Chapitre 86

La fée et le magicien chuchotaient entre eux pendant que Pégase se désaltérait dans l’eau du lac.

« Ne vous gênez pas surtout, fit la fée, ce n’est que l’endroit où je dors ! » Elle se tourna vers Giuletta. « On aura vraiment tout vu à Brocéliande ! Enfin, il faut vivre avec son temps n’est-ce pas ? Ainsi c’est vous la « fille au Sphinx » ?

Le blondinet l’interrompit : 

«  Dis madame la fée, tu ne pourrais pas me dessiner un…

« Non je ne peux pas, dit la fée, ce que nous pouvons faire en revanche c’est vous aider à continuer votre route…Nous, c’est-à-dire moi et mon collègue enchanteur ici présent. Il est un peu vieux, 756 ans aux prunes, un peu dur de la feuille, sa mémoire est fluctuante mais il se souvient encore de quelques belles formules magiques, pas vrai, Marcel ?

« Qu’est-ce que tu dis Roxanne ? bafouilla Marcel l’enchanteur.

« C’est triste, il me prend pour ma cousine, une fée dont il était épris il y a fort longtemps et qui avait très mauvais caractère. Moi c’est Suzanne, Marcel !  SU…ZA…NNE !…bon tant pis…est-ce que tu peux faire un petit tour de magie à ces messieurs-dames pour leur montrer de quoi tu es encore capable ?

DE QUOI TU ES...CA…PA…BLE !...

« Ah oui…Un petit tour, bredouilla le vieux magicien, voyons voir… qu’est-ce que vous dites de ça ?... » Il sortit de sa manche une baguette de pain, la brandit au-dessus de sa tête et s’exclama :

« Supercalifragilistiexpialidocious ! »

Le blondinet se transforma en crapaud.

« Cornegidouille  et salsepareille ! soupira la fée, ce truc ne marche plus depuis longtemps mon pauvre Marcel… »

Elle déposa un baiser sur la tête du crapaud et celui-ci se rechangea en garçonnet casse-pied.

« Bon, fit elle, laissez-moi plutôt vous présenter deux félins de premier ordre.

« Miaou ! » fit le premier chat qui était fort botté.

« Miaow ! » fit le second chat dont on ne voyait que le sourire.

Le premier chat dit en saluant cérémonieusement :

« Mes hommages gente dame ! Mon maître, le marquis de Calebasse, m’appelle le Chat Bottines, mais vous pouvez m’appeler simplement : Bottines… Ma petite griffe me dit que vous avez un Sphinx à retrouver.

Votre route est encore longue mais broutilles que tout cela ! Nous sommes, comme vous le savez, céans en Petite Bretagne. Vous allez devoir faire un saut de puce jusqu’à l’autre Bretagne, la Grande, là-haut... »

Il regarda Pégase qui continuait à s’ébrouer dans l’eau.

« Malheureusement vous ne pouvez y emmener votre canasson, les chevaux ailés sont très mal vus en Calédonie et, hélas, c’est précisément là où vous devez aller. Là-bas ils mangent la panse de cheval farcie avec de la sauce à la menthe ! Quel manque de goût n’est-t-il pas ? Bref c’est ballot mais il devra rester ici…»

Il jeta un coup d’œil au blondinet et à Roméo et fit la moue.

« Ces deux-là en revanche, vous pouvez les emporter sans problème… »

Puis le Chat Bottines se pencha et à la grande surprise de Giuletta, enleva ses bottines et les lui tendit…

« Tenez, dit il, c’est cadeau ! Ici à Brocéliande nous avons réponse à tout ! Essayez les, vous allez m’en dire des nouvelles. Ces bottines de sept vieux m’ont été données par sept sorciers d’un autre âge, elles sont évidemment ensorcelées. Si vous les chaussez, d’une seule enjambée vous serez transportée près d’un autre lac où quelqu’un de très particulier vous indiquera le moyen pour aller jusqu’à….

« Miaow miaow…fit  le second chat.

« Oh pardon cher Cheshire, j’allais t’oublier ! Les calédoniens ont un accent à couper à l’épée et ce chat sera votre traducteur, en plus d’être fort souriant.

 «  Et ce lac, demanda Giuletta en enfilant les bottines, il se trouve où exactement ?

« Ah vous allez adorer l’endroit ! Typique, brumeux à souhait, mélancolique au plus haut point et très romantique vous verrez. Pour une artiste telle que vous ce sera une véritable source d’inspiration.

Ce lac se trouve dans le Comté de Ness, on l’appelle :  le Lac Ness… »

Chapitre 87

Les bottines de sept vieux étaient très performantes.

Guiletta passa de la Petite à la Grande Bretagne en moins de temps qu’il ne lui en fallut pour dire à Roméo de ne pas trembler, au blondinet agaçant de se taire et au chat d’arrêter de regarder Roméo en riant bêtement.

Giuletta était triste d’avoir dû laisser Pégase à Brocéliande mais la fée lui avait assuré que certains chevaliers siégeant autour d’une table circulaire seraient ravis d’avoir un tel destrier pour leurs futures chevauchées, aussi s’était-elle consolée de savoir Pégase entre de bonnes et chevaleresques mains.

Ils venaient d’arriver au bord du mystérieux Loch.

Giuletta déposa sa petite troupe près de la rive où de fines vaguelettes venaient clapoter doucement. Dans cette ambiance curieusement ouatée on n’entendait aucun son. Cette absence de bruit en devenait inquiétante, même le blondinet n’osait ouvrir la bouche, Roméo tremblait de plus en plus, le chat ne souriait plus du tout.

La pluie pénétrante qui tombait sans discontinuer et les lourdes brumes qui enveloppaient le loch auraient pu convenir à la nature mélancolique de Giuletta si cette atmosphère oppressante n’avait pas dégagé quelque chose d’infiniment sinistre. Elle se disait que ça aurait pu faire un arrière-plan tout à fait convenable pour un portrait de Sphinx, ou de tout autre animal fantastique, quand soudain…

Tic-tac…Tic-tac…

« Vous n’entendez pas comme un bruit de montre ? murmura le blondinet,

Tap tap tap

« Vous n’entendez pas quelqu’un qui court ? continua-t-il,

« Je vais être en retard, je vais être en retard ! s’écria un lapin blanc émergeant du brouillard et courant comme un lapin dératé. Il consulta fébrilement sa montre à gousset et, découvrant subitement Giuletta, le blondinet et Roméo, s’arrêta net.

« Ah mais vous êtes déjà là ! dit-il, parfait, parfait ! Il jeta encore un coup d’œil à sa montre puis aperçut le chat dans une branche au-dessus de lui.

« Tu es là aussi Old Chap’, tant mieux, je me sentirai moins seul sur le dos de…mais nous n’avons plus une seconde à perdre…la reine ne serait pas contente si elle savait que…Il est tout juste temps d’embarquer ! Il faut monter à bord, lever les amarres, grimper sur le dos de…

« Pas encore, pas encore, attendez une seconde ! fit une voix dans la brume.

La brume s’évapora lentement et l’on vit apparaître un petit homme barbichu, tout de noir vêtu,  une fraise blanche autour du cou, qui finissait d’écrire avec une longue plume d’oie sur une écritoire posée sur ses jambes croisées.

Il posa sa plume et leva la tête.

« Tiens, le poète ! fit le lapin pressé, vous êtes là aussi ? Vous allez embarquer avec nous ?

« Pas du tout, pas du tout mon ami, fit le poète en souriant, je suis juste là pour donner quelques dernières recommandations avant l’ultime voyage…

Qui d’autre que moi pourrait le faire en de telles circonstances ?

Mais je vois que tu n’es pas seul. Qui sont tes amis ? Le sourire félin qui apparaît et disparaît, lui je le connais, mais les autres ?… »

Giuletta, qui ne s’étonnait plus de rien depuis longtemps, se présenta :

« Giuletta, peintre florentine et son amour de rat, Roméo…

« Giuletta et Roméo, fit le poète, quelle belle association…Ca me donne une idée pour plus tard…et le petit blond là…qui est-ce ?

« Tu pourrais me dessiner un cheval, monsieur le poète, demanda le petit blond.

« Ahhhh, fit le poète perdu soudain dans ses pensées, mon royaume…mon royaume pour un cheval…Non, je ne peux pas ! Mais revenons à nos dragons….

Mes amis, mes amis…

 

Vous allez entreprendre une dernière traversée,

au bout des flots furieux est votre destinée,

Après de pieux efforts et quelques sacrifices,

Inutile de le nier, votre but, c’est Maurice !

Mais avant tout il va falloir dormir,

roupiller, faire dodo, ronfler, vous assoupir

contre vents et marées, contre monts et merveilles,

nimbée est votre vie de songes et de sommeil…

Le poète se tut.

Un gigantesque cou émergea de l’eau et Nessie, le monstre du Loch Ness, approcha sa grosse tête de la berge. Comme des somnambules, Giuletta, Roméo, le blondinet, le lapin pressé et le chat souriant montèrent sur le dos du monstre et s’assoupirent aussitôt.

Le monstre fit un clin d’œil au poète, plongea et disparut.

Le poète reprit sa plume et se remit à écrire.

Car sommeiller, il vous faudra sans trêve.

Vous êtes de l’étoffe dont nous faisons les rêves…

Chapitre 88

Chez Abdûl Karambhâr, père et fils.

Maison sérieuse recommandée par la guilde du vent depuis la naissance de Vishnou. Construction et vente de boutres, de jonques, de dhows et de tapis volants. Modèles de qualité pour toutes les bourses, de préférence pour les plus grosses, mais on peut faire un effort pour les petites…

 

C’est exactement ce que je cherche se dit Tchang-Lu, devant la réclame accrochée à la porte rafistolée de l’entrepôt caché au fond d’une ruelle du port de Mangalore, sur la côte de Malabar.

Puisque tout indiquait qu’il devait prendre la mer pour retrouver son pangolin, c’est sur les persiflantes recommandations du cobra du Maharadjah de Salhâmandragore qu’il était descendu tout au sud des Indes et s’était mis en quête d’une embarcation.

« Pourquoi embarquer ? s’exclama avec dédain Abdûl Karambhâr père, (à moins que ce ne fut le fils), après que Tchang-Lu lui eut exposé ses besoins.

Un voyageur moderne tel que vous doit choisir l’avenir, et l’avenir mon Prince, ce n’est pas l’eau ! C’est l’air, l’air et la magie…

« Tout à fait, tout à fait, renchérit Abdûl Karambhâr fils, ( à moins que ce ne fut le père), l’air et la magie ! On peut dire que c’est votre jour de chance car nous venons justement de rentrer le tout dernier modèle de tapis volant superkrishna à injection ! Ce tapis volant est fait littéralement pour vous, voyez plutôt : freinage automatique incorporé dans les fils de soie, toit ouvrant sur le vide, coussins d’air à volonté, possibilité d’emporter son éléphant, diffusion d’encens par jet continu, GPS ( Géolocalisation Par Shiva) intégré, et, cerise sur le kulfi : air-bhagavad-gita à l’avant et à l’arrière !...N’est-ce pas que c’est une merveille ? Bon, il y a un petit bémol, la couleur safran est en option, mais… »

Il fit un clin d’œil à l’autre Abdûl qui lui rendit son clin d’œil.

« … si vous vous décidez tout de suite, je pense que nous pouvons faire un petit quelque chose, pas vrai fils ?

« Non, moi je suis ton père, fils ! dit Abdûl père.

« Ah bon, tout le monde peut se tromper, père ! dit Abdûl fils.

« Mais on peut tout de même vous faire une petite ristourne, clamèrent-ils en choeur.

« Magie…tu parles d’une magie !...Magie du commerce, oui… » se dit Tchang-Lu en ressortant du magasin avec son tapis sous le bras.

De toute façon il n’avait plus guère le choix.

Tout en marchant il consulta le mode d’emploi que les marchands lui avaient glissé dans la poche.

« D’habitude pour le mode d’emploi il y a un supplément », avait dit l’un des deux Abdûl. L’autre avait ajouté qu’il fallait parfois se montrer généreux et que sûrement ils allaient regretter cette prodigalité mais qu’ils étaient comme ça, eux, les Abdûls, désintéressés et charitables, et que sûrement ils finiraient un jour ruinés par tant de largesse mais qu’on ne pouvait pas changer la nature humaine, puis ils avaient poussé Tchang-Lu dehors en lui souhaitant bon vent. Ils avaient ensuite vivement refermé la porte de la boutique derrière lui en bouclant la serrure à double tour.

Malheureusement le mode d’emploi n’était pas écrit en hindi.

Encore moins chinois.

Il était écrit en hollandais…

Tchang-Lu comprit alors deux choses.

La première, c’est qu’il venait de se faire arnaquer par les deux Abdûl.

La seconde, c’est qu’il avait entre les mains un tapis hollandais volant !...

Il se dirigea vers la plage la plus proche…

Chapitre 89

« Veuillez rentrer…bzzzz…le mot de passe…xzzz…je répète…Veuillez…bzzz…rentrer…xzzz…le mot de passe ! »

Tchang-Lu n’en pouvait plus !

Il voulait bien escalader l’Himalaya, soigner des tigres en mal de rayures, parlementer avec des panthères blanches, se faire piquer par des grenouilles venimeuses, risquer sa vie avec des joueurs psychopathes, mais là c’en était trop…

Il savait que sa quête arriverait bientôt à son terme et il avait, depuis le début de son voyage, surmonté toutes sortes d’épreuves, fait d’invraisemblables rencontres, fait preuve de sagesse, de diplomatie et de la patience de cinq cents Bouddhas mais, se faire rembarrer par un tapis volant, hollandais de surcroît, c’est-à-dire fantomatiquement bourré de technologie moderne, qui ne voulait pas démarrer parce que le mot de passe était incorrect, ça c’était au-dessus de ses forces…

Il avait pourtant essayé tous les mots magiques en sa possession.

Abracadabra…Shazam…Hocus Pocus…Higitis Figitus…Bibidi Bibidi boo…Wingardium Leviosa…Sésame-ouvre-twa…

Aucun n’avait fonctionné et ce damné tapis ne voulait toujours pas voler !

A bout de patience il allait abandonner lorsqu’il s’était soudain souvenu des derniers sifflements du cobra.

Cela avait quelque chose à voir avec un nom, mais quel nom ? Il n’en était plus très sûr mais il pouvait s’agir d’un nom avec un S…Alors il essaya tous les noms qui lui passèrent pas la tête :

Souad ? Sankar ? Sajit ? Sumesh ? Hassan ? Hossein ? Mitsou ? Mitsi ? Sun-Sou ? Tsou-Tsou ? Tsi-Tsi ? Mitsi ? Mitsou ? Mistigri ? Missouri ? Mississipi ? Massoud ? Mouss-Mouss ? Moussa-Moussa ? Saucisse ?...

MAURISSSE !...

« Ben voilà…bzzz…c’est pas compliqué…xzzz…bonne réponse...Maurice….code accepté !...prêt pour le décollage…bzzzz…Mais avant voici un message de votre…xzzz…commandant de bord : »

Un nuage poussiéreux s’éleva d’un coin du tapis et un ectoplasme coiffé d’une casquette loqueteuse se matérialisa devant Tchang-Lu et déclara d’une voix d’outre-tombe de pilote :

« Wilkomen ! Je suis votre…Xzzzz….commandant de bord Pruit Von Pruitenbrouck ! Le vol 999 à destination de….Xzzzz…fera une brève…bzzzz…escale sur l’île de….Xzzzz...pour un ravitaillement de…fils de soie…bzzzz…et devrait durer environ…xzzzzz…heures…sauf incident…prière d’attacher vos…xzzzz…babouches…départ imminent… »

Le tapis décolla comme une flèche en direction de la pleine mer.

Tchang-Lu eut juste le temps de déchiffrer, au centre du tapis,
une inscription sibylline et des nombres qui s’étaient matérialisés un très court instant puis s’étaient aussitôt effacées.

Des chiffres sans queue ni tête de pangolin et qui pour lui ne voulaient absolument rien dire.

20°10’S

57°30’E

Le tapis volant savait très bien de quoi il était question et fila droit au sud-est…

Chapitre 90

La petite troupe avançait rapidement.

Soutenant, quel que soit le temps, la même allure à grande foulée, ils avaient franchi des déserts brûlants, des steppes désertiques, des rios impétueux et des montagnes enneigées et avaient laissé maintenant loin derrière eux les hautes plaines du peuple des sept feux, les hommes à la peau rouge et leurs placides bisons.

« Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin » se demandait s’il avait bien fait d’emmener avec lui sa fille : «Tigresse-attentive-aux-fleurs-mais-surtout-aux-lys-de-la-vallée ».

Malgré les réticences paternelles, elle avait tenu à le suivre dans ce voyage vers l’inconnu, aussi périlleux qu’incertain. Intrépide, ne reculant devant aucun danger mais surtout nageuse hors pair et habile à manier la pagaie, elle avait convaincu les anciens du clan et avait été désignée comme guide pour accompagner ces étranges cousins du Nord et leurs chiens dans leur quête au-delà de la Grande Eau.

Pour la circonstance, et par souci de simplification, le grand sorcier l’avait rebaptisée : « Tigresse-aux-lys-attentive-à-son-père-Aigle-attentif-à-la-course-du-pingouin-mais-aussi-attentive-aux-cousins-blafards-et-à-leurs-chiens-dont-le-plus-vilain-pète-particulièrement-fort ».

Tanarak se demandait si elle avait bien fait de suivre ce gros nigaud de Tulurgglurkuk. Après tout, qu’en avait-elle à faire de ce satané pingouin ? Qu’il soit retrouvé ou pas n’allait pas changer grand-chose à sa vie…

Cependant et malgré les nombreux griefs qu’elle aurait pu avoir à l’encontre du chasseur, elle était bizarrement attendrie par sa maladresse et se découvrait au fil des jours et du chemin une âme de protectrice qu’elle n’avait jusque là jamais soupçonnée. La nuit dernière du reste, dans son sommeil,  une grosse voix d’ourse lui avait susurré : « Tanarak ma fille, tu files un mauvais poil de phoque !... »

Tulurgglurkuk se demandait si tout compte fait il avait bien fait de partir pour cette quête insensée et si elle allait prendre fin un jour. Chaque pas qui l’éloignait de son cher igloo lui faisait amèrement regretter la douce quiétude de sa «  vie d’avant ». Lui qui n’aspirait qu’au calme et au silence de la banquise, il maudissait toutes ces rencontres extravagantes qui le fatiguaient au plus haut point. Toutes, sauf une. Evidemment…

« Chienne-qui-ne-pète-jamais » se demandait si elle ne devrait pas ralentir un peu le rythme. Elle n’était pas fatiguée, au contraire, ces courses folles dans cette nature inconnue décuplaient son envie de dévorer l’espace. Non, ce qui l’ennuyait c’était qu’elle avait constaté que « Chien-qui-pète » tirait un peu la langue et bien qu’il restât à sa hauteur elle sentait bien qu’il faisait des efforts pour ne pas être distancé. Quel gros balourd tout de même.

Sans même s’en rendre compte, elle diminua l’ampleur de ses foulées…

« Chien-qui-pète » ne se demandait rien du tout.

On ne lui demandait plus son avis depuis longtemps aussi avait-il décidé de garder ses réflexions pour lui. Son maître avait l’air d’avoir été totalement shamanisé par cette inuit qui ne lui avait jamais plu et il ne comprenait toujours pas pourquoi il fallait rattraper ce fameux pingouin. Des pingouins, il y en avait plein d’autres là-haut, alors un de plus un de moins !...

Il ne comprendrait finalement jamais les humains.

Et puis il y avait cette stupide louve blanche qui avait tellement de mal à suivre sa course. Il voyait bien qu’elle peinait la malheureuse. C’est qu’elle ne faisait plus la fière maintenant. Pour la peine il allait accélérer pour lui montrer un peu qui était le chef de meute, ça lui ferait les pattes.

Enfin, il allait accélérer…mais plus tard…c’est ça…beaucoup plus tard…

Ils arrivèrent au bord de l’océan.