et vit en Érythrée. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est pêcher avec son père. Il connaît tous les poissons et peut les reconnaître au bruit qu’ils font avec leurs nageoires. Par contre l’école l’ennuie profondément. Un jour, le directeur lui annonce qu’il a obtenu une dérogation et que Jonas va pouvoir, malgré son jeune âge, intégrer l’armée. Mais l’armée, en Érythrée, est pire que tout et nombreux sont ceux qui n’y survivent pas. Ses parents décident alors, pour le sauver, de l’envoyer chez un cousin éloigné en Angleterre. Commence pour le jeune garçon, isolé, apeuré et ne parlant que le tigrigna, un voyage extrêmement périlleux.

Pascal Teulade a imaginé son jeune héros après avoir effectué un séjour dans la « jungle » de Calais pour Médecins du monde.
Un vécu qui l’a profondément marqué. Et un livre qui nous marque de façon indélébile. Un livre qui met le doigt là où ça fait mal et nous place devant nos responsabilités. Un livre pour secouer les consciences...

 

Biographie de l'auteur: 

Pascal Teulade a tout d’abord publié quelques contes dans Pomme d’Api, avant d’intégrer le groupe Fleurus presse où il a été rédacteur en chef du magazine abricot.

Il a également créé plusieurs magazines comme Papoum, Mille et une histoires, Pirouette, Tout comprendre. En parallèle de ces
activités, il a écrit de très nombreux albums pour les enfants essentiellement à l’Ecole des loisirs où il a aussi dirigé la collection «Matou ».

Le petit prince de Calais est son premier texte pour adolescents.

 

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formation de base 2013

Elles étaient 6 stagiaires cette année à suivre la formation de base. Peu nombreuses mais assidues et studieuses...

 

Elles représentaient les bibliothèques d'Arrens, de Layrisse, de Marseillan, de Pierrefitte et de Rabastens de Bigorre.

Merci à elles pour leur intérêt pour la profession et pour leur participation active !

 

Rendez-vous est donné le 18 juin prochain pour une journée bilan, après quelques mois de mise en pratique dans leurs bibliothèques respectives.

Mercredi 9 septembre à partir de 17 h, dans le jardin de la Médiathèque d'Argelès-Gazost.

Calendrier de l'Après, énigme 20

Dans la rubrique "matériel d'animation", on nous retrouve dans le petit conte du tapis "La fine mouche", résolues nous donnon accès à un poulain!

 

prix ado 2740 1Montmoulineix Michelle. Baleine rouge. Hélium : 2017

 

Thèmes : baleine - conte - amour - océan

 

Résumé :

Depuis toute petite et comme sa mère avant elle, Delphine est attirée par la mer. En vacances dans un village de pêcheurs,elle est intriguée par une étrange vieille femme qui, chaque soir, s’en vanager au loin et semble en osmose avec l’océan. Désireuse d’en savoir plus, l’adolescente va découvrir l’existence d’Eliaz, jeune garçon du début du 20ème siècle. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il embarque comme mousse à bord d’un terre-neuvier parti pêcher la morue en haute mer. Se pourrait-il qu’ils soient liés tous les deux? Et cette femme qui bouleverse Delphine, qui est-elle ?

Une histoire élégante, lyrique, que l’on verrait bien contée lors d’une veillée telle une légende. Hymne à un animal majestueux et à la préservation de la nature, ce beau texte apporte un vrai souffle d’aventure, avec des sensations pleines, des émotions douces et une universalité toute océane.

 

Biographie de l'auteur : 

Parisienne d’origine, Michelle Montmoulineix vit en Brenne, une région du centre de la France. Elle écrit depuis toujours, en particulier pour la jeunesse mais également pour adultes. Lauréate du concours de nouvelles Chapitre-Nature-Terre Sauvage en 2009, elle affectionne les textes courts.

Elle a eu le privilège, en 2013, d’observer les grands cétacés au cours d’une longue sortie en mer au Québec. Elle est, depuis, marraine d’un rorqual commun
surnommé Popeye.

 

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La liste des douze livres sélectionnés pour le 13e prix Ados "Hautes-Pyrénées, tout en auteurs"  sera prochainement dévoilée.

Calendrier de l'Après, énigme 22

Dans la barre de recherche de l'accueil, "bouge tes" tu taperas, 3 résultats dans le catalogue on te donnera, Kjartan Poskitt t'aidera!

 

prix ado 2743Barussaud, Gwenaële. Miss Dashwood, nurse certifiée. Tome 1 : de si charmants bambins. Fleurus : 2016

 

Thèmes : humour - bourgeoisie du XIXème siècle

 

Résumé :

Daisy Dashwood est la plus talentueuse des élèves de la Perfect Children Academy et c’est pour cette raison qu’elle est choisie comme gouvernante auprès d'une famille française désespérée. A l’annonce de cette nouvelle, la panique la submerge. Mais après tout, n'est-elle pas élève de la plus prestigieuse école du monde dirigée par la meilleure nurse au monde ? C'est donc dotée de courage, de ses connaissances toutes théoriques, de son flegme britannique et de l'indispensable guide de Mrs Stenford qu'elle se rend en Normandie auprès des Grandville et de leurs deux enfants, Godefroy, 10 ans, et Charlotte, 7 ans.

Mais il ne faut jamais sous-estimer l'incroyable résistance des enfants français, ni leur extrême inventivité....

Une agréable surprise que ce roman léger, ode à l’enfance ! Une héroïne candide mais volontaire et optimiste, des personnages débridés, des situations cocasses et une belle plume pour une lecture amusante, élégamment surannée, ingénieuse et fraîche.

 

Biographie de l'auteur:

Originaire de la région parisienne, Gwenaële Barussaud est née en 1976. En CM2, son professeur lui donne une rédaction dont le sujet est :"Imaginez votre vie quand vous serez adulte". Elle écrit :"Quand je serai adulte, je vivrai au bord de la mer, j'aurai beaucoup d'enfants et j'inventerai des histoires". Aujourd'hui, Gwenaële Barussaud vit à Saint-Malo. Elle a quatre filles. Entre deux bains de mer et après avoir été professeur de lettres en lycée, elle écrit des séries historiques (dont l’une "Les Demoiselles de l'Empire" est directement inspiré de son parcours d’élève à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur, établissement fondé par Napoléon 1er).

 

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Billie est blessé... tout le monde vient lui rendre visite avec des cadeaux plein les poches. Mais Billie...

 

à partir de 3 ans

Séance bébés lecteurs à Cauterets, chat alors ! mardi 15 septembre à 10 h 15.

Calendrier de l'Après, énigme 19

Je suis la 6e rubrique de l'onglet "découvrir"

 

prix ado 2740 3

Marcastel, Jean-Luc. L’auberge entre les mondes. Tome 1 : Péril en cuisine. Flammarion jeunesse : 2017

 

Thèmes : fantastique - gastronomie - aventure

 

Résumé :

Orphelin et élève d'une école hôtelière, Nathan se voit proposer un stage à l’Auberge des Montagnes dont monsieur Raymond, son professeur de cuisine, est le propriétaire. Son meilleur ami Felix l'accompagne. Dès leur arrivée, des accidents étranges se produisent. Les murs se déplacent, des créatures inquiétantes semblent tapies dans l’ombre et il y a cette intensité qu’il ressent au plus profond de lui... Malgré tout, Nathan se plonge dans le travail sous la houlette de mademoiselle Fan. Et puis, la vérité lui est avouée : l'auberge est une porte entre les mondes, dont la Terre n'est qu'un parmi d'autres. Et l’équilibre de ces mondes est menacé....

Jean-Luc Marcastel nous offre un univers exceptionnellement créatif et fertile, le tout porté par sa plume truculente. Gourmands de fantastique, d'aventure, d'humour, d'amitié, de suspense ou encore de cuisine, vous serez tous comblés ! Comme le répète monsieur Raymond, « la cuisine est quelque chose de magique »., la lecture de ce roman aussi, et ces quelques entremets (illustrations et recettes) sont fort goûtus...

 

Biographie de l'auteur: 

C’est en l’an 1969 que Jean-Luc Marcastel voit le jour dans le sauvage département du Cantal. Les hivers y sont longs et vifs et la lecture devient une passion. À lire les mots des autres, il commence dès 10 ans, à consigner sur papier ses propres histoires. Cette passion, depuis, ne l’a plus lâchée, et comme les hivers sont toujours rudes à Aurillac, il s’y consacre à plein temps avec un imaginaire débordant. 

 

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Venez participer à "Toute la France dessine" à la Médiathèque d'Argelès-Gazost les 25 et 26 août.

Le prix ados est comme nous, confiné. Alors que le jeudi 14 mai aurait dû se tenir la remise des prix, nous avons posé la question à des ados participants pour savoir quelle serait leur remise des prix idéale.

Calendrier de l'Après, énigme 17

Pour trouver ce 17e mot il faudra observer les onglets des menus qui constituent le portail. Prendre la dernière lettre du titre du 1er onglet, la 5e du 2e onglet, la dernière du 3e onglet et la 2nd du 4e onglet...

 

...

Jeudi 20 août, un "atelier découverte théâtre" est proposé à la médiathèque d'Argelès-Gazost

Bernard, Nathalie. Sauvages. Thierry Magnier, 2018.

Thèmes : génocide culturel – Québec

Résumé :

Comme tant d'autres jeunes amérindiens du Québec, Jonas a été arraché à sa famille alors qu'il était enfant, pour être envoyé dans un pensionnat. C'est ainsi que les colons tentaient d'imposer leur culture à ces « sauvages » dans les années 1950. Il ne s'agissait pas seulement de leur apprendre la langue française mais aussi de les évangéliser. Dans soixante jours, Jonas aura seize ans et pourra quitter le pensionnat. Pour survivre, il a dû apprendre à ne pas manifester sa révolte, à courber l'échine, à ne pas s’attacher, à paraître insensible devant les humiliations et mauvais traitements exercés contre les plus faibles. Dans soixante jours, Jonas devrait à nouveau être libre. Devrait...

Après Sept jours pour survivre, Nathalie Bernard continue à brasser l’histoire et la place des jeunes Indiens au Québec. Rédigé en courts chapitres, le suspense, dense, est entrecoupé par les souvenirs heureux de Jonas, pour de courts moments de grâce dans ce roman sans fard, d’un réalisme frappant, poignant. Une prise de conscience nécessaire, qui nous laisse le souffle coupé et la rage à la gorge.

Biographie :

Nathalie Bernard est née à Bègles en 1970. Passionnée par toutes les formes de création artistique, elle entreprend des études d’histoire de l’art. Lors d’un cours de littérature, elle étudie ’’Voyage au bout de la nuit’’ de Céline. Fascinée, elle se lance dans l’écriture et rédige un premier roman fantastique : Né d’entre les morts, qui sera publié en 1998 chez Denoël. La naissance de sa fille l’a amenée avec bonheur à la littérature jeunesse. Après avoir exercé une foule de métiers (guide, animatrice radio, chanteuse...) elle se consacre principalement à la littérature.

Pour emprunter le livre

Calendrier de l'Après, énigme 16

Les actions du programme 2019 de la Nuit de la lecture dans les Hautes-Pyrénées sont gratuites et...

 

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On décolle pour un grand voyage avec les enfants à partir de 3 ans pour une heure du conte autour du monde ! ✈️

Chardin, Alexandre. Mentir aux étoiles. Casterman, 2018.

Thèmes : différence – harcèlement – confiance en soi

 

Résumé :

Cette année c’est décidé, Léon se passera de Véronique, son auxiliaire de vie. Il entre au collège, il a onze ans, il a besoin d’affronter les choses seul. Même s’il appréhende, il sait qu’il est temps de grandir, de s’éloigner de sa mère angoissée. Car il a toujours été différent, Léon, distrait, rêveur, absent...

Très vite, il est confronté aux moqueries, aux rires, aux insultes, sûrement parce qu’il préfère la compagnie des insectes et des oiseaux plutôt que celle de ses camarades. Il encaisse, il se replie, jusqu’à ce qu’une « grande » apparaisse pour le protéger : Salomé, avec son rouge à lèvre vif et ses formes généreuses, qui n’a peur de rien et dont la simple évocation perturbe les adultes...

Un récit subtilement fantastique, à la fois naïf et complexe, sur la différence, le harcèlement, le désir d'émancipation, la peur, la confiance en soi...

La narration poétique et légère adoucit les émotions trop fortes et la souffrance. Léon nous fait grandir en même temps que lui, avec tendresse et bienveillance.

 

Biographie :

Alexandre Chardin aurait voulu être Rahan ou Davy Crocket, devenir éleveur de colibris ou surfeur de vagues géantes. Mais il est né à Strasbourg, ce qui n'est déjà pas si mal. Après des études de lettres, il déménage dans un immeuble plein de yorkshires et de sorciers et devient professeur de français. Aujourd’hui, la gloire est proche car il écrit des albums et des romans pour la jeunesse (et surtout pour ses 2 enfants). Pour les 243 prochaines années, il compte apprendre à jouer de la batterie, pulvériser le record d’Usain Bolt, construire 14 cabanes dans les arbres et assister à la disparition de la bêtise arrogante.

Pour emprunter le livre

Calendrier de l'Après, énigme 15

"Les optimiste" est un film documentaire programmé dans le Mois du film documentaire en 2016, dans le synosis pourquoi l'équipe se lève-t-elle au petit matin?

 

En 2020, l’opération Premières Pages fêtera ses 3 ans d’existence dans les Hautes Pyrénées.

Le prix ados est comme nous, confiné. Alors que le jeudi 14 mai aurait dû se tenir la remise des prix, nous avons posé la question à des ados participants pour savoir quelle serait leur remise des prix idéale.

Calendrier de l'Après, énigme 14

Matériel d'animation, je suis d'origine japonaise.

 

L'année 2020 c'est l'année de la BD, et cet été on vous propose de vous initier au 9ème art avec des ateliers !

Le prix ados est comme nous, confiné. Alors que le jeudi 14 mai aurait dû se tenir la remise des prix, nous avons posé la question à des ados participants pour savoir quelle serait leur remise des prix idéale.

Calendrier de l'Après, énigme 18

Pour retrouver le mot manquant se diriger vers les coups de coeur, cliquer sur "My absolute darling", l’héroïne du roman vit seule avec *** père

 

Le public a été ravi des balades contées du mois de juillet, alors on continue !

Le prix ados est comme nous, confiné. Alors que le jeudi 14 mai aurait dû se tenir la remise des prix, nous avons posé la question à des ados participants pour savoir quelle serait leur remise des prix idéale.

le jeu en bibliotheque

Ce jeudi, la Médiathèque départementale propose à vos bibliothécaires, une formation sur la place du jeu en bibliothèque.

 

Vous l’avez constaté en surfant sur le site, les événements autour du jeu de société se sont multipliés ces derniers mois. En effet la Médiathèque départementale a récemment créé un fonds jeux de société.

 

Afin de mettre en avant ce fonds et pour proposer de nouveaux types d’animations, une formation est proposée à l’ensemble des bibliothécaires du territoire via le programme de formation de la Médiathèque départementale. Jean-Louis Sbardella formateur d’Illudie y abordera l’univers du jeu mais aussi des pistes de valorisation. 

 

N’hésitez pas à consulter les actualités du portail ou les programmes d’animations de vos bibliothèques, des événements autour du jeu y seront peut-être proposés.

 

Fait encore méconnu par certains lecteurs, les bibliothèques accueillent de plus en plus de jeux dans leurs collections se calquant ainsi à un phénomène social.

Dans les Hautes-Pyrénées, les bibliothécaires du réseau aussi, proposent des événements jeux, comme c'est le cas à Esparros, à Saint-Laurent ou Séron.

 

laligneOK

La ligne c'est un livre interactif où le héros, c'est toi ! Laisse toi guider, et ainsi
tu apprendras tout en riant... Bon voyage !

Kamishibaï autour du chiffre et de l'alphabet.

 

3 niveaux de lecture:

- le niveau 1 si vous vous adressez à de très jeunes enfants

- le niveau 2 pour des enfants de MS ou GS de maternelle

- le niveau 3 pour les plus grands.

"Mômes en livres": les moments de lecture sont de retour pour vos enfants

 

formation de base Chaque année les nouveaux bibliothécaires du réseau de lecture publique du département suivent "La formation de base  : gérer un service de lecture publique, tout un métier !" organisée par la Médiathèque départementale.

 

Cette formation permet à ces nouveaux interlocuteurs d’acquérir les connaissances de base nécessaires à la gestion d’une bibliothèque.

 

Jeudi 26 janvier débute la session 2017 où seront représntées les bibliothèques d’Esquièze Sère, Luz-Saint-Sauveur, Ossun, Rabastens de Bigorre et Tournay.

Durant 6 jours les stagiaires aborderont des sujets essentiels comme les publics, les services en bibliothèque mais également le logiciel professionnel et le portail de lecture publique Hapyblio.

 

 

Toute l’année, professionnels et bénévoles peuvent profiter gratuitement de formations élaborées par la Médiathèque départementale qui s'efforce de proposer un programme renouvelé en adéquation avec l'actualité professionnelle et les besoins de son réseau.

Pour les plus curieux d'entre vous le programme de formation est consultable dans l'espace profesionnel du portail,  où vous  trouverez également différents articles sur les formations passés.

Cet été, à partir du 15 juillet, faites le plein d'histoires avec la Médiathèque d'Arreau !

Calendrier de l'Après, énigme 13

Je suis le thème de l'Escape game mobile de la Médiathèque départementale

 

L'opération Premières Pages sera reconduite dans les Hautes-Pyrénées en 2021. Et c'est dans le courant de l'automne 2020 qu'il sera décidé, avec votre participation, quel album sera offert l'année suivante.

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Connaissez-vous toute la richesse du matériel d'animation de la Médiathèque départementale mis à votre disposition ?

Voulez-vous des pistes pour pouvoir les exploiter ?

 

Voici les deux questions auxquelles les agents de la Médiathèque ont souhaité répondre en organisant une formation "Animer sa bibliothèque avec le matériel d'animation de la Médiathèque".

 

Lors de cette journée, 12 stagiaires ont pu assister à la présentation des différents supports mais aussi s'amuser à pratiquer en lisant des kamishibaïs, en utilisant des tapis lecture, en inventant un projet autour d'une exposition...

 

Une journée riche d'échanges et de convivialité qui a permis à chacune de repartir avec des idées et des envies plein la tête.

 

Retrouvez le matériel d'animation de la Médiathèque et les modalités de prêt en cliquant sur ce lien.

 

 

Le pangolin et le pingouin se termine après 108 chapitres d'aventures extraordinaires offerts par d'Albert Lemant.

Calendrier de l'Après, énigme 12

On a l'habitude de m'appeler Prix ado, mais quel est mon vrai nom?

Le Rendez-vous des histoires est de retour ! Et une surprise attend les petits lecteurs !

Calendrier de l'Après, énigme 11

Fournier Jean-Louis a écrit "Mouchons nos..."

 

Cette année, nous avons du annuler la remise des prix, mais nous avons tenu à ce que la fête est lieu, même si nous ne pouvions pas nous réunir!

Retour sur la Remise des prix Hautes-Pyrénées tout en auteurs...

 

...

Calendrier de l'Après, énigme 10

Dans un roman d'Erlbruch Wolf je le suis chez madame K

 

Tchang-Lu n’en revenait pas.

La tête encore lourde et à peine réveillé, il avait sauté de son lit et, pieds nus, avait foncé dans son atelier.

Il poussa un soupir de soulagement. Quelle merveille !...

Cette toile était encore plus belle que dans son souvenir.
Souvenir qui ne remontait qu’à hier soir, mais la nuit avait été si mouvementée, si pleine de rêves étranges, que cela lui avait paru une éternité.

L’Empereur allait être ravi.

Au centre du tableau, le pangolin nacré était magnifique. Le rendu de ses écailles, d’un réalisme rarement égalé, remplissait d’une joie intense le cœur du vieux peintre. Il a l’air tellement vivant, pensa-t-il.

Tchang-Lu s’agenouilla devant sa toile et se prosterna trois fois.

Lorsqu’il se releva, le pangolin lui fit un clin d’œil.

« Cette fois c’est décidé, soupira Tchang-Lu, j’arrête l’alcool de riz… »

Tulurgglurkuk n’en revenait pas.

Lui qui n’avait jamais rêvé qu’à de glorieuses chasses à l’ours blanc, il en tremblait encore, terrifié par ce terrible cauchemar qui l’avait tiré hors de sa couche, tout couvert de sueur et grelottant de la tête aux pieds.

Pris de panique, il se leva et bouscula son fidèle husky, « Chien-qui-pisse-plus-vite-que-son-ombre-quand-son-maître-se-lève-en-le-bousculant » et se précipita vers la fourrure où il avait déposé, hier soir, la mâchoire sculptée destinée à Atanarjlokk, le Chef du clan.

Bénis étaient les Dieux de la banquise !!!

Le pingouin lent boréal, qu’il avait mis tant de temps à ciseler, était bien là, au centre de la scène gravée… Et heureusement, car Atanarjlokk lui-même fit, à cet instant, son entrée dans l’igloo. Le Chef ne s’offusqua pas de la nudité de Tulurgglurkuk, prit la mâchoire dans ses mains, hocha la tête, sourit et dit à Tulurgglurkuk :

« Pour te remercier, Tulurgglurkuk, je te donne ma fille, Tanarak, que voici, pour épouse ! »

Une jeune inuit était en effet rentrée dans l’igloo à sa suite et détaillait attentivement Tulurgglurkuk de la tête aux pieds.

«C’est curieux, gloussa-t-elle, l’air amusé, j’ai la vague impression qu’on se connaît… »

Billiwong Billidong n’en revenait pas.

La peinture de sable n’avait pas bougé…

Pas un grain de poussière, pas un trait ocre, pas un point blanc, pas un rond rouge, pas un pointillé noir, rien n’avait été déplacé, rien n’avait été effacé.

Les formes étaient telles qu’il les avait tracées hier soir. Tous les symboles étaient là, toutes les constellations disposées exactement dans l’ordre du rituel. Tous les animaux fétiches étaient à leur place.

Le Koala, son totem, qui grimpait aux branches. La tortue-luth, qui rampait dans le sable, et surtout, la figure principale de la scène, le grand kangourou doux qui sautait d’étoile en étoile…Il ne se souvenait pourtant pas de lui avoir fait les pattes postérieures aussi grandes…

Il avait donc rêvé…

Il jeta un coup d’œil au Koala. On aurait dit qu’il lui souriait.

Il saisit son didgeridoo et allait en jouer lorsque le couplet d’une chanson oubliée lui revint en mémoire. Ces paroles n’avaient aucun sens et pourtant elles lui parurent étrangement familières. Ces paroles disaient :

« Fais dodo, Koala mon p’tit frère ; fais dodo, t’auras du lolo… »

Il lâcha son didgeridoo et fit le serment de ne plus jamais dormir de sa vie.

Acocoyotl Polichtitli n’en revenait pas.

Pas de doute, la page XVIII du codex était bien telle qu’il l’avait laissée la nuit dernière ! Comment avait-il pu en douter ? Quel stupide rêve ! Maintenant, il en riait presque…

Il s’était réveillé en nage, certain de la fureur de l’Empereur Moctézuma en découvrant la catastrophe, mais de catastrophe, il n’y en avait point ! Il s’agissait seulement d’un terrifiant cauchemar dû certainement à la trop forte pression des derniers jours.

Car il était bien là, le Quetzalcoatl, resplendissant et majestueux, au centre de la double page du codex, toutes dents dehors, jetant des regards furieux et électriques sur toute la faune terrifiée qui avait été peinte avec force détails tout autour de lui.  Acocoyotl ne se rappelait d’ailleurs pas avoir dessiné autant de plumes bleues et rouges voletant autour du bec sanglant du serpent à plumes. Encore le stress sûrement…

Le cortège impérial allait arriver.

Il alla ouvrir sa cage à oiseaux afin que ses deux chers aras viennent se poser sur son épaule pour accueillir l’Empereur.

Mais il n’y avait aucun perroquet dans la cage.

Où pouvaient-ils bien être ?....

Moussa Moussa n’en revenait pas.

La nuit avait été pleine de bruits et de fureur. L’orage avait grondé depuis les chutes du Ngnoko-Ngnoko jusqu’aux hauts plateaux de Zumbalumba.

Ou le contraire. En tous cas il avait passé une très mauvaise nuit.

Il avait bien cru sa dernière heure arrivée et avait pensé que tout son travail allait être détruit dans la tourmente, mais il n’en avait rien été.

Ce matin, tous les masques, sans exception, étaient accrochés au mur, sains de bois et saufs de pigments ! Il était soulagé ! Il avait même songé que ses soudains et violents emportements auraient pu être la cause de ces étranges hallucinations.

Seul, un des masques lui posait problème.

Il s’agissait du masque représentant un gorille. Il était dix fois plus grand que la taille ordinaire et il se demandait pourquoi. Il allait poser la question au petit macaque quand il s’aperçut que celui-ci avait la tête plongée dans une calebasse et s’empiffrait d’une étrange bouillie de feuilles verdâtres.

Se sentant observé, le petit macaque avait relevé la tête et, le museau encore tout barbouillé, avait déclaré en souriant :

« Epinards ! »

Moussa Moussa jura que jamais plus il ne se mettrait en colère…

« E tornato !...»

Giuletta n’en revenait pas.

Mais lui, en revanche il était bien revenu !

Certes, le Lacryma Christi avait coulé à flots, hier soir à la trattoria, après le travail, mais était-ce suffisant pour qu’elle se soit ainsi mélangé les pinceaux ? Donc, soit elle était rentrée chez elle totalement ivre. Ce qui était plus qu’une honte ! Soit elle avait rêvé toute cette affaire. Ce qui était encore pire !

Car chez le Maître Léonardo, on ne rêve pas, on agit...

En tout cas le problème, ce matin, était résolu, puisque que derrière Mona Lisa, dans le fond à gauche de la toile, le Sphinx était toujours là…

Ce qui finalement ne convainquit personne. La bestiole fut finalement effacée d’un coup de chiffon enduit de térébenthine par la géniale main du génial Maestro.

Et le tableau finit dans un placard…

Giuletta donna sa démission et partit pour Vérone où elle rencontra un jeune modèle qui voulut bien poser pour elle.

C’était le dernier rejeton de la famille Montaigu.

Mais ça, comme vous vous en doutez, c’est une toute autre histoire….

Calendrier de l'Après, énigme 9

Album de Van Allsburg Chris mon titre en anglais est "The widow's broom"

 

Ainsi c’était donc ça ?...

Ce caillou rocheux bordé de récifs déchiquetés coupants comme des rasoirs, ce bout de terre hostile, résidu de volcan perdu dans l’océan ? C’était donc ça, le but ultime du voyage de Tchang-Lu ?...

L’île Maurice…

Il avait encore fallu, pour arriver jusque-là,  franchir une impressionnante barrière de corail, passer au travers de dangereux rouleaux, s’enfoncer jusqu’aux genoux dans un sable aussi gris que sinistre, patauger sur cette plage balayée par les vents, pour distinguer, enfin, entre mille autres empreintes, celles, reconnaissables entre toutes, du pangolin…

Néanmoins, « Chat siamois échaudé craint le thé froid ! » disait un vieux proverbe chinois, et Tchang-Lu, qui avait au cours de son périple subi tant de mésaventures fâcheuses, connu tant de fausses joies, avait bien du mal à se dire que cette fois était la bonne…

Une cavalcade et des aboiements furieux le tirèrent de ses réflexions et mirent définitivement fin à ses doutes.

Une femme échevelée, à l’étrange coiffure blanche et noire sortit en effet des bois bordant la plage. Elle hurlait comme une furie, gesticulait et essayait de rattraper une horde d’au moins une centaine de grands chiens blancs qui passait en trombe devant Tchang-Lu et Gulliver.

« Oh, fit Gulliver, chasse en cours ! Je me demande bien quel est le gibier ?...

Ces setters sont magnifiques ! Je n’en avais jamais vu autant en même temps !...

« Et pour cause, cria la femme, sans s’arrêter, Ce ne sont pas…pouf pouf…des setters…ce sont…pouf pouf…des dalmatiens…mais…un tricheur leur a…pouf pouf…volé leurs taches !... » Puis elle disparut à la suite des chiens.

« Je crois que j’ai une petite idée quant au gibier, fit Tchang-Lu avec un grand sourire, ami Gulliver, suivons les chiens !...

Ils allaient se mettre à courir à la suite de la meute quand une odeur nauséabonde provenant de la mer, suivie par deux aboiements distincts, arriva jusqu’à eux.

Ils se retournèrent et se trouvèrent face à face avec une indienne, deux esquimaux, un individu sautillant tout de vert vêtu, et nez à museaux avec deux chiens très poilus dont l’un visiblement avait de gros problèmes de flatulence…

Ils étaient donc arrivés…

Tous en étaient certains.

Tous, c’est-à-dire Tanarak, Tigresse Lily, l’intenable et virevoltant Peter qui, précédé par les deux chiens, était déjà parti à la recherche du pingouin, mais aussi cet anglais défroqué et ce vieux chinois qu’ils venaient de trouver sur cette plage et qui n’étaient pas là par hasard, puisqu’eux aussi, apparemment, avaient une quête à mener.

Tous, sauf lui, Tulurgglurkuk, qui ne voyait pas d’un très bon œil Tanarak sympathiser, un peu trop rapidement, avec l’anglais. Elle jetait de brefs coups d’œil de son côté et échangeait avec ce Gulliver des anecdotes et des souvenirs de voyage tout en pouffant bêtement comme des amis de longue date.  Il allait encore une fois laisser libre cours à son mauvais caractère lorsque Tchang-Lu le prit doucement par le bras et l’attira à l’écart.

« Je n’ai jamais peint de pingouin, lui dit-il, et c’est grand dommage ! Mais il est vrai que les modèles sont difficiles à trouver dans l’Empire du Milieu. Peut-être, vous qui êtes un maître en ce domaine, pourriez-vous me donner des leçons ? Nous pourrions échanger nos savoirs. Les miens, j’en suis humblement conscient, sont infiniment plus modestes que les vôtres, mais j’en serais très honoré…»

Tulurgglurkuk grommela.

Qu’est-ce qu’il croyait ce vieux fou ? Qu’il allait lui donner ses secrets de fabrication ancestrale, comme ça, juste pour ses beaux yeux plissés de vieux mandarin ? Qu’il allait se faire berner comme un débutant par ces manières aussi ridicules qu’obséquieuses ? Et puis qu’en avait-il à faire de son pangolin…

« Allons, continua Tchang-Lu, ne vous fâchez pas mon ami, je ne suis pas pressé après tout. J’ai encore toutes mes neuf prochaines vies devant moi …Profitons plutôt de ce que le présent nous apporte ! Tenez, regardez donc le ciel au-dessus de la mer ! N’est-ce pas incroyable cet arc-en-ciel gigantesque dans un ciel bleu sans nuage alors qu’il n’est pas tombé une seule goutte de pluie ? C’est bien la première fois que j’assiste à un tel phénomène ! Pas vous ?... »

Mais Tulurgglurkuk, aussi stupéfait que Tchang-Lu d’assister à cet évènement tout à fait inhabituel, n’eut pas le temps de répondre car une barque venait de déposer sur la plage une curieuse assemblée composée d’un homme en fer blanc, d’un lion peureux, d’un épouvantail miteux, d’un koala hilare, d’une tortue-luth ravie et d’un aborigène passablement exténué…

Billiwong Billidong était perplexe.

C’était donc ça, l’autre côté de l’arc-en-ciel ?...

Cette île Maurice occupée par des énergumènes bizarres et très bavards, parlant chacun des langues différentes mais qu’étrangement tous comprenaient, qui ne savaient pas plus que lui par quel mystère ils avaient fini par atterrir ici et qui cherchaient, eux aussi, des animaux dont lui, Billiwong Billiodong, n’avait jamais entendu parler ?…

Mais après tout pourquoi pas ? admit-il. Ces étrangers avaient l’air aussi perdus que lui, les gros chiens ne semblaient pas vouloir croquer ni le koala, ni la tortue, et si c’était bien sur cette île que se trouvait son kangourou, quelles que soient les couleurs du sable de ce côté-ci de l’arc-en-ciel, il était prêt à tout pour le retrouver…
L’homme en fer blanc, l’épouvantail et le lion peureux venaient de leur fausser compagnie. Ils avaient cru voir, et ils étaient bien les seuls, une route de briques jaunes qui s’en allait vers la forêt et s’étaient éclipsés en criant : « Il faut ozer, il faut ozer ! »

Eh bien, qu’ils ozent…s’était dit Billiwong Billidong.

Une étrange fatigue commençait néanmoins à l’envahir. Une langueur insidieuse et sourde, quelque chose qu’il n’avait jamais ressenti jusque-là qui s’insinuait peu à peu dans tout son corps et qui l’inquiétait. Et puis la voix lancinante, gutturale et cliquetante de ce Tulurggluk… finissait presque par l’endormir…

Un fracassant grincement de ferraille le tira de sa torpeur.

Suivi d’un retentissant : « Caramba ! »

Suivi d’un non moins retentissant :  « Malédiction et putréfaction !! »

Suivi d’un encore plus retentissant : « Pezte, enfer et damnazion !!! »

Acocoyotl avait des doutes…

Il venait de débarquer.

Les deux Hidalgos l’avaient suivi en hurlant puis dépassé en brandissant leurs rapières pour finalement s’affaler dans un trou d’eau où ils pataugeaient maintenant en tentant de s’extirper l’un de l’autre après s’être effondrés lamentablement dans un amoncellement de bouts d’armures, de lances et d’épées.

« Ayuda ! A l’aide ! s’écria Don Quijote, quel cruel déshonneur pour un Conquistador de finir ensablé…

« Au Zecours ! s’égosilla Don Diego, Ze m’enfonze…Ze m’azphyxie…Ze plonze…Ze dizparais…amis fidèles, vous z’inzcrirez sur zette plaze :

« Ci-zît Zozo le zusticier mazqué, ezcrimeur lézendaire, touzours droit sur ses zambes mais qui, vaincu izi par les zables émouvants, rendit les z’armes, happé par la vaze, à tout zamais... »

« Mais non, mes seigneurs, soupira Sang-Chaud qui arrivait à leur suite, vous n’allez pas périr, enfin pas encore… »

Billiwong Billidong, Tulurgglurkuk, Gulliver et Tchang-Lu venaient en effet de se précipiter pour relever les chevaliers et les tirer hors de l’eau.

« Voyez tous ces braves gens qui viennent à votre embourbée rescousse !...N’est-ce pas merveilleux ? Ils ne vous connaissent ni des lèvres ni des dents de ma mule et cependant, sans réfléchir au bien-fondé de leur démarche, ils vont vous sortir d’un faux et mauvais pas…Assurément, il n’y a de la chance que pour la chevaleresque canaille et vous allez encore pouvoir exercer vos talents querelleurs pendant de nombreuses et fort exténuantes années… »

Les chevaliers furent donc, laborieusement, relevés de la vase et, encore tout dégoulinants d’eau, s’apprêtaient, faisant contre mauvaise fortune passable cœur, à remercier leurs « sauveurs » puis à décliner identités, blasons, états de service, etc… lorsqu’une boîte de conserve, heureusement vide, atterrit sur le heaume du casque de Don Quijote et rebondit sur la tête de Don Diego.

« Touché ! Coup double et bull’s eye ! rigola une voix rocailleuse, j’ai encore l’œil, parole de mat’lot ! Qui dit mieux ?... »

Moussa Moussa se demanda si cet épineux lancer de boîte d’épinards était bien judicieux

King-Kong, le mat’lot Popeye et lui, venaient en effet d’échouer le « Spinach of the Sea » un peu plus loin dans la baie, et s’approchaient du groupe qui, bizarrement, s’était mis à bailler avec un ensemble quasi parfait.

Les chevaliers, ayant repris, malgré une certaine lassitude,  du poil de la bête, avaient déjà dégainé leurs épées et la situation aurait pu devenir incontrôlable si la taille du gorille qui s’avançait vers eux en poussant de terribles grognements ne les avait pas, une fois n’était pas coutume andalouse, fait réfléchir à deux ou même à trois fois.

D’autant plus qu’à ce moment précis, le gorille, surpris lui-même par un grondement encore plus grondeusement impressionnant et qui visiblement ne sortait pas de son larynx, avait stoppé net l’élan de ses deux poing rageurs qui ne s’écrasèrent donc pas sur les faces consternées, mais soulagées, des deux chevaliers ibères.

Lesquels, avec le reste de la bande, levèrent la tête pour constater que ce son monumental provenait en effet d’un larynx autrement plus grand que celui du gorille puisqu’il s’agissait de l’immense gosier du Monstre du Ness.

Giuletta, du haut du cou de Nessie, contempla la plage.

« Quand on cherche, on trouve… »

Cette devise, que Maître Léonardo lui répétait sans arrêt, lui revint tout à coup en mémoire. Assurément, pensa-t-elle, mais on trouve quoi ? Une île déserte ? Une réponse à ses questions ? Un sphinx en vadrouille ?...

Elle regarda tous ses gens, en bas, plus ébahis que terrifiés.

Des amis ?...

« Buenasera a tutti ! fit elle, en descendant lentement du cou de Nessie.

« Hello my friends ! fit le chat, en esquissant un sourire fatigué.

« J’espère que nous ne sommes pas trop en retard, fit le lapin en regardant sa tocante, l’heure va bientôt passer…

« Oh…une tortue ! Est-ce que quelqu’un pourrait me dessiner une…fit le blondinet, juste avant que quelqu’un ne lui ferme la bouche.

Et, comme d’habitude, Roméo ne dit rien…

Ils étaient maintenant au complet.

Ils avaient tous très sommeil.

Ils entendirent une musique, vaguement, dans le lointain.

Ils entendirent une voix susurrer très doucement :

Il va bientôt falloir faire dodo

Alors, comme des somnambules, ils suivirent le lapin, dans la forêt…

chapeau

Quelle est la période de l'âge d'or du western littéraire ?

 

Quelles sont les raisons qui ont entraîné le déclin de ce genre très populaire aux Etats-Unis ?

Avec les derniers films des frères Coen ou de Tarantino assiste-t-on à un renouvellement du genre ?

 

 

 

La formation "Le western, pas de répit pour les cow-boys !" qui aura lieu à la Médiathèque départementale les 9 et 10 octobre prochains tentera de répondre à ces questions en proposant un parallèle entre les différents média culturels : littérature, cinéma, séries télévisées, musique, jeux de société et jeux vidéos.

 

Il reste des places : inscrivez-vous !

Contact : 05 62 56 75 41

 

 

« Personne n’est parfait !...» fit le chat en haussant les épaules. 

Une queue dépassait de ses babines. A contre-cœur il recracha le pauvre Roméo qui partit se réfugier, tout dégoulinant de bave féline, dans les bras de Giuletta.

Une baffe arriva sur la tête du chat, qui s’en moqua car il n’était déjà plus qu’un sourire …

« C’est qu’il l’aurait croqué l’animal, dit le lapin offusqué, moi qui croyais qu’entre gens de même condition, de même classe, on ne se mangeait pas !

« De même classe, c’est beaucoup dire ! rétorqua le chat en baillant, et puis on ne se mange pas, sauf en cas d’absolue nécessité ! Or l’ennui est justement pour le matou que je suis un cas d’absolue nécessité. Trouvez-moi une occupation et je jure….enfin je promets…enfin je peux toujours essayer de promettre…de me retenir de croquer la souris…

« Suffit vous autres, s’énerva Giuletta, nous sommes presque arrivés et ce n’est pas le moment de…

« Presque arrivés en effet, l’interrompit Nessie, le Monstre du Loch Ness, mais pas tout à fait…mes amis, il semble que nous ayons de la visite… »

Sortant son cou hors de l’eau, il venait avec effroi de s’apercevoir qu’une inquiétante masse oblongue, surmontée d’un long cou en tous points semblable au sien, arrivait droit devant eux.

« Nessie, je ne savais pas que tu avais un frère jumeau, fit Giuletta.

« Moi non plus, souffla Nessie en tremblant, à moins que ce ne soit une sœur jumelle…

Sœur ou frère, cette bête monstrueuse, silencieuse et fumante, venait de  s’arrêter à deux griffes du museau de Nessie. Elle avait, en effet tout comme lui, une peau luisante comme l’acier, une longue épine dorsale surmontée de crêtes acérées et un cou mince et haut qui tournait en tous sens. Maintenant immobile, la bête fixait les voyageurs pétrifiés de ses deux gros yeux globuleux et vitreux qui, étrangement n’étaient pas situés au sommet de son cou, mais sur le dessus de son corps…

« Par Saint-Bugs-Bunny, s’écria avec horreur le lapin, le monstre perd son œil !...

Sous les regards effarés de Giuletta et de ses amis, un des yeux du monstre venait en effet de s’ouvrir en deux. Une violente musique d’orgue explosa alors dans les airs ; elle provenait visiblement de l’intérieur du corps de la bête.

Puis, émergeant lentement de l’œil ouvert, un individu barbu, en costume d’officier de marine, apparut sur le dos de la bête en grimpant lestement par ce qui semblait bien être un escalier, et salua cérémonieusement l’assemblée.

« Il est plus aisé de sortir par un hublot que par un œil, dit l’individu avec une légère ironie, parce que, vous l’avez deviné bien sûr, je ne sors pas d’un monstre de chair, mais bien d’un navire en acier…

« Mais évidemment, fit, vexé, le lapin. Personne ne le niera…

« Personne en effet, c’est pourquoi je ne le nie pas, répondit en souriant l’officier. Comme je ne nie pas avoir échappé à un autre monstre, sur une île, là-bas, au loin…un monstre bien réel celui-là et que vous devriez éviter. Il s’agit d’un ogre gigantesque ne possédant qu’un œil unique en guise de hublot, et auquel j’ai échappé en me cachant sous un mouton et en lui faisant croire que je n’étais personne…

« Ah…fit le blondinet s’intéressant soudain à la conversation, voilà enfin quelqu’un qui va pouvoir me dessiner un mouton...

« Personne ne te dessinera un mouton ! dit le capitaine de l’étrange bâtiment.

« Ne faites pas attention à lui, il a des obsessions, ajouta le chat.

« Un ogre avec un œil unique ! C’est n’importe quoi ! s’exclama le lapin, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre de nos jours ! On croise vraiment n’importe qui par ici !...

« Pas n’importe qui, s’énerva l’officier, Personne !...

« Mais oui, c’est ça, Personne, renchérit le chat, bientôt il va nous dire qu’il est l’homme invisible !...

« Mais puisque je vous jure que je suis Personne !...

« Ben voyons…ricana le lapin, et je suppose que, puisque vous n’êtes personne, vous allez aussi nous dire que vous n’allez nulle part !...

« Mais pas du tout ! Je vais effectivement quelque part, rétorqua le capitaine, et c’est curieux que vous me disiez cela car j’ai croisé hier un autre navire transportant de curieux navigateurs accompagnés de deux chiens dont un ne sentait pas très bon et qui venait justement de nulle part…de l’île de Neverland précisément…Ils disaient vouloir aller sur l’île Maurice…

« L’île Maurice !...C’est là que nous allons aussi ! s’écrièrent-ils tous.

« Et bien alors vous êtes presque arrivés ! C’est droit devant vous ! Evitez juste le cyclope…Personne vous aura prévenus !

La capitaine taciturne salua à nouveau, fit demi-tour et s’apprêtait à redescendre dans son vaisseau lorsque Giuletta lui demanda encore :

« Pourquoi ne viendriez-vous pas avec nous ?

L’officier sourit tristement.

« Je vous remercie de votre offre, mais ce genre d’aventure n’est plus de mon âge…j’aurais été beaucoup plus jeune, pourquoi pas…non, continua-t-il avec nostalgie, je crois que je vais simplement retourner à Slumberland... »

Et il disparut dans le ventre du Nautilus…

« Personne n’est parfait… » fit le chat en haussant les épaules.

Calendrier de l'Après, énigme 8

Formation qui se déroulera le 21 et 22 février, je ne suis pas l'exposition. Je suis... 

 

...

« Qu’est-ce tu vois d’là-haut, Moussaillon Moussaillon ? hurla depuis le pont du Spinach of the sea, le marin aux gros biceps.

A part le vol, inhabituel dans ces parages, d’une colombe blanche portant une brindille dans son bec et qui venait de lui passer au ras de la tête à toute allure, Moussa Moussa, du haut du hunier, n’avait rien vu de particulier à signaler depuis un bon moment. La pluie, qui était tombée en trombes discontinues pendant au moins une quarantaine de jours, venait enfin de s’arrêter; le ciel était toujours d’une sinistre couleur de plomb. Cette quête arriverait bientôt à son terme, il le pressentait, mais les évènements s’étaient emballés de telle manière qu’il lui semblait ne plus rien maîtriser. Et que dire de ses nouveaux compagnons ? Il jeta un coup d’œil en bas et vit le marin qui, à cheval sur les épaules du gigantesque gorille, l’épouillait tendrement en chantonnant.

Il sourit en pensant qu’il aurait désormais bien du mal à faire remonter cet impressionnant King-Kong dans son nid de cheveux, sous son turban…

Il en était là de ses réflexions lorsque quelque chose apparut sur la ligne d’horizon.

 « Terre en vue ! Cria-t-il.

Mais ce n’était pas une terre.

Ce qu’il avait pris d’abord pour un récif, puis un petit îlot, puis un plus gros îlot, s’avéra être en réalité un navire qui avançait à petite vitesse et qui, non sans avoir soulevé de gigantesques vagues dans son sillage, arriva bientôt à portée de voix du Spinach of the sea.

L’étrave de ce navire aux dimensions colossales, et qui devait bien mesurer trois cent coudées de long sur cinquante de large, semblait avoir été entièrement conçue avec des troncs de roseau maintenus ensemble par un enduit de bitume très résistant. Le pont, surmonté d’une immense grange, ne possédait ni mâts, ni voiles.

Bien que les deux bateaux ne soient pas bord à bord, une effroyable odeur de fumier parvint jusqu’aux narines de Moussa Moussa et de ses amis.

Une cacophonie de cris d’animaux s’éleva du vaisseau…

Un grand vieillard, l’air anxieux, apparut au bastingage. Il mit ses mains en porte-voix et s’écria :

« Par le plus grand des hasards, vous n’auriez pas un vétérinaire à bord ?... »

« Ah non Capt’ain, grogna le marin en sautant du dos du gorille, pas d’vétérinaire, mais j’ai des épinards si ça vous tente !

« Sans façon, répondit le vieillard, mais merci quand même… »

Il fit un grande signe de la  main et le bateau commençait à s’éloigner lorsque Moussa Moussa, qui avait senti du haut de sa dunette toutes sortes d’effluves de ménagerie provenant de l’autre navire, glissa à tout vitesse jusqu’en bas du mât et s’écria :

« Et vous, par le plus grand des hasards, vous n’auriez pas, parmi vos passagers, une bande de masques d’animaux, en bois, un peu magiques, et en vadrouille?...»

Le vieillard se retourna, les deux bateaux s’écartaient lentement l’un de l’autre, Il éleva la voix pour être entendu.

« Des masques dites-vous ?...Sachez jeune homme qu’à bord de mon vaisseau seuls les couples d’animaux sont autorisés ! Les couples d’animaux naturels, réels, en chair et en os je veux dire…en crocs et en plumes, en palmes et en poils, en cornes et en trompes, en écailles, en duvets, en crin, en… »

La voix du vieillard s’amenuisait de plus en plus.

« Alors en bois !...vous pensez bien que non ! De plus, aucun passager clandestin n’est accepté à bord…les passagers magiques encore moins que les autres, donc n’y pensez même pas…mais je vais être franc avec vous…vos bestioles, elles ont bien essayé de s’infiltrer lors d’une escale…peine perdue pour elles, on les a vite démasquées…et débarquées...

« Et c’était où ?...

« Qu’est-ce que vous dites ? Parlez plus fort, j’ai un rameau d’olivier dans l’oreille !...

« C’était où ?

« …Sur une île, droit devant vous !...vous ne pouvez pas vous tromper…si les eaux ne l’ont pas submergée…

dans deux heures, sablier en main,  vous y êtes…sur  l’île Maurice… »

Calendrier de l'Après, énigme 1

Mais qui, chaque mois, rédige les sélections thématique pour votre plus grand plaisir?

20°10’ Sud ; 57°30’ Est…

A bord de la Perla Negra, tous les regards étaient fixés sur cet hypothétique point à l’horizon…

L’île de Mau…

Les voyageurs venaient d’essuyer une mémorable tempête mais fort heureusement le soleil brillait maintenant au zénith ; la prochaine terre qu’ils verraient, pensaient-ils tous, serait la bonne.

Le bout du voyage n’était maintenant plus très loin.

Les voiles frémissaient sous le vent. Les perroquets et le colibri frémissaient à l’idée de rencontrer enfin le Quetzalcoatl. Les Hidalgos frémissaient à l’idée des coffres remplis d’or.

Mais ils n’en avaient pas encore fini avec les rencontres imprévues…

« Terre ! s’écria soudain Sang-Chaud, du haut du hunier.

Tout à l’euphorie d’accoster enfin, personne ne crut bon de regarder, ni le

compas, ni la carte ; ils débarquèrent donc sur cette terre, certains d’être

arrivés sur l’île de Mau…

Don Quijote fut le premier à poser le pied sur la plage.  Il planta sa lance sur le sol, huma l’air en connaisseur et dit :

« Ca sent l’or ! Foi d’Hidalgo !

Don Diego de la Vega sauta à sa suite et zébra le sable d’un grand Z.

« Za sent la gloire ! Au nom de za très grazieuse Mazesté, Zeanne la folle, Reine d’Aragon et Caztille, ze prends pozession de cette île ! Foi de Zozo !

Sang-Chaud traînait des pieds et, comme à son accoutumée, maugréait.

« Moi, ce que je sens, ce sont les ennuis…beaucoup d’ennuis… »

Acocoyotl débarqua lui aussi, mais, prudent, ne dit rien du tout.

Les oiseaux, encore plus prudents, étaient restés à bord  pour surveiller le navire, en cas d’attaque de goélands…

Bien leur en prit car nul n’avait remarqué un personnage à l’accoutrement pour le moins « primitif » qui observait depuis un moment, l’air goguenard, la bruyante arrivée de la petite bande de conquistadors.

Grand de taille, le cheveu roux et la barbe longue, vêtu simplement d’une veste rapiécée en poils de chèvre, coiffé d’un curieux bonnet conique également en poils, il brandissait au-dessus de sa tête un parasol fait de feuilles de palmiers pour se protéger du soleil.

Il s’avança avec nonchalance vers les quatre arrivants qui, l’apercevant soudain, firent tous un bond en en arrière, provoquant ainsi, par un effet de dominos, leur chute dans le sable…

L’individu partit d’un grand éclat de rire et déclara :

« Ici, personne ne prend possession de quoi que ce soit, sachez-le ! Ici, rien n’appartient à personne, car ici, regardez autour de vous…il n’y a rien à posséder…

« Rien ? firent les autres en se relevant difficilement.

« Rien ! répondit l’autre, mais ceci dit, je suis bien aise d’avoir de la visite...

« Alors pas d’or ? insista Don Quijote.

« Pas d’or, confirma l’étranger.

« Et pas de trézor ? continua Don Diego.

« Pas de trésor, certifia l’autre.

« Pas de Quetzalcoatl non plus je suppose… tenta Acocoyotl.

« …Le Quetzalcoatl !...Vous voulez parler du grand serpent à plumes ?!...Ah mais si, dit l’homme, lui, il est bien passé par ici !...Il m’a d’ailleurs laissé quelques plumes pour mettre sur mon parasol…très sympathique bestiole vraiment…rien à redire…mais il n’a fait qu’une courte halte, pour reposer ses ailes disait-il, puis il est reparti…oh pas très loin, il n’a fait qu’un saut de puce jusqu’à cette autre île, là-bas, où apparemment il était fort attendu… »

Il fit un geste vague de la main.

« Oui, vous savez bien, là-bas quoi, à gauche de l’île Marcel…comment s’appelle cette île déjà ? Ah oui, ça me revient…L’île Maurice !... »

Devant l’air éberlué des voyageurs qui ouvraient de grands yeux, s’étaient déjà mis debout et s’apprêtaient à repartir, l’homme replia son parasol, le planta dans le sable et étudia l’ombre qu’il projetait sur le sol.

« Moui moui…murmura-t-il, c’est bien ce que je pensais…

« Vous pensiez quoi ? demanda Acocoyotl qui trouvait décidément bien étranges les propos de cet individu. Mais au fait, qui êtes-vous ?

L’étranger sourit mélancoliquement ;

« Il fut un temps où l’on m’appelait Robinson…Mais c’était dans une autre vie…Donc je disais que, d’après mes calculs, bizarrement nous nous trouvons en plein milieu d’une semaine où rien ne devait se passer…une semaine des quatre jeudis en somme ! Et ça tombe bien puisque vous êtes quatre ! Je vais donc vous appeler Jeudi ! Jeudi numéro un, Jeudi numéro deux, Jeudi numéro trois et Jeudi numéro quatre !...Ca vous dit ?

« Si ça vous dit, ça me dit aussi, dit Sang-Chaud en signe d’apaisement.

« Moi ça ne me dit rien du tout, s’exclama Don Quijote en remontant dans la barque.

« Moi encore moins, fit Acocoyotl, sans façon, mais merci pour l’information.

« Et moi ! Et moi...s’écria l’irascible Don Diego, ze bouillonne de raze ! Ze dis et ze redis que personne ne m’appellera zamais Zeudi ! Zinon ze le bouzille, ze l’exzécute, ze l’eztrapade, ze l’égorze, ze l’égozille…

Zozo à la rigueur, mais pas Zeudi… »

Face à une telle fureur, Robinson crut Zozo ….

Calendrier de l'Après, énigme 7

Auteure du livre Espaurrugalh, Alina est mon prénom

 

« Jane ?...C’est vous, Jane ?....C’est bizarre très chère, je ne me souvenais pas que votre cou était si long et si…rugueux !... »

« Non, fit Lulu la tortue luth, en tentant de se dégager du bras musculeux et rose qui venait de la saisir alors que, pour fuir la horde de ces balourds de monstres en passant de branches de palmiers en branches de palétuviers avec ses amis, elle venait de s’accrocher à ce qu’elle croyait être une liane.

« Non, ce n’est pas Jane, fit elle, c’est Lulu…et puisque vous n’êtes visiblement pas une liane, est-ce que vous voulez bien me lâcher je vous prie ?

« Par Saint-Georges, fit l’homme aux longs cheveux blonds à qui appartenait le bras qui venait de laisser tomber sans ménagement la pauvre Lulu. Que vous est-il arrivé ma pauvre Jane ? Quel étrange accoutrement que le vôtre ! La mode à Greystoke Castle a-t-elle changé à ce point depuis mon départ pour que vous portiez une telle carapace à la place d’une robe de soirée ?... »

Billiwong Billidong, le koala sur l’épaule, venait, lui aussi, de se poser au sol.

Le grand blond, qui ne portait qu’un petit pagne autour de la ceinture, les dévisagea, l’air hagard, puis poussa un grognement. Il décrocha une banane d’un régime suspendu à sa ceinture et l’engloutit d’un coup sans l’éplucher.

Il se pencha ensuite vers Lulu et lui tendit une autre banane.

« Il faut reprendre des forces mon amie. Faire du cross-country en cette saison, ça creuse et je vous trouve une petite mine. Une crème de jour vous ferait le plus grand bien. Vous avez des rides, là et là, qui vous vont certes à ravir, mais qui, permettez au tendre ami que je suis de vous le dire, vous vieillissent quelque peu… »

En plus d’être sourd il n’a pas l’air d’avoir toutes les noix de coco à tous les étages…nous voilà bien, soupira Lulu.

« Je n’ai pas l’honneur de connaître vos amis, continua l’ahuri, des compagnons de whist sûrement ? Au fait, avez-vous assisté au jubilé de la reine à Ascot ? On m’en a dit le plus grand bien… »

Sans attendre de réponse il se tambourina furieusement le torse et poussa un monstrueux hurlement auquel répondirent des barrissements d’éléphants, des cris de singes et des rugissements de lions.

« Ahhh, dit-il, vous entendez ?...

Il ressaisit Billiwong Billidong, Lulu, le koala, les fourra sous ses bras et disparut avec eux dans les arbres.

« Five o’clock ! cria-t-il joyeusement. Wonderfull ! Le thé est servi ! J’adore la tradition…pas vous ?... »

 

 

Billiwong Billidong ne voyait pas comment sortir de cette situation grotesque.

Il désespérait de faire comprendre à cet hurluberlu en culotte de panthère qu’il ne faisait pas partie de l’aristocratie britannique…

Il essayait bien de lui expliquer que son didgeridoo n’était pas une batte de cricket révolutionnaire, que le koala ne se mangeait pas avec de la sauce à la menthe et que Lulu la tortue ne serait jamais prête pour ouvrir le prochain bal à Buckingham Palace. Mais rien n’y faisait, le grand escogriffe sautait de branche en branche en étant persuadé d’évoluer dans un manoir écossais…

Et puis, c’est au moment où on s’y attend le moins que, sans aucune explication, les situations les plus inextricables se résolvent comme par magie.

Vous avez l’impression que jamais vous ne pourrez  sortir de ce labyrinthe et voilà qu’une porte s’ouvre. Vous coulez irrémédiablement au fond de l’eau et soudain une bouée apparaît au bout de votre main. Vous cherchez désespérément un kangourou et voilà qu’il vous saute sur les genoux…

C’est donc à cet instant précis que le miracle arriva sous la forme d’un orage soudain, un orage monumental, violent, phénoménal qui, en l’espace d’une seconde, dévasta tout sur son passage…

L’impossible Lord disparut avec lianes et bagages et nos trois amis furent happés par une gigantesque trombe qui les souleva comme des fétus de paille et les emporta loin dans les airs. Ils étaient dans l’œil du cyclone, les éclairs zébraient le gouffre dans lequel ils tourbillonnaient comme des toupies, les coups de tonnerre y étaient assourdissants.

Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la tempête sembla se calmer et la tornade les reposa, sains et saufs, sur une plage de sable blanc.

Le ciel était toujours couleur de plomb mais les cataractes d’eau se transformèrent peu à peu en fins rideaux de pluie.

Au loin, le brouillard qui se déchirait laissa apparaître sur la ligne d’horizon, les contours vaporeux d’une île…

« Embarquement immédiat pour l’île Maurice ! dit une voix métallique et joyeuse émergeant de la brume. Pas besoin de prendre vos tickets, le voyage est gratuit…»

La voix appartenait à un curieux personnage, tout de fer vêtu et coiffé d’un entonnoir. Il montra une barque qui clapotait au bord de l’eau et continua.

« Montez, il faut faire vite sinon je vais rouiller, et vous aussi…

Un second personnage, attifé comme un épouvantail, déboula en trébuchant et ajouta :

« Dépêchez-vous les amis, avant que les corbeaux ne me piquent toute ma paille…

Un troisième personnage, un lion rapiécé, surgit sur ces entrefaites et bouscula les deux autres.  Il tremblait de tous ses membres, regarda fébrilement le ciel et soupira :

«La pluie, encore la pluie, toujours la pluie…ce Magicien me rend morose…

Les trois individus poussèrent vivement Billiwong Billidong, le koala et Lulu la tortue dans l’embarcation. Ils sautèrent dedans et se mirent à ramer  en cadence.

« Vous êtes sûr que c’est par là que nous devons aller ? demanda Lulu.

« On ne peut pas se tromper, répondit l’épouvantail. Il se tourna vers l’avant de la barque et ajouta:

« Regardez…

Un gigantesque demi-cercle de toutes les couleurs illuminait le ciel.

« Vous êtes bientôt arrivés, dit l’homme en fer blanc, pour vous, c’est juste de l’autre côté de l’arc-en-ciel… »

plage portail

Le programme de formation 2013 est déjà bien entamé mais cette fin d'année s'annonce prometteuse avec encore cinq stages.

 

Visite de médiathèques, jeudi 19 septembre de 7h à 18h

Nous irons visiter deux médiathèques innovantes. le Pavillon Blanc à Colomiers qui a ouvert ses portes en juin 2011, il associe centre d'art contemporain et bibliothèque municipale. Notre visite se terminera par la petite dernière de Toulouse: la médiathèque du Grand M qui accueille son public depuis mars 2012, elle est aujourd'hui la bibliothèque de quartier la plus importante du réseau.

La littérature japonaise, mardi 24 septembre de 9h à 16h30

Nous vous accueillerons à la médiathèque pour un voyage littéraire au pays du soleil levant. L'envol se fera avec Corinne Atlan, traductrice et écrivain. Lors de cette journée vous découvrirez les caractéristiques de cette littérature et reviendrez avec des repères historiques, bibliograpiques et éditoriaux.

Les mondes de l'imaginaire, jeudi 17 octobre de 9h à 16h30

Après un premier voyage initiatique, Véronique Montagnol de la MDP65 nous inculquera aux littératures dites de l'imaginaire: ses différents genres, ses caractéristiques autant dans l'édition ado que dans l'édition adulte. N'oubliez pas, vous pouvez présenter vos coups de coeurs 2012-2013 à cette occasion.

Internet, bibliothèques et ressources numériques, jeudi 05 et vendredi 06 décembre de 9h à 16h30

Attention, changement de date nous avons décalé la formation à la première semaine de décembre. Julie Boitton-Bardot, formatrice et animatrice conduira ces 2 jours consacrés aux nouveaux outils de la toile. Web, numérique, médiation, les enjeux d'Internet et les nouvelles ressources en bibliothèque n'auront plus de secret pour vous.

Le plan de classement de la MD65, jeudi 12 décembre de 9h à 16h30

Petite piqûre de rappel pour notre dernière formation consacrée à la nomenclature qui, pour le moment, ne connaît q'un timide intérêt de la part des stagiaires. Les secrets du catalogage, de l'indexation et de la cotation vous seront transmis par Cécile Conan-Lafourcade de la MDP65. Vous avez jusqu'au jeudi 28 novembre pour vous inscrire.

Calendrier de l'Après, énigme 2Sur la sitothèque, la musique m'accompagne

Calendrier de l'Après, énigme 6Action dédiée aux plus jeunes, je suis dans l'onglet Découvrir

« La question ! La question !...hurlait la foule qui trépignait d’impatience.

« Voilà, voilà…grommela l’un des deux personnages en perruque en saisissant son porte-voix. Il s’approcha tout près de la joue de Tchang-Lu, posa ses lorgnons sur son nez, s’éclaircit la voix et déclara :

« Monsieur l’intrus, vous avez, par votre intruse et perfide intrusion, intrusament et grandement perturbé les lois fondamentales de la géométrie institutionnelle qui régissent depuis la nuit des temps la bonne et intemporelle marche de notre communautaire communauté, qui…

« La question, la question, continuait de vociférer la foule.

« J’y arrive, j’y arrive…donc, en ma qualité de bourgmestre responsable des intrusions et, par les devoirs qui me sont conférés, je vais vous poser une question qui décidera si votre avenir est encore devant vous où s’il appartient déjà au passé. » Il s’éclaircit la gorge.

« La question est donc celle-ci :

Monsieur l’intrus, les œufs…vous les gobez par le petit bout, ou vous les gobez par le gros bout ? »

Alors que Tchang-Lu restait coi, Gulliver, son compagnon d’infortune, pouffa d’un rire nerveux.

« Mon ami, faites bien attention à ce que vous allez répondre. Ces petites personnes sont fort susceptibles…j’ai moi-même subi le même genre d’interrogatoire et ils n’ont pas apprécié mon humour. J’ai eu le malheur de leur répondre d’aller se faire cuire un oeuf et me voilà enchaîné, je le crains, pour un bout de temps…

Tchang-Lu se tourna alors vers son petit interlocuteur, prit une profonde inspiration et lui répondit avec un ton aussi sentencieux qu’il le put :

« Le sage a dit : «  L’important n’est pas de savoir par où l’œuf se gobe, mais plutôt de savoir par quel orifice il sort de la poule. »

« Ah bon ? fit le bourgmestre interloqué.

« Comme je vous le dis, fit Tchang-Lu avec gravité.

Le bourgmestre se tourna vers son confrère qui, bouche grande ouverte, restait aussi stupéfait que lui. 

« Ca alors !...Nous n’avions jamais pensé à ça !...Mais ça change tout, voyez-vous… » Il prit son porte-voix, se tourna vers la foule et cria : « Quelqu’un sait-il par quel orifice l’œuf sort de la poule ? »

La foule resta muette de stupeur.

« Personne ne sait ?...Mais c’est une catastrophe, commença à se lamenter le bourgmestre, c’est une abomination, c’est la fin du monde !...Il faut absolument qu’on connaisse la vérité vraie !....

« Moi je sais, fit tranquillement Tchang-Lu, mais évidemment je ne vous le dirai que si vous me détachez et mon ami aussi.

« Qu’on les détache ! hurla le bourgmestre, et plus vite que ça !...

« Et si vous me montrez la barque par laquelle est arrivé le sieur Gulliver.

« Qu’on lui montre !

« Et si vous m’indiquez le chemin pour aller chez Maurice.

« Oui, tout ce que vous voulez, pleurnicha le bourgmestre en montrant le sud d’un geste las, pour aller vers Maurice, c’est par là-bas, mais par pitié, donnez-nous la réponse...

« La réponse, la réponse, scandait la foule. »

Tout fut fait en moins de temps qu’il n’en aurait fallu à Tchang-Lu pour préparer des œufs mimosa.

Puis, lui et Gulliver se levèrent, s’époussetèrent, remercièrent le bourgmestre, le sous-bourgmestre, saluèrent la foule et montèrent dans la barque.

Gulliver saisit les rames et commença à ramer dans la direction indiquée.

Enfin, se tournant vers la foule qui les regardait partir avec consternation, Tchang-Lu cria de toutes ses forces :

« Par le cul !...

« Beurk !....firent les lilliputiens.

Et jamais plus ils ne mangèrent d’œufs …

Calendrier de l'Après, énigme 3

Cherche moi sur le catalogue, je suis dans le cd "boîte à joujoux"... c'est la souris qui l'a!

 

« Ok ok !…soupira l’homme à la jambe de bois en intimant à ses hommes l’ordre de ranger leurs armes, ce qu’ils firent en bougonnant….

« Si on n’peut plus s’amuser un peu…c’est qu’on n’a pas tous les jours la chance d’avoir des invités d’marque tels que vous…et promis je n’vous f’rai pas manger d’lapin, d’ailleurs ça porte malheur…mais dites-moi seulement une chose…vous n’êtes pas à la r’cherche du trésor au moins ?...

« Trésor, quel trésor ? dit Giuletta, non, pas du tout ! Nous, c’est un Sphinx que nous recherchons…

« Par l’œil de verre de Barbe-Noire s’écria le cuistot, fallait l’dire plus tôt !

« …L’a jamais eu d’œil de verre, Barbe-Noire, murmura le dénommé Chien-Noir.

« On s’en fiche, hurla le cuistot en lui assénant un coup de béquille sur la tête, Puis, se tournant vers un autre flibustier, il ordonna :

«  La carte, Pew, amène-moi la carte ! Et pas la carte au trésor triple buse, l’autre carte, tu vois c’que j’veux dire ! Que j’leur montre où s’cache l’emplumé !...

« De suite, capt’ain Long John fit le pirate en décampant vers la taverne.

« L’emplumé ? s’étonna Giuletta.

« Ouais ma belle, fit l’autre, c’est comme ça qu’on appelle ta bestiole par ici... Pour tout t’dire on n’la fréquente pas trop, hein les gars !...

Les gars hochèrent la tête.

« C’est qu’elle a pas trop bonne réputation…pire que la nôtre et c’est pas peu dire, pas vrai les gars ?

Les gars opinèrent du chef.

« Pis elle pose trop de questions et nous, les questions on n’aime pas trop ça…mais si c’est ça qu’tu veux, alors elle n’est pas très loin en fait…

Il se tourna vers l’ouest, leva sa béquille et montra l’horizon.

« C’est tout là-bas…après le dernier nuage…tu peux pas t’tromper…enfin, presque pas…l’emplumé se trouve dans une île où même moi je n’ai jamais mis le bout d’ma jambe de bois...Ah voilà la carte… »

Il prit le document et pointa une tache au centre de nulle part.

Tous se penchèrent sur la carte.

« C’est là, juste sous mon doigt…vous lisez c’qui est écrit ? »

Le gros doigt à l’ongle très noir cachait en partie le nom de l’île en question.

Mais en partie seulement.

« Je l’savais, dit le lapin.

« Je l’’savais, dit le blondinet

« Je l’savais, dit le Monstre du Loch Ness

« Je l’savais sourit le chat

« Je l’savais pensa Roméo

« Maurice ! s’écria Giuletta. Je crois que je l’savais…

« Ahhh…et avant que vous n’partiez et pour votre gouverne, c’est Benbow ! fit le pirate.

« Quoi Benbow, firent-ils tous en chœur.

« Le nom d’la taverne, c’est Benwow…L’Amiral Benbow !... »

Il éclata d’un rire gras et repartit vers sa cambuse en claudiquant.

« How How…

Ils étaient quinze sur le coffre du mort !

How how…

Et une bouteille de rhum… »

Calendrier de l'Après, énigme 5

"Baïla! : a latin..." tu chercheras sur le catalogue mot de l'énigme manquant tu trouveras

 

Vous êtes de l’étoffe dont sont faits les rêves…

La phrase énigmatique du poète trottait dans la tête de Giuletta qui bailla en s’étirant.

Elle émergeait lentement et, en tâtant sous elle, sentit comme un tapis de cuir et d’écailles. Les embruns tout autour d’elle finirent par la réveiller complètement.

« Bien dormi ? lui demanda le Monstre du Loch Ness en souriant.

« Ma foi oui, dit-elle, en se souvenant soudain de tout. J’ai l’impression d’avoir sommeillé pendant au moins…

« Mille et une nuits ! ricana le lapin blanc, c’est ce qu’elles disent toutes dans les contes…c’est d’un banal…

« Où sommes-nous ? dit Giuletta, en se penchant sur le cou du Monstre.

« En chemin, répondit-il, pendant votre sommeil nous avons traversé quelques lochs, passé plusieurs tunnels sous-marins allant de l’un à l’autre et maintenant nous sommes au beau milieu de l’Océan. La route est encore longue mais j’ai une bonne autonomie. Accrochez-vous bien les amis… »

Le lapin regarda sa montre.

« Ohlala nous allons encore être en retard ! On ne devrait pas se fier aux transports en commun de Grande Bretagne, ils ne sont jamais à l’heure…

« Permettez, permettez, fit le Monstre, je n’ai absolument rien de « commun » et je ne transporte pas n’importe qui sur mon dos ! Mais si vous voulez descendre et trouver un autre moyen de locomotion, libre à vous ! D’ailleurs, voilà une petite île là-bas dont je ne me souviens plus du nom mais où je sais une auberge spécialisée dans les terrines de lièvre…Ca vous tente ?

« Nooooooooooon, fit le lapin.

« Siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, firent les autres.

Le Monstre accéléra en riant et accosta en douceur le long d’un ponton au bout duquel on distinguait de lugubres lueurs. La troupe descendit du dos du Monstre et, comme finalement tout le monde avait grand faim, on se dirigea allègrement vers les lumières qui étaient celles d’une misérable taverne dont les fenêtres brisées éclairaient faiblement une enseigne branlante.

« A l’Amiral…à l’Amiral…je n’arrive pas à lire la suite, dit le lapin en ajustant ses lorgnons et en frissonnant, j’espère en tous cas que cet Amiral a un cuisinier qui sert autre chose que de la terrine…

« Pour sûr qu’je sers autr’chose à becqu’ter dans mon palace ! grogna un patibulaire personnage unijambiste qui, poussant la porte de l’auberge d’un coup de béquille, se planta fièrement devant la petite bande. 

Il souriait méchamment puis sortit un grand coutelas de sa ceinture et commença à l’aiguiser le long de sa jambe de bois.

« Ce soir, dit-il en lançant un clin d’œil narquois au Monstre, en plus du ragoût d’lapereau, on va avoir du cou farci à r’vendre, parole de cuistot !

« Ce cou n’est pas à vendre, glapit soudain le petit blondinet, c’est celui de mon ami et sur ma planète on ne mange pas le cou de ses amis !....

« How How ! gloussa l’homme à la jambe de bois en attrapant sauvagement le garçonnet par son écharpe. Par le fantôme du Capt’ain Flint, ne s’rais-tu pas l’ frère jumeau de c’te vaurien de Jim Hawkins ? »

Puis il se mit à hurler : «  Ola d’la taverne, Billy Bones, Chien-Noir, Pew, Ben Gunn, rappliquez mes forbans, on a d’la visite… »

Sur ces mots, quatre individus tous plus louches les uns que les autres sortirent de la misérable bicoque et, armés jusqu’aux dents, qui leur manquaient pour la plupart, entourèrent nos amis en brandissant de redoutables sabres d’abordage et en vociférant de terribles insultes.

Le blondinet se cacha derrière le lapin. Le lapin se cacha derrière le rat.

Le rat se cacha derrière le chat souriant qui ne souriait plus.

Giuletta ne se cacha derrière personne et l’affaire aurait sûrement mal tourné si le Monstre ne s’était pas mis à faire le Monstre, c’est-à-dire à rouler des gros yeux et à cracher du feu par ses naseaux.

Ce qui calma tout le monde…

Pourparlers ?...

...

Calendrier de l'Après, énigme 4Album de Dumont Jean-François, je suis aussi appelé place ronde.

La bibliothèque de Pierrefitte rouvre ses portes à partir du 1er juillet dans le respect des mesures liées au Covid 19.

Renseignements

expo2

Le 8 avril dernier, la médiathèque recevait Gilles Moreau pour une formation dédiée à l'accueil, l'animation et la promotion d'une exposition...

Parce qu'il n'est pas toujours facile de dynamiser une exposition pour des publics, des attentes, des lieux précis, les stagiaires ont été nombreux à s'inscrire à cette nouvelle journée de formation.

Le ton est donné: "l'exposition ne doit pas être que décorative, pensons à elle et au public qui, en la regardant, doit avoir une participation active!"

Les 17 personnes présentes au stage, ont travaillées en amont le projet de valorisation d'une exposition commune à tous. Le jour J, elles ont pu échanger sur leurs réalisations respectives et retenir durant les nombreux travaux pratiques les milles conseils du formateur.

Allant de la plus simple des expositions aux projets les plus complexes, nos bibliothécaires sont sorties de cette journée comblées avec un nouveau regard sur l'exposition et des projets plein la tête.

Après 6 mois de fermeture pour travaux (et confinement…) la bibliothèque de Capvern rouvre ses portes le 4 juillet.

formation la nouvelle

Les formations de la Médiathèque départementale se délocalisent.

 

Le 28 février dernier la formation consacrée à la nouvelle a été délocalisée à la bibliothèque de Layrisse. Une initiative de notre part, pour mettre en valeur notre réseau et présenter cette bibliothèque qui a rouvert récemment ses portes.

 

Pour l’occasion, un groupe d’une dizaine de stagiaires s’est réunit autour d’Alain Kewes formateur. Bénévoles et salariés étaient au rendez-vous pour cette journée dédiée à un genre littéraire parfois oublié. Pour conclure cette rencontre, la bibliothèque a accueilli un public plus large autour d’une lecture gratuite de nouvelles, animée par le formateur.

 

Bilan de cette formation : une journée agréable, enrichissante, qui a su associer professionnalisme et convivialité.

A peine les lauréats de l'édition 2019-2020 annoncés que la sélection du prix ados " Hautes-Pyrénées, tout en auteurs" 2020-2021 pointe le bout de son nez !

BD EXPO2 

Parce que vous avez bien compris que sur les rayonnages BD de la Médiathèque départementale, il y a des petites (et des grandes !) perles à découvrir...

la formation "Bande dessinée et questions de société" affiche complet !!!!!

Rendre compte de la société, des conflits, du quotidien, témoigner de son temps... les auteurs BD ont investi ce genre, et c'est ce dont nous parlera Boris Henry le 22 février prochain.

 

 

 

Comme nous, vous êtes un peu frustrés de ne pas avoir pu rencontrer les auteurs lauréats  du prix ados 2019-2020 ?

VISITE MEDIATHEQUE 

Le 20 septembre dernier, c'est en bus qu'une douzaine de stagiaires de la Médiathèque départementale est partie visiter...

la bibliothèque Louis curtis à Orthez et la bibliothèque d'Oloron Sainte Marie.

 

 

La médiathèque Jean-Louis-Curtis :


Un grand projet culturel au service de toute la population d’Orthez et de son territoire.

La médiathèque propose des collections actualisées et attractives : plus de 40 000 livres et revues, mangas, disques compacts, accès internet....
La médiathèque est un lieu de convivialité et d’échanges autour de la connaissance et de la découverte culturelle : nombreuses places pour la lecture, l’écoute ou le travail sur place, salle pour l’action culturelle, jardin de lecture…

 

site de la bibliothèque

 

 

La bibliothèque du Piémont Oloronnais :

Pendant 20 ans, la Médiathèque (d’abord communale, puis intercommunale) était installée à l’Hôtel de Ville. Depuis juin 2010, elle a pris ses quartiers dans un bâtiment flambant neuf créé sur le site de la Confluence.

Vous y trouverez 40 000 livres, 9 000 CD, 2 000 DVD et 130 abonnements à des revues. L’entrée par le parvis mène au niveau tout public et actualités. En bas, les sections jeunesse, patrimoine et multimédia. A découvrir également : une salle d’exposition et d’animations, l’espace multimédia équipé d’une quinzaine de postes informatiques avec accès Internet et un espace dédié à la lecture de contes pour les enfants.

 

site de la bibliothèque

 

On part pour un grand voyage avec les bébés lecteurs

halloween

Brrrrrrh, on frissonne encore à Castelnau-Magnoac.

 

RV ce mercredi 5 novembre à 16h30 à la Médiathèque pour écouter de

 
GRANDES HISTOIRES POUR PETITES (et grandes) OREILLES  " Special halloween ".

Tout public - Gratuit - Dans la limite des places disponibles

 

On vous attend !




La bibliothèque Louis Aragon de Bazet rouvre à partir du lundi 29 juin.

Renseignements

Cet été, on part pour un grand voyage avec les bébés lecteurs !

On décolle pour un grand voyage avec les enfants à partir de 3 ans pour une heure du conte autour du monde ! ✈️✈️✈️

La bibliothèque de Mauvezin rouvre ses portes à partir du mercredi 24 juin dans le respect des mesures liées au Covid 19.

Renseignements

Depuis lundi 15 juin 2020, la bibliothèque, la cyber-base, l'espace Parc national et de la salle d'exposition sont ouverts.

Des ateliers pour ouvrir la parole, laisser aller son imagination et écrire,... voilà ce qui a été proposé cette année, dans le cadre du prix " Hautes-Pyrénées, tout en auteurs", à 4 groupes d'une douzaine d'ados. 

Chaque année, à l'occasion du Prix ados "Hautes-Pyrénées tout en auteurs", les adolescents participants ont la possibilité de produire des créations personnelles.
 

La bibliothèque rouvre les portes à partir du 23 mai.

Renseignements

La bibliothèque rouvre avec les gestes barrières.

Renseignements

La bibliothèque rouvre ses portes à partir du 18 mai.

Renseignements

Malgré la crise sanitaire et l'impossibilité d'accueillir les auteurs et d'assurer la remise des prix dans sa version habituelle, le Prix Ados 2020 "Hautes Pyrénées, tout en auteurs" a été maintenu. 

Le point lecture de Tilhouse est ouvert avec les recommandations sanitaires en vigueurs.

Renseignements

Où l’aztèque Acocoyotl Polichtiltli s’émerveilla de tous les faits et gestes hautement chevaleresques du très ingénieux Hidalgo Don Quijote de la Mancha, contés musicalement avec force trémolos par son fidèle Sang-Chaud, une nuit de lune pleine, sous les froufroutantes frondaisons d’une jungle oppressante :

 

« Oyez oyez senor Coco…Vous permettez que je vous appelle Coco ? »

Un sourire édenté et radieux illuminait le visage de Sang-Chaud. Il n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il pouvait chanter les louanges de son bon maître en pinçant avec fougue les trois cordes de son charango.

Où l’aztèque Acocoyotl Polichtiltli ne s’émerveilla pas complètement des marques de familiarité maladroites mais bien compréhensives du fidèle Sang-Chaud et refusa poliment mais fermement d’être appelé Coco, sous les froufroutantes frondaisons d’une jungle toujours aussi oppressante :

« Non ! Tu ne peux pas…Fit Acocoyotl Polichtitli.

« Ah bon tant pis…répondit Sang-Chaud, toujours souriant. Alors je vous appellerai Popo...Senor Popo, c’est bien aussi ! Donc, Senor Popo… »

Après une œillade appuyée à Acocoyotl il fit frénétiquement sonner son instrument.

« …Donc, voilà mon maître qui, n’écoutant que son devoir, était parvenu, à la seule force de ses petits poignets et de mes grosses épaules, en haut de la sombre tour du sombre donjon du Castel Gaspacho.

Dans un songe, la nuit précédente, il avait entendu l’appel de la malheureuse princesse Dona Tortilla y Pastachuta. Cette pauvre enfant, qui n’avait déjà pas été aidée par dame nature étant atteinte de nanisme, était abjectement retenue prisonnière par ses trois ignobles  frères, les géants Don Gargouilli, Don Gargouillo et Don Gargouilla…

Hélas, en haut de la sombre tour du sombre… »

Où l’aztèque Acocoyotl Popo s’émerveilla de moins en moins et commença même à s’impatienter sous les froufrous qui frondaient et la jungle qui s’oppressait :

«  Hélas, trois fois hélas, continua Sang-Chaud en tirant

de vibrants et pathétiques grincements sur son charango.

« Hélas, dans le donjon, point de princesse ! Seulement les trois géants, qui attendaient mon maître, les traîtres ! Et avant qu’il n’ait pu esquisser le moindre geste voilà les bougres qui l’attrapent chacun par un pied !...

« Il avait donc trois pieds à ce moment-là ? Quel homme, demanda narquoisement Acocoyotl.

« Oui, s’écria Sang-Chaud qui ne se démonta pas pour si peu. C’était bien là toute la ruse de mon maître qui avait plus d’un tour et d’un pied dans son sac. Il avait effectivement trois pieds ! Les géants en furent si ébahis qu’ils lâchèrent mon maître qui, avec son pied supplémentaire, frappa les géants dans leurs quatre genoux !

« Ils avaient chacun quatre genoux ?

« Oui ! Quatre genoux chacun, à eux trois ça faisait quatre fois trois égal douze genoux à frapper ! Et bien vous le croirez ou non, Don Quijote de la Mancha les brisa tous les douze ! Bel exploit non ?...

« Et la princesse ?

« Ah oui la princesse…C’est ce qu’on appelle les dégâts collatéraux…Dans la fougue du combat mon maître brisa aussi les genoux de cette pauvre enfant qui n’était déjà pas bien grande et c’est pour ça qu’il ne l’avait point vue.

Pour la consoler mon maître lui donna généreusement un portrait de lui peint sur un œuf par un grand peintre d’œuf. Ce qu’elle apprécia grandement car elle le cassa sur la tête de mon maître ce qui je crois est signe de remerciement de la part des personnes de petite taille dans cette contrée sauvage et reculée…

Puis nous nous esquissâmes discrètement pour d’autres aventures...

Aventures dont certainement, cher Popo, vous mourez d’envie de connaître la suite et …

Où l’aztèque ne s’émerveilla plus de rien, ni de la jungle qui froufroutait, ni des frondaisons qui gigotaient mais qui ne mourait que d’une envie, celle d’écraser le charango sur la tête de Sang-Chaud…

Ce qu’il fit…

Chapitre 76

Conférence internationale en alexandrins sur l’importance et l’usage des vents à l’intérieur et à l’extérieur du ventre d’une baleine.

Intervenant : Lulu tortue luth.

Participant à titre consultatif : Billiwong Billidong

Orateurs : Johnny ; le Cap’tain ; le petit garçon en bois

Médiateur : le Koala

 

Lulu ( sentencieuse ) :

Je demande le silence en tant qu’intervenant,

Car il nous faut débattre de tous ces ouragans !

L’heure est grave messieurs, et de cette grosse bedaine

Nous devons nous extraire et adieu la baleine…

Il n’y a qu’une solution, et elle est capitale,

Servons-nous de la brise ou alors du Mistral !...

Johnny ( bougon ) :

Le Mistral connais pas ! Est-ce un vent d’aujourd’hui ?

Est-il aussi furieux  que le fou Makani

Qui plongeait, de mon temps, direct sur Hawaï,

Hurlait à pleins poumons et en faisait des tonnes,

Et valait, à mon sens, tous les plus gros cyclones ?

Le Koala ( conciliateur ) :

Un vent en vaut un autre, là n’est pas la question,

Quelle importance qu’il soit zéphyr ou aquilon ?

Il convient de savoir, en ce moment extrême,

Si on adopte la bouse ou on choisit la crème !

Billiwong Billidong ( levant la main )

Personnellement, j’opte pour les vents doux,

Mon choix se portera sur mon didgeridoo !

Je pourrais en souffler pour nous sortir du trou

Et nous mettre sur la route de mon cher kangourou…

Le Cap’tain ( furibond )

Voilà bien les ingrats, les filous, les bandits !

A peine rentrés au port, ils demandent la sortie…

A moi les moussaillons, à moi mon équipage,

Ils veulent déserter et partir à la nage !...

Lulu (excédée)

Calmez-vous triple fou, triple sourd, triple buse.

Je ne parle que de vents, n’y voyez aucune ruse!

Il s’agit de trouver le moment convenable

Pour s’extirper, enfin, de ce ventre exécrable !

Le Koala ( explicatif )

La tortue a raison, elle n’est jamais fantasque,

Il faudrait surveiller la venue d’une bourrasque.

Et faire à l’intérieur autant de gros boucan

Comme si dans ce bidon soufflait un ouragan.

La baleine effrayée ouvrant alors son bec

Nous cracherait illico comme des noyaux de pastèques !

Le petit garçon de bois ( béat )

J’vais aussi vous aider, parole de marionnette,

Car j’en ai plus qu’assez de manger des crevettes !

Faut pas être trop stupide pour mimer la tempête,

Cette fois j’ai tout compris, j’vais jouer de la trompette…

Et son nez s’allongea, encore, jusqu’au plafond

Au moment où, dehors, déboula un typhon…

Chapitre 77

Mélo Dick avait déjà essuyé de gros grains mais, de mémoire de cachalot, celui-ci était vraiment particulier.

Lorsqu’elle émergea des profondeurs elle crut qu’elle allait être emportée dans les airs. Le bruit du vent était si assourdissant qu’elle ne s’entendait plus sonder, quant au tonnerre il résonnait avec tant de violence qu’il lui semblait venir de l’intérieur même de son corps.

Et pour cause, dans l’estomac de la baleine, la tempête grondait aussi…

La « fanfare des avalés»  jouait comme si sa dernière heure était venue :

le Koala, en chef d’orchestre accompli, battait éperdument la mesure ;

le didgeridoo de Billiwong Billidong gémissait à fendre l’âme ; le Cap’tain tenait le rythme avec sa béquille en frappant sur la carapace de Lulu ; Lulu la tortue couinait comme le luth qu’elle n’avait jamais été ; le pauvre Johnny crachait ses vieux poumons en cadence et la marionnette, qui avait fait des trous dans son nez, soufflait dedans comme s’il s’agissait d’un saxophone !

Le groupe improvisé jouait frénétiquement en se tenant en équilibre sur une espèce de radeau fabriqué de bric et de broc avec des planches de bois récupérées dans les boyaux de la baleine. Un mât surplombait le tout et une voile de fortune se balançait au-dessus de la petite bande de musiciens.

Leur cacophonie était infernale, un mélomane n’y aurait pas retrouvé ses petits mais là n’était pas le but. Le tohu-bohu rebondit sur les parois de l’estomac du cachalot, vibra dans son œsophage et remonta lentement mais sûrement dans sa gorge.

« Allegro, presto, plus fort plus fort !!! Cria le Koala

« Mais qu’est-ce qui se passe ? grommela Mélo Dick. Ses ouïes commençaient furieusement à la chatouiller.

« PRESTISSIMO !!!! Hurla le Koala, hystérique…

« Mais…ahh…AHH…ATCHHH….fit Mélo Dick…

Lorsque la baleine éternua, l’onde de choc fut si énorme que l’ouragan lui-même en fut surpris.

« A vos souhaits ! dit-il en langage d’ouragan. Puis il se calma d’un coup et s’en alla rouler des mécaniques à l’autre bout de l’Océan.

Mélo Dick aussi fut surprise.

Pas seulement par son éternuement monstrueux, ni par le calme plat et la mer d’huile qui maintenant régnait autour d’elle, mais par le vide qu’elle sentit dans son ventre…

« Ils sont partis !  Ah les petits salopiots ...gémit-elle.

Un banc de dix mille petites sardines venait de se reformer sous elle pour venir aux nouvelles.

« De qui parles-tu ainsi ? lui demandèrent-elles.

Une toute petite voile blanche disparaissait au loin.

Mélo Dick poussa un soupir à fendre toutes les lames de fond.

« Un musicien si sympathique, lâcha-telle dans un sanglot. …Si talentueux…Et moi qui avais mis tellement d’espoir en lui…Il ne m’a même pas dit merci ! Parti, comme ça, sans un mot, sans un au revoir ! Rien…Quel égoïsme ! Quelle ingratitude… »

Une larme coula sur ses fanons.

Et le silence se fit sur cette scène peu amène

 dont furent témoins, hélas, vingt mille yeux sous l’amère…

Chapitre 78

Le rafiot de fortune avançait péniblement sous les alizés.

Billiwong Billidong scrutait l’horizon et essayait de maintenir le cap en direction des Îles sous le vent mais il fallait bien avouer que la voile trouée n’était pas d’une grande utilité. Tout comme le vieux Johnny, la marionnette et le Capt’ain qui, plutôt qu’aider à la manœuvre, regrettaient déjà le ventre de la baleine et n’arrêtaient pas de se plaindre du manque de confort du radeau.

« J’aurais dû emmener ma couette, pleurnichait Johnny,

« J’aurais dû emmener ma bouteille de rhum, maugréait le Cap’tain,

« J’aurais dû emmener un nez de rechange, se lamentait la marionnette.

« Chers amis, soupira le Koala, assis nonchalamment sur l’épaule de Billiwong Billidong, ce n’est pas que votre présence nous importune, bien au contraire, et croyez bien qu’en d’autres circonstances votre compagnie aurait été plus que bienvenue, mais vous conviendrez que, vue la taille de cette coquille de noix, je me demande si finalement nous ne sommes pas quelques-uns de trop… »

 « Tout à fait d’accord avec vous mon cher Koala » fit Lulu la tortue, tout en pagayant avec ses deux pattes avant à la proue de la petite embarcation.

« Je rappelle tout de même que nous avons un kangourou dans la nature et que la nature a horreur du vide, contrairement à nous, qui aimerions bien que l’on en fasse un peu, du vide…

« Ca veut dire quoi ? s’exclamèrent en chœur le vieux Johnny, la marionnette et le Cap’tain.

« Récifs en vue, cria Billiwong Billidong.

« Ca veut dire qu’il est temps pour vous de débarquer ! Fit Lulu la tortue.

« C’est une honte! Vociféra le Cap’tain.

Billiwong Billidong venait de le pousser sans ménagement avec les deux autres sur la plage de ce petit îlot rocailleux.

« C’est un scandale ! C’est une rébellion ! C’est une mutinerie ! Gibiers de potence, vous n’auriez pas osé si j’avais eu encore mes deux jambes ! Ah c’est commode !...

« Non, fit Lulu la tortue, ce n’est pas commode, c’est Komodo ! L’Île de Komodo ! C’est un endroit très chaleureux vous verrez. Le climat y est idéal pour se refaire une santé. La nourriture est de bonne qualité et l’occupant des lieux est une vieille connaissance extrêmement sympathique. Tiens d’ailleurs le voilà. Bonjour Gaston, comment tu vas mon grand ?

« Ca peut aller, ça peut aller, dit Gaston le varan. Alors, qu’est-ce que tu m’amènes cette fois ma Lulu, Mhhhh…ça m’a l’air bien appétissant tout ça… »

Il avançait en se dandinant lourdement et fouettait l’air de son immense queue recouverte d’écailles acérées.

 « Je vous présente Gaston les amis ! Il a l’air un peu balourd comme ça mais ne vous y trompez pas, il peut être très rapide…Et il est très taquin, très très taquin, vous allez bien vous amuser avec lui…Son surnom, c’est : « le Dragon de Komodo », mais c’est juste pour faire peur aux enfants, hein Gaston que tu n’es pas méchant ?...

« Non, fit Gaston, en se passant une langue fourchue sur les babines, pas méchant, pas méchant du tout…Surtout avec mon futur déjeuner… »

Et Billiwong Billidong, le Koala et Lulu la tortue prirent le large, sous les regards atterrés des trois médusés du radeau…

Chapitre 79

Où l’aztèque Acocoyotl Polichtiltli s’émerveilla de tous les faits et gestes hautement chevaleresques du très ingénieux Hidalgo Don Quijote de la Mancha, contés musicalement avec force trémolos par son fidèle Sang-Chaud, une nuit de lune pleine, sous les froufroutantes frondaisons d’une jungle oppressante :

 

« Oyez oyez senor Coco…Vous permettez que je vous appelle Coco ? »

Un sourire édenté et radieux illuminait le visage de Sang-Chaud. Il n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il pouvait chanter les louanges de son bon maître en pinçant avec fougue les trois cordes de son charango.

Où l’aztèque Acocoyotl Polichtiltli ne s’émerveilla pas complètement des marques de familiarité maladroites mais bien compréhensives du fidèle Sang-Chaud et refusa poliment mais fermement d’être appelé Coco, sous les froufroutantes frondaisons d’une jungle toujours aussi oppressante :

« Non ! Tu ne peux pas…Fit Acocoyotl Polichtitli.

« Ah bon tant pis…répondit Sang-Chaud, toujours souriant. Alors je vous appellerai Popo...Senor Popo, c’est bien aussi ! Donc, Senor Popo… »

Après une œillade appuyée à Acocoyotl il fit frénétiquement sonner son instrument.

« …Donc, voilà mon maître qui, n’écoutant que son devoir, était parvenu, à la seule force de ses petits poignets et de mes grosses épaules, en haut de la sombre tour du sombre donjon du Castel Gaspacho.

Dans un songe, la nuit précédente, il avait entendu l’appel de la malheureuse princesse Dona Tortilla y Pastachuta. Cette pauvre enfant, qui n’avait déjà pas été aidée par dame nature étant atteinte de nanisme, était abjectement retenue prisonnière par ses trois ignobles  frères, les géants Don Gargouilli, Don Gargouillo et Don Gargouilla…

Hélas, en haut de la sombre tour du sombre… »

Où l’aztèque Acocoyotl Popo s’émerveilla de moins en moins et commença même à s’impatienter sous les froufrous qui frondaient et la jungle qui s’oppressait :

«  Hélas, trois fois hélas, continua Sang-Chaud en tirant

de vibrants et pathétiques grincements sur son charango.

« Hélas, dans le donjon, point de princesse ! Seulement les trois géants, qui attendaient mon maître, les traîtres ! Et avant qu’il n’ait pu esquisser le moindre geste voilà les bougres qui l’attrapent chacun par un pied !...

« Il avait donc trois pieds à ce moment-là ? Quel homme, demanda narquoisement Acocoyotl.

« Oui, s’écria Sang-Chaud qui ne se démonta pas pour si peu. C’était bien là toute la ruse de mon maître qui avait plus d’un tour et d’un pied dans son sac. Il avait effectivement trois pieds ! Les géants en furent si ébahis qu’ils lâchèrent mon maître qui, avec son pied supplémentaire, frappa les géants dans leurs quatre genoux !

« Ils avaient chacun quatre genoux ?

« Oui ! Quatre genoux chacun, à eux trois ça faisait quatre fois trois égal douze genoux à frapper ! Et bien vous le croirez ou non, Don Quijote de la Mancha les brisa tous les douze ! Bel exploit non ?...

« Et la princesse ?

« Ah oui la princesse…C’est ce qu’on appelle les dégâts collatéraux…Dans la fougue du combat mon maître brisa aussi les genoux de cette pauvre enfant qui n’était déjà pas bien grande et c’est pour ça qu’il ne l’avait point vue.

Pour la consoler mon maître lui donna généreusement un portrait de lui peint sur un œuf par un grand peintre d’œuf. Ce qu’elle apprécia grandement car elle le cassa sur la tête de mon maître ce qui je crois est signe de remerciement de la part des personnes de petite taille dans cette contrée sauvage et reculée…

Puis nous nous esquissâmes discrètement pour d’autres aventures...

Aventures dont certainement, cher Popo, vous mourez d’envie de connaître la suite et …

Où l’aztèque ne s’émerveilla plus de rien, ni de la jungle qui froufroutait, ni des frondaisons qui gigotaient mais qui ne mourait que d’une envie, celle d’écraser le charango sur la tête de Sang-Chaud…

Ce qu’il fit…

Chapitre 80

« Ces musiques ibères n’ont aucun avenir ici ! Bougonnait l’ara rouge.

Il mâchonnait une grosse blatte brune en regardant méprisamment Sang-Chaud qui retirait de son cou les débris de son charango.

« Leurs mélodies sont insipides et les paroles de leurs chansons sont sans intérêt…

« Toutout à faifait d’accoccord, approuva l’ara bleu.

« Ce n’est pourtant pas compliqué de faire une jolie complainte, continua l’ara rouge. Il suffit de trouver un bon sujet, romantique et intemporel…Tiens, au hasard, on pourrait imaginer une chanson sur cet insecte… » Il recracha des morceaux de carapace du cafard. « On appellerait ça : « La cucaracha !  Je suis sûr qu’on ferait un tabac, surtout à Hispaniola ou à Cuba…

« Sur un air de flamencolibri, gazouilla le colibri, ce serait magnifiqui !

«Carrramba y buttifarrra ! s’écria soudain le chevalier, se relevant difficilement en faisant craquer son armure et ses os. «  Fi de toutes ces calembredaines ! Nous autres, vaillants associés de la Compagnie des Conquistadors et des Aztèques réunis, avons d’autres pumas à fouetter, que diantre ! »

Se lissant les moustaches avec emphase il se pencha vers Acocoyotl Polichtitli.

« Don Acoco mon excellent ami, venez un peu par ici que je vous montre ce document qu’une charmante personne de mes relations a réussi à subtiliser à l’amiral de la flotte du Roy d’Espagne. Je l’ai gardé secret jusqu’à présent mais vous avez su gagner ma confiance, aussi approchez donc…C’est ce qu’on appelle, chez nous autres civilisés, une carte, un plan, un portulan…

« Un peu comme celle-là, fit Acocoyotl,  découvrant la sienne.

« Euh….Oui en effet…mais en mieux ! Voyez, la vôtre est écrite en charabia, la mienne en espagnol ! Mais surtout, regardez bien, c’est une carte très spéciale, tracée à la poudre d’or et qui indiquerait le chemin à suivre pour retrouver l’El Dorado…On dit que seul un cœur pur peut la déchiffrer, et que ce cœur pur, il faut, à l’aide d’une épée aussi pure, l’extirper du corps de celui qui le possède… »

Don Quijote, dont la voix avait monté d’un cran, avait mis sa main droite sur sa rapière et sa gauche sur l’épaule d’Acocoyotl.

« As-tu un cœur pur l’Aztèque ?

« Non, absolument pas !...

« Tant pis, tant pis, soupira l’Hidalgo à regret. J’aurai toujours essayé…

« Et vous-même ?...

« Moi non plus, moi non plus ! dit précipitamment Don Quijote. Et c’est grande pitié, vous pensez bien que j’aurais donné mon cœur, hélas impur, j’aurais donné mon sang, ma vie, mon âme, mon fidèle Sang-Chaud, pour offrir l’El Dorado à mon Roy… »

Désabusé, le chevalier allait rempocher sa carte lorsqu’elle glissa de sa main et vint se superposer à celle d’Acocoyotl.

« Regardez les deux cartes, fit celui-ci, n’est-ce pas incroyable ? Les routes semblent aller dans la même direction. On dirait que poudre d’or et charabia parlent d’une même voix…

« En effet, en effet…La voix de l’or, mon ami, la voix de l’or ! s’illumina l’Hidalgo

« Et du Quetzalcoatl, murmura Acocoyotl… »

D’un doigt décharné Don Quijote suivit le double tracé jusqu’à un point précis situé de l’autre côté des terres indiennes, au bord d’une autre mer inconnue où nul espagnol n’avait encore jamais navigué…

Ce point avait pourtant déjà un nom, inscrit dans les deux langues.

L’Aztèque et l’Hidalgo se regardèrent.

Les deux perroquets et le colibri s’étaient posés sur leurs épaules.

Sang-Chaud venait de se pencher lui aussi

« Acapulco ! Crièrent-ils tous en chœur !

Chapitre 91

« Ma mission prend fin ici ! dit « Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin » avec des trémolos dans la voix, ma fille vous guidera maintenant.

Les voyageurs montèrent dans le long canoë que les peaux rouges venaient de tailler rapidement dans un séquoia géant puis, avec un enthousiasme certain pour les uns et une angoisse non dissimulée pour certains autres, angoisse qui se matérialisa par une suite de gaz pétaradants, ils prirent plein ouest en direction du large.

« Ugh ! » dit simplement « Aigle-attentif… ». Il fit demi-tour et repartit chez les siens.

La fatigue commençait à se faire sentir.

Ils naviguaient depuis plusieurs semaines, se nourrissant des poissons volants que « Chienne-qui-ne-pète-jamais » attrapait au vol, buvant l’eau de pluie, pagayant sans jamais s’arrêter. Ils se relayaient à tour de rôle sans dire un mot, sans même aboyer.

« Tigresse-aux-lys-attentive-à-son-père-Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin-mais-aussi-attentive-aux-cousins-blafards-et-à-leurs-chiens-dont-le-plus-vilain-pète-particulièrement-fort » restait à l’avant du canoë  et ne dormait jamais. Impassible comme une statue elle scrutait l’horizon. C’est elle la première qui distingua l’île…

Lorsqu’ils accostèrent, les deux chiens sautèrent en jappant sur la plage de sable fin et disparurent sous les frondaisons d’une jungle luxuriante qui cernait apparemment toute l’île. L’indienne et les deux inuits venaient à peine de descendre du canoë qu’un rire, provenant du sommet des cocotiers se fit entendre…

« Ils m’ont l’air bien vieux, ces loustics-là, pour être perdus ! Tu n’crois pas ma vieille cloche ?...

« Ding ! Ding ! fit une autre voix qui tintait plus qu’elle ne parlait, pour sûr mon ami, pour sûr. Ils  ne ressemblent vraiment pas à des enfants abandonnés !...

L’autre voix rigola de plus belle.

« Ou faut-y qu’leurs parents soient sacrément vieux !...

La voix virevoltait dans les airs, semblant passer d’un arbre à un autre avec une rapidité déconcertante.

« Non, décidément, ces zigotos sont pas des mioches perdus et je me d’mande si qu’on va pas les rej’ter à la baille ?...

Tulurgglurkuk n’avait pas fait deux pas sur le sable et essayait encore de comprendre d’où provenaient ces voix lorsqu’il s’aperçut que la pointe d’un sabre venait de se planter juste au bout de son nez.

Une fine main tenait négligemment le sabre, après la main venait un bras, puis un buste, puis un corps tout entier mais très mince, vêtu de vert et appartenant à un étrange petit bonhomme coiffé d’un bonnet vert également et qui, chose encore plus étrange, ne semblait pas poser les pieds par terre mais paraissait voler dans les airs.

« A la baille, tintait la petite voix, à la baille !...Je connais un saurien qui serait ravi de faire un festin avec ces idiots-là ! Hi hi hi…

« Sûr qu’ce vaurien saura les déguster avec … »

Le petit homme vert venait d’apercevoir le visage de la jeune indienne et s’était soudain immobilisé. Il baissa sa lame et resta bouche bée.

« ‘Scusez Miss… j’vous avais pas vue…qu’est-ce qu’elle est belle, pas vrai, Ding-Dong ? bredouilla-t-il…

« Bof….pas tant que ça, grommela la petite voix, elle est même assez quelconque…ahlala…tu ne changeras donc jamais !...

« Qui qu’êtes-vous, demanda timidement le petit homme vert à l’indienne, comment c’est-y qu’vous vous app’lez ?

« Moi ? on me nomme : « Tigresse-aux-lys-attentive-à-son-père-Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin-mais-aussi-attentive-aux-cousins-blafards-et-à-leurs-chiens-dont-le-plus-vilain-pète-particulièrement-fort »…

« Oulala ! trop long pour moi !...dit l’autre en riant, on va simplifier princesse…pour moi vous s’rez juste : « Tigresse Lily ! »

« Attention, attention, fit la petite voix, tu vas encore te faire embobiner !...

« Ahhhhh ça suffit ! va-t-en Ding-Dong, t’y connais rien aux amours enfantines, laisse-moi tranquille, ouste, du balai, retourne dans ton tiroir !...

La petite voix disparut en pleurnichant.

« Tigresse Lily ? Ca me va, répondit l’indienne en souriant, et vous, qui êtes-vous mister ?

« Mister ? v’là qu’elle m’donne du mister…

 Le petit homme vert s’inclina, fit une révérence et dit :

« Pour vous princesse, y’aura jamais d’mystère…

Vous pouvez m’appeler Peter !... »

Chapitre 92

Assis à l’avant du petit radeau, Billiwong Billidong soufflait tristement dans son didgeridoo. Pour la première fois depuis le début de son long périple il n’était pas très fier.  Avoir laissé ses trois compagnons sur Komodo à la merci de ce gros lézard n’était pas digne d’un chasseur comme lui.

« Bah…ne t’inquiète pas, avait minimisé le Koala, le menteur au long nez saura bien mentir, le pirate saura bien pirater et le vieillard…bon d’accord, pour le vieillard c’est plus problématique, mais n’oublie pas que tu as un kangourou à retrouver et qu’il n’y a pas assez à manger pour tout le monde sur ce rafiot…

un vieux sage koala me disait toujours : « La faim justifie les moyens ! » alors naviguons droit devant et hardi les gars !... »

La Koala se frappa le front.

« Au fait, avec toutes ces péripéties j’allais oublier le principal…Billiwong Billidong mon ami, j’avais quelque chose à te demander depuis longtemps.

Ton kangourou doux fugueur, il ne s’appellerait pas Maurice par hasard ? »

Billiwong Billidong haussa les épaules. Quelle question idiote ! Il fit non de la tête et se remit à souffler.

« Non ? continua le Koala, Ah bon…parce qu’il m’est venu comme une intuition qu’il te fallait chercher un certain Maurice…ou une Mauricette peut-être, ça ne te dit vraiment rien ? Tant pis…pourtant je suis sûr que c’est important pour…

« Voile en vue, l’interrompit Lulu la tortue, à bâbord ! »

La voile en vue à bâbord grandit progressivement. Il s’agissait en fait non pas d’une mais de deux petites voiles d’un tout petit bateau qui s’approchait peu à peu de leur embarcation mais ne faisait pas mine de ralentir. Bien au contraire le bateau ne fit que croiser le leur à bonne distance. A son bord, un petit bonhomme grimé de la tête aux pieds d’un costume de loup gris tenait sa barre sans lâcher l’horizon du regard.

« Ohé du bateau, lança le koala, tout va bien à bord ?

« Silence ! Laissez-moi tranquille, grogna le petit loup gris, je rentre chez moi ! Allez au diable ! D’ailleurs vous y allez directement alors mauvais vent à vous !...

« Ben dis donc, il n’est pas très poli celui-là, fit la tortue offusquée, et qu’est-ce qu’il veut dire par « Au diable, d’ailleurs vous y allez… »

« Terre ! Terre à tribord, hurla le Koala.

A peine eurent-ils le temps de tourner la tête pour voir une île apparaître dans le lointain que le petit bonhomme grognon avait disparu de l’autre côté.

Ils filèrent donc en direction de l’île et, après avoir franchi avec quelques difficultés une impressionnante barrière de corail, ils finirent par y accoster.

La première chose que fit Billiwong Billidong en débarquant sur la plage fut d’inspecter le sable. A sa grande déception il ne constata aucune empreinte récente de pattes de kangourou.

En revanche il y avait de nombreuses autres empreintes. D’abord celles, petites et rapprochées, qui allaient vers la mer et qui devaient sûrement être celles  de ce furieux petit bonhomme croisé plus tôt.

Et il y avait d’autres empreintes.

Enormément d’autres empreintes. Des empreintes énormes, gigantesques, monstrueuses. Certaines provenant de gros mais alors de très gros sabots, d’autres avec des traces de griffes ou de palmes colossales, d’autres encore appartenant à de bonnes grosses pattes poilues.

Des empreintes de grosses pattes poilues appartenant sans doute à l’individu à la très grosse voix qui, encore dissimulé dans la forêt qui longeait la plage, demanda timidement :

« Vous n’auriez pas vu Max par hasard ? »

Chapitre 93

Billiwong Billidong, Lulu et le Koala levèrent la tête en même temps.

« Ah oui en effet, murmura Lulu la tortue, il semble que nous ayons trouvé à qui appartiennent ces belles grosses empreintes…

« Mais oui madame, ces belles et terrrribles et maxi empreintes sont les maxi nôtres ! fit un terrible monstre poilu à terrible tête de taureau.

Un autre terrible monstre à long cheveux roux sortit lui aussi des bois et, en montrant de sa grosse et terrible main griffue des traces à moitié effacées dans le sable, ajouta :

« Et celles-là ce sont les miennes !

« Pousse-toi gros lard, fit un autre terrible monstre barbu avec des petites

( mais terribles ) cornes sur le haut de la hure et dont le ventre, terriblement velu, était orné de rayures jaunes et orange, pousse-toi ! tu vois bien que ces traces-là sont à mouââââ !...

« Et celles-là sont à mouâââ ! grogna un quatrième et terrible monstre à tête de perroquet.

Deux autres terribles monstres, maousses, bariolés et hirsutes apparurent encore. Ils se chipotèrent, se bousculèrent, se firent des crocs en jambes puis finalement roulèrent ensemble dans le sable.

Après un bref moment de confusion pendant lequel Billiwong Billidong et ses amis n’avaient pas osé bouger, l’un des monstres donna des coups de coudes aux autres et désigna du groin les trois arrivants.

Les monstres se calmèrent peu à peu et se mirent en rang. Le gros barbu rayé avec ces petites cornes reposa sa question.

« Donc, vous n’avez pas vu Max ?...

« Ahhhh il s’appelle Max, fit le Koala, ce petit loup mal poli qui nous a croisés sen nous traitant de tous les noms !

« Oui, c’est tout lui ça ! hurlèrent les monstres hystériques en poussant des cris de joie et en agitant leurs grosses pattes, sacré Max , toujours un mot méchant pour chacun ! Mais où est-il passé ? C’est que nous avons une fête épouvantable à terminer avec lui ! ....

 « Lorsque nous l’avons vu, je crois qu’ il rentrait chez lui, dit le Koala.

« Ohhhh…Quel dommage, fit un autre terrible monstre, un si vilain garçon, nous aurions pu le manger…mais vous-mêmes, vous ne voulez pas venir vous suspendre aux arbres avec nous ? On va bien rigoler. Ca va être terrible ! Et ensuite on vous mangera aussi, hein, qu’est-ce que vous en dites ?...

Le Koala eut soudain une inspiration et dit :

« Chers amis monstrueux, Max est malheureusement parti mais nous pouvons le remplacer avantageusement. Il se trouve que vous avez devant vous les spécialistes mondiaux de la suspension dans les branches avec triple saut arrière, pas vrai les gars ?

« Billiwong Billidong et Lulu hochèrent la tête. Les monstres battirent des mains.

« Chouette, dirent-ils, et ensuite on pourra vous manger ?

« Tout à fait ! Tout à fait ! dit le Koala, allez, on s’accroche, hop c’est parti !...

Billiwong Billidong, Lulu la tortue et lui-même se suspendirent aux hautes branches des palmiers et commencèrent à se balancer.

« Bravo ! Bravo ! Magnifique ! C’est vraiment terrrrrible, firent les monstres

« N’est-ce pas, hoqueta le Koala, au fait…pouf…pouf…au fait…Maurice…Maurice…

« Quoi Moritz ? firent les monstres. Moritz comme Max et Moritz ?...

« Pouf…pouf…non…pas Moritz…Maurice…vous savez où on peut trouver Maurice ? souffla le Koala en se balançant de plus belle.

« Ahhhh Maurice !...s’exclamèrent en chœur tous les monstres, bien sûr qu’on sait où on peut trouver Maurice !...

Ils levèrent tous leurs pattes dans la direction de l’ouest.

« C’est par là !...

« Merci ! murmura le Koala.

Alors, avec une parfaite synchronisation, les trois amis prirent leur élan, lâchèrent les branches où ils étaient accrochés et firent un terrible triple saut arrière de toute beauté qui les envoya dans la jungle où ils disparurent à la vue des monstres.

Des monstres qui restèrent bouche bée.

Et qui, évidemment, se mirent à monstrueusement pleurer :

« BOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU…»

Chapitre 94

Zozo…Zozooo….

Renard rouzé qui fait sa loiiiii…

Zozo…Zozooo…

Vainqueur…tou l’es z’à tchaqué fois…

Dans la pénombre d’une ruelle glauque donnant sur le port d’Acapulco, une petite bande hétéroclite et encapuchonnée se dissimulait tant bien que mal à l’abri des regards des soldats qui déambulaient en ces lieux mal famés.

Acocoyotl et ses compagnons se serraient les uns contre les autres avec inquiétude car le vieil Hidalgo paraissait plus loco que jamais.

Il chantonnait fébrilement depuis un moment une comptine ridicule qui était, soit disant, un code pour avertir Don Diego, lequel, pour l’instant, n’avait pas encore montré le bout de son nez masqué.

« Il va venir, il va venir…Il a sûrement une affaire urgente à régler…un bougre à égorger, une affaire d’honneur en attente, une infante à secourir, un verre de xérès à finir, que sais-je…dans la famille nous avons toujours d’honorables raisons pour être en retard…

Zozooo…Zozooo…Renard rouzé qui fait sa loiiiii…

Zozooo…Zozooo…

 

« Qué tal hombre ?!...Serait-ce toi mon couzin ? fit une sombre voix émergeant d’un gros tonneau de harengs.

« Mon cousin ! Est-ce toi ?! répondit joyeusement Don Quijote en se précipitant sur la forme puante et dégoulinante qui s’extrayait du baril.

« Olà cousin ! Toujours aussi masqué ! fit Don Quijote

« Olà couzin ! Touzours aussi cazqué ! répondit Don Diego.

Avisant soudain la petite troupe blottie derrière le dos de Don Quijote, Don Diego recula d’un pas, sortit son épée et entama une série de dangereux moulinets au-dessus de la tête des malheureux.

« Attenzion mon couzin ! se mit-il à brailler,  vise un peu ces danzereux coupe zarrets qui en veulent à tes bourzes !  Ze m’en vais zigouiller ces zouaves d’un coup de zabre ! Et zing ! Et zang ! Tremblez zibiers de potenze, zélérats, azzazzins…

« Aïe ! Ouille ! glapirent les deux aras en tentant d’échapper à l’estrapade, il est encore plus zinzin que l’autre !

« Halte-là noble cœur ! dit le chevalier en s’interposant, ces rustres sont sous ma sauvegarde ! Ce sont de braves bougres et, pour une certaine circonstance il se trouve que nous faisons cause commune. Nous voilà céans près de toi car, mon cousin, nous requérons ton aide…

« Dans ze cas , ils zont aussi zous ma proteczion, fit le cousin masqué en rengainant sa rapière, ze zuis dézolé mes zeigneurs, excusez ma méprize, z’ai bien failli vous zigouiller ! » Puis,  se tournant vers le Chevalier : « Que puis-ze pour toi mon inzénieux couzin ?

« Peu de choses en vérité ! Ta protection d’abord…

« Elle t’est aquize !

« Ta fine lame ensuite… 

« Aquize ! Aquize !

« Le reste n’est que broutille…Nous avons simplement besoin que tu nous prêtes ton vaisseau pour retrouver, premièrement, une bestiole nommée Quetzalcoatl recherchée par l’Aztèque ici présent, et secondement, ramener l’or de l’Eldorado en ma demeure ibère afin qu’après en avoir généreusement donné une infime part à notre bon Roy je le dépose aux pieds bénis de ma tendre et bien-aimée Dulcinée…

« Touzours amoureux de Dulzinée mon couzin ?…Ze vois, ze vois, fit zombrement Don Diego de la Vega, z’est donc une affaire de cœur ?

« Zi on veut, répondit Don Quijote…de cœur, d’honneur, de gloire…

« A zenou mon couzin ! Tu le zures ?

« Ze le zure !

« Alors ze suis ton zerviteur ! Zésus Marie Zoseph ! Ma caravelle t’est acquize, son équipaze est à toi !

« A qui ?

« A toi !!! Allez, zou ! embarquons les z’amis ! s’écria Don Diego

« Allons-z-y Alonzo ! s’exclama joyeusement Sang-Chaud

« Pas Alonzo…fit lugubrement Don Diego en clouant du regard le pauvre serviteur et en mettant sa main sur la paume de son arme, pas Alonzo…

 

Son nom, il le signe de la pointe de son épée…

D’un Z qui veut dire Zozo…

Chapitre 95

Acapulco et le « Nouveau Monde » n’étaient plus qu’un vague souvenir.

La Perla Negra, le galion de Don Diego, filait maintenant, toutes voiles dehors depuis plusieurs semaines, plein ouest vers l’inconnu.

Les perroquets, le colibri et Sang-Chaud étaient dans les haubans et scrutaient l’horizon. L’équipage, pour plus de sûreté, n’avait pas embarqué. Seul le capitaine, un vieux loup de mer bayonnais répondant au nom de Jacques Moineau, était resté à bord pour tenir la barre et maintenir le cap.

Pour l’heure, dans la cabine des officiers, les esprits s’échauffaient.

Les deux cousins, Acocoyotl et le capitaine étaient penchés, inquiets, sur une carte marine.  Cet antique parchemin, le capitaine l’avait gagné aux dés à une vieille sorcière, dans un bouge de la Jamaïque, et possédait, pour qui savait le déchiffrer, des indications secrètes qui pour l’instant, il fallait bien le reconnaître, restaient invisibles…

Le capitaine Moineau, à l’aide d’un compas, traçait d’étranges cercles concentriques sur le document, plaçait sa boussole à un endroit, puis à un autre, se grattait la tête et grommelait dans sa barbe.

« J’ai sillonné les sept mers dans tous les sens, poursuivi toutes les flottes du monde, coulé cent navires ennemis, accosté sur des îles remplies de cannibales, échappé aux sirènes, aux murènes, aux baleines, à la gangrène, à la mauvaise haleine, au manque d’oxygène…mais franchement là, par tous les poils de barbe de Poséidon, je ne vois absolument pas par quel bout de ma lorgnette il me faut regarder, ni par où commencer…c’est que c’est vaste, l’océan… Messieurs, il vous faudra peut-être renoncer à l’or…et aux plumes…

 « Malédiction ! grimaça l’Aztèque.

« Jamais ! grogna Don Quijote.

« Zamais ! gronda Don Diego.

 « A moins que, à moins que…murmura Jacques Moineau.

Il n’en dit pas plus car à cet instant la vitre d’un hublot vola en éclat.

Un albatros, visiblement aveuglé par le soleil, venait de percuter une fenêtre et s’était engouffré dans la cabine. L’oiseau, paniqué, ne resta pas longtemps dans la cambuse, juste assez tout de même pour mettre le souk sur la table, faire voler quelques perruques, casser quelques bonbonnes de rhum, lâcher une ou deux crottes sur la carte et ressortir par la porte en deux battements de ses gigantesques ailes.

Le souffle coupé, le capitaine, consterné, avait néanmoins eut le temps de voir  les petits excréments de l’oiseau tomber sur la carte.

« Regardez, regardez, souffla-t-il, le compas, le caca…

Le compas du capitaine, mu par un mouvement incontrôlé puisqu’il l’avait lâché, venait en effet de sauter d’un extrême à l’autre de la carte et la pointe de l’instrument s’était fichée sur une des crottes, au beau milieu de rien.

Les quatre compères se couchèrent littéralement sur la carte, le nez sur la crotte. Fébrilement ils tirèrent deux lignes pour vérifier l’exacte position de celle-ci.

Elle recouvrait en partie le dessin d’une petite île dont le nom hélas, à moitié effacé, ne disait rien, ni aux uns, ni aux autres…

Les coordonnées, en tous cas, en étaient les suivantes :

20°10’ Sud ; 57°30’ Est…

« Connais pas cet endroit, souffla Moineau.

« Zamais entendu parler, s’écria Don Diego hors de lui, c’est de la mazie ! C’est la mazie du guano !…

« Magie, guano, caca ou pas, c’est notre dernière chance ! dit Acocoyotl…

 « L’aztèque a raison ! ajouta Don Quijote, alors capitaine, branle-bas de combat, hissez la grand voile, et en  avant toute…

En avant toute vers l’île de Mau…

Chapitre 86

La fée et le magicien chuchotaient entre eux pendant que Pégase se désaltérait dans l’eau du lac.

« Ne vous gênez pas surtout, fit la fée, ce n’est que l’endroit où je dors ! » Elle se tourna vers Giuletta. « On aura vraiment tout vu à Brocéliande ! Enfin, il faut vivre avec son temps n’est-ce pas ? Ainsi c’est vous la « fille au Sphinx » ?

Le blondinet l’interrompit : 

«  Dis madame la fée, tu ne pourrais pas me dessiner un…

« Non je ne peux pas, dit la fée, ce que nous pouvons faire en revanche c’est vous aider à continuer votre route…Nous, c’est-à-dire moi et mon collègue enchanteur ici présent. Il est un peu vieux, 756 ans aux prunes, un peu dur de la feuille, sa mémoire est fluctuante mais il se souvient encore de quelques belles formules magiques, pas vrai, Marcel ?

« Qu’est-ce que tu dis Roxanne ? bafouilla Marcel l’enchanteur.

« C’est triste, il me prend pour ma cousine, une fée dont il était épris il y a fort longtemps et qui avait très mauvais caractère. Moi c’est Suzanne, Marcel !  SU…ZA…NNE !…bon tant pis…est-ce que tu peux faire un petit tour de magie à ces messieurs-dames pour leur montrer de quoi tu es encore capable ?

DE QUOI TU ES...CA…PA…BLE !...

« Ah oui…Un petit tour, bredouilla le vieux magicien, voyons voir… qu’est-ce que vous dites de ça ?... » Il sortit de sa manche une baguette de pain, la brandit au-dessus de sa tête et s’exclama :

« Supercalifragilistiexpialidocious ! »

Le blondinet se transforma en crapaud.

« Cornegidouille  et salsepareille ! soupira la fée, ce truc ne marche plus depuis longtemps mon pauvre Marcel… »

Elle déposa un baiser sur la tête du crapaud et celui-ci se rechangea en garçonnet casse-pied.

« Bon, fit elle, laissez-moi plutôt vous présenter deux félins de premier ordre.

« Miaou ! » fit le premier chat qui était fort botté.

« Miaow ! » fit le second chat dont on ne voyait que le sourire.

Le premier chat dit en saluant cérémonieusement :

« Mes hommages gente dame ! Mon maître, le marquis de Calebasse, m’appelle le Chat Bottines, mais vous pouvez m’appeler simplement : Bottines… Ma petite griffe me dit que vous avez un Sphinx à retrouver.

Votre route est encore longue mais broutilles que tout cela ! Nous sommes, comme vous le savez, céans en Petite Bretagne. Vous allez devoir faire un saut de puce jusqu’à l’autre Bretagne, la Grande, là-haut... »

Il regarda Pégase qui continuait à s’ébrouer dans l’eau.

« Malheureusement vous ne pouvez y emmener votre canasson, les chevaux ailés sont très mal vus en Calédonie et, hélas, c’est précisément là où vous devez aller. Là-bas ils mangent la panse de cheval farcie avec de la sauce à la menthe ! Quel manque de goût n’est-t-il pas ? Bref c’est ballot mais il devra rester ici…»

Il jeta un coup d’œil au blondinet et à Roméo et fit la moue.

« Ces deux-là en revanche, vous pouvez les emporter sans problème… »

Puis le Chat Bottines se pencha et à la grande surprise de Giuletta, enleva ses bottines et les lui tendit…

« Tenez, dit il, c’est cadeau ! Ici à Brocéliande nous avons réponse à tout ! Essayez les, vous allez m’en dire des nouvelles. Ces bottines de sept vieux m’ont été données par sept sorciers d’un autre âge, elles sont évidemment ensorcelées. Si vous les chaussez, d’une seule enjambée vous serez transportée près d’un autre lac où quelqu’un de très particulier vous indiquera le moyen pour aller jusqu’à….

« Miaow miaow…fit  le second chat.

« Oh pardon cher Cheshire, j’allais t’oublier ! Les calédoniens ont un accent à couper à l’épée et ce chat sera votre traducteur, en plus d’être fort souriant.

 «  Et ce lac, demanda Giuletta en enfilant les bottines, il se trouve où exactement ?

« Ah vous allez adorer l’endroit ! Typique, brumeux à souhait, mélancolique au plus haut point et très romantique vous verrez. Pour une artiste telle que vous ce sera une véritable source d’inspiration.

Ce lac se trouve dans le Comté de Ness, on l’appelle :  le Lac Ness… »

Chapitre 87

Les bottines de sept vieux étaient très performantes.

Guiletta passa de la Petite à la Grande Bretagne en moins de temps qu’il ne lui en fallut pour dire à Roméo de ne pas trembler, au blondinet agaçant de se taire et au chat d’arrêter de regarder Roméo en riant bêtement.

Giuletta était triste d’avoir dû laisser Pégase à Brocéliande mais la fée lui avait assuré que certains chevaliers siégeant autour d’une table circulaire seraient ravis d’avoir un tel destrier pour leurs futures chevauchées, aussi s’était-elle consolée de savoir Pégase entre de bonnes et chevaleresques mains.

Ils venaient d’arriver au bord du mystérieux Loch.

Giuletta déposa sa petite troupe près de la rive où de fines vaguelettes venaient clapoter doucement. Dans cette ambiance curieusement ouatée on n’entendait aucun son. Cette absence de bruit en devenait inquiétante, même le blondinet n’osait ouvrir la bouche, Roméo tremblait de plus en plus, le chat ne souriait plus du tout.

La pluie pénétrante qui tombait sans discontinuer et les lourdes brumes qui enveloppaient le loch auraient pu convenir à la nature mélancolique de Giuletta si cette atmosphère oppressante n’avait pas dégagé quelque chose d’infiniment sinistre. Elle se disait que ça aurait pu faire un arrière-plan tout à fait convenable pour un portrait de Sphinx, ou de tout autre animal fantastique, quand soudain…

Tic-tac…Tic-tac…

« Vous n’entendez pas comme un bruit de montre ? murmura le blondinet,

Tap tap tap

« Vous n’entendez pas quelqu’un qui court ? continua-t-il,

« Je vais être en retard, je vais être en retard ! s’écria un lapin blanc émergeant du brouillard et courant comme un lapin dératé. Il consulta fébrilement sa montre à gousset et, découvrant subitement Giuletta, le blondinet et Roméo, s’arrêta net.

« Ah mais vous êtes déjà là ! dit-il, parfait, parfait ! Il jeta encore un coup d’œil à sa montre puis aperçut le chat dans une branche au-dessus de lui.

« Tu es là aussi Old Chap’, tant mieux, je me sentirai moins seul sur le dos de…mais nous n’avons plus une seconde à perdre…la reine ne serait pas contente si elle savait que…Il est tout juste temps d’embarquer ! Il faut monter à bord, lever les amarres, grimper sur le dos de…

« Pas encore, pas encore, attendez une seconde ! fit une voix dans la brume.

La brume s’évapora lentement et l’on vit apparaître un petit homme barbichu, tout de noir vêtu,  une fraise blanche autour du cou, qui finissait d’écrire avec une longue plume d’oie sur une écritoire posée sur ses jambes croisées.

Il posa sa plume et leva la tête.

« Tiens, le poète ! fit le lapin pressé, vous êtes là aussi ? Vous allez embarquer avec nous ?

« Pas du tout, pas du tout mon ami, fit le poète en souriant, je suis juste là pour donner quelques dernières recommandations avant l’ultime voyage…

Qui d’autre que moi pourrait le faire en de telles circonstances ?

Mais je vois que tu n’es pas seul. Qui sont tes amis ? Le sourire félin qui apparaît et disparaît, lui je le connais, mais les autres ?… »

Giuletta, qui ne s’étonnait plus de rien depuis longtemps, se présenta :

« Giuletta, peintre florentine et son amour de rat, Roméo…

« Giuletta et Roméo, fit le poète, quelle belle association…Ca me donne une idée pour plus tard…et le petit blond là…qui est-ce ?

« Tu pourrais me dessiner un cheval, monsieur le poète, demanda le petit blond.

« Ahhhh, fit le poète perdu soudain dans ses pensées, mon royaume…mon royaume pour un cheval…Non, je ne peux pas ! Mais revenons à nos dragons….

Mes amis, mes amis…

 

Vous allez entreprendre une dernière traversée,

au bout des flots furieux est votre destinée,

Après de pieux efforts et quelques sacrifices,

Inutile de le nier, votre but, c’est Maurice !

Mais avant tout il va falloir dormir,

roupiller, faire dodo, ronfler, vous assoupir

contre vents et marées, contre monts et merveilles,

nimbée est votre vie de songes et de sommeil…

Le poète se tut.

Un gigantesque cou émergea de l’eau et Nessie, le monstre du Loch Ness, approcha sa grosse tête de la berge. Comme des somnambules, Giuletta, Roméo, le blondinet, le lapin pressé et le chat souriant montèrent sur le dos du monstre et s’assoupirent aussitôt.

Le monstre fit un clin d’œil au poète, plongea et disparut.

Le poète reprit sa plume et se remit à écrire.

Car sommeiller, il vous faudra sans trêve.

Vous êtes de l’étoffe dont nous faisons les rêves…

Chapitre 88

Chez Abdûl Karambhâr, père et fils.

Maison sérieuse recommandée par la guilde du vent depuis la naissance de Vishnou. Construction et vente de boutres, de jonques, de dhows et de tapis volants. Modèles de qualité pour toutes les bourses, de préférence pour les plus grosses, mais on peut faire un effort pour les petites…

 

C’est exactement ce que je cherche se dit Tchang-Lu, devant la réclame accrochée à la porte rafistolée de l’entrepôt caché au fond d’une ruelle du port de Mangalore, sur la côte de Malabar.

Puisque tout indiquait qu’il devait prendre la mer pour retrouver son pangolin, c’est sur les persiflantes recommandations du cobra du Maharadjah de Salhâmandragore qu’il était descendu tout au sud des Indes et s’était mis en quête d’une embarcation.

« Pourquoi embarquer ? s’exclama avec dédain Abdûl Karambhâr père, (à moins que ce ne fut le fils), après que Tchang-Lu lui eut exposé ses besoins.

Un voyageur moderne tel que vous doit choisir l’avenir, et l’avenir mon Prince, ce n’est pas l’eau ! C’est l’air, l’air et la magie…

« Tout à fait, tout à fait, renchérit Abdûl Karambhâr fils, ( à moins que ce ne fut le père), l’air et la magie ! On peut dire que c’est votre jour de chance car nous venons justement de rentrer le tout dernier modèle de tapis volant superkrishna à injection ! Ce tapis volant est fait littéralement pour vous, voyez plutôt : freinage automatique incorporé dans les fils de soie, toit ouvrant sur le vide, coussins d’air à volonté, possibilité d’emporter son éléphant, diffusion d’encens par jet continu, GPS ( Géolocalisation Par Shiva) intégré, et, cerise sur le kulfi : air-bhagavad-gita à l’avant et à l’arrière !...N’est-ce pas que c’est une merveille ? Bon, il y a un petit bémol, la couleur safran est en option, mais… »

Il fit un clin d’œil à l’autre Abdûl qui lui rendit son clin d’œil.

« … si vous vous décidez tout de suite, je pense que nous pouvons faire un petit quelque chose, pas vrai fils ?

« Non, moi je suis ton père, fils ! dit Abdûl père.

« Ah bon, tout le monde peut se tromper, père ! dit Abdûl fils.

« Mais on peut tout de même vous faire une petite ristourne, clamèrent-ils en choeur.

« Magie…tu parles d’une magie !...Magie du commerce, oui… » se dit Tchang-Lu en ressortant du magasin avec son tapis sous le bras.

De toute façon il n’avait plus guère le choix.

Tout en marchant il consulta le mode d’emploi que les marchands lui avaient glissé dans la poche.

« D’habitude pour le mode d’emploi il y a un supplément », avait dit l’un des deux Abdûl. L’autre avait ajouté qu’il fallait parfois se montrer généreux et que sûrement ils allaient regretter cette prodigalité mais qu’ils étaient comme ça, eux, les Abdûls, désintéressés et charitables, et que sûrement ils finiraient un jour ruinés par tant de largesse mais qu’on ne pouvait pas changer la nature humaine, puis ils avaient poussé Tchang-Lu dehors en lui souhaitant bon vent. Ils avaient ensuite vivement refermé la porte de la boutique derrière lui en bouclant la serrure à double tour.

Malheureusement le mode d’emploi n’était pas écrit en hindi.

Encore moins chinois.

Il était écrit en hollandais…

Tchang-Lu comprit alors deux choses.

La première, c’est qu’il venait de se faire arnaquer par les deux Abdûl.

La seconde, c’est qu’il avait entre les mains un tapis hollandais volant !...

Il se dirigea vers la plage la plus proche…

Chapitre 89

« Veuillez rentrer…bzzzz…le mot de passe…xzzz…je répète…Veuillez…bzzz…rentrer…xzzz…le mot de passe ! »

Tchang-Lu n’en pouvait plus !

Il voulait bien escalader l’Himalaya, soigner des tigres en mal de rayures, parlementer avec des panthères blanches, se faire piquer par des grenouilles venimeuses, risquer sa vie avec des joueurs psychopathes, mais là c’en était trop…

Il savait que sa quête arriverait bientôt à son terme et il avait, depuis le début de son voyage, surmonté toutes sortes d’épreuves, fait d’invraisemblables rencontres, fait preuve de sagesse, de diplomatie et de la patience de cinq cents Bouddhas mais, se faire rembarrer par un tapis volant, hollandais de surcroît, c’est-à-dire fantomatiquement bourré de technologie moderne, qui ne voulait pas démarrer parce que le mot de passe était incorrect, ça c’était au-dessus de ses forces…

Il avait pourtant essayé tous les mots magiques en sa possession.

Abracadabra…Shazam…Hocus Pocus…Higitis Figitus…Bibidi Bibidi boo…Wingardium Leviosa…Sésame-ouvre-twa…

Aucun n’avait fonctionné et ce damné tapis ne voulait toujours pas voler !

A bout de patience il allait abandonner lorsqu’il s’était soudain souvenu des derniers sifflements du cobra.

Cela avait quelque chose à voir avec un nom, mais quel nom ? Il n’en était plus très sûr mais il pouvait s’agir d’un nom avec un S…Alors il essaya tous les noms qui lui passèrent pas la tête :

Souad ? Sankar ? Sajit ? Sumesh ? Hassan ? Hossein ? Mitsou ? Mitsi ? Sun-Sou ? Tsou-Tsou ? Tsi-Tsi ? Mitsi ? Mitsou ? Mistigri ? Missouri ? Mississipi ? Massoud ? Mouss-Mouss ? Moussa-Moussa ? Saucisse ?...

MAURISSSE !...

« Ben voilà…bzzz…c’est pas compliqué…xzzz…bonne réponse...Maurice….code accepté !...prêt pour le décollage…bzzzz…Mais avant voici un message de votre…xzzz…commandant de bord : »

Un nuage poussiéreux s’éleva d’un coin du tapis et un ectoplasme coiffé d’une casquette loqueteuse se matérialisa devant Tchang-Lu et déclara d’une voix d’outre-tombe de pilote :

« Wilkomen ! Je suis votre…Xzzzz….commandant de bord Pruit Von Pruitenbrouck ! Le vol 999 à destination de….Xzzzz…fera une brève…bzzzz…escale sur l’île de….Xzzzz...pour un ravitaillement de…fils de soie…bzzzz…et devrait durer environ…xzzzzz…heures…sauf incident…prière d’attacher vos…xzzzz…babouches…départ imminent… »

Le tapis décolla comme une flèche en direction de la pleine mer.

Tchang-Lu eut juste le temps de déchiffrer, au centre du tapis,
une inscription sibylline et des nombres qui s’étaient matérialisés un très court instant puis s’étaient aussitôt effacées.

Des chiffres sans queue ni tête de pangolin et qui pour lui ne voulaient absolument rien dire.

20°10’S

57°30’E

Le tapis volant savait très bien de quoi il était question et fila droit au sud-est…

Chapitre 90

La petite troupe avançait rapidement.

Soutenant, quel que soit le temps, la même allure à grande foulée, ils avaient franchi des déserts brûlants, des steppes désertiques, des rios impétueux et des montagnes enneigées et avaient laissé maintenant loin derrière eux les hautes plaines du peuple des sept feux, les hommes à la peau rouge et leurs placides bisons.

« Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin » se demandait s’il avait bien fait d’emmener avec lui sa fille : «Tigresse-attentive-aux-fleurs-mais-surtout-aux-lys-de-la-vallée ».

Malgré les réticences paternelles, elle avait tenu à le suivre dans ce voyage vers l’inconnu, aussi périlleux qu’incertain. Intrépide, ne reculant devant aucun danger mais surtout nageuse hors pair et habile à manier la pagaie, elle avait convaincu les anciens du clan et avait été désignée comme guide pour accompagner ces étranges cousins du Nord et leurs chiens dans leur quête au-delà de la Grande Eau.

Pour la circonstance, et par souci de simplification, le grand sorcier l’avait rebaptisée : « Tigresse-aux-lys-attentive-à-son-père-Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin-mais-aussi-attentive-aux-cousins-blafards-et-à-leurs-chiens-dont-le-plus-vilain-pète-particulièrement-fort ».

Tanarak se demandait si elle avait bien fait de suivre ce gros nigaud de Tulurgglurkuk. Après tout, qu’en avait-elle à faire de ce satané pingouin ? Qu’il soit retrouvé ou pas n’allait pas changer grand-chose à sa vie…

Cependant et malgré les nombreux griefs qu’elle aurait pu avoir à l’encontre du chasseur, elle était bizarrement attendrie par sa maladresse et se découvrait au fil des jours et du chemin une âme de protectrice qu’elle n’avait jusque là jamais soupçonnée. La nuit dernière du reste, dans son sommeil,  une grosse voix d’ourse lui avait susurré : « Tanarak ma fille, tu files un mauvais poil de phoque !... »

Tulurgglurkuk se demandait si tout compte fait il avait bien fait de partir pour cette quête insensée et si elle allait prendre fin un jour. Chaque pas qui l’éloignait de son cher igloo lui faisait amèrement regretter la douce quiétude de sa «  vie d’avant ». Lui qui n’aspirait qu’au calme et au silence de la banquise, il maudissait toutes ces rencontres extravagantes qui le fatiguaient au plus haut point. Toutes, sauf une. Evidemment…

« Chienne-qui-ne-pète-jamais » se demandait si elle ne devrait pas ralentir un peu le rythme. Elle n’était pas fatiguée, au contraire, ces courses folles dans cette nature inconnue décuplaient son envie de dévorer l’espace. Non, ce qui l’ennuyait c’était qu’elle avait constaté que « Chien-qui-pète » tirait un peu la langue et bien qu’il restât à sa hauteur elle sentait bien qu’il faisait des efforts pour ne pas être distancé. Quel gros balourd tout de même.

Sans même s’en rendre compte, elle diminua l’ampleur de ses foulées…

« Chien-qui-pète » ne se demandait rien du tout.

On ne lui demandait plus son avis depuis longtemps aussi avait-il décidé de garder ses réflexions pour lui. Son maître avait l’air d’avoir été totalement shamanisé par cette inuit qui ne lui avait jamais plu et il ne comprenait toujours pas pourquoi il fallait rattraper ce fameux pingouin. Des pingouins, il y en avait plein d’autres là-haut, alors un de plus un de moins !...

Il ne comprendrait finalement jamais les humains.

Et puis il y avait cette stupide louve blanche qui avait tellement de mal à suivre sa course. Il voyait bien qu’elle peinait la malheureuse. C’est qu’elle ne faisait plus la fière maintenant. Pour la peine il allait accélérer pour lui montrer un peu qui était le chef de meute, ça lui ferait les pattes.

Enfin, il allait accélérer…mais plus tard…c’est ça…beaucoup plus tard…

Ils arrivèrent au bord de l’océan.

Chapitre 81

Acapulco…

« Bien sûr, Acapulco…Fit le chevalier en se parlant à lui-même. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ?...L’étoile du Sud… »

Il se tourna vers Acocoyotl.

« C’est par le port d’Acapulco que passe notre route, l’indien ! Vers l’Océan inexploré, vers l’irrésistible inconnu, vers l’inaccessible étoile…Il va nous falloir reprendre la mer…L’or est là-bas, à l’Ouest, de l’autre côté des flots ! Ta bestiole à plumes aussi, j’y mettrais la main de mon fidèle Sang-Chaud à couper !...

«Je préfèrerais garder ma main, mon bon maître, mais s’il le faut…fit son fidèle Sang-Chaud…

Acocoyotl Polichtitli était un peu perplexe. Faire la route avec ce fou d’Hidalgo n’avait déjà rien de réjouissant mais poursuivre sa quête par la mer c’était une toute autre histoire. Les scribes impériaux n’étaient pas formés pour être de grands nageurs et Acocoyotl n’échappait pas à la règle : Il n’avait jamais mis les pieds dans l’eau et en avait une terrible horreur. Les perroquets aussi…

« Madre de Dios ! Pleurnichait l’ara rouge. Il nous prend pour qui celui-là ? Est-ce qu’on a une tête d’albatros ?

« L’albatros, c’est atroce ! Grimaça le colibri

«  Est-ce qu’il nous prend pour des fous de bassan ?

« Il est complètement fou lui-même !

« Est-ce qu’il nous prend pour des cormorans ?

« Son corps à lui est déjà mort et il ne le sait même pas !...

« Cessez de caqueter, vile volaille ! Gronda le chevalier. Ecoutez plutôt ce que j’ai à vous dire… »

Prenant un air énigmatique, il continua en souriant :

« Je crois avoir une solution…Il se trouve que, par le plus grand des hasards, avant de quitter l’Andalousie, j’ai été mis dans une secrète mais bien intéressante confidence. Il y aurait, dans le recoin d’un quai du port d’Acapulco, un modeste galion qui n’a l’air de rien mais qui serait en réalité rien moins que  l’avant-garde de la flotte royale des territoires encore inconnus des Indes Orientales.

Figurez-vous que le commandant de ce vaisseau n’est autre que mon cousin Diego, le fils de ma tantine chérie, Dona Izabella-Conception de la Cruz y Vega. Diego est une sorte de guerrier d’exception, un escrimeur hors pair que la couronne envoie pour des missions spéciales. Il porte souvent un masque noir sur le visage afin que personne ne le reconnaisse. Nul doute qu’il nous viendra en aide et nous prêtera son vaisseau. Pour une si noble cause que la nôtre il ne peut en être autrement.

Néanmoins il faudra agir avec lui avec tact et diplomatie. Je préfère vous prévenir à l’avance car mon cousin a un petit défaut d’élocution et il est assez susceptible à ce sujet.

« Mais comment le reconnaîtrons-nous, ce cousin, s’il porte un masque ?

« Ah c’est hélas assez facile…Il parle avec un léger zozotement…

C’est une calamité qui a d’ailleurs valu à mon cher cousin, Don Diego de la Vega, le vilain surnom de :

« Zozo !...

« Zozo ?...

« Oui, Zozo !...

Chapitre 82

« Tous les Papes ne sont pas morts, mon cher Moussa, fit Ursule la Tarentule, loin de là... »

Elle se recula d’un pas et laissa l’immense nuage iridescent fait de millions de papillons battant des ailes en cadence se poser lentement autour d’eux. De cette immensité vaporeuse émergea un grand papillon écarlate. Il resta en suspension devant le visage de Moussa Moussa et plongea ses yeux dans les siens.

Moussa Moussa n’avait jamais rien vu de tel. Il se dit qu’il aurait pu peindre les somptueuses arabesques qui recouvraient le corps et la tête de ce papillon mais jamais il n’aurait su rendre cette incroyable sensation de bienveillante sagesse. Le rouge carmin de ses ailes était si éclatant et si intense que ses pigments ne pouvaient provenir que du magma d’un volcan. Il sentit ce feu pénétrer dans son cœur et irradier tout son être.

« Non Moussa Moussa mon ami, tous les Papes ne sont pas morts ! Celui que tu vois en ce moment  en est un et tu as une grande chance car la visite qu’il t’accorde n’est pas donnée au commun des mortels. Peut-être n’es-tu pas tout à fait mortel après tout. Bref c’est pour toi un réel honneur, sache-le…

Je te présente  donc le Pape des papillons… »

Le grand papillon salua. Moussa Moussa en fit autant.

« Eh oui les papillons ont un Pape, c’est ainsi depuis le début des temps.

Chez les papillons, le Pape n’est pas appelé Araignée, mais Papinot !

Le Papinot règne sur tous les papillons du monde, de la plus petite chenille au plus grand des lépidoptères et toutes et tous lui obéissent et le vénèrent.

Tous les sept ans une assemblée d’honorables bombyx, de grands paons de nuit, d’apollons, d’argus et de machaons  se réunit et élit le meilleur d’entre eux. Celui qui se trouve en face de toi est le cent troisième.

On l’appelle donc : le Papinot cent trois ! »

Moussa Moussa était véritablement impressionné. Ce Papinot cent trois lisait en lui, il ne pouvait rien lui cacher, ni ses peurs, ni ses faiblesses, ni ses fautes. Cependant le grand papillon n’avait pas l’air de lui en tenir rigueur, du moins c’est ce que comprit Moussa Moussa lorsque le Papinot cent trois commença à lui parler en silence. Aucun son n’était audible, il ne fit qu’agiter ses antennes mais ses paroles s’inscrivirent dans le cerveau de Moussa Moussa :

« Quand je n’étais encore qu’un tout petit Papinot, mon prédécesseur, l’illustre Papinot cent deux, qui était un grand sage, m’a dit un jour : « Il ne faut courir sous aucun prétexte, sauf en cas d’absolue nécessité… »

Voler n’est pas courir mais battre des ailes à contre-courant n’est pas recommandé non plus. Es-tu bien sûr que ta course soit une absolue nécessité ? Es-tu bien sûr que tu ne voles pas dans le mauvais sens ? Qui peut le savoir d’ailleurs et est-ce que ça a de l’importance ? Du bout du monde, mes papillons t’envoient des messages ainsi qu’à d’autres hommes et femmes qui, tout comme toi, croient être à la poursuite de leurs animaux perdus. Moi je pense qu’ils sont à la poursuite d’eux-mêmes.  En tous cas tous vont dans la même direction et dans cette direction tu dois aller aussi…Tu dois…Tu dois te diriger vers l’Océan…

« L’Océan ?

« Oui l’Océan…Tu dois trouver un petit roi avec une trompette et qui a de grands oreilles dans le port du royaume de Zanzibar…et là, tu embarqueras vers…

« Un petit roi avec une trompette…à Zanzibar ? Fit Moussa Moussa interloqué.

Le Papinot cent trois battait de plus en plus lentement des ailes. Il semblait très fatigué et faisait visiblement un terrible effort de concentration. Il soupira :

«  Arrête de répéter tout ce que je dis ! C’est pénible à la fin !...On croirait un perroquet rouge…ou un perroquet bleu... »

Les yeux dans le vague, épuisé, il allait s’endormir quand il réussit encore à murmurer :

«  Est-ce que le nom de Maurice te dit quelque chose ?... »

Chapitre 83

Moussa Moussa n’avait pas encore fait le tri parmi les énigmatiques informations données par le Papinot cent trois qu’il était déjà emporté dans les airs par un escadron de bombyx atlas en formation serrée.

Les bombyx  le maintinrent un moment en suspension et le déposèrent délicatement sur un nuage compact de sphinx têtes de mort. Ce nuage avait pris la forme d’un gigantesque marabout dont les immenses ailes, à l’horizontale, n’attendaient qu’un signal pour commencer à battre. Signal qui fut donné lorsque le Papinot agita doucement ses antennes.

Le moteur du marabout, fait de milliers de petits cœurs de papillons, s’ébranla et le grand oiseau prit peu à peu son envol.

En un rien de temps ils étaient déjà loin. A peine s’ils avaient pu dire au revoir à Ursule. Le cercle des Baobabs n’était déjà plus qu’un minuscule point noir.

Les papillons filaient vers l’Est…

Le petit macaque, qui s’était fait oublier, depuis ses mésaventures avec les scolopendres, sortit timidement la tête de la tunique de Moussa Moussa.

Il regarda autour de lui. Pas un nuage, sauf celui sur lequel ils étaient assis.

Le ciel était d’un bleu uniforme. Puis il regarda en bas et ravala un sanglot.

« J’ai tout écouté tu sais, dit-il, c’est n’importe quoi ! Je me demande ce que je préfère, être croqué par des insectes, tomber dans le vide ou périr noyé ? C’est vraiment pas de tout repos d’être le singe préféré d’un féticheur qui a perdu ses masques…

« Premièrement tu n’es pas mon singe préféré, répondit Moussa Moussa. Personne ne t’a demandé de me suivre et ensuite… »

Moussa Moussa s’arrêta subitement de parler.

« Ensuite quoi ? fit le macaque.

« Tais-toi, répondit Moussa Moussa en enfonçant la tête du singe dans sa robe.

Le ciel était toujours aussi extraordinairement tranquille et serein, d’un azur immaculé, mais Moussa Moussa sentait quelque chose d’étrange, comme une onde invisible, se profiler du fond de l’horizon, quelque chose qu’il était le seul à percevoir.

La voix du Papinot cent trois résonna à nouveau dans sa tête :

 « Tu penses que tout est calme, disait-elle, tu penses que tout va bien. Tu sens sous toi les milliers de battements d’ailes de papillons et tu te prends pour le maître du monde…Pourquoi pas ? Mais là-bas, aux quatre coins de la terre, les vibrations de ton âme se sont répercutées à l’infini, la tempête gronde et tu ne peux rien y faire… »

Et soudain, sans qu’il sache pourquoi, tout devint très clair dans l’esprit de Moussa Moussa.

Et il vit :

Un terrible ouragan se lever dans un Océan qui n’avait plus rien de pacifique.

Il vit une grande baleine engloutir une tortue et un musicien équilibriste, puis les recracher.

Il vit deux chasseurs venant d’une étendue glacée, avec leurs chiens dont l’un émettait des gaz nauséabonds, perdus au milieu d’une mer d’énormes buffles à grosses têtes et à petites cornes.

Il vit un cobra siffler sur un vieux chinois dans un riche palais aux Indes que la mousson allait dévaster.

Il vit une armée de métal rouillé qui allait ravager l’Empire Aztèque et deux perroquets affolés.

Il vit un cheval ailé avoir des difficultés et un petit bonhomme qui voulait des cours de dessins.

Il vit des hommes et des femmes déboussolés.

Il vit des animaux fabuleux.

Il vit que tous n’avaient qu’un seul but…

Et il vit enfin, sur une île inconnue, un drôle d’oiseau un peu rondouillard qui se dandinait. L’oiseau regarda la montre du lapin assis à côté de lui, et il dit :

« Moi, Maurice, et mes autres invités, on veut bien vous attendre encore un peu…Mais pas trop longtemps…

Le thé commence à refroidir… »

Chapitre 84

« Bonne arrivée à Zanzibar ! Bonne arrivée à Zanzibar ! »

Moussa Moussa et le petit macaque étaient à peine descendus de l’oiseau-papillon qu’une foule d’animaux les accueillait avec un enthousiasme délirant. Cette horde d’animaux, colorée et exubérante, était ridiculement vêtue de costumes modernes et, bizarrement, cela n’étonna pas Moussa Moussa.

La foule jetait des pétales de fleurs devant chacun de leur pas et leur envoyait mille baisers de bienvenue.

« Ca change un peu des claquements de mandibules, fit le macaque qui répondait à tous les saluts avec soulagement. Ils ont l’air d’aimer les étrangers par ici…

« J’ai l’impression que c’est surtout toi qu’ils acclament, fit Moussa Moussa.

« Zéphyrin est revenu ! entendait-on de tous côtés. Gloire à Zéphyrin ! criaient des enfants en offrant des plateaux de fruits et des gâteaux au singe qui n’en revenait pas.

« Je me demande s’ils ne te prennent pas pour quelqu’un d’autre ?...

« Tant mieux, tant mieux, fit le petit macaque ravi. Ca me va très bien comme nom « Zéphyrin » ! Merci les amis, merci !...Zéphyrin vous remercie…. »

Une escouade d’ânes en uniforme de gendarmes et portant de ridicules casques à plumeaux les arrêta au milieu de cette liesse. Les ânes s’alignèrent au garde-à-vous et le plus gradé d’entre eux se mit à braire, ou plutôt à dire :

« Monsieur Zéphyrin, votre retour est une bénédiction ! Vous êtes attendu avec impatience au palais ! Le roy se fait une joie de vous revoir enfin… »

Il fit une moue en jetant un coup d’œil à Moussa Moussa. «…de vous revoir, vous et votre animal de compagnie, cela s’entend… »

« Ah ah ah…Les choses se remettent enfin en place ! Tu es maintenant mon animal de compagnie Moussa Moussa ! Quel beau royaume que ce royaume de Zanzibar !...

« Tu ne perds rien pour attendre…grogna Moussa Moussa. Et tu devrais te méfier, cet endroit est étrange, tu ne trouves pas ?

« Non je ne trouve pas du tout ! Et Zéphyrin n’a rien à perdre, dit le macaque. Allez, au château et en vitesse, Zéphyrin ne veut pas faire attendre le roy !... »

Dans la salle des royales réceptions, le petit roy aux grandes oreilles les attendait, assis sur son trône. Et en effet il jouait de la trompette, avec son nez.

En bas des marches du trône, une autruche-majordome sonna dans un cornet et annonça :

« Bienvenue aux voyageurs ! Le roy veut bien vous recevoir !...»

«  Ahhhhh enfin te revoilà, s’écria le roy. Il était temps, je m’ennuyais sans mon bouffon favori !...Viens par-là mon champion et rejoins vite ta cage, tes cabrioles commençaient à me manquer. »

Sans qu’il ait pu esquisser le moindre geste les gardes avaient attrapé le macaque et l’entraînèrent vivement à travers les jardins, derrière le palais, jusqu’à une vaste arène en plein air puis l’y déposèrent. La populace bigarrée qui les avait accueillis à leur arrivée était déjà installée sur les gradins et applaudissait à tout rompre en hurlant : « Zéphyrin ! Zéphyrin !... »

Deux grilles s’ouvrirent lentement en grinçant de chaque côté de l’arène et, sous les applaudissements de la foule, douze monstrueux gorilles, des dos argentés, se précipitèrent vers le centre de l’arène. Ils se mirent à tourner autour du macaque en se frappant la poitrine et en poussant des grognements sinistres.

Le majordome prit son haut-parleur :

« Gloire à Zéphyrin le champion !

« Hourra ! cria la foule.

« Et gloire à notre bon Roy : Zanzibabar Premier !

« Hourrah ! Hourrah ! Hurla la foule… »

Une vieille dame s’assit à côté de Moussa Moussa et lui dit en souriant :

« Finalement, ce n’est pas si mal d’être un animal de compagnie… »

Chapitre 85

«Tu as de la chance, je dessine très bien les Sphinx ! dit Giuletta au petit blondinet, Tu m’aurais demandé un mouton j’aurais eu du mal, mais un Sphinx, on peut dire que c’est ma spécialité ! Il faut juste faire attention qu’il ne se sauve pas du dessin, c’est capricieux un Sphinx...Mais dis-donc, qu’est-ce que tu fais là, tout seul sur cette île ?...

« Je ne suis pas seul, répondit l’enfant, j’ai plein d’amis là-dedans! » Il mit un doigt sur son cœur puis, de ses deux bras grands ouverts il désigna le ciel.

« J’ai plein d’amis aussi là-haut, mais ils ont préféré rester chez eux pour regarder le coucher de soleil. C’est compliqué l’amitié, je sais, on me l’a déjà dit. Moi j’aime bien les nouvelles rencontres, alors je voyage, je saute de planète en planète. J’aime bien la Terre, il y a plein d’îles désertes,  plein de déserts, plein de réverbères à allumer et plein de renards aussi. Je n’avais encore jamais vu de cheval avec des ailes. Est-ce que tu voudras bien être mon ami, cheval ailé ?

A force de voyager j’ai un peu perdu de vue ma planète, j’aimerais bien y retourner, un serpent m’y attend. Une rose aussi…Je peux venir avec vous ?

« Pas de problème, fit Giuletta, je répare cette aile et on t’emmène…Si tu te tais un peu…Vous êtes d’accord les amis ? On verra peut-être sa planète en chemin…

« C’est gentil de me demander mon avis, fit le cheval, plus on est de fous plus on hennit, alors pourquoi pas ?...

Roméo, plus dubitatif, faisait non de la tête.

« Oh un petit rat ! fit le gamin, tu veux bien être mon ami, petit rat ?

Dis Madame, tu peux me dessiner un raton ?... »

Ce petit blond avec sa grande écharpe était décidément très bavard.

Ils survolaient maintenant le royaume de France et il n’avait pas arrêté de parler depuis le décollage.

« L’amitié, disait Pégase, exaspéré, est bien une affaire d’humain, nous les chevaux nous ne nous posons pas ce genre de question.

« Tu n’as jamais eu d’amis ? demanda le blondinet, tu dois être triste…

« Je trouve plutôt que c’est toi, qui as soit-disant plein d’amis, qui est triste. Si c’est ça l’amitié alors merci, je n’en veux pas ! Il est vrai qu’une fois, c’était il y a bien longtemps, je me suis lié…comment dire ?...je me suis lié de sympathie avec une jument tout à fait merveilleuse. Elle n’avait pas d’ailes sur les flancs mais une superbe et unique corne blanche sur le museau. Nous formions un beau couple c’est vrai…

« Et alors ? demandèrent-ensemble le petit blond et Giuletta.

« Et alors…Ca n’a pas duré très longtemps. Le train-train quotidien a eu raison de notre…sympathie ! Elle a fini par s’ennuyer et finalement elle m’a quitté pour un centaure. Et moi j’ai rencontré le Minotaure ! Enfin c’est la vie hein…Mais trêve de bavardage, nous allons bientôt atterrir….Oh mais regardez plutôt en bas…

« Quoi quoi ? fit l’équipage.

« Voyez, tout là-bas ce grand géant qui nous fait signe! Ce n’est pas un ami mais c’est une vieille connaissance. Et à côté, qui le suit, voyez ce berger qui mène un troupeau de brebis. Vous allez voir elles vont toutes sauter dans le vide...Plouf ! Qu’est-ce que je vous disais... Salut Pantagruel ! Bonjour Panurge ! Toujours à faire les clowns ?....

« Ils pourraient peut-être me dessiner un…essaya de dire le petit blond.

« Noooon ! hurla Pégase, personne ne te dessinera un mouton !... »

Ils se posèrent bientôt, à un battement d’ailes de cheval plus loin.

Près d’un lac isolé, dans une sombre forêt de Bretagne.

Sombre mais très enchantée.

Un magicien et une fée les y attendaient.

Deux chats miaulaient à leurs pieds.

Le premier chat avait de grandes bottes et dit :

«  Je suis enchanté ! »

Le second ne parlait qu’anglais alors il ne dit rien.

Il ne faisait que sourire…

Chapitre 71

Avant que Tchang-Lu n’ait pu esquisser le moindre geste, le babouin…Enfin, le Maharadjah de Salhâmandragore…lui avait agrippé ses trois fins poils de barbe, et les triturait en tous les sens en grimaçant de façon grotesque.

Ce que le Maharadjah…Enfin, le babouin de Salhâmandragore…ne savait pas, c’est que Tchang-Lu avait, pendant sa jeunesse, reçu une inflexible formation au Monastère du Lotus Noir Qui Jamais Ne Rigole. Il avait même reçu le titre de « Boudeur de troisième catégorie ». Les grimaces du babouin n’eurent donc aucun effet sur lui, en revanche pendant son instruction il avait aussi appris, afin de se défendre contre toute agression de plaisanteries intempestives, quelques bottes secrètes qu’il comptait bien mettre en pratique.

Le babouin s’escrimait donc à loucher et à tirer la langue, qu’il avait fort violette, à qui mieux mieux, et commençait à s’énerver…

« Tu vas finir par rire vieux fou !...Personne ne résiste à mes mimiques… » Lorsque Tchang-Lu leva la main.

« Au fait, cher Maharadjah, saviez-vous que dans votre magnifique jardin tout à l’heure j’ai vu une chose extrêmement curieuse ?

« Quelle chose ?...bougonna l’autre.

« Il y avait deux autres babouins comme vous, l’un était en haut d’une échelle, et l’autre en bas qui tenait l’échelle. Ils avaient l’air un peu fous tous les deux.

Celui d’en haut cueillait des noix de coco. Celui d’en bas lui dit : «  Accroche-toi à la noix de coco, j’enlève l’échelle… » Tchang-Lu se tut.

« Et c’est tout ? demanda le babouin.

« C’est tout, fit simplement Tchang-Lu.

« Ce n’est pas drôle…Pas drôle du tout…C’est même complètement idiot…

« Vous trouvez ?

Le babouin pencha la tête. Il lâcha la barbichette du vieux chinois et se gratta le menton.

« Accroche-toi à l’échelle ? murmura-t-il...C’est vraiment…vraiment…. »

Un petit rictus apparut au coin de sa bouche.

« Oui vraiment c’est… »

On voyait bien que, les yeux dans le vague, le babouin réfléchissait intensément. Puis sa bouche s’élargit, et s’élargit encore. Une larme, puis deux se mirent à couler et finalement, ne pouvant plus se retenir, il éclata d’un rire monumental et se roula par terre.

« Ah ah ah…Accroche-toi à l’échelle…c’est…c’est...

« C’est la fin du jeu, pauvre crétin ! Hurla le majordome qui venait de réapparaître. Il brandit son sabre, coupa vivement les oreilles du babouin.

Puis dans la foulée, le reste de sa tête…

Il rangea le sabre dans son fourreau, donna un coup de pied au babouin, soupira et s’assit en face de Tchang-Lu.

Il ôta son turban et lui dit :

« Décidément tu es vraiment très fort ! Je m’excuse de t’avoir mésestimé cher Tchang-Lu. Les tigres m’avaient prévenu mais je voulais en avoir le cœur net. …Alors, que puis-je pour toi ?

Tchang-Lu sourit et fit une révérence.

«  Mes hommages, cher Maharadjah de Salhâmandragore !

C’est très simple votre excellence, je suis simplement à la recherche de mon pangolin… 

« Ah oui, c’est vrai, ton pangolin….

Le Maharadjah prit une profonde inspiration. Il se pencha vers Tchang-Lu, le regarda dans le fond des yeux et lui dit gravement.

« Est-ce que tu as déjà entendu parler de Maurice ?... »

Chapitre 72

« Ah si j’étais plus jeune, fit le Maharadjah de Salhâmandragore en conduisant Tchang-Lu, bras-dessus bras-dessous comme deux vieux amis, dans les jardins du palais désert. Je serais bien parti avec vous. Faire le Pacha dans ce grand palais sans adversaire à mon niveau et sans personnel qualifié, c’est d’un ennui…»

« Le sage a dit : « Le vautour s’ennuie quand la belette batifole, énonça Tchang-Lu.

« Mais le fou a dit : «  Au diable la belette tant qu’il y a des lapins !» répondit le Maharadjah.

« Le sage a dit aussi : « Encore faut-il que les lapins soient gras. »

« Le fou prend le sage en F4 ! s’écria le Maharadjah. Il dévore les lapins, le vautour et le sage ! Echec et mat !...Hummm…Je vous demande pardon, c’est plus fort que moi, l’enfer du jeu me reprend assez vite…Où en étions-nous cher hôte inestimable ?

« Comme je vous le disais mon pangolin a quitté le tableau que je venais de finir pour l’Empereur et a disparu dans la nature et…

« Ah oui, toujours ce fichu pangolin... »

Perdu à nouveau dans ses pensées le Maharadjah fit quelques pas puis, pris d’une soudaine intuition, s’arrêta subitement. Il lâcha le bras de Tchang-Lu et se baissa derrière un bosquet d’hibiscus dont il extirpa, en se relevant, un antique tapis à clous rouillés qu’il déroula avec difficulté sur le sol.

« Ca fait longtemps que je ne l’ai pas utilisé, j’espère qu’il marche encore…Quand je ne balaie pas les couloirs du palais il m’arrive de faire aussi office de fakir voyez-vous. Ce n’est pas pour me vanter mais je suis assez doué pour marcher sur les braises. Et donc la vision que j’ai eue il y a quelques nuits d’un dénommé Maurice qui devrait être la clef de tout ce mystère autour de votre pangolin pourrait, je l’espère, être révélée grâce à ce tapis. Voulez-vous m’aider je vous prie ? Voilà, c’est parfait…Et surtout, quoi qu’il arrive, vous ne dites rien !... »

Il se déshabilla, donna ses affaires à Tchang-Lu et sans attendre s’assit brusquement en tailleur sur le tapis.

Evidemment il se mit aussitôt à pousser des « Ouille ! » et des « Aïe ! » retentissants. Puis des : «  Mais qu’est-ce qui m’a foutu des clous aussi piquants ! C’est la dernière fois que… » Mais, aussi rapidement qu’il s’était mis à hurler, ses cris s’arrêtèrent et, comme par enchantement, un panier d’osier se matérialisa devant lui. Il avait maintenant une flûte dans les mains, ses yeux étaient révulsés, il était visiblement en transes et se mit à jouer frénétiquement de la flûte.

La trappe du panier s’ouvrit et un énorme cobra en sortit…

Le cobra s’éleva dans les airs, se positionna nez à nez avec le Maharadjah, se dandina lentement puis, d’une voix étrangement sifflante, susurra :

« Le sssage a dit : « Sssi le pangolin sss’est sssauvé sssans souci, c’est pas pour sssimuler la courssse en sssac mais c’est pour sssurnager ! » Et le sssage a dit encore : « Et sssi c’est pour sssurnager rien ne sssert de sssortir de la dernière moussson pour sssavoir quelle direction il sssuit !... »

Le Maharadjah continuait à jouer désespérément de la flûte.

Tchang-Lu, pétrifié, ne bougeait toujours pas. Le cobra se tourna vers lui et lui dit :

« Sssombre sssot, le sssage n’a plus rien à sssouffler mais comme tu m’as l’air sssérieusement sssimplet, encore un ssson :

«  Sssaute-toi à l’eau et pissste Maurice !...

«  J’peux pas mieux sssiffler… »

Chapitre 73

« Tout le contraire ?...Qu’est-ce que ça veut dire ? » se demandait depuis plusieurs heures Tulurgglurkuk en caressant négligemment la tête de Chien-qui-pète qui ronflait comme un bienheureux.

« Ca veut dire qu’il faut penser le monde à l’envers, lui répondit une voix au fond de son crâne. »  Il ne fut pas surpris de reconnaître celle de Tanarak.

A vrai dire depuis qu’il avait quitté son igloo tellement de choses étranges étaient arrivées que plus rien ne l’étonnait. Il se laissait porter par les évènements et les rencontres et même s’il ne comprenait pas toujours tout son esprit pratique et le fond d’optimisme qui l’avaient toujours maintenu debout au plus fort des tempêtes prenaient finalement le dessus. D’ailleurs la rencontre avec cette Tanarak n’avait pas que de mauvais côtés. Il n’avait pas encore fait la liste des bons côtés mais il était sûr qu’il devait y en avoir au moins un…

Et maintenant voilà qu’elle lisait dans ses pensées et lui répondait. Quelle femme surprenante!... »

« Le monde à l’envers ? pensa-t-il. Il faudrait faire quoi ? Marcher sur la tête,  dormir le jour, chasser la nuit, respirer par en bas, pisser par le nez ?...

« Que tu es bête, répondit Tanarak, vois un peu plus loin pour une fois…Ca veut dire que parfois le blanc n’est pas blanc, mais noir !  Que ce qui te semble vrai un jour peut se révéler totalement faux le lendemain. Que le lendemain, c’était hier. Qu’hier n’est pas encore arrivé. Que quelque part, il y a un « toi » inversé qui fait tout le contraire de toi, mais qui est toi quand même ! Que tu existes mais que tu n’existes pas. Pareil pour tout ce qui t’entoure. Chien-qui-pète est un autre chien qui n’a jamais pété. Ton pingouin lent est en vérité un pingouin rapide…peut-être que….

« Arrête !...Je ne comprends rien à ton charabia…ma tête va exploser !...

« Mais non elle ne va pas exploser, elle est bien trop solide ta tête ronde, ricana Tanarak, mais il faudra tout de même qu’elle digère deux ou trois petites choses que nos ours-totems nous ont appris avant de s’éclipser :

Nous devons passer de l’autre côté du monde, c’est-à-dire de l’autre côté du globe, avoir la tête en bas en somme. Nous devons quitter la terre ferme et aller vers l’eau, voyager sur l’eau. Nous ne serons plus seuls dans notre quête, d’autres chasseurs seront du voyage. Ils cherchent aussi des animaux qui existent, ou qui n’existent pas, ou qui n’existent plus…Un jour viendra où nous nous retrouverons tous…quelque part…

« Ce quelque part, il existe vraiment ?...

« Nous le saurons quand nous y arriverons…Pour l’instant il nous faut continuer vers le Sud, vers les grandes plaines verdoyantes à la rencontre d’autres animaux fabuleux et farouches. Ces animaux sont en grand nombre, ils sont une multitude, mais pas pour longtemps, un jour viendra où eux aussi vont disparaître.

Le peuple qui vit avec eux, leurs gardiens, détient un grand savoir et nous indiquera le chemin jusqu’à la grande eau. Ce sont nos lointains cousins, ils vivent dans des igloos pointus et pas du tout ronds qui ne sont pas fait de glace mais en peaux de bêtes. Ils sont paraît-il très accueillants mais peuvent se montrer susceptibles. Sachant que parfois tu peux commettre des bourdes plus grosses que toi il ne faudra pas que tu te moques de leur couleur de peau.
Tu pourrais te retrouver attaché à un poteau, et ton bidon, dont tu es si fier, pourrait bien finir découpé en fines lamelles de viande séchée…

« Pourquoi, ils sont de quelle couleur ces cousins ?

« Ils ont la peau rouge…très rouge !... »

Chapitre 74

Plus au Sud, toujours plus au Sud.

La neige, la bienveillante neige, n’était déjà plus qu’un lointain souvenir…

Il avait fallu enlever quelques épaisseurs de fourrure ; le froid, qui avait tenu lieu de cocon à Tulurgglurkuk pendant toute sa vie antérieure, avait peu à peu fait place à une sensation jusque-là inconnue. Il faisait chaud…

Les deux inuits avaient laissé à regret repartir le turbo-morse vers le Nord et, précédés de leurs chiens, couraient, maintenant à grandes enjambées à travers d’immenses étendues d’herbes grasses et dorées.

Tulurgglurkuk se disait que la course, au côté de Tanarak, était devenue pour lui comme une seconde nature. Courir sur la glace, courir sous les arbres, sur la taïga désertique et maintenant sur cette terre fertile et inconnue lui procurait la même quiétude. Si elle le lui demandait, il voulait bien apprendre à courir la tête en bas. Cette idée le fit sourire et il se tourna pour la regarder…

Il ne vit donc pas l’énorme masse brune qui se trouvait juste sur sa route et il rentra dedans de plein fouet. La masse brune ne broncha pas d’un poil (qu’elle avait en grand nombre et frisé), hocha la tête (qu’elle avait énorme), secoua ses cornes ( au nombre de deux ) et poussa un long mugissement ( qu’elle avait caverneux ) par ses deux gros naseaux ( qu’elle avait fumants).

Les petits yeux étonnés de la masse brune contemplèrent placidement le pauvre Tulurgglurkuk qui gisait tout aussi étonné, mais complètement assommé et les quatre fers en l’air. Tanarak, plus vive que son compagnon, s’était arrêtée net à quelques centimètres d’une autre grosse tête brune. Les deux chiens étaient revenus se cacher derrière Tanarak en grognant, car les deux grosses têtes étaient devenues une centaine et les encerclaient maintenant ; piétinant et meuglant et soufflant et se rapprochant insensiblement. Tanarak et Tulurgglurkuk allaient bientôt être écrasés lorsqu’un cri perçant stoppa net l’avancée des énormes bêtes.

Une voix majestueuse s’éleva au-dessus de la masse menaçante.

« Ugh ! Arrêtez-vous frères Tathanka ! Ces deux êtres humains aux yeux de lune et à la peau jaunâtre ne sont pas nos ennemis. Le Grand Esprit m’avait prévenu de leur visite. On ne touche pas aux chiens non plus, enfin pas encore… »

« Trop aimable, grogna Chien-qui-pète…

« Non, pas trop aimable, gronda la voix, simple mesure de précaution, nous prélèverons d’abord un morceau de ton foie. S’il est infect nous le jetterons aux vautours sinon nous ferons un festin avec le reste…

« Si j’étais toi je me tairais et je ne penserais plus à rien, murmura Chienne-qui-ne pète-jamais à son collègue tremblotant. Ils n’ont pas l’air commode par ici… »

La voix ténébreuse reprit :

« Tu as raison en effet, Chienne-qui-n’a-pas-sa-langue-dans-sa-poche-mais-qui-devrait-faire-attention-car-nous-adorons-manger- les-langues-séchées-des-chiennes-trop-moqueuses ! Ce sera ton nouveau nom désormais !... »

Chienne-qui-ne-pète-pas rentra les oreilles et s’aplatit par terre.

« Mais Chienne-moqueuse est un bon diminutif aussi, reprit la voix amusée. Et, pour te rassurer, je dois t’avouer que nous sommes, nous aussi, un peuple moqueur et, quand on ne massacre pas nos frères à cornes, très accueillants ! Alors soyez tous les quatre les bienvenus sur les terres sacrées du Peuple des sept feux ! »

Un guerrier de haute stature, à la peau rouge et au visage en lame de couteau, la tête auréolée d’une impressionnante coiffe de plumes d’aigle surgit du troupeau. Il était presque nu à l’exception d’un pagne. Il croisa ses bras musculeux sur sa poitrine et continua :

« Vous allez me suivre jusqu’à mon tipi, j’ai des choses à vous révéler. Je me nomme, enfin avant je me nommais : « Aigle-attentif-à-la-course-des-bisons »

« Pourquoi avant ? demanda Tanarak. Vous vous nommez comment maintenant ?

« C’est justement ce que j’ai à vous révéler, fit le guerrier.

Car maintenant l’on me nomme : « Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin »…

Chapitre 75

« Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin » aspira une longue bouffée puis passa le calumet à Tanarak, qui le passa à Tulurgglurkuk qui, évidemment, s’étouffa en voulant tirer trop hâtivement sur la pipe.

Le tipi du grand Chef était enfumé et plein de monde. Toute la tribu avait voulu voir ces « cousins du Nord » qui menaient la chasse après l’étrange oiseau sans ailes qui avait tant effrayé les frères bisons lors de son passage. Tous avaient leur avis à donner sur la question, le brouhaha était total.

« Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin » présenta alors aux deux inuits un vieux sage tout ridé, assis en tailleur sur une natte.

« C’est notre sorcier, dit-il, il s’appelle : «  Aigle-qui-a-des-visions-mais-qui-ne-les-comprend-pas-toujours ». Le sorcier, qui avait la tête recouverte d’une demi-tête de bison, leva la main. Le silence se fit instantanément.

« J’ai eu une vision, commença-t-il d’une voix chevrotante.

« Encore une…fit un jeune guerrier moqueur.

« J’ai eu d’abord la vision d’un tomawak qui fendait le crâne d’un jeune guerrier moqueur, continua le vieux sorcier en abattant sa hache sur la tête du jeune guerrier qui n’allait plus être moqueur avant longtemps…Puis j’ai eu une autre vision...Celle de cet oiseau bleu et lisse au petit bec jaune qui avait des ailes de moineaux et des pattes plates et qui avançait comme un escargot mais filait comme le vent…

« C’est bien mon pingouin, fit Tulurgglurkuk.

« Ugh ! fit l’assemblée.

« …Oui , Ugh ! continua le sage. Et donc cet oiseau, nommé pingouin dans ma vision, se dirigeait vers l’Ouest en direction de la grande eau car…

« Ugh ! fit encore l’assemblée.

« …Ugh mes frères…grommela le sorcier qui commençait à s’énerver, je disais donc que dans ma vision, ce pingouin devait traverser une île au milieu de nulle part…

« De nulle part ?...

« Oui, de nulle part…et dans cette île au milieu de nulle part ce pingouin allait rencontrer des petits guerriers complètement perdus, un caïman stupide et un homme au nez crochu qui n’avait qu’une seule main. Ensuite le pingouin repartait pour…

« Ugh ! Ugh !....

« Bon ça suffit ! hurla le sage qui n’était plus du tout sage, le premier qui redit encore « Ugh ! » tâtera de la sagesse de mon tomawak !... »

Les guerriers se firent tout petits.

« Donc, fit en se levant  lentement « Aigle-qui-a-des-visions-qu’il-ne-comprend-pas-toujours-mais-ça-ne-l’empêche-pas-d’en-parler-même-quand-il-s’énerve » , pour retrouver votre pingouin, vous devez vous diriger vers l’Ouest et aller au bord du monde.

Nous vous y accompagnerons et nous vous construirons un long canoë puis nous implorerons les esprits protecteurs pour veiller sur vous lorsque vous irez sur la grande eau...Et c’est tout ce que nous pouvons faire pour vous… »

Les deux inuits se levèrent aussi, saluèrent le vieux sorcier et le remercièrent chaleureusement. En guise de reconnaissance, Tulurgglurkuk proposa même d’échanger Chien-qui-pète contre plusieurs tomawaks mais les guerriers refusèrent poliment.

«Au fait, je me demande, ajouta « Aigle-qui-a-des-visions-vraiment-très-confuses-mais-qu’est-ce-qu’on-peut-y-faire ? »…

Si je vous dis : « Maurice »…Est-ce que ça vous dit quelque chose ? »

Réouverture de la bibliothèque les samedis de 9 h 30 à 12 h 30 à partir du 23 mai avec les mesures sanitaire.

Renseignements

La bibliothèque d'Esparros rouvre à partir de samedi 06 juin, nous accueillerons dans la bibliothèque les enfants accompagnés de leurs parents. Les règles restent les mêmes : prendre rendez-vous, porter un masque (recommandé pour les enfants, obligatoire à partir de 11 ans), lavage des mains pour tous.

Renseignements

La bibliothèque de Bégole rouvre à partir de samedi 6 juin dans le respect des mesures liées au Covid 19. la permanence sera assurée par les bibliothécaires habituelles.

Renseignements

 

La bibliothèque a rouvert le 13 mai.

Les consignes sanitaires sont le port de masque, l'utilisation du gel hydroalcoolique, distanciation sociale et quarantaine des livres.

Renseignements  

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Cécilia, bibliothécaire à Arreau et son sac sans fond de bonnes idées. 

Quel est le film dont vous avez oublié l’histoire mais dans lequel par contre l’acteur/actrice a crevé l’écran ?

Cécilia - Je sèche...

 

Quel film a la fin la plus inattendue (du style « vraiment vous ne vous y attendiez pas à celle-là!») ?

CéciliaDu vent dans mes mollets. A aucun moment je n’aurais pu croire ce qui se passe à la fin…

 

Quel est le film avec la plus belle ambiance, les plus beaux décors… ?

Cécilia - Pour l’ambiance Bohémian Rapsody ! J’adore Queen et ça donne envie de chanter et danser ce film ! Et aussi Afrik’aïoli, qui se passe au Sénégal et ça m’a rappelé mon voyage là-bas. Toujours le smile, toujours à rire, les sénégalais ont la joie de vivre dans la peau !

 

Quel est le plus long film que vous ayez vu…sans vous endormir !?

Cécilia - La trilogie du Seigneur des anneaux, j’ai vu les 3 et jamais je n’aurais pu m’endormir devant tellement j’étais prise par l’histoire !

 

Quel est le film le plus bizarre que vous ayez vu (ou le film auquel vous n’avez rien compris) ?

Cécilia - Je crois que c’est Séoul Station de Sang-Ho Yeon, de 2016. J’ai le souvenir de pas avoir compris où voulait en venir le réalisateur, ça m’a semblé complément bizarre...

 

Quelle est la plus belle affiche de film pour vous ?

Le chien du Tibet - Masayuki KojimaCécilia - J’aime particulièrement l’affiche du Chien du Tibet, film d’animation de Masayuki Kojima. J’ai adoré ce film et ma meilleure amie travaillait à l’époque dans un ciné. Du coup, j’ai longtemps eu cette affiche dans ma chambre et je l’apprécie vraiment.

La bibliothèque a rouvert le mercredi 13 mai.

Conditions sanitaires:

- masque obligatoire;

- gel hydro-alcoolique;

- gants;

- un adhérent à la fois;

- livres désinfectés et posés en quarantaine.

Attention les horaires de la bibliothèque évolues : suppression du mercredi et baisse de la présence du jeudi.

Renseignements

Après concertation de notre équipe, nous allons rouvrir les portes du Point Lecture à Campistrous dès le mercredi 3 juin 2020.

Renseignements

Modalités de réouverture

La Médiathèque départementale s'adapte à la situation sanitaire et aux préconisations interprofessionnelles. 

Le Festival cinématographique international Hapybiblio, c'est un peu notre Festival de Cannes à nous...

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37666

 

Laure, bibliothécaire à Castelnau-Magnoac: elle soulèverait des montagnes pour vous!

 

Quel est le film dont vous avez oublié l’histoire mais dans lequel par contre l’acteur/actrice a crevé l’écran ?

Laure - Bennn justement j’m’en souviens plus…

 

Quel film a la fin la plus inattendue (du style « vraiment vous ne vous y attendiez pas à celle-là!») ?

Laure - Alors en cherchant bien je suis tombée sur Fight club qui effectivement ma carrément bluffée !!! Film quand même d’enfer avec une interprétation d’Edward Norton fabuleuse…

 

Quel est le film avec la plus belle ambiance, les plus beaux décors… ?

Laure - J’avoue que j’ai adoré Roméo + Juliette de Baz Lhurman. Magnifiquement interprété par Léonardo Dicaprio (pas du tout connu à l’époque !) et Claire Danes. Adaptation de la très belle tragédie de Shakespeare, en texte original (!!!) mais sur fond de Pulp Fiction. A voir sur grand écran !

Et aussi Le cinquième élément qui a été ma première « claque » cinématographique sur grand écran… (Aaaaah cette scène de la diva…)

 

Quel est le plus long film que vous ayez vu…sans vous endormir !?

 Laure - Je ne sais pas, je me suis toujours endormie !!!

 

Quel est le film le plus bizarre que vous ayez vu (ou le film auquel vous n’avez rien compris) ?

LaureRubber !!! L'histoire d’un pneu tueur !!! eh oui le pneu roule, pas forcément vite en plus, tout seul, et il arrive à tuer des gens(???) Qui donc a pu avoir une idée pareille ?

 

Quelle est la plus belle affiche de film pour vous ?

Joker - Todd Phillips Laure - Pfff il y en a tellement…en général je trouve que les graphistes font vraiment du super boulot sur les affiches de films (un peu comme sur les couvertures de livres !) mais allez j’essaye : pour rester dans l’actualité je dirais que l’affiche du dernier Joker est vraiment belle, comme le film d’ailleurs qui est très graphique aussi…

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Hélène de la bibliothèque de Rabastens-de-Bigorre, toujours de bonne volonté, présente sur tous les fronts.

 

Quel est le film dont vous avez oublié l’histoire mais dans lequel par contre l’acteur/actrice a crevé l’écran ?

Hélène - Au choix Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle de Godard ou Steve Mc Queen dans Bullitt.

 

Quel film a la fin la plus inattendue (du style « vraiment vous ne vous y attendiez pas à celle-là!») ?

Hélène - Mulholland drive de David Lynch.

 

Quel est le film avec la plus belle ambiance, les plus beaux décors… ?

Hélène - Toute la beauté du monde de Marc Esposito!

 

Quel est le plus long film que vous ayez vu…sans vous endormir !?

Hélène - Barry Lindon de Stanley Kubrick.

 

Quel est le film le plus bizarre que vous ayez vu (ou le film auquel vous n’avez rien compris) ?

Hélène - Orange mécanique de Stanley Kubrick.

 

Quelle est la plus belle affiche de film pour vous ?

Black swan  -  Darren AronofskyHélène - Black Swan de Darren Aronofsky

A partir du 19 Mai, la médiathèque Simone Veil de Bagnères-de-Bigorre propose une mise en place d'un biblio-retrait.

Retrouvez le mode d’emploi sur leur site.

La bibliothèque rouvre courant juin uniquement sur rendez-vous.

Renseignements

La bibliothèque rouvre à partir du 8 juin.

Un marquage au sol sera là pour guider les lecteurs et du gel hydroalcoolique sera mis à disposition quant au port du masque il sera obligatoire.

Renseignements

 

La bibliothèque rouvrira prochainement ses portes.

Renseignements

La bibliothèque rouvre à partir de 13 mai aux horaires habituels.

Du gel hydroalcoolique sera mis à disposition.

Renseignements

La bibliothèque rouvre à partir du 2 juin.

Un seul lecteur à la fois dans la structure sous rendez-vous (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

Renseignements

Modalités de réouverture

Réouverture de la bibliothèque à partir du 11 mai aux horaires habituels.

Renseignements

Réouverture de la bibliothèque les mardis de 15 h à 18 h 30

Accueil des familles sur rdv en envoyant un mél Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Renseignements

 

Aujourd'hui j'ai... demandé aux agents de la médiathèque départementale ce qu'ils avaient fait.

Réouverture de la bibliothèque : un Vendredi sur deux à partir du 05 juin 2020

 

Directives : Port du masque, gel hydro alcoolique, distanciation sociale, quarantaine des livres.

 

Afin de respecter le protocole sanitaire gouvernemental, la bibliothèque sera ouverte les 05 et 19 juin et fonctionnera comme suit :

  • Les livres qui sont rendus devront être protégés dans un sac en plastique à votre nom, et déposés dans une caisse à l’entrée pour une quarantaine de 10 jours, la décontamination s’effectuant ensuite avant remise en rayon.
  • Vous devrez être munis d’un masque et vous désinfecter les mains avec le gel hydro alcoolique mis à votre disposition à l’entrée de la bibliothèque.

Afin de respecter la consigne d’1 personne ou famille à la fois, des créneaux de 20 minutes seront pris par téléphone sur réservation pour ne pas vous faire attendre et éviter la promiscuité.

-Inscription pour un créneau horaire, (ou pour toutes autres informations) par mél Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Renseignements

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Estelle, nouvelle bibliothécaire de Tournay: sa créativité vit jusqu'au bout de ses bretelles renard...

Quel est le film dont vous avez oublié l’histoire mais dans lequel par contre l’acteur/actrice a crevé l’écran ?

Estelle - Je n’ai pas oublié le titre du film ! Comment pourrais-je ??? Elle crève l’écran tellement son être est sincère d’amour, Giulietta Masina dans La Strada de Fellini. Plusieurs jours après avoir vu le film, je pleurais encore en pensant à ce personnage doté d’une poésie infinie. Je garde ce film enfermé dans une huître, telle une pépite que personne ne peut toucher. Je veux garder intacte l’émotion intense qu’il m’a procurée lors de son unique projection.

 

Quel film a la fin la plus inattendue (du style « vraiment vous ne vous y attendiez pas à celle-là!») ?

Estelle - Allez savoir pourquoi, je ne me souviens jamais de la fin des films, sauf exception ! Alors je prends la question à contre-pied ! Un début de film qui m’a littéralement scotchée : Ma vie de courgette, film d’animation très émouvant et drôle (passé le début… qui coupe le souffle !)

 

Quel est le film avec la plus belle ambiance, les plus beaux décors… ?

Estelle - Stealing Beauty (Beauté volée) de Bertolucci : côté cinéma, nul faut bien l’avouer ! Mais l’ambiance m’enrobe, me réconforte dès que je le regarde : plein été en Toscane, le chant des cigales, une vieille maison de pierres, des sculptures posées de-ci delà, filmées en toute lenteur travelling, une bande son envoûtante, une danse amoureuse comique et saccadée, l’innocence quoi !

 

Quel est le plus long film que vous ayez vu…sans vous endormir !?

Estelle - Les enfants du Paradis, chef d’oeuvre !

 

Quel est le film le plus bizarre que vous ayez vu (ou le film auquel vous n’avez rien compris) ?

Estelle - Je n’ai jamais rien compris aux films de Pasolini ! Je sens bien son génie mais je n’y comprends rien !!!!

 

Quelle est la plus belle affiche de film pour vous ?

Captain Fantastic - Matt RossEstelle - Ces questions sont l’occasion de parler des films qu’on aime… j’avoue être restée sans image à cette question !!! Alors j’ai cherché méticuleusement dans les films que j’avais aimés ces dernières années… Captain Fantastic ! J’adore la famille extra colorée sans tabou – excepté THE capitalisme – sur fond d’une belle peinture forestière avec une biche (tout le sauvage!)

Il manque une question pour je puisse caser un film que j’aime par dessus tout, Le conte de la princesse Kaguya… Comme l’écrit Shakespeare , « le monde est fait de l’étoffe de nos rêves »

Un nouveau rendez-vous des histoires directement chez vous pour votre plus grand plaisir !

 

Aujourd'hui j'ai... demandé aux agents de la médiathèque départementale ce qu'ils avaient fait.

Depuis le 18 mai la bibliothèque d'Argelès-Gazost a repris une partie de ses activités.

La Médiathèque d'Arreau s'adapte à la situation exceptionnelle et propose un service de retrait : prêts à emporter ! 

chapitre 66

Avant de s’intéresser à «l’effet papillon » qui permettra, on l’espère, à Moussa Moussa de retrouver ses masques animaliers il convient d’avoir quelques éclaircissements sur certains personnages de ce récit.

 

Petit rappel scientifique établi en 1547 par Herr Professor Plitzenplotz de l’Académie Royale des Sciences de Plitzenplotz ( à Plitzenplotz )

Mais d’abord, qui était au juste ce Professor Plitzenplotz dont on nous rebat les oreilles depuis le début ?

 

Wolfram Gotlieb Plitzenplotz naquit le 24 mars 1502 à Shlaffengluck, petit village de Prusse Orientale dans une famille de musiciens amateurs. Son père était apothicaire et chauve. Sa mère était apoplectique et femme à barbe dans un cirque ambulant. Très tôt le jeune Wolfram Gotlieb décida qu’il ne ferait jamais partie du groupe musical que ses parents avaient monté avec ses douze frères et sœurs. La phrase désormais célèbre qui forgea son destin fut celle qu’il prononça le 7 Février 1511 devant l’assemblée du village : « Les chants folkoriques, c’est de la bouse ! » Puis il rentra au deuxième dragon léger où il se forgea une réputation de meneur d’homme jusqu’à cette phrase malencontreuse déclarée devant le commandant du régiment : «  Les chants patriotiques, c’est de la mouise ! » Puis il rentra dans les ordres où il devint archidiacre, vocation qui prit fin le jour où, devant Johannes Von Rakay, évêque de Pfalzenbourg, il ne put s’empêcher de crier : « Les chants liturgiques, c’est pas du blues !... »

De 1520 à 1530 la vie de Wolfram Gotlieb resta un mystère. Certains dirent l’avoir vu du côté de Pékin déguisé en moine bouddhiste, d’autres pensèrent l’avoir croisé sur les rives du fleuve Saint-Laurent au Nouveau Monde, d’autres encore affirmèrent l’avoir reconnu à bord d’un vaisseau espagnol faisant route vers l’île d’Hispaniola, mais aucune de ces hypothèses n’aurait à cette époque été réellement confirmée.

En 1531, il était réapparu à l’Académie Royale des Sciences de Plitzenzplotz.

( à Plitzenplotz ). Il y avait créé la chaire d’anthropoplozie expérimentale du département d’anthropoplozie universelle. Il avait déjà publié vingt-cinq ouvrages richement documentés. Il était une sommité reconnue par les plus éminents savants du monde civilisé. Il était au sommet de sa gloire.

Il détestait toujours autant la musique.

 

Et c’est à peu près tout ce qu’on sait sur Herr Professor Plitzenplotz.

chapitre 67

Giuletta finissait de nettoyer ses pinceaux.

Le Minotaure était si ravi qu’il n’arrêtait pas de contempler son portrait. Il venait même de proposer à Giuletta de rester quelque temps afin qu’elle en réalise d’autres. Il se voyait bien en costume d’empereur romain brandissant glorieusement un glaive, ou à cheval, haranguant héroïquement ses troupes, ou combattant furieusement un lion (de Némée de préférence), ou tranchant énergiquement les têtes de l’Hydre (de préférence de Lerne), ou trinquant joyeusement avec Icare (si possible avant sa chute)…

Mais Giuletta, avec diplomatie, avait refusé son offre.

Devant la déception de son redoutable hôte elle lui rappela l’objet de sa quête…

« Que je suis bête, dit celui-ci, j’avais totalement oublié ton Sphinx ! Ma mémoire de vache me joue des tours mais n’aie crainte, je vais me faire pardonner, je te dois bien ça… »

Il réfléchit un instant et rajouta : « Il se trouve que j’ai un de mes bons amis, un phénomène un peu dans mon genre, mais en moins colérique, qui a peut-être des informations sur ton volatile disparu. Ils ont en effet quelques points communs, une histoire de gènes partagés, ce qui n’en fait pas forcément des parents, mais on ne sait jamais…De plus, s’il est bien luné, il pourrait te faire gagner du temps…Allons le voir, il est dans l’écurie à côté…

« Dans l’écurie ?

« Dans l’écurie, oui… ou sur un perchoir, dans sa volière…Ca dépend de son humeur…Tu comprendras quand tu le verras… »

Bras-dessus bras-dessous, Giuletta et le Minotaure firent le tour du Labyrinthe puis pénétrèrent dans une vaste écurie remplie d’ombres et de toiles d’araignées. Giuletta n’y voyait rien, n’entendait rien, sinon le bruit étouffé de frottement d’ailes provenant probablement de quelques chauves-souris dérangées dans leur sommeil diurne. Un léger raclement de sabots parvint du même endroit…

« Un autre Minotaure ? demanda Giuletta.

Un hennissement formidable retentit alors et fit trembler les murs de l’immense grange.

« Je ne crois pas, fit le Minotaure, amusé. Un Minotaure ça mugit, ça meugle, ça beugle, mais ça ne hennit pas…Lui, quand il est surpris, il hennit…

C’est qu’il ne reçoit pas beaucoup de visites, surtout la visite d’humains tels que toi.  Ses derniers contacts avec les hommes lui ont laissé de très mauvais souvenirs.

« Je vous rappelle que je ne suis pas un homme, murmura Giuletta.

« C’est vrai, ça peut aider, répondit le Minotaure.

« Je ne vois pas en quoi ça peut aider ? » gronda une voix.

Les battements d’ailes et les raclements de sabots se rapprochèrent.

« Si c’est encore pour me mettre un harnais sur le dos, il, ou elle, peut repartir d’où elle, ou il, vient… » hennit la même voix…

Un immense cheval blanc surgit de la pénombre, fit plusieurs ruades, se cabra et, agitant les deux gigantesques ailes qu’il avait sur le dos, s’envola en faisant un looping jusqu’à une poutre située juste au-dessus de la tête de Giuletta.

« Bravo ! Bravo ! Encore....fit-elle en battant des mains.

« Quel cabotin…soupira le Minotaure, il faut toujours qu’il en rajoute mais je reconnais que ça fait toujours son petit effet…

Alors…Ca gaze Pégase ?! »

chapitre 68

« Quelle idée aussi de vouloir peindre le Sphinx au second plan derrière une insipide mégère dans le clair-obscur vaporeux d’un paysage ordinaire. C’est sûr qu’il n’a pas dû aimer… » fit le grand cheval ailé.

Giuletta avait maintes fois dévoré les aventures du fantastique quadrupède dans d’antiques et improbables chroniques mais elle n’avait jamais pensé pouvoir discuter en toute simplicité avec lui. C’était tout de même le fils de Poséidon, il était magnifique et il le savait. 

« C’est une star, lui avait murmuré le Minotaure, admiratif, il dit ce qu’il pense et il pense ce qu’il veut…

«  Ce n’était pas n’importe quel « clair-obscur vaporeux », se rembrunit Giuletta, la critique est aisée mais c’était tout de même une œuvre signée du grand Leonardo !

« Leonardo ou pas Leonardo, on ne vexe pas le Sphinx comme ça, Dame Giuletta, se fâcha Pégase. J’en sais quelque chose, nous sommes un peu cousins lui et moi voyez-vous. Nos ailes viennent de la même fabrique divine. Elles nous furent greffées le même jour sur le mont Olympe il y a bien longtemps, et je me souviens de sa colère lorsqu’il constata que les miennes étaient plus grandes que les siennes. C’était on ne peut plus normal mais quel scandale !  C’est à ce moment qu’il a commencé à perdre la boule et qu’il s’est mis à poser des questions stupides à tort et à travers, du genre : « Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi deux ailes et pas quatre ? Qui préfère un canasson bidon à un rapace sensass ? Deux ailes sur le dos d’un cheval, c’est-y banal ou c’est-y bancal ? »  Ce genre d’interrogations idiotes l’a définitivement banni des cieux, ou des Dieux, enfin des deux !

Depuis j’avais entendu dire qu’il errait partout en continuant ces absurdes énigmes et qu’ayant du mal à joindre les deux bouts de ses ailes, il en avait été réduit à faire de la figuration allégorique comme modèle dans un modeste atelier florentin pas trop regardant sur la prestation… »

«  Modeste, modeste, grommela Giuletta, on ne peut pas en dire autant de vous…De toutes façons  maintenant il est parti….

«  Oui justement j’ai ma petite idée là-dessus, continua Pégase en regardant le ciel, et comme, malgré votre mauvaise humeur, j’avais bien l’intention de me dégourdir un peu les ailes… »

Il s’ébroua et secoua lentement ses immenses ramures.

«  Ahhhhh, tu vois, fit le Minotaure tout sourire, je t’avais bien dit qu’au fond ce n’était pas un mauvais bougre ! »

Pégase continua :

« Je crois savoir par où il est parti. D’abord probablement vers le Royaume de France en passant par la Méditerranée. Ensuite…En réalité, je ne peux encore rien révéler mais mon petit ongle de sabot me dit qu’il ne serait pas le seul individu à avoir disparu de la sorte…Tout tendrait à prouver que…Mais je n’en dirai pas plus pour l’instant….Bref, en ce qui nous concerne, nous avons un Sphinx à retrouver et à remettre en place, et c’est déjà bien assez…

Il va falloir d’abord que je dérouille un peu toutes ces plumes avant de décoller, faire quelques petits exercices d’assouplissement, une check-list s’impose mais ce voyage me semble dans mes cordes…

Alors jeune fille, ça vous dirait une petite promenade dans les airs ? »

chapitre 69

« Aile droite, rémiges primaires ?

Check !

Aile gauche, rémiges secondaires ?

Check !

Plumes pour courants aériens maritimes et plumes de rechange ?

Check !

Train de décollage jarrets avant et train d’atterrissage sabots arrière ?

Check !

Réserve d’avoine vol longue durée ?

Stock suffisant, Check !...

Raton harnaché ? »

Guiletta jeta un coup d’œil sur Roméo qui se terrait dans une de ses poches en tremblant.

« Presque Check !...

« Parfait co-pilote ! s’exclama le grand cheval à l’intention de Giuletta.

Attachez vos ceintures, tenez bien ma crinière et en avant toute !.... »

Pégase bondit et en trois foulées l’équipage décolla sous les hourras du Minotaure qui, comme tous les monstres sensibles, ne put malgré tout retenir une larme.

La première partie du vol se déroula comme dans un rêve. L’air était limpide et ils filaient à toute allure, zigzaguant allègrement au milieu de cohortes de petits nuages cotonneux. Giuletta n’en finissait pas de s’extasier en découvrant les vallées, les fleuves, les villages, tout un univers jusqu’alors réservé aux seuls yeux des oiseaux.

« Regarde Roméo, regarde...N’est-ce pas merveilleux ? Nous allons survoler la mer. Vois tout ce bleu ! Et là-bas, ces vaguelettes, on dirait bien des dauphins, je n’en avais jamais vu qu’en peinture…Sais-tu Roméo que tu es sûrement le premier rat volant de tous les temps…»

Mais Roméo, qui n’avait pas encore ouvert les yeux, aurait sûrement préféré être le premier rat volant de tous les temps à redescendre sur terre sain et sauf car depuis quelques instants le vol de Pégase donnait de curieux signes de ratées. Les battements d’ailes n’étaient plus aussi réguliers et le cheval se cabrait dangereusement.

« Que se passe-t-il ? demanda soudain Giuletta qui venait elle aussi de se rendre compte que quelque chose clochait…

Pégase, pris soudain de convulsions, se mit à lâcher de terribles vents.

« Les gaz ! cria-t-il, il faut lâcher les gaz…Ahhhhhh trop tard !...Accrochez-vous on va devoir atterrir…Ou amerrir je ne sais p…. »

La chute fut vertigineuse mais le cheval ailé, au prix d’un incroyable rétablissement, réussit à se poser sur un minuscule îlot de sable, entre trois grands baobabs.

Plus de pets que de mal !

Giuletta descendit du dos de cheval, un peu secouée mais sans trop de dommage. Ce qui n’était hélas pas le cas du pauvre Pégase dont les ailes avaient été tout de même sérieusement abîmées au cours de l’atterrissage forcé.

« Impossible de repartir comme ça, se lamenta-t-il, il va falloir réparer…

« Pas de problème, répondit Giuletta, j’ai exactement ce qu’il faut sur moi » Elle sortit de son sac les précieux carnets de Maître Leonardo et, trouvant la page relative aux machines volantes et à leurs différents mécanismes, se mit aussitôt au travail sous les ailes défaillantes.

Il ne s’était pas écoulé une heure, le soleil tapait fort et la réparation avançait bon train lorsque Roméo lui tapota l’épaule droite.

« Quoi, qu’est-ce que tu as Roméo, tu es pressé de repartir ? »

Roméo fit non de la tête. Une petite main, un peu plus grande que celle de Roméo tapota l’épaule gauche de Giuletta. Elle se retourna…

Un petit garçon blond tout échevelé, une grande écharpe flottant autour du cou, contemplait Giuletta.

Il lui tendit une feuille de papier et un crayon.

« S’il te plaît, lui dit-il, dessine-moi un Sphinx… »

chapitre 70

Les manières onctueuses du majordome du Maharadjah de Salhâmandragore n’étaient plus qu’un vague souvenir.

Apparemment vexé de la façon dont Tchang-Lu s’était honorablement sorti de la dernière partie, il poussait celui-ci sans ménagement le long d’un couloir sombre qui n’avait plus rien de somptueux. Par une porte basse ils entrèrent dans une pièce faiblement éclairée par un pauvre candélabre. Le majordome ordonna à Tchang-Lu de s’assoir sur un des deux tabourets posés en vis-à-vis au centre de la pièce.

« Il n’est pire sourd que celui à qui on coupe les oreilles » proféra le majordome d’un ton sentencieux en décrochant du mur un sabre impressionnant.

« Si tu fais match nul, je te coupe une oreille, Si tu perds, tu deviens sourd, ce n’est pas compliqué. De toutes façons nul n’a jamais gagné face au champion des champions…Et maintenant silence et à genoux ! Prosterne-toi devant le grand et l’unique Maharadjah de Salhâmandragore !

Le majordome recula d’un pas et, d’un mouvement un peu ridicule rappelant celui d’un magicien de foire, projeta une poignée de poudre dorée sur le tabouret situé face à Tchang-Lu. Lorsque les grains de poussière d’or touchèrent le bois, une formidable explosion se produisit et un nuage nébuleux et phosphorescent engloba la scène. Le nuage se dissipa peu à peu, le majordome avait disparu et le tabouret en face de Tchang-Lu était maintenant occupé.

La Maharadjah de Salhâmandragore ?...

Ça ?....

Assis en tailleur sur le tabouret, la tête ceinte d’un magnifique turban de soie irisée, le corps enveloppé d’une extraordinaire veste de brocard aux multiples couleurs, un babouin épluchait consciencieusement des arachides en jetant des coups d’œil amusés sur le vieux peintre chinois.

Ce babouin portait une très fine barbichette et des bésicles cerclées d’argent négligemment posées sur le bout du museau qui lui conféraient une allure de grande noblesse.

« Vous en voulez une ? Ne vous gênez pas surtout. On ne refuse rien à un condamné…Quoi, on ne vous avait pas prévenu ? Pffff, de nos jours on ne peut vraiment plus compter sur le petit personnel, il faut tout faire soi-même ! »

Le babouin cracha quelques épluchures par terre et contempla longuement Tchang-Lu avant de reprendre.

« Donc, cher ami à la bien jolie petite barbe, nous allons jouer à un jeu très populaire et très ancien auquel j’ai ajouté, pour plus de suspense, quelques petites variantes. Ce jeu s’appelle : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier Chinois qui rira aura d’abord la barbe coupée puis les oreilles puis le reste… »

Devant l’air un peu décontenancé de Tchang-Lu il ajouta :

« Mais je vois que vous tenez aux coutumes. Ce qui ne m’étonne guère de vous inestimable hôte, aussi rassurez-vous, avant de vous couper la tête vous aurez droit à une petite tapette ! On sait vivre tout de même...

Alors, vous ne voulez vraiment pas une petite cacahuète ?... »

A compter du 19 mai, débutera la phase 1


Ouverture des locaux sous la forme suivante:

  • Hall d’accueil pour le service de prêt des documents de la médiathèque en format « Drive » sur commande préalable par téléphone, mail et/ou sur le portail de réservation.
  • Salle d’exposition.
  • Vente des ouvrages du Parc national des Pyrénées sur commande préalable par téléphone, mail et/ou sur le portail de réservation .

Nombre de personnes limité à un maximum de 2 usagers ou de 4 usagers d’un même foyer.

Marquage au sol sera mis en place pour favoriser la distanciation sociale.

Temps de visite de la salle exposition limité à 15 minutes.

Renseignements

Sera proposer, à partir du 29 mai, un service de retrait de documents sur rendez-vous.

Un aménagement des horaires d’ouvertures est mis en place avec la fermeture le samedi matin.

Les enfants ne seront acceptés que dans le cas de parents célibataires.

Renseignements

Aujourd'hui j'ai... demandé aux agents de la médiathèque départementale ce qu'ils avaient fait.

Votre bibliothèque  entrouvrira ses portes le Samedi 16 Mai à son horaire habituel.

Durant "la phase 1 du déconfinement":

  • Seulement sur rendez-vous à prendre auprès de la bénévole de permanence afin d'en fixer l'heure et la durée (les coordonnées vous seront données par mail quelques jours avant chaque permanence qui auront lieu  pour le moment le samedi et le mardi)
  • Seuls les visiteurs adultes seront reçus: un seul à la fois et port du masque obligatoire, nettoyage des mains au gel hydroalcoolique.
  • Les documents en retour seront déposés par le visiteur dans un endroit qui lui sera indiqué. Ils attendront là le temps nécessaire à la décontamination de précaution (10 jours minimum).
  • Avant l'accès aux salles de la bibliothèque, le visiteur déposera ce qu'il ne veut pas garder avec lui dans un endroit prévu.
  • Le total possible de prêts a été augmenté à 8 livres par personne et à 5 DVD par famille. Les parents pourront bien sûr faire des emprunts pour leurs enfants.

Renseignements

A partir du 19 Mai, la médiathèque Louis Aragon (Tarbes), la bibliothèque Nelson Mandela (Tarbes) et la médiathèque de Lourdes proposeront des  prêts à emporter .

Retrouvez le mode d’emploi sur leur site.

Les bibliothèques d’Aureilhan, Barbazan-Debat, Bordères sur l’Echez, Ibos, Odos, Séméac, Soues réouvriront ultérieurement ainsi que le bibliobus et la ludothèque.

La Maison du Parc national et de la vallée a le plaisir de vous annoncer la réouverture partielle de ses locaux à compter du mardi 19 mai 2020, du mardi au samedi de 15h à 18h.

La vie culturelle reprend peu à peu son cours à Cauterets ! La Médiathèque rouvre de façon partielle et organise à partir du mardi 26 mai 2020 un "Drive Culture" !

La bibliothèque rouvre avec les consignes suivantes: pas plus de 2 personnes dans la bibliothèque, le sens de circulation sera fléché. Le port du masque obligatoire du gel hydroalcoolique sera mis à disposition pour l'arrivée et à la sortie.

Renseignements

L'équipe de la médiathèque de Vic en Bigorre met tout en oeuvre pour vous proposer prochainement un service de retrait de documents, dans les conditions les plus satisfaisantes, compte tenu de la situation sanitaire.

"Aujourd'hui j'ai..." demandé aux agents de la Médiathèque départementale ce qu'ils avaient fait.

Réouverture de la Médiathèque en conformité avec les "Recommandations sanitaires de déconfinement des bibliothèques territoriales", aux horaires habituels, nombre d'adhérent limité à 5 en même temps dans les locaux. Port du masque obligatoire.

Renseignements

Chapitre 61

« Alors l’aztèque, il vient ce tchocolatl ?... »

Acocoyotl Polichtitli ne bronchait pas….

« Sang-Chaud mon fidèle écuyer, continua l’escogriffe à la triste figure et à l’armure encore plus triste,  peux-tu expliquer à ce sinistre indigène que lorsqu’un caballero de mon rang demande qu’on lui serve un tchocolatl,

 il ne faut pas le faire attendre car la patience d’un caballero de mon rang n’a d’égale que sa pitié envers les misérables qui font semblant de ne pas comprendre la noble langue castillane, autrement dit… »

Il  brandit sa rapière rafistolée et la fit tournoyer au-dessus de la tête d’Acocoyotl Polichtitli qui avait décidé de rester de marbre devant tant d’incohérence.

« Autrement dit, continuait l’autre, ma patience est nulle !... »

Mais l’homme, qui semblait aussi prompt à se mettre en colère qu’à oublier instantanément l’objet de sa rage, s’était déjà retourné vers les deux perroquets et le colibri qui, posés sur une branche, auraient bien aimé passer inaperçus. Hélas ce ne fut pas le cas, la rapière effleura leurs toupets et sectionna quelques plumes.

«  Ah ah…s’écria l’ahuri chevalier, mais que vois-je ? Notre quête ne sera pas vaine, brave Sang-Chaud ! Hombre, tu iras dès ce soir brûler un cierge, que dis-je un cierge ! Cent cierges,  à Santa Zapatera del Zapatero pour la remercier de nous octroyer de quoi dîner sans avoir à courir la pampa ! »

Les trois oiseaux s’étaient figés.

 « Regarde Sang-Chaud, je m’en vais de ce pas occire ces trois magnifiques et bien dodus condors, rois des oiseaux des Andes, dont la chair magnifique et juteuse aura bientôt l’honneur d’être mastiquée à loisir par les mâchoires altières et reconnaissantes du plus respectable conquérant ibérique que je connaisse….

«  C’est-à-dire vous mon bon maître ! soupira Sang-Chaud.

« Exactement, répondit l’autre.

Après quoi le brave Sang-Chaud asséna un respectable coup de bassine en cuivre sur la respectable tête de son bon maître qui s’effondra d’un coup, s’endormit aussitôt et se mit à ronfler.

« Désolé maître Quichotte, murmura Sang-Chaud.

Il se tourna vers Acocoyotl Polichtitli et leva les bras au ciel.

« Ne vous offusquez-pas señor, c’est hélas la seule façon que j’aie de le calmer et de le protéger de lui-même avant qu’il ne lui arrive pire malheur. C’est un homme brave et un cœur vaillant, en plus d’être un fameux chevalier, mais il est parfois un peu trop enthousiaste, ce qui lui joue bien des mauvais tours…

Comme par exemple prendre ces trois pauvres piafs pour des nobles condors !

Quelle hérésie n’est-ce pas ?... »

« Piaf toi-même ! s’offusqua le colibri. Au contraire, enfin quelqu’un qui voit le rapace qui est en moi ! »

Et le condor qui était en lui, rêvassa…

« Volaille toi-même !  fit l’ara bleu. Enfin quelqu’un qui rend au casoar ce qui revient au casoar ! »

Et le condor qui était en lui, coassa…

« Gibier toi-même ! dit l’ara rouge. Enfin quelqu’un qui croit en moi !»

Et le condor qui était en lui, croassa…

C’est exactement à cet instant que, bien au-dessus de la canopée, beaucoup plus haut dans le ciel, un véritable condor passa…

Chapitre 62

« Tous les Ibères sont comme ça ? demanda Acocoyotl à Sang-Chaud.

Assis tous deux sur des souches ils partageaient tranquillement quelques tranches de mangues sauvages. Le vieux chevalier, toujours plongé dans un sommeil agité et allongé par terre entre eux, était secoué de soubresauts intempestifs.

« Non, heureusement, répondit l’écuyer en s’essuyant la bouche, regardez ce pauvre fou, Il est encore perdu dans ses rêves…Rêver est sa principale activité. En ce moment il doit être en train de délivrer une belle princesse des griffes d’un horrible dragon. Ou, armé de sa pauvre lance et de son seul courage, peut-être combat-il mille indiens sanguinaires…

«Nous ne sommes pas plus sanguinaires que vous, dit Acocoyotl,

«Nous ne sommes pas plus fous que vous, rétorqua Sang-Chaud, néanmoins, lorsque mon maître s’enfuit dans ses songes, il a parfois des visions stupéfiantes…Oh…il se réveille… »

Le chevalier s’ébrouait, les yeux mi-clos il bredouilla.

« El Dorado…La montagne d’or...Elle est là…El Dorado...Je te tiens !...

« Arghhhh, croassa l’ara rouge que le vieux fou venait d’attraper par le col, Arghhhhh ! El Dorado connais pas, mais les radeaux je connais…Je vais t’en construire un de radeau, tu vas monter dessus et t’en aller très loin ! Et lâche mon cou maintenant vieux croûton !!!!

« Croûton, moi !  hurla le chevalier qui, reprenant rapidement ses esprits était à nouveau sur ses pieds. Faquin, butor, vil volatile, brigand emplumé ! Sang-Chaud, mon épée !...

« Et voilà ça le reprend, fit doucement l’écuyer, calmez-vous Monseigneur, il n’y aucun brigand ici, au contraire il n’y a que de braves companeros comme vous et moi. Regardez, il n’y a céans que des gens, et des oiseaux, de bonne compagnie… »

Le vieux chevalier s’adoucit.

« Bon, très bien…Mais pas de familiarité entre nous mon valet ! On ne mélange pas les timbales avec les castagnettes ! Je ne suis le compagnon de personne, moi, je suis un conquistador !!!

« Un idiot qui s’la dore, un idiot qui s’la dore…chantonna le colibri.

« Quoi ? De l’or, de l’or ? Où ça de l’or ? Qu’est-ce qui est en or ?... »

Acocoyotl sentit qu’il était temps d’intervenir. Il se leva, plia le genou et fit une profonde révérence devant le vieux chevalier.

« Monsieur, Monseigneur, votre altesse brillantissime et grand pourfendeur de démons, je me prosterne devant votre magnificence et vous prie humblement d’écouter la requête d’un de vos plus fervents admirateurs…

« Voilà qui est parlé Hombre ! Tes paroles sont douces à mes oreilles ! Tu es désormais, toi et tes poulets, sous ma bienveillante protection. Parle en toute quiétude, le grand Don Quichotte de la Mancha t’écoute… »

Acocoyotl prit une profonde inspiration et se lança.

« Vous cherchez quelque chose il me semble ?

« Il te semble !...Tu le sais bien canaille, ce que je cherche ! C’est l’Eldorado, la Montagne d’or que tous les conquistadors espèrent découvrir ! Le trésor des trésors que vous nous dissimulez et qui est gardé par une armée de vos terribles géants !...

« Mais oui l’Eldorado bien sûr…Evidemment je sais où il se trouve, tous les aztèques le savent…Mais figurez-vous que moi aussi je cherche quelque chose…Je cherche le Serpent à plumes, le Quetzalcoatl ! Ce nom ne vous dit rien mais il est aussi important pour moi qu’une montagne d’or pour vous…Lui aussi se cache au plus profond de mes rêves…Alors je me demandais, en toute humilité bien sûr, si nous ne pourrions pas, l’espace d’un instant, échanger nos fantasmes…Peut-être qu’entre rêveurs nous pourrions nous entraider, vous venez dans mes songes, je saute dans les vôtres, vous débusquez mon Quetzalcoatl, je vous ouvre les portes de l’Eldorado… » 

Le vieux conquistador regarda intensément Acocoyotl Polichtiltli.

Il croisa les bras, fronça les sourcils, se gratta la tête…

« Faire ou ne pas faire confiance ? Là est la question…Je pourrais accepter…Oui je pourrais, pourquoi pas ?…Mais si j’accepte il me faudra des garanties !

« Quelles garanties ?

« Je prends vos perruches en otages ! Si or il y a, je vous les rends, si pas d’or je les zigouille !...

« Marché conclu ! fit Acocoyotl

« L’aztèque est rusé ! murmura Sang-Chaud.

« Mais l’ibère est rude… »  soupirèrent les aras.

Chapitre 63

Faire un point précis sur les connaissances du moment relatives au Quetzalcoatl commun.

Petit rappel scientifique établi en 1542 par Herr Professor Plitzenplotz de l’Académie Royale de Plitzenplotz ( à Plitzenplotz ) 

1°) Il n’existe pas et n’a jamais existé de Quetzalcoatl commun.

2°) Le doute quant à l’existence du Quetzalcoatl commun serait le fait d’un individu équivoque se faisant passer pour un expert en Quetzalcoatl commun,

un certain Don Jojo del Racaillo, mercenaire hispano-botaniste bien connu de la suite du fameux Conquistador Ponce de Léon.

3°) Le seul Quetzalcoatl connu à ce jour a été classifié « hors du commun », ou «  peu commun ». Il est dûment répertorié dans l’ordre des bestioles «  à plumes », de l’espèce « à plumes et à bec », de la sous-famille des « serpentis chiméricus à plumes et à bec du Nouveau Monde ». Ceci est un fait établi.

4°) Le Quetzaloatl peu commun est donc un redoutable prédateur. Il a une façon bien à lui d’attirer ses proies, en général de jeunes et naïfs indigènes des régions équatoriales. Il émet un petit cri strident imitant la voix humaine et qui fait à peu près ceci : « Qu’est-zaco ? Qu’est-zaco ? ». L’indigène répond alors : « Quoi qu’est-zaco ?» Le Quetzalcoatl répond : «  C’est moi ! » et le bouffe.

Ceci est un fait établi.

5°) Le Quetzalcoatl peu commun n’a pas toujours été un redoutable prédateur, petit sa maman lui faisait des câlins, il jouait avec ses congénères aux billes et à la marelle, il aidait les vieilles personnes à traverser la rue et puis les mauvaises fréquentations et les vicissitudes de la vie en ont fait cet être sans foi ni loi que nous connaissons aujourd’hui.

5 bis°) En revanche il adore le foie de ses proies. Ceci est un fait établi.

6°) Il n’est pas certain que le Quetzalcoatl ait une âme. Ce fait n’est pas établi.

7°) L’épineuse question se pose aussi pour les naïfs indigènes du nouveau monde, pour Ponce de Léon, pour Hernan Cortez et pour tous les autres Hidalgos de l’ancien monde.

8°) L’épineuse question sera tranchée ultérieurement lors d’une épineuse controverse dans la vallée des olives.

9°) Ou pas

10°) A moins que ce ne soit la tête de Don Jojo Del Racaillo qui soit tranchée.

Et  c’est à peu de choses près tout ce qu’on sait sur le Quetzalcoatl.

Chapitre 64

Que se passa-t-il dans la tête de Moussa Moussa pour qu’il se mette ainsi à fredonner d’une voix tremblante cette petite ritournelle au moment précis où la gigantesque tarentule allait refermer ses horribles mandibules sur lui ?

Nul ne le sait, et lui encore moins que quiconque. D’où venait-elle cette comptine, de quel coin reculé de sa conscience était-elle sortie ?

 Peut-être justement ne venait-elle pas de sa conscience à lui…

« Le pape est mort,

Un nouveau pape est appelé : Araignée !

Araignée ? Quel drôle de nom pour un Pape,

Pourquoi pas Libellule ou Papillon !

Ah ! Ah ! Ah ! Rions trois fois,

Elle n’a pas ri, elle n’a pas compris…

Je recommence :

Le Pape est mort,

Un nouveau Pape est appelé : Araignée !

Araignée ? Quel drôle de.... »

 

La tarentule s’immobilisa.

Sa bave gluante et noirâtre coulait goutte à goutte sur le front de Moussa Moussa qui chantonnait toujours. Les yeux dans le vague, perdue dans les tréfonds d’un passé oublié qui venait soudain de refaire surface, l’immense araignée tressaillit. Quatre larmes apparurent aux coins de ses quatre yeux et, à la stupéfaction des millions d’insectes qui n’en crurent pas leurs millions d’yeux, elle se mit à pleurer comme une madeleine poilue…

« C’est la berceuse que ma maman me chantait pour m’endormir, balbutia-t-elle, ça faisait tellement longtemps…je me souviens tout à coup,  j’étais une toute petite boule de poils…Ma chère maman, si douce, si aimante, si…» Elle renifla bruyamment. « Moussa Moussa, viens là que je t’embrasse !...»

Alliant le geste à la parole elle l’enlaça tendrement.

«  Faut pas exagérer non plus, fit Moussa Moussa totalement englué.

«  Et on ne touche pas un poil de mon ami le magicien ! » lança-t-elle à la cantonade…

« OK, dit la cantonade légèrement déçue.

« Et le macaque ? demanda un scolopendre affamé.

Le macaque le regarda droit dans les yeux et, pris d’une soudaine inspiration, se mit à brailler :

 

« Le Pape est mort,

Un nouveau Pape est appelé : Scolopendre !

Scolopendre ? Quel drôle de nom pour un pape,

Pourquoi pas coléoptère ou grillon ?

Ah ! Ah ! Ah ! Il n’a pas ri ?... »

« Non, grimaça le scolopendre, Il n’a pas ri du tout…

D’abord parce que tes rimes sont stupides!

Ensuite parce je suis orphelin…

Bon alors…On peut y toucher un poil au macaque ?.... »

Chapitre 65

« Tu peux m’appeler Ursule, dit la tarentule.

« Tu peux m’appeler Moussa, dit Moussa Moussa.

La tension était retombée comme un soufflé aux ignames depuis que Moussa Moussa avait réussi, grâce à la berceuse, à  retrouver la parcelle de tendresse qui s